SLÈDE. ~ TAXE DES PAUVRES
Il est pourvu à l'entretien des pauvres, en Suède, au moyen du produit de fondations, legs et dons de tout genre qui suffisent, par leur abondance, à une forte partie de cette dépense; et, pour le surplus, à l'aide de certaines amendes, et aussi par le moyen de taxes assises dans les campagnes sur les terres, dans les villes sur les propriétés et les revenus des habitants.
La taxe est communale, en Suède, comme Tobligation d'où elle dérive*. Le fait de la résidence dans une commune détermine le domicile de secours; mais chaque commune peut empêcher un étranger de prendre résidence sur son territoire. Les pauvres et les paroissiens peuvent en appeler à ce sujet, d'abord au gouverneur de la province, et ensuite au roi; ce recours n'a aucun caractère judiciaire. L'administration seule décide de l'admission des pauvres aux secours publics; système meilleur que le système anglais. Ce en quoi il pèche, c'est de localiser les secours sans point central qui les relie, qui les uniformise.
Par la loi du 19 juin 1833, toute personne sans propriété, qui ne peut obtenir de l'ouvrage ou qui ne se donne aucune peine pour en trouver, et qui, en conséquence, n'offre pas de sûreté pour le payement de ses taxes et amendes, est mise à la disposition de la police, qui lui fixe le lieu où elle doit chercher de l'occupation, et lui accorde un certain temps pour s'en procurer. La loi nomme ces personnes îwn protégées (forswarlors), nom auquel équivaut, chez nous, celui de gens sans
* Sous le priT'Ct'dent {,'ouvernement, la taxe des pauvres était pour chaque ferme [hemman] de 8 knppors (41 litres de bléj ; elle est, sous celui-ci, de 12 1/2 (03 litres).
aveUf sauf qu'en Suède il a un sens beaucoup plus large. En cas de refus ou d'impossibilité de se caser de la manière prescrite, le forswarlors est envoyé aux travaux publics ou déposé dans une maison de correction, en attendant qu'il puisse trouver de l'ouvrage, à moins qu'une personne solvable ne s'offre pour être son patron, auquel cas on le lui confie sous sa responsabilité.
La misère s'accroît, en Suède, dans une progression non moins effrayante que la criminalité. En 1737, on comptait, à Stockholm, 930 pauvres. Leur nombre était, en 18^5, de 15,000. Le montant des assistances y était, en 1731, de 9,000 dahlers (8,565 fr.), et, en 1825, de près de 500,000 rixdahlers (2,875,000). Dans la petite ville d'Orebro, qui est très sagement administrée, le nombre des indigents s'est élevé de 80 à 400, dans le cours des années qui se sont écoulées de 1780 à 1832. Dans la paroisse de Nora, province de Nérike, les pauvres ont coûté 170 rixdahlers (975 -fr.), en 1814, et 2,138 rixdahlers (12,211 fr.), en 1832. La dépense qu'ils ont nécessitée s'est donc accrue, en dix-huit ans, dans le rapport de 1 à 12. Il est plusieurs autres villes du royaume où elle a augmenté dans la même proportion *.
Le prince Oscar écrivait, en 1840 : « Les moyens de mettre une forte barrière à la misère et à l'immoralité croissante ressortent principalement d'une bonne administration municipale et de l'amélioration des étabHssements de charité. L'État ne pourra que, de cette manière, extirper le mal dans ses racines^. »
* Voy. le Rapport des commissaires royaux pour la loi des pauvres en Angleterre, 1831, p. 375.
* Ouvrage i)récil(^, p. 1J3.