RUSSIE. — ÉTAT DE LA CIVILISATION
de S2,S00,000 habitants \ disséminés sur une superficie territoriale de 932,190 lieues carrées^; ce qui fait 123 habitants seulement par lieue carrée dans ces steppes immenses, dont l'étendue forme presque à elle seule la sixième partie des terres connues du globe.
C'est, selon nous, se tromper sur le véritable état des choses , en Russie, que de croire que la civilisation y est rétrograde ou stationnaire. Sans doute, relativement à nous, le peuple russe est peu avancé; mais, relativement à ce qu'il était au temps de Pierre le Grand, quels pas gigantesques n'a-t-il pas faits, depuis lors, dans V instruction^ , dans Y industrie*, dans V agriculture^ , dans les voies de communi-
* Évaluation de '1825, Asie et Pologne comprises. — Le chiffre s'augmente de 600,000 âmes par an , par l'en plus des naissances sur les décès. Un écrivain hollandais a calculé que la population de la Russie, considérée proportionnellement, ne se monte encore qu'à la sixième partie de celle de la France. D'où il suit qu'elle arriverait a 318 millions si elle venait jamais a être aussi peuplée que la France (Voy. Tableau de la statistique des Pays-Bas, par M. J.-J. Cloel).
" Dont 343,000 pour la Russie d'Europe, et le surplus pour la Russie d'Asie.
^ En 1804, on comptait 627 écoles relevant du ministère de l'instruction publique, lant ecclésiastiques que militaires, et spéciales; on en comptait 2,118 en 1824, et 4,156 en 1833, dont plus des deux tiers entretenues aux frais de l'État. — Eu 1804, on comptait dans ces écoles 109,256 élèves; on en comptait 262,223 en 1824, et 460,095 en 1835, dont 252,311 boursiers. — Que si à ces élèves on ajoute ceux qui reçoivent l'éducation dans la maison paternelle, on peut évaluer k un million la masse des individus jouissant des bienfaits de l'éducation en Russie; ce qui donne 1 élève sur 48 habitants, Pologne non comprise (Voy. Précis du système des progrès et de l'état de V instruction publique en Russie, par M. de Krùsenstern, Varsovie, 1836; et ci -dessus, p. 337, note 3).
* Voy. ci- dessus, p. 239, note 1.
^ Des sociétés d'agriculture, des écoles rurales, des fermes-modèles s'élèvent partout en Russie. Le système de colonisation introduit par Pierre le Grand a produit 4i8 colonies agricoles, dont le
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cation*, dans les inslilutions de crédit^, dans la reforme de ses lois criminelles et de ses prisom^, elc, etc.
Maigre' ce mot sauvage du comte Cancrine : « Il ij'est pas nécessaire d améliorer la condition du peuple, parce qu'il y a un vieux proverbe russe qui dit : Ghieii qui engraisse devient enragé, » l'empereur Nicolas, qui rit des boutades de son vieux ministre, travaille activement à importer dans son empire toutes les inventions matérielles de l'Occident, tout en empêchant, il est vrai, le plus qu'il peut, d'y laisser pénétrer ses idées et sa philosophie.
A-t-il donc si grand tort sur ce dernier point ? Et devons-nous l'appeler barbare parce qu'à la vue de nos progrès il se montre peu soucieux de nous imiter?
nombre des habitants s'61ève aujourd'hui à 263,269 (Voy. Revue britannique, 4838). C'est dans la Russie méridionale, sur les bords de la mer Noire, que l'agricullure présente les plus heureux résultais. Ses produits dépassent de beaucoup les besoins de la consommation. Les cultivateurs peuvent y vendre leur froment pour le cinquième ou le sixième du prix qu'en doit exiger le cultivateur français (Voy. Discours de M. Barthe Labastide h la Chambre des députés f séance du 24 avril 1820). La vigne est aujourd'hui cultivée en Russie avec le plus grand succès (Voy. Deby, De l'Agriculture en Europe, l.l, p. d22).
1 Voy., sur les diverses banques et les monts-de-piélé de Russie, Ch. Duveyrier, Lettres politiques, 1843, p. 197 et suiv.
2 Le knout est aboli et remplacé par la pleite. Une prison cellulaire fonctionne depuis plusieurs années à Varsovie. Une autre prison cellulaire est en construction a Sainl-Pélersbourg. L'emprisonnement est devenu une peine, et doit remplacer l'exil en Sibérie. Un nouveau code pénal a été promulgué en 1843, etc., elc. (Voy. communications de M. de Zehe au Congrès pénitentiaire de Bruxelles en 1847. Revue pénitentiaire, t. IV).