Secours domiciliaires
Trois classes d'indigents. — Rôles des pauvres et solidarité des paroisses. — Bureaux de charité. — Secours mal distribués. — Manque de Diaconies or-
Les secours à domicile, — cette formule excellente et exclusive de la primitive charité \ tombée en désuétude par les causes que nous avons dites *, et que Charlemagne, qui ne fonda aucun hôpital, eût tant voulu substituer aux secours hospitahers de son temps', avant que saint Louis eût cherché à en rétablir les bases*, — reprirent une activité et une organisation nouvelles, d'abord sous le règne de François I"" % puis sous celui de Henri II, ou plutôt du chancelier de Lhôpital, son ministre.
L'édit du 9 juillet 1547, que nous avons cité, divise les indigents en trois classes : les valides vagabonds, les invalides domiciliés, les invahdes sans feu ni lieu.
Aux premiers, c'est du travail qu'il faut donner. A cet effet, l'édit institue des œuvres publiques, en deux ou trois divers lieux de la ville.
1 Voy. ci-dessus, t. II, p. 211 et suiv. « Voy. /62d.,p. 236etsuiv.
8 Voy. Ibid., p. 445.
♦ Saint Louis lit rechercher dans les provinces, et dresser par des commissaires spéciaux, le rôle des laboureurs vieux et infirmes, pour leur porter aide et secours. Saint Louis, d'ailleurs, nourrissait 120 pauvres par jour, non-seulement dans son palais, mais quelque part qu'il fi\l, « les faisant repaître devant lui, et puis leur faisant donner de ses deniers, » dit saint François de Sales.
• François I^"^ prescrit aux paroisses, par son ordonnance de 1536, de nourrir et entretenir à domicile « les pauvres invalides qui ont chambres, logements ou lieux de retraite. »
Aux seconds, c'est-à-dire « aux pauvres malades et impuissants qui ont maisons, chambres, logis et lieux de retraite en ville et dans les faubourgs, ou qui, avec leur devoir et travail, ne se peuvent entièrement sustenter, )) l'édit accorde des secours domiciliaires. A cet effet, chaque paroisse devait faire dresser les rôles de ses pauvres par les curés, vicaires et marguilliers, chacun en son siège ou paroisse. Les pauvres portés au rôle recevaient, en leurs maisons ou tel autre lieu commode, Vaumône raisonnable, c'est-à-dire la somme de secours nécessaire, proportionnellement à leurs besoins. Les abbayes, prieurés, chapitres, qui avaient coutume de faire des aumônes publiques, devaient se les interdire, afin de ne point altraire les valides et les détourner d'ouvrer. La valeur des aumônes distribuées par ces maisons charitables devait être portée à la paroisse, qui faisait elle-même les distributions. La même oi'donnance enjoignait aux paroisses qui avaient des deniers bons, — des boni, — de les verser dans la caisse des paroisses les plus chargées de pauvres. Le principe de la garantie naturelle entre paroisses était ainsi consacré.
Enfin, aux pauvres malades et infirmes, « n'ayant moyen de travailler ni aucunes maisons, chambres, ni lieux où eux retirer, » Tédit accorde des secours hospitaliers. A cet effet, « lesdits malades et infirmes devront être promptement menés et distribués par les hôpitaux, hôtels et maisons-Dieu. »
L'édit de 1547 se termine par cette clause pénale : « Les pauvres qui, malgré les secours à eux attribués, iront par la ville quester et mendier, eux ou leurs enfants, seront punis, les grands, du fouet, et des verges les petits enfants. »
Cet édit ne disait point par qui les secours seraient distribués à domicile. Une de'claration de Louis XIV, du mois de juin 1642, suppléa à cette lacune, en instituant des Bureaux des pauvres, et en leur traçant les règles à suivre pour cette distribution. Les bureaux devaient être composés de notables habitants réunis aux marguilliers et aux curés des paroisses.
Mais, quelque soin que l'administration supérieure apportât à ce que la répartition s'en fît selon les besoins réels de chacun, les secours domiciliaires furent trop souvent appliqués aux besoins du moment, sans plan, sans règle, sans intelligence. Les affections particulières et les sentiments individuels étaient seuls consultés. Ou donnait beaucoup, et l'on donnait mal *, de sorte qu'à défaut de diaconies régulièrement organisées^, on finit par ne plus recourir, pour soulager l'indigence, qu'aux secours ruineux des hôpitaux.