‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 2 sur 75 · CHEZ LES ANCIENS · texte numérisé non relu

CHEZ LES ANCIENS

heureux, des pauvres, des affliges, des indigents mourant de froid et de fiiim, dès la troisième geno'ratîon depuis Ésaii, chez le peuple de Dieu * î

Il y avait aussi des pauvres chez- les Hébreux, du temps de Moïse, u II y aura toujours des pauvres parmi vous, » disait ce grand législateur à son peuple ^ ; — prédiction qui ne s'est que trop accomplie sous la domination des rois, dès le temps de David ', et, depuis, avec des preuves encore plus douloureuses et plus justifiées, sous les puissances étrangères de Babylone, de Perse et des empereurs romains.

Quant aux mendiants , bien que Moïse ait dit : « Qu'il n'y ait point de mendiants parmi vous *, » il y en eut nécessairement chez le peuple hébreu ; car, dès que la pauvreté se fait misère, la misère forcément se fait mendicité.

Homère et Hésiode, d'ailleurs, constatent qu'il y eut des mendiants et des pauvres chez les Grecs de leur temps ^ ; et le soin que prennent plus tard Lycurgue et Platon de bannir les pauvres et les mendiants de leur république prouve que les mendiants et les pauvres n'étaient pas plus rares à Athènes qu'à Lacédémone^.

Il est vrai que, dans les meilleurs temps de Sparte, tout le monde ayant une part égale dans le territoire

* Voy. sainl Augustin, Cité de Dieu^ XVIII, 17. « DeuL, XV, 4, 12.

' « Vos mains sont pleines de la dépouille du pauvre. Pourquoi foulez-vous aux pieds mon peuple ? pourquoi meurtrissez-vous le visage des pauvres ? etc. » (Isaïe, III, 14). Le même prophète parle de pauvres nus, de pauvres sans asile et sans pain {Ibid., LVIII, 7).

* Deut., XV, 4, 12.

*» Hom., Odyss., liv. IV, vers 247. — Hésiod., Opéra etdies^ vers 340 cité par Plut., Vie de Thésée.

^ Voy. Plut., Vie de Lycurgue, et Plat , De legib,^ lib. II.

de la république, et cette part suffisant par son produit à la satisfliction de tous les besoins \ il dut n'y avoir à cette époque ni pauvres ni mendiants. Mais, après la guerre du Péloponèse, le système de partage et de successions égalitaires de Lycurgue ayant été aboli, les terres, comme l'or et l'argent, finirent par devenir la propriété de quelques familles. iVlors, la mendicité fut le partage du plus grand nombre, et amena progressivement la dépopulation. Alors, des 9,000 Spartiates de Lycurgue, il en resta à peine 700, dont 600 mendiants, au temps d'Agis. Agis et Cléomène essayèrent vainement de rétablir l'ancienne discipline, l'ancienne pauvreté individuelle qui était la ricbesse de tous. Ces deux grands hommes moururent à la peine; et Sparte, affamée, disparut du nombre des nations^.

Il est vrai que, dans les meilleurs temps d'Athènes, la fortune était assez divisée, et la propriété foncière assez morcelée, pour que la plupart des habitants eussent de quoi suffire à leurs besoins ^ Après la chute des Trente, et le retour du peuple, il n'y avait, en eifet, pas plus de 5,000 citoyens qui ne possédassent point de fonds de terre. On ne connaissait point alors, dit Denys d'Halicarnasse, les étreintes de la misère, et personne n'était assez pauvre pour faire honte à l'État par la plaie de la mendicité*. Mais ce temps

^ Plut., Lycurgue, iO.

2 Plut., Agis et Cléomène. — Vo]yhc, IV, 9. — Duruy, Ilist. des Bom.^ I, p. 482.

^ Les besoins de la plus pauvre famille de quatre personnes, adultes cl libres, exigeaient au moins, terme moyen, 100 f/m/or^ (environ 400 fr.) par an, si elle ne vivait pas uniquement de pain et d'eau. Breckli, Econom. polit, des Athéniens, I, p. 187, 191.

* Bœckh, ub. sup.

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