‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 29 sur 75 · MENDIANTS; BANDITS; PROSTITUÉES · texte numérisé non relu

MENDIANTS; BANDITS; PROSTITUÉES

pauvres infirmes à s'y méprendre, et se faisaient même des blessures apparentes pour mieux tromper les passants; — ou que ces autres spéculateurs en pitié publique qui entretenaient des familles esclaves pour les faire mendier à leur profit, en ramassant, dans ce but, les enfants exposés ou abandonnés, qu'ils estropiaient hideusement pour ce commerce infâme * ?

Qu'était-ce, sinon des mendiants, que ces prêtres de Cybèle, véritable congrégation de frères quêteurs^ auxquels Tertullien reprochait leur effronterie à rôder autour des hôtelleries, et .luvénal leur habitude de s'enivrer et de se coucher sous les tables, dans les po- 'pinœy parmi les bravi, les matelots, les voleurs, les esclaves fugitifs, les valets de bourreaux et les fabricants de cercueils ^ ?

Qu'était-ce, sinon des mendiants, que cette foule de clients besoigneux quêtant chaque matin la sportule de leurs patrons * ? Qu'étaient-ce que ces trois cent vingt mille prolétaires affamés quêtant chaque jour le pain gratuit de l'annône ^ ? Qu'étaient-ce que ces riches avares qui, spéculant sur ces distributions, affranchissaient leurs esclaves pour que, leurs esclaves affranchis y prenant part, ils pussent y prendre part eux-mêmes par eux * ?

Qu'était-ce, sinon un mendiant, que ce Martial quêtant, en vers platement spirituels, tantôt une tunique, tantôt une toge, auprès de ses riches protecteurs ^ ?

* Voy. Ibid., p. 55.

« Voy. Ibîd., p. 57.

' Voy. ci-dessus, p. 44, el ci-après, ch. V, §7.

* Voy. ci-dessus, p. 46, et ci-après, ch. V, § 4. ^ Voy. Du droit à l'oisiveté, p. 56.

« Voy. /6ïrf.,p. 56., et ci-dessus p. 55.

Qu'ëlait-ce, sinon des mendiants, que ces millieis de parasites qui, ne sachant pas la veille s'ils dîneraient le lendemain, allaient, de porte en porle, quêter un dîner qu'ils obtenaient à force de bouffonneries, de flatteries et de bassesses * ?

Qu'était-ce, sinon des mendiants, que ces candidats afTamés d'honneurs quêtant pour de l'argent les suffrages du peuple; — et que ces électeurs faméliques quêtant de l'argent pour leurs voles ^ ?

Qu'était-ce, sinon des mendiants, que ces héros, ces bandits, ces plagiaires, ces escarpes de Tantiquité, quêtant, l'escopette au poing, sur les grands chennns de rilalie, votre bourse, votre vie ou votre liberté^? Qu'élait-ce que celte masse formidable d'anciens propriétaires dépossédés, flottant par toute l'Italie et dont parle un historien poète? « D'abord les Italiens, et surtout les Étrusques expropriés par Sylla, puis les soldats de Sylla eux-mêmes, souvent encore le noble romain qui se ruinait après les avoir ruinés ; tous égaux dans une même misère... Ajoutez les pâtres farouches, errant avec les troupeaux de leurs maîtres dans les solitudes de l'Apennin, souvent ne reconnaissant plus de maîtres et subsistant de biigandages comme les noirs marrons des colonies modernes *. » Qu'était -ce que ces gladiateurs, bêtes féroces qu'on tenait à la chaîne pour les lâcher dans l'occasion, et qui constituaient à chaque sénateur, à chaque chevalier, une petite armée d'assassins '^ ?

» Voy. Ibid., p. 57.

« Yoy. Ibid., p. 36 et 112, et ci-dessus, p. 44 el 52.

* Voy. Ibid., p. 38, et ci-dessus, p. 68.

* Michelel, Ilist.rom., II, p. 223.

» Voy. Ibid.

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