‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 30 sur 75 · MENDIANTS; BANDITS; PROSTITUÉES · texte numérisé non relu

MENDIANTS; BANDITS; PROSTITUÉES

Qu'ctait-ce, sinon des mendiants, que cette tourbe immonde, sans feu ni lieu, ni foi, ni loi, ni patrie, qu'attiraient de tous pays les distributions de blé qui se faisaient à Rome à la multitude, et qui faisaient de Rome, au dire de Tacite, comme le cloaque impur où venaient se rendre et se grossir tous les égouts de l'univers * ?

Qu'était-ce, enfin, sinon des mendiantes, que ces courtisanes de haut parage, que ces prostituées de bas étage, tendant banalement leurs mains impures : les premières à la luxure patricienne, les secondes à la luxure prolétaire, poui* en obtenir, les unes et les autres, une aumône également honteuse ^ ?

La mendicité n'était donc pas aussi rare qu'on le dit à l'avènement de l'ère chrétienne; elle avait même, nous venons de le voir, acquis, chez les anciens, des proportions inconnues jusqu'à ce jour, chez nous. Cela se conçoit, du reste, puisque indépendamment des causes qui la produisaient et que nous n'avons pas, le gouvernement n'avait jamais rien fait pour la supprimer ou la punir ^.

Aussi, pouvait-on dire de la plèbe romaine que c'était un peuple de mendiants.

On en disait autant du peuple d'Athènes : « L'Athénien, en mourant, tend encore la main^.»

Pourtant, la mendicité était imputée à honte à quiconque s'y livrait. « J'aimerais mieux mourir, disait Plaute, que de voir quelqu'un des miens mendier. » Malim moriri meos quam mendicarier ^ ,

* Voy. Du Droit à V oisiveté, p. S7.

* Voy. 76îrf.,p.65elil3.

^ Voy. ci-après, ch, VII, §2.

' Voy. Du droit à V oisiveté ^ p. 54.

Pareillement, raumône faite aux mendiants e'tait jugée, comme de nos jours, inutile et dangereuse. « C'est rendre un mauvais service au mendiant, disait encore Plante, que de lui donner de quoi manger ou boire, car on perd ce qu'on lui donne, et on prolonge sa vie pour la mendicité *. »

Oui ! mais, de nos jours, nous avons du travail à donner aux mendiants valides, et les Romains n'en avaient pas, ou celui qu'ils avaient avilissait, et le nôtre honore. Quiconque, dès lors, ne veut pas travailler, chez nous, ne doit pas manger. C'est la solution du problème de la mendicité donnée par le christianisme; le paganisme l'ignorait.

Qui non vult laborare, ne menducet.

Saint Paul.

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