‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 44 sur 75 · LABOR · texte numérisé non relu

LABOR

Ottam

; Labor.

L'oisiveté citoyenne était plus qu'un fait, c'était un droit. — Raisons du fait ; raisons du droit. — Avec le suffrage universel, impossible d'être laborieux. — Dans une république, impossible à des ouvriers d'êire citoyens. — Travail manuel, bon pour des esclaves. — Sans esclaves Rome et Athènes n'eussent pu faire ce qu'elles ont fait de grand. — Différence entre labor et negotium, entre olium et pigritia. — Oisiveté n'était pas paresse. — Elle le devint. — Alors panem et circenses. — Alors misère augmente et chasse Rome de Rome.

L'oisiveté forcée dans laquelle vivait l'immense majorité de la population libre de Rome, sous la république, est le fait culminant des faits de causalité de la misère profonde qui dévorait tous ses membres.

Le travail seul eût pu apporter son remède à un tel mal. Mais quel travail?

La guerre? Les prolétaires urbains, qui formaient la classe la plus nombreuse de la population citoyenne, étaient précisément ceux qui ne pouvaient embrasser le métier coûteux des armes à cause de leur extrême pauvreté ^

L'agriculture? Les tribus rustiques seules pouvaient s'y livrer; elles seules fournissant des soldats aux légions, et les soldats seuls ayant droit au partage des terres conquises, comme les quirites seuls autrefois à Yager sacré ^. D'ailleurs, l'absorption des petites propriétés par les grands domaines ne laissait bientôt plus de place à la culture libre ^.

Les emplois publics? Les patriciens et les plébéiens riches avaient seuls le droit d'y prétendre *.

* Voy. ci-dessus, p. 28 et 45.

2 Voy. ci-dessus, p. J3, 23 el28.

» Voy. ci dessus, p. 34 et 36.

* Voy. ci- dessus, p. 54.

â38 CAUSES DE LA MISÈRE.

L'industrie? Les capitalistes seuls pouvaient l'exploiter avec profit \

Les métiers? C'était le lot exclusif des étrangers, des affranchis, des esclaves, et le mépris public dont ils étaient frappés ne permettait pas à un citoyen romain de les exercer sans s'avilir ^ . Quelques malheureux prolétaires, bravant le préjugé, se hasardaient-ils à se faire ouvriers , ils ne tardaient pas à succomber sous la concurrence du travail servile ^.

Que pouvaient donc faire les citoyens pauvres?

Rester les bras croisés ou tendre la main pour vivre. C'était pour eux le seul métier que la loi permît ou ne défendît pas *.

L'oisiveté citoyenne, l'oisiveté prolétaire était donc plus qu'un fait dans les habitudes des Romains, c'était un droit dans leurs institutions.

C'était un droit ; car, du moment où le citoyen ne pouvait travailler pour vivre, il fallait bien qu'il dût pouvoir vivre sans travailler.

Or, c'était le cas du prolétaire pauvre de Rome, attendu qu'il y avait incompatibilité légale entre tout travail manuel et sa qualité de citoyen, incompatibilité prononcée non-seulement par le préjugé national qui faisait du travaii manuel un travail d'esclaves, mais encore par la constitution républicaine elle-même, laquelle rendait ce travail impossible au citoyen.

Avec le suffrage universel, tel qu'il était organisé

* Voy. Du droit à V oisiveté, p. 209, et ci-dessus, p. 56.

* Voy. ibid., p. H , et ci-dessus, p. 46, 57 et 64. ^ Voy. ci-dessus, p. 64, et ci-après, cli. VI.

* Roraulus avait interdit les métiers aux citoyens ; il ne leur permettait que l'agriculture et les armes. Les citoyens qui ne pouvaient êlre ni agriculteurs, ni soldais, ne pouvaient donc que rester légalement oisifs.

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