‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 5 sur 75 · II · texte numérisé non relu

II

Plebs rnstica.

Les trente et une tribus de la campagne : éléments de leur population. — Part de terre attribuée à chacun. — Laboureurs-soldats. — Soldais-laboureurs. — , Colons.

La plèbe rustique se composait de tous les citoyens qui, sous les noms de pecuarii, d'aralores, à'agrkolœf

* Je me sers du mot ordre d'après Cicéron. Cicéron désigne souvent par ce terme les différentes professions. Dans son plaidoyer contre Verres, il parle des laboureurs, de ceux qui prenaient soin du bétail, et des marchands, comme d'autant d'ordres différents : Si cuiquam ouDiNi, sive aratorum^ sive pecuariorum, sive mercalorum probaturus sis (II, 6). Ailleurs, après avoir parlé de l'ordre des sénateurs et des clievaliers, il dit : Cœterumque ordinl'm hominibus (Pro Rab.^lX),

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s'adonnaient à la culture des champs, et de tous les gens de qualité qui se faisaient inscrire dans les tribus de la campagne , de préférence aux tribus de la ville, les tribus rustiques étant beaucoup plus considérées que les tribus urbaines, plebs urhana y lesquelles ne se recrutaient que de gens oisifs et de métier.

La considération qui s'attachait au séjour des champs était telle, même encore au temps d'Auguste, que chacun tenait à avoir près de la ville une maison de campagne où il pût aller se délasser après les affaires. Ces maisons s'appelaient suhurbana; c'étaient celles des riches. D'autres, plus modestes, appartenaient aux citoyens d'une condition inférieure; elles s'appelaient prœdiola; celles-ci servaient surtout pour des parties champêtres, « pour manger de la salade et des pommes avec les amis, » comme disait un ancien . D'autres, enfin, étaient le siège de propriétés territoriales de grande étendue et de grand rapport. On les appelait villœ; elles appartenaient aux plus riches patriciens *.

La plupart des sénateurs tenaient à honneur de demeurer à la campagne. Plusieurs même ne croyaient pas déroger en prenant à ferme, et en exploitant pour leur compte les domaines de la république. Pour ces sénateurs ruraux, les magistrats avaient des messagers spéciaux, des viatores, à leurs ordres, pour les appeler en ville lorsqu'ils convoquaient le sénat *.

Et pour que la plèbe rustique pût exercer au forum sa part de souveraineté, on avait institué pour elle des réunions périodiques appelées nundinœ, afin qu'occupés pendant neuf jours à leurs travaux agrestes^ les

* Voy. noire ouvrage Du droit à l'oisiveté^ p. 235, 244 et suiv. » Voy. Ibid., p. 232.

habitants de la campagne eussent un jour fixe où ils pussent venir à Rome vendre leurs denrées, et traiter de leurs affaires privées en même temps que des affaires de la république *.

Les citoyens de la plèbe rustique étaient disséminés dans les trente et une tribus qui embrassaient Vager romanus, à partir des murs de Rome jusqu'à l'extrémité du territoire romain^.

Ces trente et une tribus étaient désignées sous les noms divers des divers lieux de leur siège principal, ou sous les noms des familles illustres qui y avaient fondé des établissements '.

Primitivement; le territoire de Rome, Vager romanus, était très circonscrit. Il ne formait que treize lieues carrées *. C'est de ce territoire étroit que la population romaine devait tirer sa subsistance, sans autre industrie que l'agriculture et les armes , l'exercice des métiers étant, ainsi que nous le verrons bientôt, l'attribut exclusif des étrangers et des esclaves.

Primitivement donc, tous les Romains étaient agriculteurs. Romulus avait fixé à deux jugera (un demihectare) la quantité de terre assignée à chaque citoyen. Plus tard, après l'expulsion des rois, vers l'an SOO avant notre ère, Vager romanus s'étant agrandi, la quantité de terrain que put posséder chacun fut portée à sei^t jugera (un hectare soixante-dix ares).

C'était assez pour que chaque propriétaire pût cul-

• Voy. notre ouvrage Du droit à l'oisiveté, p. 234.

• Voy. les cartes de Boindin dans le tom. V des Mém. de VAcad. des inscrip., p. 92, édit. d'Amsterdam, et dans Beauforl, Rép. rom., II, p. 96, note 6; et p. 100, note A, p. 168 et suiv.

* Voy. Jbid.

* Michelet, Hist. rom., I, p. 153.

tiver lui-même son petit champ, avec sa famille. Mais le pouvait-il en temps de guerre? Oui, tant qu'on se battait seulement autour de Rome; car, alors, la guerre se faisant par courtes expéditions, au bout de quelques jours le laboureur-soldat pouvait revenir à sa bêche ou à sa charrue , et le censeur pouvait légitimement punir celui qui laissait sa terre inculte.

Laboureur-soldat, soldat-laboureur! Voyons quel était le sort de l'homme des champs dans l'une et l'autre de ces deux conditions.

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