‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 6 sur 75 · Laboureur S' soldats · texte numérisé non relu

Laboureur S' soldats

La terre, ops, signe du droit de porter les armes. — Les inopes en sont exclus.

— Exceptions. — Chair à canon de ce temps-là. — Le laboureur-soldat tenu de s'équiper et de se nourrir à ses frais. — Dépenses qui en résultaient. — Mais la guerre nourrissait la guerre; — sauf le partage du lion. — Razzias.

— Quand la solde et le remplacement militaire furent institués. — Conséquences de cette double réforme. -— Dernier coup porté à la plèbe rustique.

La quantité de terrain assignée à chaque citoyen dans \ager romanus étant de sept jugera au plus et cette quantité devant suffire aux besoins du père de famille et de sa maison, on peut facilement apprécier l'état de gêne dans lequel il se trouvait, quelles que fussent d'ailleurs la frugalité et la simplicité de mœurs des temps primitifs, par cette seule considération que Rome était alors en guerre perpétuelle avec ses voisins, et que les laboureurs, dont elle faisait ses. seuls soldats, étaient obligés de s'armer, de s'équiper et de se nourrir à leurs frais, pendant toute la durée de l'expédition.

Avec cela, notre système moderne d'approvisionnements militaires était inconnu des légions romaines; chaque soldat était obligé de porter sur son dos les vivres qui devaient le nourrir pendant quinze jours au moins.

2i CLASSES PAUVRES CHEZ LES ROMAINS.

César leur en fit même distribuer une fois pour vingtdeux jours^ etScipion pour trente ^

Bien que les Romains fussent de petite taille ^, ce poids n'excédait pas leurs forces, habitués qu'ils étaient à se préparer aux fatigues de la guerre par les exercices les plus violents, notamment en faisant de longues marches, chargés d'un poids de quarante-cinq livres, sans y comprendre leurs armes, lesquelles faisaient comme une partie d* eux-mêmes y selon l'expression de Cicéron ^

Les vivres de guerre de chaque soldat consistaient en blé et en vinaigre.

Le soldat était à la fois meunier et boulanger ; c'était à lui de broyer son blé entre des pierres^ après l'avoir fait rôtir sur des charbons, ou de le moudre avec une meule à bras ; il le faisait ensuite cuire sous la cendre '*.

Le vin était proscrit des camps; l'eau purifiée avec du vinaigre était la boisson des généraux eux-mêmes \

Dans les premiers temps de la république où la guerre ne consistait qu'en incursions rapides, les sol-

* Cees.,De hell. civ., lib. I, n» 88.— Général Lamarque, Encyclopédie moderne, "vo Armée.

* Végèce dil, en parlant des Romains : Utilius est milites fortes esse quam grandes. Cependant Suétone rapporte que Néron avait levé une légion magnifique dont les soldais, tous Ilaliens, avaient six pieds (cap. XIX), et une loi de Valenlinien l*^'", du 25 avril 367, fixe la taille des légionnaires à cinq pieds et sept pouces (Cod. Th., VII, lit. XIII, 1. 3). Mais il faut noter, d'une part, que le pied romain était plus petit que le nôtre, et, d'autre part, que les soldats étaient pris alors dans la Gaule, dans la Germanie et dans la Grande-Bretagne, oii les hommes étaient beaucoup plus grands que les Italiens. — Voy., sur la force prodigieuse des Romains, Montesquieu, Grand, et décad.^ p. 12 et 13.

8 Cic, Tusculan , II, n° 16.

* Ïit.-Liv., XXVIU, 45. — Virg., jEneid., ï, vers 181 et suiv.

* Spartien, cliap. 10.

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