LOIS CONTRE LES MAUVAISES MŒURS
Ces orgies du suffrage universel de la populace ne prirent fin qu'à ravénement de l'empire. Alors, la multitude souveraine fut chassée des comices, et il n'y eut plus, à Rome, qu'un seul grand électeur: — ce fut l'empereur.
§IV
Lois contre la prostltntlon et les mauvaises mœurs.
Sévérité et partialité des lois sur l'adultère. — Les maris échappent à leurs rigueurs.— Crimes contre nature. — Solon, pour y remédier, institue les lieux de prostitution — La prostitution est un droit à Rome. — Impôt levé sur les lupanars. — Frein impuissant.
Nous avons vu que le concubinage n'avait rien de moralement honteux, chez les anciens, qu'il passait pour une sorte de mariage, et qu'il était appelé coutume licite par les lois.
Avec de pareilles lois, la débauche publique n'offense plus les mœurs, elle fait partie de la famille. Concubinage et prostitution sont frère et sœur.
Toutefois, si le concubinage était permis, l'adultère ne l'était pas, — l'adultère de la femme s'entend,
La loi de Romulus permettait seulement au mari de répudier sa femme adultère \ Ce n'est que sept siècles après que, la corruption des mœurs étant arrivée à son point le plus extrême, l'adultère de la femme fut puni de l'amende et de l'exil *, et, plus tard, de la peine de mort^
* Montesquieu, Esp. des lois^ XVI, 16.
2 La loi Julia de adulteriis et stupro, appelée aussi Julia de pudicitiâ, a été rendue par Auguste vers l'an 736 de Rome.
'^ Cod. Just.f lib. IX, lit. 9. — F. Hivière, Législation criminelle, p. 104.
Quant à l'adultère du mari, à l'une comme à l'autre époque, il fut interdit à la femme de le poursuivre.
tt Si tu irouves ta femme en adultère, disait Caton, tu peux hardiment la tuer, sans avoir besoin de la sentence du juge. Si c'est elle qui te surprend en pareille faute, elle n'osera pas te toucher du bout du doigt, car elle n'en a pas le droit*. )>
De là, dans Plante, cette philosophique exclamation de la vieille esclave Syra ; « Par Castor! les femmes vivent sous de bien dures lois. Pauvres malheureuses, comme on les sacrifie aux hommes ! Car, qu'un mari entretienne secrètement une courtisane, si sa femme vient à l'apprendre, l'impunité lui est assurée. Qu'une femme sorte de la maison , aille en ville secrètement, le mari lui fait son procès ; elle est répudiée. Pourquoi la loi n'existe-t-elle pas pour le mari comme pour la femme également? Car une honnête femme se contente d'un seul mari ; pourquoi un mari ne se contenterait-il pas d'une seule femme? Par Castor! si l'on punissait les maris pour entretenir secrètement des courtisanes, de même qu'on répudie les femmes qui se rendent coupables d'avoir un amant, il y aurait plus de maris sans femme , qu'il n'y a maintenant de femmes sans mari^. »
Les plus grandes sévérités pénales étaient pareillement réservées, à Athènes, a la femme qui violait la fidélité conjugale. Le mari qui prenait sa femme en flagrant délit d'adultère pouvait lui infliger, ainsi qu'au complice, tel châtiment que bon lui semblait. Il devait répudier la femme qui avait souillé son lit, sous peine
1 Aul.r,ell.,lib. X,23.
'^ Pldule, Mcrcalor, acl. IV, se. 5, Irad. de M. Naiidt'l.