‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 68 sur 75 · LOIS CONTRE L'USURE · texte numérisé non relu

LOIS CONTRE L'USURE

Mais ce frein fut impuissant à contenir le dévergondage des matrones romaines; et il le fut, parce que les législateurs qui le forgèrent furent les premiers à le briser*.

Lois contre Fasnre.

L'uaurler plus puni que le voleur. — Ce qui n'empêche pas l'usure de progresser.

Nous avons vu ci-dessus, page 159, que, d'après k loi des Douze Tables, le prêteur qui plaçait son argent à plus de un pour cent d'intérêt par an était passible de la restitution du quadruple de l'usure reçue.

D'un autre côté, nous avons vu, page 575, que le Vol manifeste était puni de la restitution en valeur du quadruple de l'objet volé, et le vol non manifeste de la restitution du double seulement.

Il suit de là que, dans l'opinion du législateur, le fènérateur était assimilé à un voleur manifeste, et que la même peine devait les atteindre tous deux.

Malgré cette assimilation, et nonobstant la tache que l'imputation de vol devait imprimer à l'usure, l'usure n'en marcha pas moins toujours tête levée au milieu des ruines qu'elle faisait, et la loi qui la punissait ne fît que la faire se dérober plus précautionneusement à ses atteintes, en jetant le vmle légal de l'usage sur l'illégalité de l'abus. C'est le rôle qu'elle joue encore de nos jours.

* Voy. ci«d$ssus, p. 213 et suiv.

4âd SOLUTION X)U PROBLÊME DE LA MISÈRE.

§ VI

t Lois céréales.

Peine» contre ceux qui coupent, égrènent, ou enchantent les blés d'autrui. — Jdem contre ceux qui coupent les arbres ou les vignes, et font paître leurs troupeaux dans les champs d'autrui. — Peines contre les accapareurs de blé.

La terre, dans les idées religieuses de la vieille Italie^ avait un caractère divin. Tout ce qui touchait à l'élément sacré était sacré comme lui. Le bœuf était protégé par la loi sainte ; le blé, offert aux dieux, consacrait le mariage patricien, et la série des travaux annuels de la culture formait une sorte d'épopée religieuse dont le dénouement était la miraculeuse résurrection du grain * . .

C'iCst pour cela que tous ceux qui stérilisaient ces travaux, ou les détournaient à leur profit, étaient dévoués à Cérès, mère de la terre, déesse de l'agriculture. Cereri necantorf dit la loi des Douze Tables.

Ainsi étaient dévoués, c'est-à-dire immolés à Cérès : 1*^ ceux qui nuitamment et furtivement égrenaient ou coupaient dans le champ d'autrui le blé et autres fruits de la terre; 2° ceux qui menaient paître leurs bestiaux dans ce champs S** ceux qui, par mauvaise intention et de propos délibéré, mettaient le feu à un monceau de blé; 4* ceux qui enchantaient (excantassent) les biens de la terre, ou qui, par le moyen de quelque charme, empêchaient le blé de croître et de mûrir, ou l'attiraient du champ voisin sur le leur*.

Un jour, une accusation capitale pour fait d'enchan-

* Michelel, Hist. rom., l, p. 128.

» Voy. les textes dans BoucUaud, p. 551, 554, 558 et 560.

Page 1