RARE
Il existe une troisième cause d’écartement sur laquelle Mac-Ewen a le premier insisté en 1883 et qui est admise depuis cette époque par tous les chirurgiens. C’est l'interposition entre les deux fragments de tissu fibreux qui empêche par sa présence toute tentative de coaptation. Ce tissu fibreux provient des plans fibro-aponévrotiques para-rotuliens ou de la bourse pré-rotulienne ou même synoviale.
Ch. Phelps (1) s'exprime à ce sujet en ces termes : « L'interposition des fibres aponévrotiques antérieures entre les fragments osseux est encore plus fréquente que la rétraction du fragment supérieur due à l’action du quadriceps fémoral. Dans les 118 cas dans lesquels j'ai mis à découvert l’état des parties, je n’ai que rarement constaté l'absence de cette interposition. L'opération seule peut remédier à cet état de choses et l'obstacle insurmontable que la présence de ces tissus nous oppose à l’ossification est universellement reconnu dans l'histoire des fractures. »
Il n’est d’ailleurs pas nécessaire que l’écartement soit considérable pour que celte interposition de tissus non ossifiables se produise. L'interposition qui est la règle dans les fractures indirectes a été aussi signalée dans les fractures directes sans écartement, de sorte qu'il est à peu près impossible d'affirmer, même avec un minimum de lésions traumatiques, qu'il n'y aura pas d’obstacle à la consolidation osseuse.
Nous avons vu les complications, causes pathologiques des mauvais résultats du traitement non sanglant des fractures de la rotule ; nous avons vu les causes physio-
(4) Pnezrs, du résultat des opérations à ciel ouvert dans le traitement des fractures récentes de la rotule (traduit de l'anglais par Mlle Hamilton). Montpellier médical, 12 février 1899),
logiques de ces mauvais résultats. Il nous faut étudier maintenant ce que sont ces résultats et leur description, si sommaire soit-elle, montrera qu'ils sont souvent défectueux.
La guérison est longue. Il faut 30 à 40 jours, suivant Malgaigne, pour que le cal fibreux se constitue, mais le retour des fonctions est beaucoup plus long. Il est presque de règle d'observer pendant quelque temps de la raideur du genou, de la faiblesse du membre, de l'incertitude de la marche ; il faut quelquefois des mois et des années, même chez les hommes jeunes, pour que le blessé reprenne complètement l'usage de son membre. On a vu nombre de sujets obligés par la suite de ne marcher qu'avec des cannes ou des béquilles. Et ce grave pronostic fonctionnel existe en dehors de toutes les complications que nous avons énumérées.