L’OPÉRATION DU BEC-DE-LIÈVRE
Nous avons parcouru la partie la plus spéciale de notre modeste travail, dont le but était surtout de faire connaître plus complètement le procédé Mirault. Mais nous croirions n’accomplir qu’une partie de notre tâche, si nous ndus bornions â ce seul côté de la question, et si nous ne suivions pas le traitement du bec-de-liévre, jusqu^à sa terminaison définitive : la guérison. Il nous reste donc à aborder l’étude de la réunion des parties avivées et des soins consécutifs.
Pour obtenir dans toute leur étendue l’affrontement des surfaces saignantes un grand nombre de moyens ont été préconisés, en dehors de la suture. Valentin se servait d’une pince spéciale, dont l’emploi ne tarda pas à être abandonné. Franco avait adopté une sorte de future sèche, composée d’emplâtres Irés-agglutinatifs, fixant latéralement des fils destinés à se nouer sur la ligne médiane. Louis a beaucoup vanté l’emploi d’un bandage unissant, dont il ne se servait du reste qu’aprés avoir placé un point de suture à la partie inférieure du bec-de-lièvre. Ces divers ' procédés n’ont pas tardé à être abandonnés dans la prati-
que, et aujourd’hui on ne s’en sert guère que comme auxiliaires de la suture. Celle-ci est certes le moyen de coaptation le plus généralement mis en usage : nous pourrions dire le seul. Mais, si les'chirurgiens sont unanimes sur ce point, il n’en est pas de même sur le genre de suture qu’il convient d’appliquer.
Husson s’esl servi de la suture enchevillée, qui lui aurait donné d’excellents résultats. De même que pour celle si ingénieuse décrite par Dénonvilliers sous le nom de suture à plaques, nous n’en voyons par beaucoup les avantages. Si l’un des grands inconvénients de ce mode de réunion est de couper les chairs, nous le trouverons plus accentué dans celui de Rigal avec des fils élastiques. Nous restons désormais en présence des deux moyens qui ont donné le plus lieu à controverse, et qui ont encore l’un et l’autre leurs zélés partisans.
.Suture entortillée. — La forme et la substance des aiguilles. ont singulièrement changé depuis Ambroise Paré jusqu’à nos jours. Cuivre, fer, acier, argent, or, ont été tour à tour employés. On a construit des aiguilles spéciales dont on ne voit guère l’utiiité, et qui compliquaient Parsenal chirurgical. ,
Les épingles dont on se sert maintenant sont des épingles ordinaires, assez longues et bien acérées afin de pouvoir les introduire avec facilité. On a conseillé l’usage d’épingles assez fortes, probablement dans l’espérance qu’elles couperaient moins les chairs. Mais si l’on tient compte du degré d’irritation qu’elles peuvent produire d’après leur volume, les grosses couperont les tissus beaucoup plus facile-' ment que les petites, puisque cette section n’est qu’une
suite de l’inflammation. Ainsi plus les épingles seront petites, tout en ayant suffisamment de résistance pour traverser la lèvre, meilleures elles seront. Celles que nous avons vu employer sont des épingles très fines dites, épingles à insecte.
On procède à la réunion de la manière suivante. La première épingle tenue solidement entre les mors d’une, pince est introduite à quelques millimètres au dessus du bord libre de la lèvre du côté gauche, et à presque un centimètre de surface avivée. On la fait pénétrer ainsi obliquement de dehors en dedans et d’avant en arrière, de façon à ce qu’elle vienne sortir sur le bord de la scissure à l’union des tiers postérieurs avec les deux tiers antérieurs de son épaisseur.
Le bord droit est alors affronté avec le bord gauche, et choisissant le point correspondant au dernier point de sortie de Lautre côté, on le fait traverser par l’épingle, en sens inverse, de dedans en dehors et d’arrière en avant. Celle-ci vient ressortir sur la peau en un point symétrique de son premier point d’entrée. On peut, si l’écartement est assez considérable, placer sur elle une anse de fil médiocrement serrée. Ceci fait, on pose par le même manuel opératoire une seconde épingle sous la narine, et une troisième entre les deux ; il est rare que l’on ail besoin d’une quatrième épingle. "Mirault réunissait le lobule au bord libre de la même façon, mais nous croyons qu’il est préférable d’y adapter un point de suture entrecoupée.
11 ne reste plus alors qu’à fixer isolément les épingles,, avec des fils enroulés sur elles en huit, sans exercer une trop forte constriçtion. Oh petit faire se croiser les fils d’une épingle sur l’autre, et ainsi réduire une partie trop saillante des surfaces réunies. .
. Suture entrecoupée. Mirault pféndatit longtfem'ps a réuni les bords du bec-de-lièvre de la faoôii précédeüte et a obtenu un certain nombre dé succès. Toiitefois sai'pratiqué' se modifia, et en £857^ il publia une série d ’observations destinées à vanter les avantages de la stkture entrecoüpée (1). Ces observations nous semblent assez concluantes, aussi les résumerons-noUS rapidement surtout la première ' qui est l-’applicatiôn de son second manuel opératoire’'
Observation 1
'Le nôminé Pihoué, jardinier, vingt-Sépt ans, portait à gauche un bec-de-lièvre qui n’océupàit que' le tiers inférieur de la lèvre. Fut opéré le 22 septembre 4882 avec l’aide de MM . Dulavouer etFeillé, internes à l’Hôtel-Dieu. ^ '
C’est la première fois qu’il employa son second procédé, aussi le trouvons-nous décrit en détail. Nous n’y reviendrons pas.
a Quatre points de suture entrecoupée, savoir ; deux pour le corps de la lèvre, et deux pour le lobule, servirent à la réunion des parties divisées. *
« Les fils ne sont enlevés qu’au sepfAème jour, alors seulement ils commencent à entamer les chairs. Dès ce moment, la restauration de la lèvre était des plus parfaites. »
Le pansement consiste simplement dans un peu dé charpie enduite de cérat, et maintenue à laide d’une bande.
Observation II
Marie Bureau, qgée de deux ans. Bec-de-lièvre n’intéressant que les trois quarts inférieurs de la lèvre à gauche.