DANS LES VILLES ET LES CAMPAGNES
C'est en ce qui concerne le rapport aux populations respectives, des mariages, naissances et décès, que se manifestent clairement les différences qui caractérisent la vie urbaine et la vie rurale.
1^ Fraiiee.
Nos premières recherches sur ce pointaurontla France pour objet.
Bien que l'étude du mouvement annuel, (séparément •dans les villes et les campagnes), de la population de notre pays, ne remonle qu'à un petit nombre d'années, elle a -été concluante au point de vue des influences que Tagglomération exerce sur le nombre relatif des naissances, mariages et décès, c'est-à-dire sur les phénomènes sociaux ^t naturels les plus importants.
Pour donner à cette recherche toute la précision possi-
l)lo, iluûsavuus ùUibli quatre yraiids groupes : 1* le département de la Seine, qui représente le plus haut degré de l'agglomération ; 2* la population totale de toutes les communes dont la partie agglomérée dépasse 2,000 habitants, cette population représentant l'élément urbain) 3° la population de toutes les communes d'un chiure de population inférieure , que nous considérerons comme rurale; 4' la France entière.
Excédant des naissances sur les décès.
Cette classification une fois établie , il y a lieu de se demander tout d'abord quelle est celle des quatre populations ci-dessus qui s'accroit le plus rapidement par l'excédant des naissances sur les décès pour 100 habitants. Le tableau ci-après, calculé pour les années 1853, 1856 et 1860, (années normales, n'ayant été aflèctées ni par la guerre, ni par une épidémie, ni par une cherté exceptionnelle), répond à cette question :
Seine. Villes. Campagnes. Franco.
Ces rapports indiquent que le maximum de Taccroissement appartient à la Seine, à partir de 1853. Viennent ensuite la population rurale, la France entière, et à une assez forte distance, sauf en !860, la population urbaine.
Le rapport si élevé afférent à la Seine, ne s'est produit qu'à partir de 1855. Il est le double résultat, d'abord, des améliorations considérables survenues dans les conditions hygiéniques de Paris depuis cette époque, puis, d'une immigration considérable d'adultes, c'est-à-dire d'individus arrivés à l'âge qui donne la moindre mortalité.
Mariages.
La fréquence du mariage est-elle en raison inverse on tlirecte de ragglomération ? La solution du problème nous parait être dans le tableau ci-après, qui indique le nombre d'habitants pour un mariage, dans chacun de nos quatre groupes.
Seine.
Villes,
Campagnes.
France.
Ainsi, ragglomération favorise les mariages, par cette raison fort simple que les adultes des deux sexes sont en plus grand nombre dans les villes que dans les campagnes. Aussi, est-ce dans le département de la Seine qu'il s'en contracte le plus.
Nous allons voir que la fécondité légitime, (nombre moyen d'enfants par mariage ) est , ^u contraire , en raison inverse de l'agglomération, ou plus exactement, de l'extrême agglomération.
Seine.
Villes.
Campagnes.
Vrance,
La Seine a le moindre coefficient de fécondité; celui des villes, des campagnes et de la France ne diffère pas sensiblement. Si l'on déduit une moyenne annuelle de la période de 1853-1860, (huit années), on trouve que ce coefficient est, pour la Seine, de 2.32; pour les villes, de 3.23 : pour les rnmpngnos, de 3.14; pour la France , de
3.13. Lu l'éfuiuliti' dos uiariages seraildoiic t>lus j^rancU' dans les villes ([ue dans les populations rurales. Touteibis, ce lait ne remonte qu'à un petit nombre d'années.
La moindre fécondité de la Seine pourrait bien s'expliquer par l'âge des époux, au moment du mariage. Il est certain, en effet, que cet âge est plus élevé dans la Seine et les villes ; que dans les campagnes.
Nous donnons ci-après, pour une période récente , le résultat des recherches faites sur ce point :
Ago moyen au mariago
de l'homme.
de la lemme.
ans.
mois.
ans. moi».
Seine
Villes
Campagnes
Franco
Fécondité générale.
Nous venons de voir que la fécondité légitime est plus ï^rande dans les villes et les campagnes qu'à Paris. Il importe maintenant de vérifier si la fécondité générale , •c'est-à-dire le rapport , non plus des naissances légitimes •aux mariages, mais du total des naissances aux habitants, se modifie selon le degré de l'agglomération. Voici ce que les documents ofîiciels nous apprennent sur ce point, (nombre d'habitants pour une naissance) :
Seine
Villes
Campagnes
France
On voit clairement ici que la fécondité générale est. contrairement à ce qui se passe pour la fécondité légitime, en raison directe de l'agglomération. Cette différence provient, d'aLord d'un plus grand nombre de mariages à populations égales, puis et surtout des naissances naturelles, beaucoup plus nombreuses dans les villes, et surtout à Paris, que dans les campagnes.
Dans les populations complètement stationnaires et où les décès ont lieux aux mêmes âges , le rapport des naissances totales à la population indique approximativement la longueur de la vie moyenne. Nous verrons plus loin que celle que l'on déduit, d'après la méthode de Halley, des décès par âge, s'en approche très sensiblement. Ceci admis, le tableau ci-dessus indique que c'est dans les campagnes que se trouve la plus longue vie moyenne. Les villes viennent après. Elles sont suivies à une certaine distance par le département de la Seine.
Rapport sexuel des naissances.
On a constaté de tout temps , au moins en Europe, qu'il nait un plus grand nombre de garçons que de filles. Quel est celui de nos quatre groupes de population dans lequel cette différence , (à laquelle on a donné le nom de rapport sexuel), est le plus caractérisée? Les documents officiels sont encore très précis et concluants sur ce point. Aussi, d'après une moyenne déduite de la période 1853- 1860, on trouve que, pour 100 filles, il naît 104.15 garçons dans la Seine; 104.85 dans les villes, et 106.13 dans les campagnes.
Quelques statisticiens ont crû devoir en conclure que les travaux de l'agriculture, qui ont une action si manifeste sur le développement de la force musculaire, déterminent la supériorité numérique des garçons.
D'autres ont voulu expiiquei- le phéuomène par ce double fait : que l'écart des âges entre les époux est moins grand dans les campagnes que dans les villes, et que ces âges y sont moins élevés.
Nous ne savons ce que peuvent valoir ces essais d'explication, mais le fait qui en est l'objet est certain; car on le constate dans tous les pays qui publient le relevé de leur état-civil:
Naissances naturelles.
Les agglomérations favorisant les unions illicites, le nombre des naissances naturelles doit être plus élevé dans la Seine que dans les villes et surtout que dans les campagnes. Il suffira, pour mettre ce fait en évidence, de citer les résultats de 1860, ceux des années antérieures ne présentant que des différences insignifiantes :
Naissances Enfants Enfants naturels pour
totales. naturels. 100 naissances.
Seine 58.042 15.092 26.00
Villes 244.225 27.744 11.36
Campagnes... 654.608 26.461 4.04
France 956.875 69.297 7.24
On voit que la Seine fournit , à elle seule, pour 100 naissances, au moins six fois et les villes près de trois fois plus d'enfants naturels que les campagnes. Cette situation est très défavorable sans doute, mais il ne faut pas perdre de vue que beaucoup de filles-mères des campagnes ou des petites villes viennent faire leurs couches dans les grands centres, ce qui ne permet pas de discerner la part véritable des trois groupes de population dans les naissances illégitimes que l'état-civil leur attribue. Il n'est pas moins certain que les localités voisines fournissent
bon nombre d'enfants trouvés ou abandonnés aux établissements hospitaliers des grandes villes, et que ces enfants y sont tous inscrits comme enfants naturels , bien qu'il soit notoire que quelques-uns sont nés dans le mariage.
Enfants morts-nés.
Sur une quantité donnée de naissances, il est toujours un certain nombre d'enfants qui viennent morts au monde, ou décèdent, soit pendant, soit peu après l'accouchement. Dans la langue administrative, on a donné à ces enfants le nom de morts-nés, (dénomination peu exacte en France où, sous ce titre, on comprend, en outre, les enfants morts dans les trois jours qui précèdent la déclaration de naissance). Or, on constate, depuis quelques années, une forte et régulière augmentation des morts-nés en France, malgré la diminution générale de la mortalité, et le nombre croissant, dans les petites villes et les campagnes, des sages-femmes sorties des écoles d'accouchement. Cet accroissement, que l'on a cherché à s'expliquer par des tentatives d'avortement de plus en plus fréquentes, par l'emploi de plus en plus abusif du seigle ergoté dans les accouchements, et dont la véritable cause est peut-être l'habitude que prennent les parents , sur l'incitation des organes de l'autorité , de déclarer non-seulement les morts-nés venus à terme, mais encore les produits qui n'ont que quelques mois de vie fœtale, cet accroissement, disons-nous, s'applique aux trois groupes de population que nous étudions. En 1860, le rapport des morts-nés au total des naissances , (morts-nés compris) , était , dans la Seine, de 6.87; dans les villes, de 5.25 ; dans les campagnes, de 3.88 p. 100. Ici encore , se fait sentir l'influence favorable de la vie rurale.
MortalUé.
La niurtalité, à population égale, est moindre dans les campagnes que dans les villes. En 1860, sur 100 habitants, la Seine a compté 2,53 décès; les villes, 2,50, et les campagnes, 2,00 seulement. Ge n'est que depuis quelques années seulement, que le coefficient de la Seine est presque aussi favorable que celai des villes réunies. En 1853, il était de 2.95.
La vie moyenne, déduite de calculs faits sur les tables mortuaires, (décès par âge), s'établit ainsi qu'il suit aux divers âges, et pour chacun des trois groupes :
^ges.
Ans.
Seine,
Mois.
Villes.
Ans.
Mois.
Campagnes.
Ans. Mois.
On voit que la vie moyenne aux divers âges, est plus longue dans les campagnes que dans les villes, et surtout que dans la Seine.
Les différences que présentent à ce point de vue les trois catégories de population, ne sont, d'ailleurs, très marquées que dans l'enfance ; elles s'effacent ensuite pour faire place, vers l'extrême vieillesse, presqu'à l'égalité.
En résumé :
(l) A la naissance.
l* Le degré d'agglomération des populations exerce une influence très notable sur le rapport aux habitants . a) des naissances ; b) des mariages ; c) des décès ;
2" En France, les campagnes, naguère si fécondes, ont, depuis quelques années, un peu moins d'enfants par mariage que les villes (Paris non compris); mais il est incontestable qu'elles les conservent mieux, puisque leur population s'accroît exclusivement par l'excédant des naissances sur les décès, tandis que les villes reçoivent une immigration considérable et continue. Ce résultat serait bien plus saillant encore, si l'on pouvait distraire de la mortalité des campagnes les nombreux enfants que les villes y envoient en nourrice.
3° Le rapport sexuel (supériorité numérique des garçons sur les filles à la naissance) est plus caractérisé dans les campagnes que dans les villes ;
4' Les campagnes ont, dans une très forte proportion, un moindre nombre d'enfants naturels et de morts-nés ;
5° A population égale, on se marie moins dans les campagnes, mais on s y marie plus tôt, et cependant la fécondité des mariages y est aujourd'hui inférieure à celle des villes (Paris toujours excepté).
6' Enfin, la durée de la vie moyenne, qu'on la déduise du rapport des naissances aux habitants , ou des tables mortuaires , est plus longue dans les campagnes que dans les agglomérations urbaines.
On pourrait croire que le mouvement de concentration des populations , qui s'opère si manifestement depuis quelques années en Europe , doit exercer la plus regrettable influence sur leur situation sanitaire et morale. Mais la vérité nous oblige à dire que cette influence, au moins en ce qui concerne la mortalité, ne s'est encore produite dans aucun des Etats où la population s'agglomère le plus rapidement , et notamment en France, en
Angleterre et en Belgique. Loin de là, dans ces pays, par suite d'une grande aisance générale et de toutes les circonstances favorables qui se produisent avec une civilisation progressive, la mortalité semble obéir, toutes choses égales d'ailleurs, à un mouvement de diminution assez caractérisé.
Il est, en outre, remarquable, qu'au moins en France, le rapport des naissances naturelles à la population est, depuis quelques années, à peu près invariable, et que, dans les années où les documents ojSiciels en constatent l'accroissement accidentel, il a plutôt lieu dans les campagnes que dans les villes.
9» Bel^que.
La Belgique a précédé la France dans la recherche des influences de l'agglomération sur les trois grands actes de la vie civile. Les statistiques officielles de ce pays font, en effet, remonter à 1841, la distinction entre les populations urbaines et rurales, en ce qui concerne le mouvement annuel des mariages, naissances et décès. Voici, sur ce point, les résultats de la période décennale de 1841-50.
Mariages.
Pendant cette période, le nombre moyen annuel des mariages s'est élevé, pour les communes urbaines , à 80,473, et à 209,203 pour les communes rurales. En rapportant ces nombres à la population, on constate, dans les villes, 1 mariage pour 135 habitants, et dans les campagnes, 1 pour 153.
Par état-civil, ces mariages se subdivisent comme il suit;
Garçons Garçons Veufs Veufs
el filles. et veuves. et filles, et veuves.
Total.
Villes........ 64,593 4,402 8,973 2,505 80,473
Rapport p. V°. . 80.27 5.47 11.15 3.11 100.00
Campagnes... 169,668 10,096 24,170 5,269 209,203
Rapport p. Vc. 81.10 4.83 11.55 2.52 100.00
Si l'on distingue les sexes, on trouve 85.74 mariages de garçons pour 14.26 mariages de veufs dans les villes, et 85.93 pour 14.07 dans les communes rurales. C'est, dans les villes, 1 second mariage pour 6 premiers mariages ou mariages de garçons, et dans les campagnes, 1 pour 6.1.
En ce qui concerne le sexe féminin, il y a, dans les villes, 91.42 mariages de filles, pour 8.58 mariages de veuves, et dans les campagnes, 92.65 pour 7.35. Ce qui donne 1 second mariage pour 10.6 premiers mariages dans les villes, et 1 pour 12.7 dans les communes rurales.
Il résulte de ces rapprochements ; 1' qu'en Belgique, le nombre relatif des mariages est plus grand dans les villes que dans les communes rurales ; 2" que c'est dans cellesci que les premiers mariages sont le plus nombreux, et que, dans les villes, au contraire, les veufs, et surtout les veuves, se remarient plus souvent.
Ajoutons que les mariages sont plus tardifs dans les villes, et qu'ils y ont une moindre durée.
Naissances, De 1841 à 1850, le nombre des enfants nés vivants s'est subdivisé comme il suit, entre les villes et les communes rurales :
Villes.
Sexe Sexe Les deux
masculin. féminin. sexes.
Enfants légitimes 152,625 145,992 298,617
Enfants naturels 251 ,81 24,399 49,58(1
Total 177.806 170.391 348.19'
Campagnes.
Sexe Sexe Les deux
masculin. féminin. sexes.
Enfants légitimes 464,925 439,487 904,412
Enfants naturels 23,752 23,320 47,072
Total 488,677 462,807 951,484
Le nombre relatif des naissances est, dans les villes, de 1 sur 31 habitants, et dans les communes rurales, de 1 sur 34. Dans les premières, on compte 3.7 enfants légitimes par mariage ; dans les dernières, 4.3.
De ces documents, il résulte que si, la fécondité générale est supérieure dans les villes, il n'en est pas de même de la fécondité des mariages. Ce fait s'explique par le moins grand nombre de mariages et d'enfants naturels dans les communes rurales. On compte, en effet, dans les villes, 1 enfant naturel pour 6 légitimes, et dans les communes rurales, 1 pour 29 seulement.
La prédominance masculine est plus marquée dans les naissances des communes rurales, où l'on trouve 105.6 naissances de garçons pour 100 naissances de filles, que dans les villes, où le premier rapport n'est que de 104.3.
Pendant la même période, le nombre des morts-nés s'est élevé, dans les villes, à 21,261, et à 35,573 dans les campagnes. Il en résulte que, pour 100 naissances, il y a eu 5.8 morts-nés dans les villes, et 3.6 seulement dans les campagnes.
Décès.
Le nombre moyen des décès s'est élevé, pour les villes, à 304,476, soit 1 sur 35 habitants, et pour les campagnes, à 376,021, oui sur 43.6.
Ainsi que les naissances , les décès sont beaucoup plus
nombreux dans les villes que dans les communes rurales. Pour 100 naissances, les villes accusent 87 décès, et les campagnes, 77 seulement.
3° Royaume D'Italie.
L'Italie, pays catholique comme la Belgique et la France, paraîtrait devoir présenter les plus grandes affinités avec ces deux pays, au point de vue du mouvement annuel de la population dans les villes et les campagnes. Il n'en est point ainsi. Il est vrai que les documents officiels afférents au nouvel Etat, ne sont complets que pour l'année 1863. Toutefois, cette année n'ayant été signalée par aucun fléau , épidémie, cherté, guerre, crise industrielle, peut être considérée comme ordinaire ou régulière.
Mariages.
En 1863, on a relevé, dans le nouveau royaume d'Italie, 51,676 mariages dans les villes, ou 0.74 pour 100 habitants, (0.79, en 1862], et 127,460 dans les campagnes, ou 0.85 (0.82, en 1862). Les mariages ruraux ont donc été plus nombreux, à population égale, que les mariages urbains. Nous avons constaté le fait contraire en France et en Belgique. Mais il importe de rappeler que la population urbaine et rurale n'est pas déterminée d'après les mêmes bases, en Italie, que dans ces deux derniers Etats. En France, les docTiments officiels considèrent comme rurales, ainsi que nous l'avons vu, les populations totales des communes qui ne comptent pas 2,000 habitants agglomérés. En Belgique, le caractère urbain des communes résulte, avant tout, d'une déclaration de la loi ; mais on peut dire que ce caractère a été quelquefois attribué à des localités d'une très faible importance. En Italie , toutes les communes de moins de 6,000 habi-
tants étant considérées comme rurales, un assez grand nombre de petites villes figurent dans une catégorie qui ne devrait comprendre, autant que possible, que des pcpulations agricoles.
Naissances.
En 1863, 274,233 naissances ont été enregistrées dans les villes, (4.07 pour 100 habitants) , et 588,157, dans les campagnes, (3.99 pour 100). La fécondité générale a donc été plus considérable dans les villes que dans les campagnes. Nous avons constaté le même fait , quoique peutêtre moins accentué, en France et en Belgique. Gomme dans ces deux pays , la prédominance masculine à la naissance (rapport sexuel) est plus caractérisée dans les campagnes (106.76 garçons pour 100 filles), que dans les villes (104.33).
Il a été enregistré, la même année, 246,550 naissances légitimes dans les villes, (4.83 par mariage), et 573,336 dans les campagnes, (4.59). Ici, à la différence de la France et de la Belgique , la fécondité légitime est plus grande dans les villes que dans les campagnes.
Sur 100 naissances totales, 89.91 dans les villes, et 97.50 dans les campagnes, étaient légitimes. Ainsi, en Italie également, les populations rurales ont moins de naissances naturelles que les autres.
Sur 100 naissances, on a compté 2.19 morts-nés dans les villes, et 2.06 dans les campagnes. L'écart est plus considérable en France et en Belgique. Sur 100 mortsnés, 5.65 étaient naturels dans les villes , et seulement 2.31 dans les campagnes.
Décès.
Enfin, sur 100 habitants, les villes ont eu 3.24 et les campagnes seulement 3.08 décès. Quant au nombre des
décès pour 100 naissances, il a été de 81 dans les premières et de 79 dans les secondes. Celles-ci s'accroissent donc plus rapidement par l'excédant des naissances sur les décès.
40 Prusse.
Mariages.
En Prusse, le nombre d'habitants pour 1 mariage dans les villes et les campagnes, a varié ainsi qu'il suit à diverses époques :
Villes 113.05 97.48 102.89 121.84 108.84
Campagnes. 108.42 106.59 110.39 123.53 104.65
Les oscillations sont ici trop nombreuses pour que le degré de fréquence du mariage dans les deux populations puisse être nettement déterminé. On peut croire cependant qu'il est plus élevé dans les campagnes, puisque les recensements y ont toujours constaté plus de mariés que dans les villes. Il est vrai que la durée moyenne des mariages peut y être plus grande.
. , Habitants pour 1 couple marié,
de recensement. viiie^ Campagnes.'
Naissances.
La fécondité des mariages a différé ainsi qu'il suit, en 1858, dans les deux populations :
Villes. Campagne*.
Enfants pour 1 mariage 3.72 4.01
Naissances paur 100 femmes mariées. 21.92 23.03
La fécondité générale est moindre, en Prusse , dans les villes que dans les campagnes.
Villes. Campagnes.
Habitants pour 1 naissance. À
Gomme partout ailleurs, les campagnes ont un moindre nombre de naissances naturelles.
Villes. Campagnes.
Naissances totales pour 1 nais-J 1856. ,. 9.7 10.8
sance naturelle f 1858. . . 12.9 15.2
Sur 100 naissances totales, on compte, en Prusse, 4,66 morts-nés dans les campagnes et 8 environ dans les villes.
Décès.
La mortalité moyenne, déduite des mêmes années, a été de 2.89 pour 100 habitants dans les villes et de 2.88 dans les campagnes. La différence est peu sensible. Mais la mortalité des morts-nés et des enfants de 0 à 1 an réunis a été moindre dans les campagnes (22.6 pour 100 contre 24.6). Ce résultat est d'autant plus remarquable, que les campagnes ont une fécondité générale et légitime plus élevée, et que la mortalité est en raison de la fécondité.
Les faits qui précèdent sont communs à presque toute l'Allemagne du nord et du midi.
Aptitude militaire.
Les documents saxons mettent en lumière un renseignement plein d'intérêt que ne fournissent pas les anfros
statistiques officielles : c'est la différence d'aptitude militaire dans les villes et les campagnes. En voici Texpression numérique d'après une moyenne déduite de 4 années (1852-54) et prise pour 100 recrues examinées.
Bons poulie service.
Moins bons.
Impropres au service.
Total.
Campagnes . . 26 . 57 Villes....... 19.73
L'avantage est sensible au profit des campagnes.
S° Ang^leterre.
En Angleterre, la mortalité des localités urbaines est plus élevée que celle des districts où domine l'élément agricole. Ainsi, on a enregistré 2.62 décès pour 100 habitants de 1846 à 1855, et 2.37 en 1856. dans les paroisses urbaines, et 2.02 puis 1.77 dans les paroisses rurales.
Le tableau ci-après résume, pour l'Ecosse, le mouvement de la population pour 100 habitants dans les campagnes et les villes :
Districts ruraux.
Villes.
Aunes.
Naissances.
Décès-
Mariages.
Naissances.
Décos.
Mariages.
Il résulte de ces données numériques qu'en Ecosse, les mariages sont plus nombreux, la fécondité générale plus
grande, mais aussi la mortalité plus élevée dans les villes gue dans les districts ruraux.
Les documents officiels révèlent une particularité qui ne se produit très-probablement que dans ce pays, c'est le fait d'un plus grand nombre de naissances naturelles dans les campagnes. Voici les résultats, sur ce point, du relevé de l'état civil de 1856 à 1862 (naissances naturelles pour 100 naissances totales) :
Villes. Campagnes.
Le directeur de l'état civil attribue ce résultat au moindre nombre relatif de femmes mariées dans les campagnes.
60 Suède.
La Suède est un des états européens qui, dans ses publications officielles sur le mouvement annuel de la population, distingue avec le plus de soin et jusque dans les moindres détails, les villes des campagnes.
Mariages.
De 1850 à 1855, le rapport moyen des mariages à la population a été de 1 pour 138 habitants dans les campagnes et pour 130 dans les villes. Nous retrouvons ici le phénomène d'une moindre fréquence du mariage dans les campagnes. A Stockholm , le coefficient descend à 1 pour 118. Les mariages diffèrent ainsi qu'il suit, selon les lieux, en ce qui concerne l'état civil des époux :
Entre garçons et î
Entre veufs et
Campagnes. Villes. Stockholm.
filles.... 84.68 84.84 83.50
veuves.. 4.48 4.76 5.86
filles.... 8.75 8.53 8.61
veuves.. 2.09 1.87 2.03
Total 100.00 100.00 100.00
Il résulte de ces données que le nombre des mariages primipares (entre garçons et filles) pour 1 mariage non primipare ou palingame, est de 5.5 dans les campagnes, de 5.6 dans les villes et de 5.0 à Stockholm.
Si l'on rapproche les mariages primipares des autres, au point de vue des sexes, on a les rapports ci-après :
Nombre de mariages primipares pour 1 mariage non primipare.
Sexe, asculin. Féminin.
Campagnes 8.2 14.2
\^illes 8.6 14.1
Stockholm. ... 8.4 11.7
Ainsi rhomme se remarie plus fréquemment que la femme. Lorsque celle-ci contracte un nouyeau mariage, l'homme en contracte 1.7 dans les campagnes, 1.6 dans les villes et 1.4 à Stockholm. C'est dans cette ville que l'écart est le moins sensible entre les deux sexes.
En Suède, la femme se marie plus tard dans les campagnes (22 ans) que dans les villes (18 ans) et surtout à Stockholm (16 ans).
Naissances.
La fécondité générale est plus forte à Stockholm que dans le reste du pays. La différence est due à un plus grand
nombre d'enfants naturels, comme nous le verrons plus loin. Mais recherchons d'abord si, comme pour les autres pays, le rapport sexuel (garçons pour 100 filles) varie selon les lieux et selon l'état-civil des enfants.
^°'*°»« Naissances
légitimes. Naturels. ioloiw.
Campagnes 105.13 104.18 105.06
Villes 105.23 102.19 104.65
Stockholm 103.55 105.76 104.55
Total.... 105.11 104.11 105.02
La prépondérance des garçons est plus marquée dans les campagnes, puis dans les villes, qu'à Stockholm. C'est la confirmation d'une observation de même nature en France, en Belgique et en Italie. On voit, en outre, que, sauf à Stockholm, le rapport sexuel est plus élevé dans les naissances légitimes que dans les autres.
L'état civil des enfants varie, d'après les lieux, dans les proportions ci-après :
Enfants légitimes Enfants naturels,
pour 1 enfant naturel, pour 100 naissances.
Campagnes. 12.56 7.37
Villes 4.13 19.48
Stockholm.. 1.20 45.32
Ainsi, Stockholm a 6 fois plus d'enfants naturels que les campagnes, et celles-ci 3 fois moins que l'ensemble des villes.
Le rapport des naissances naturelles au total des naissances s'est accru à peu près sans relâche de 1816 à 1855. En 1816-20, on en avait compté 36.9 pour 100 naissances à Stockholm, 15.16 dans les villes et 5.71 dans les campagnes; en 1851-55, ces rapports ont respectivement été de 45.3, 19.48 et 7.37.
Morts-nés.
Les inorts-nés sont relativement plus nombreux dans les villes et surtout à Stockholm.
Morls-nés. Morts-nés par 100 naissances pour 100 naissanceir. ^j^^j^i^eT''^;!^^
Campagnes. 3.08 2.94 4.71
Villes 3.97 3.57 5.60
Stockholm.. 5.83 4.41 6.64
La situation des campagnes est ici doublement favorable , en ce sens qu'elles ont moins de morts-nés, à nombre égal de naissances totales, et à la fois pour un nombre égal de naissances légitimes et de naissances naturelles.
Nous avons vu que la fécondité générale était plus élevée à Stockholm que dans les autres villes et les campagnes, et nous avons expliqué ce fait surtout par la prédominance des naissances naturelles. Le tableau ci-après confirme cette interprétation en montrant que la fécondité légitime est plus faible à Stockholm que dans les autres locahtés.
Enfanta pour 1 mariage.
Campagnes 4. 07
Villes 3.13
Stockholm 2.21
L'influence de l'agglomération sur la fécondité légitime est ici très visible.
Décès.
Le taux mortuaire des campagnes est sensiblement moins élevé que celui des villes ; la différence est même plus grande que dans les autres pays que nous avons étudiés â ce point de vue. Voici les documents officiels :
Habitants pour 1 décès.
Campagnes . . .
Villes
Stockolmh . . .
Pour un norobre égal de naissances, les décès varient dans les proportions ci-après pour les mêmes populations :
Décès pour 100 naissances.
Campagnes 63 . 75
Villes 96.88
Stockholm 131.09
Ainsi, c'est dans les campagnes que la population s'accroît le plus rapidement par l'excédant des naissances. A Stockholm, elle diminuerait assez sensiblement sans les ressources de l'immigration.
Nous donnerons plus loin un tableau de la durée moyenne de la vie dans les villes et les campagnes en Suède. On y verra qu'elle est plus longue à tous les âges pour les populations rurales.
K^ Documents commuiis à plusieurs pays.
M. le professeur Vappœus (Allgemeine Bevolkerungs Statistik, Leipsick 1859^ a récapitulé, dans une série de tableaux que nous croyons devoir reproduire, le mouvement de l'état civil des campagnes et des villes pour un assez grand nombre de pays.
Fécondité générale.
Habitants pour 1 naissance.
Villes. Campagnes.
France J853-54 32.74 39.19
Hollande...... 1850-54 27.11 28.70
Belgique 1851-55 29.47 33.52
Suède 1851-55 30.82 30.41
Danemark 1850-54 28.73 30.29
Wurtemberg... 1843-42 24.74 24.67
Saxe 1846-49 24.44 24.58
Hanovre 1854-55 32.86 31.52
Prusse 1849 24.79 22.80
Angleterre 1850-59 30.00 34.00
Des données de ce tableau (qui diffèrent sur quelques points des résultats de nos recherches personnelles), il est permis de conclure qu'à peu d'exceptions près, la fécondité générale est plus grande dans les villes. Nous avions déjà constaté le même fait, en l'expliquant par le double fait de la supériorité numérique des naissances naturelles et d'un plus grand nombre de mariages, quoique moins féconds, dans les populations urbaines.
Fécondité légitime.
Enfants par mariage.
Campagnes. Villes.
France. ...
Hollande..
Belgique . .
Suède
Danemark Schleswig , Holstein...
Saxe
Hanovre. . , Prusse . . . ,
Sauf en Saxe (où l'installation de l'industrie dans les campagnes y modifie assez profondément les phénomènes ordinaires du mouvement de l'état civil), et en France, dans ces dernières années, la fécondité légitime des populations rurales est partout plus grande que celle des populations urbaines.
Fécondité naturelle.
Naissances illégitimes
pour 100 naissances totales.
Villes.
Campagnes.
France
Hollande
Belgique 14.49
Suède
Danemark
Schleswig
Holstein
Saxe
Hanovre
Prusse
Les villes ont partout plus de naissances naturelles. Il ne faudrait pas en attribuer exclusivement la cause à un plus grand relâchement des mœurs dans les villes. Il est certain que beaucoup de filles-mères des campagnes vont y cacher leur faute , et, d'un autre côté, dans les pays catholiques qui ont conservé l'admission secrète des enfants abandonnés aux hospices spéciaux , une partie de ces enfants appartient aux populations rurales. Il importe, en outre, de ne pas perdre de vue que le mariage a lieu à un âge moins avancé dans les campagnes que dans les villes , circonstance essentiellement préventive de la for-
y mation des unions illégitimes.
Rapport sexuel dans les naissances.
Garçons pour 100 filles.
Villes. Campagnes.
France 105.06 106.75
Prusse 105. 31 105.95
Belgique 104.51 105.57
Hanovre 107.73 106.72
Hollande 107.73 106.72
Sardaigne 105.32 105.20
Saxe 106.60 106.57
Danemark 105.73 106.19
Wurtemberg 106.23 107.18 '
Suède 104.62 105.06
Sauf dans les anciens Etats Sardes, où les populations étaient faiblement agglomérées, à l'époque à laquelle remonte le document qui les concerne (1836), et le sont encore fort peu de nos jours, et en Saxe, les campagnes voient naître plus de garçons, à nombre égal de filles, que les villes. Rappelons que de nombreuses tentatives d'explication de ce phénomène ont vu le jour et que des deux' plus dignes d'attention, selon nous, l'une l'attribue à une plus grande aptitude physique, à une plus grande vigueur corporelle, à un plus grand développement de la force musculaire dans les populations rurales ; l'autre, à ce fait, qu'on s'y marie plus tôt que dans les villes.
Mortalité générale.
Habitants pour 1 décès.
Villes. Campagnes.
France :... 31.51 42.21
Hollande : . . . 35.55 43.03
Belgique 34.35 * 44.31
Suède ^ 28.95 ' "46.86
Habitants pour 1 déce&.
Villes. Campagnes.
Danemark 37.41 49.77
Wurtemberg 30.06 33.34
Saxe 31.10 34.70
Hanovre 38.52 41.17
Prusse 27.97 34.46
Angleterre 37.44 54.34
L'avantage au profit des campagnes, en ce qui ccmcerne la mortalité, est considérable, et il se produit indistinctement dans tous les pays , mais surtout dans les Etats du liord de l'Europe (Hollande , Belgique , Angleterre , Suède et Danemark], où la situation économique des classes rurales parait être particulièrement satisfaisante.
Cette moindre mortalité des campagnes se produit même aux plus jeunes âges , c'est-à-dire qu'à nombre égal de naissances, les campagnes conservent mieux leurs enfants que les villes. C'est ce qui résulte du tableau ciaprès, également emprunté à M. le docteur Vappœus :
Mortalité des enfants de 0 à b ans.
Pour 100 vivants Villes. Campagnw.
France 35.69 28.56
Hollande 36.25 28 90
Suède 38.86 24.50
Danemark 29.66 22.68
Schleswig 27.42 23. 42
Holstein. 29.92 25.29
Saxe 39.88 36.22
Hanovre 28.70 26. 47
Prusse..... 36,02 29.47
Vie moyenne et probable.
Aux documents que nous venons d'emprunter à M. le professeur Vappœus , joignons quelques observations , personnelles ou empruntées à divers savants, sur la durée de la vie moyenne et probable, dans les villes et les campagnes.
Nous avons établi qu'en France , la durée de la vie moyenne est plus élevée, à tous les âges , dans les campagnes. Un calcul analogue nous a conduit à la même démonstration en ce qui concerne la Belgique, la Hollande et la Suède. Mais le tableau qui en contient les éléments est trop considérable, pour pouvoir être reproduit ici.
M. Neison {Contributions to vital staiistics, — Londres, 1857) a déterminé la vie probable, aux âges de 10 à 70 ans, des membres d'un grand nombre de sociétés de secours mutuels, selon qu'ils habitent les villes, les campagnes et les grandes villes. Voici les résultats de ses calculs :
Excédant au profit des campagnes par rapport aux
Ages. Villes. Campagnes. Grandes villes. Villes. Grandes Tilles.
Ans. Ans. Ans. Ans. Ans.
Rappelons enfin , à ce sujet , qu'un statisticien très ancien, Siissmilch, évaluait, vers le milieu du dernier siècle, le taux mortuaire à 1 sur 40, dans les communes rurales, à 1 sur 32, dans les petites villes, à 1 sur 28, dans les grandes, à 1 sur 25, dans les très grandes. {Die gottliche ordnung, 3' édition, Berlin 1775. Voir notamment le
chap. 2, ayant pour titre : De Vordre divin dans les décès, et du rapport de ces décès aux vivants^ dans les villes et les campagnes^ pendant les années communes et ordinaires. Page 65).
Cette plus grande aptitude physique , cette plus forte virilité des populations rurales a été , au surplus , reconnue de tous les temps. « Fortissimi viri et milites strenuissimi ex agricolis gignuntur, » dit Porcins Cato, (Re rusticâj chap, 1). Et il ajoutait: « Minime mala cogitantes », leur attribuant, en outre, le don précieux du bon sens.
Sully, combattant la pensée d'introduire l'industrie de la soie dans les campagnes, écrivait à Henri IV : « On a remarqué de tout temps que les meilleurs soldats se tirent de ces familles de laboureurs et d'artisans nerveux ; substituez-y des hommes qui ne connaissent qu'un travail que des enfants peuvent faire, vous ne les trouverez plus propres pour Part militaire, qui' demande une constitution faite, entretenue par un travail propre à nourrir toutes les forces du corps... » {Mém. de Max. de Béthune^ duc de Sully.— Londres 1747) .
Les documents qui précèdent peuvent se résumer ainsi qu'il suit :
1° On se marie à un âge moins avancé dans les campapagnes que dans les villes ;
2° Par suite, les naissances légitimes y sont plus nombreuses, et les naissances naturelles plus rares ;
3° Le rapport sexuel (garçons pour 100 filles à la naissance) est plus caractérisé dans les campagnes ;
4" Enfin, la mortalité y est moindre à tous les âges. Cette plus grande longévité serait plus sensible encore, si, d'une part, les villes n'envoyaient en nourrice dans les campagnes beaucoup de nouveau-nés d'inie viabilité douteuse; et si, de l'autre, beaucoup d'adultes des deux
sexes, (qui ne donnent, comme on sait, qu'un petit nombre relatif de décès) , ne quittaient les champs , pour se rendre dans les centres industriels..
Cette supériorité de vitalité dans les populations rurales, s'explique d'abord par une constitution héréditaire plus robuste, puis, par une grande simplicité, une plus grande frugalité dans l'alimentation, par l'absence d'excès de toute nature, par la régularité des habitudes, par l'allaitement des enfants avec le lait maternel ; mais surtout, et avant tout, par le travail en plein air.
Combien cette situation serait-elle plus favorable encore, si les améliorations suivantes pouvaient être introduites dans l'hygiène des campagnes. Nous prendrons la France, par exemple.
D'après les statistiques officielles, il existait encore, en 1860, sur notre sol, 400,000 hectares de marais, source d'infection pour les localités voisines. Dans cette superficie n'est pas comprise celle: T des étangs mal entretenus, insuffisamment alimentés, et qui prennent, en été, le caractère de véritables marais; 2° des innombrables mares, que les habitants des campagnes entretiennent dans les cours, ou dans l'extrême voisinage des habitations, soit pour abreuver le bétail, soit pour le lavage du linge, et qui ne contiennent le plus souvent que de l'eau de pluie. Ces mares sont, pendant la saison chaude, un foyer d'émanations fétides.
On peut évaluer à plusieurs millions d'hectares la quantité de terres imperméables non drainées, où les fièvres intermittentes régnent pendant une notable partie de l'année, et où les épidémies de toute nature sévissent avec plus d'intensité que partout ailleurs.
Nous signalerons encore, dans les campagnes, les causes d'insalubrité ci-après : la mauvaise construction des habitations, surtout en ce qui concerne les moyens de ventila-
tion ; l'entassement des membres de la famille dans des pièces étroites, souvent humides, et qui, quelquefois, abritent en même temps des animaux ; l'absence des soins de propreté le plus indispensables ; les dépôts de fumier et de débris de toute nature aux portes ou sous les fenêtres de l'habitation; l'insuffisance de l'alimentation résultant, dans un grand nombre de cas, non de la nécessité, mais d'économies excessives; la qualité trop souvent défectueuse des eaux ; les imprudences commises dans le régime habituel (exposition' prolongée au soleil, passage subit d'un air chaud à un air froid, etc., etc).
Notons encore l'appel toujours tardif du médecin en cas de maladies ; de coupables lésineries dans Tachât des médicaments ; des fautes graves dans la manière de les administrer; Poubli, sous l'influence souvent d'une tendresse aveugle, des prescriptions de l'homme de l'art, sur le régime à faire suivre au malade.
Signalons aussi l'absence , presque générale dans les campagnes, d'un service médical gratuit à domicile pour les indigents, ainsi que l'insuffisance de l'assistance hospitalière, la circonscription du plus grand nombre des hôpitaux (tous placés dans les villes), ne comprenant, par l,a volonté des fondateurs ou par défaut de ressources, qu'un très petit nombre de communes rurales.
Enfin, il importe de mentionner les travaux souvent excessifs du paysan, combinés avec une alimentation insuffisante, ainsi que la part, de plus en plus considérable, par suite de la rareté croissante de la main-d'œuvre, des femmes à ces travaux, auxquels répugne leur délicate organisation.
On sait d'ailleurs, combien sont tardives et limitées les ressources de la charité publique et privée dans les campagnes en caï> de disette ou d'épidémie.