‹ Du progrès des agglomérations urbaines et de l'émigration rurale en Europe et particulièrement en FranceChapitre 17 sur 42 · CAUSES ACCIDENTELLES · texte numérisé non relu

CAUSES ACCIDENTELLES

Ces causes se subdivisent, à leur tour, en générales et locales. La cherté (exceptionnelle par sa durée et son intensité) qui a sévi, en France, de 1853 à 1858, et a déterminé des émigrations considérables à l'intérieur (1), ainsi qu'un accroissement assez sensible de l'émigration extérieure, peut donner une idée des premières. Il est certain (et nous l'avons établi dans la première partie de ce travail, avec les documents officiels) que, dans cette période, le progrès des agglomérations urbaines a été très-sensible, et que la proportion de leur accroissement s'est

(1) On lit ce qui suit dens une lettre du président de la Commission de Statistique du canton de Malzieu (Lozère), du 20 novembre 1856.

« D'après le dénombrement de 1856 , le nombre des habitants du canton de Malzieu est de 4,911. Dès 1855, une portion de ces habitants, pressée par la faim, a émigré dans le Gard, l'Hérault, le Cantal et principalement dans les usines d'Alais. Un très-petit nombre est revenu cette année (1856), et il a suffi pour que la récolte ait pu être enlevée sans le secours de bras étrangers. Après sept mois de séjour, poussé par le même besoin, besoin encore plus impérieux qu'en 1855, cette même portion des habitants est repartie pour les mêmes lieux avec de nombreuses recrues. »

affaiblie à partir de la période d'abondance. Les résultats du recensement de la population de 1861 attestent, en effet, le retour dans leur foyer d'un grand nombre de journaliers agricoles dont celui de 1856 avait signalé l'absence.

Il n'est pas douteux, par exemple, que, si l'oïdium eût persisté et déterminé l'abandon partiel ou total de la culture viticole, une grande partie de la population qu'elle fait vivre eût dû aller chercher ailleurs, et très-probablement dans l'industrie, les moyens d'existence qu'elle aurait ainsi perdus.

Il est certain que la maladie du ver-à-soie, en réduisant des deux tiers une industrie qui occupait une notable partie de la population agricole de nos départements du Midi, y a déterminé une forte émigration rurale, et que si le remède était enfin trouvé, une grande partie des émigrés reviendrait au pays d'origine, qu'ils n'ont trèsprobablement quitté qu'avec un vif sentiment de regret (1).

" La longue persistance de la maladie de la pomme de terre, telle que, pendant quelques années, le précieux tubercule n'a pu être cultivé que dans les terrains sablonneux, a aggravé, dans quelques parties de la France, les conditions de la culture an point de déterminer un certain nombre de fermiers et métayers à quitter leur exploitation, pour chercher des moyens d'existence dans les villes. On peut croire que si la période de bas prix, qui s'est prolongée de 1862 à 1866 en ce qui concerne les céréales, n'ejit pas fait place au renchérissement de 1867, provo-

(1) « La non réussite, depuis plusieurs années, de la récolte des cocons, qui constituait une des principales ressources de la population agricole et même d'une partie de la population ouvrière, a déterminé d'assez fortes émigrations. » (Observations du préfet de Vaucluse sur les résultats du recensement de 1861 dans son département.)

que par la médiocrité de la récolte de 1866, on devait voir les cultures qui exigent le moins de main d'œuvre, comme les cultures fourragères, se substituer aux assolements actuels, et un grand nombre de journaliers agricoles émigré r par le fait de cette substitution.

Si la guerre d'Orient eût continué, si la lutte s'était généralisée en Europe, et, par suite, si les recrutements extraordinaires de 1854-55 avaient pris une sorte de permanence, il est évident que la dépopulation rurale eût fait des progrès que le retour de la paix a heureusement arrêtés.

Voilà pour les causes générales accidentelles.

Quant aux causes locales du même caractère, elles sont si nombreuses et si diverses, que nous ne saurions avoii* la prétention de les énumérer. Nous nous bornerons à citer, comme exemple, les faits suivants que nous avons extraits d'une communication de M. le président de la "Commission de statistique du canton de Saint-Valery-en- Gaux : « Depuis une dixaine d'années, un millier d'individus ont quitté notre canton. Le chef-lieu en a fourni environ la moitié, et cette moitié comprend un très-grand nombre de familles de marins. Leur attachement pour le pays était très-grand ; mais les mauvaises pêches, l'absence de l'esprit d'association et d'autres circonstances ont amené la décadence, dans notre port, de cette vigoureuse population.... Mais j'estime que ce mouvement a cessé. La création de parcs à huitres, l'importance toujours croissante de notre étabhssement de bains de mer, me paraissent de nature à accroître les ressources des habitants et à les retenir dans le pays.... En ce qui concerne nos populations rurales, l'émigration a eu lieu surtout parmi les tisserands et les journaliers agricoles.... Pendant ces dernières années, l'industrie de la rouennerie, qui occupe nos tisserands, ayant subi d'assez rudes épreuves, il en est

résulté de fréquents chômages et une baisse de salaire qui ont décidé un grand nombre d'ouvriers à quitter le canton... Le surplus de l'émigration se compose de journaliers agricoles, puis de domestiques, enfin d'individus exerçant dans les campagnes des professions manuelles (23 novembre 1858)-. » Ainsi, la décadence, accidentelle ou permanente,^de la pèche côtière, par l'épuisement de la mer, ou la libre entrée du poisson étranger, la concurrence faite à des industries rurales par de grands établissements marchant à la vapeur, ou l'abandon, soit définitif soit momentané, de produits fabriqués à la campagne, ont déterminé, en Normandie, des émigrations qui se sont probablement produites, sous l'influence de circonstances analogues, dans d'autres parties de la France.

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