AMÉLIORATIONS DU SORT DES POPULATIONS RURALES
Certes, s'il était possible de retenir à la vie des champs, par le seul stimulant de leur intérêt, les populations rurales, il ne faudrait pas chercher ailleurs la solution du problème.
Mais comment leur situation peut-elle être améliorée de manière à les dissuader de l'émigration ? L'Etat, le département, la commune, les associations, les particuliers peuvent-ils beaucoup pour elles? Nous avons des doutes sérieux sur ce point. Cependant, il importe d'examiner ce qui a été tenté dans ce sens, et de rechercher si des pas nouveaux et plus décisifs ne pourraient pas être faits dans la même voie.
§ L Etablissements de bienfaisance.
Ces établissements font défaut dans le plus grand nombre des communes rurales et c'est avec de grandes difli-
cultes que leurs habitants peuvent être admis dans les hôpitaux des villes, dont l'action bienfaisante est limitée, soit par la volonté des fondateurs, soit par l'insuffisance des ressources, aux indigents de la circonscription urbaine. Le transport des malades domiciliés à une distance considérable de la ville, n'est pas, d'ailleurs, sans inconvénients et même sans périls. D'un autre côté, l'assistance médicale libre, exigeant le déplacement toujours coûteux du médecin des villes, constitue une lourde charge pour l'habitant des campagnes, charge qu'aggrave la nécessité d'aller acheter au loin et à des prix très élevés, faute de concurrence, les médicaments prescrits.
Que faire pour atténuer cette inégalité de situation entre les deux populations , par suite de laquelle une portion notable des habitants des campagnes meurt sans aucune assistance médicale?
En France, le gouvernement s'est préoccupé de cet intérêt et n'ayant pu, jusqu'à ce jour, organiser, aux frais de l'État, à l'imitation de quelques pays allemands, un service sanitaire gratuit, il a invité les départements à inscrire à leurs budgets un fonds de subventions destinées aux médecins qui conseatiraient à s'en charger. Il n'est pas sans intérêt de connaître les résultats de cette tentative, et nous ne pouvons mieux faire, dans ce but, que de reproduire ci-après les principaux passages du rapport adressé, le 24 avril 1867, par le ministre de l'intérieur à l'Empereur.
<.< Au commencement de son règne, Votre Majesté fut frappée de l'inégalité qui existait, au point de vue de l'assistance médicale, entre l'ouvrier des villes et l'ouvrier des campagnes. Tandis que les villes sont généralement dotées d'institutions charitables où le malade indigent trouve les secours qui lui sont nécessaires, l'ouvrier des champs était souvent exposé à souffrir, isolé, sans médecin, sans remède.
« L'Empereur, dans sa sollicitude pour les populations rurales, a voulu qu'on atténuât, autant que possible, un pareil état de choses, contraire aux principes de charité et de justice. Dans ce but, l'administration supérieure a fait tous ses efforts pour encourager dans les départements la création d'un service de médecine gratuite en faveur des populations rurales. L'attention des préfets et l'intérêt des Conseils généraux ont été appelés d'une manière toute spéciale sur l'utilité que présentait une institution qui devait améliorer notablement le sort des indigents des campagnes.
(( Plusieurs modes d'assitance ont été essayés; mais l'organisation qui a paru la plus complète, est celle des médecins cantonaux, appliquée déjà avec succès sur plusieurs points de la France, et notamment dans le Loiret.
« Voici les bases de l'organisation adoptée dans ce département.
« Le service de chaque circonscription, composée d'un nombre de communes variant suivant l'importance de la population, est confié à un médecin désigné par le préfet.
« Chaque année, le bureau de bienfaisance de la commune, ou lorsqu'il n'en existe pas, une Commission composée dn maire, de l'adjoint et du curé, dresse, en présence du médecin, la liste des indigents qui seront appelés à jouir des bienfaits de la médecine gratuite. Cette liste est ensuite soumise à l'approbation du Conseil municipal.
« Le médecin cantonal traite à domicile, sur la demande du maire, ou, à son défaut, d'un membre de la Commission communale, les indigents portés sur la liste. Dans les cas urgents, il peut être appelé directement par le malade ou par sa famille, sans autre formalité que la présentation de la carte délivrée à chacun des indigents.
« Les médecins visitent et soignent également les enfants trouvés, abandonnés, orphelins, les vieillards et infirmes placés dans les familles au compte du département. Outre les soins que peuvent venir réclamer auprès d'eux les malades indigents de leur circonscription en état de se transporter à leur domicile, les médecins cantonaux donnent, au moins une fois par se-
maine, des consultations gratuites. Enfin ils doivent, chaque année, adresser au préfet un rapport qui constate les résultats de leur service.
« Les médecins cantonaux sont indemnisés de leurs frais de déplacement. Chacun d'eux reçoit annuellement une allocation proportionnée tant à l'étendue de la circonscription qu'au nombre des indigents, enfants et vieillards qu'il est chargé de visier; en outre, lorsque les ressources le permettent, des primes sont données à ceux qui se sont distingués par leur zèle.
« Les médicaments sont fournis par un pharmacien domicilié dans la circonscription, ou par le médecin, s'il n'existe pas d'officine à une distance de quatre kilomètres du domicile du malade.
tt Toutes les communes sont pourvues d'un mobilier médical se composant de linge, baignoires et objets de première nécessité. Ce mobilier est mis en dépôt soit à la cure, soit à la maison d'école, soit dans les établissements de sœurs et il est prêté sur l'autorisation du médecin.
« L'administration supérieure a apprécié les avantages que présentait cette organisation, et elle en a conseillé l'adoption. Mais la mission du gouvernement était plutôt d'indiquer le bien à réaliser que de prescrire une forme absolue pour l'accomplir. Aussi, les Conseils généraux ont-ils été libres de choisir le système qui leur paraissait le mieux répondre aux habitudes des populations.
« La plupart des départements qui ont fondé un service de médecine gratuite en faveur des indigents des campagnes ont adopté en principe le système qui leur était recommandé, en y apportant, toutefois, quelques modifications dans l'application.
« Aujourd'hui 48 départements possèdent des institutions de ce genre.
Ces départements sont les suivants :
Aisne.
Ariège.
Corse.
Allier.
Aude.
Creuse.
Alpes (Basses).
Aveyron.
Doubs.
Alpes (Hautes).
Bouchcs-du-Rhône.
Drôme.
Ardennes.
Cher.
Garonne (Haute)
Gers. Loiret. Rhin (Bas).
Gironde. Lot. Rhin (Haut).
Hérault. Maine-et-Loire. Saône-et-Loire.
Ille-et-Vilaine. Marne. Sarthe.
Indre. Meurthe. Savoie (Haute).
Indre-et-Loire. Meuse. Seine-et-Oise.
Isère. Moselle. Sèvres (Deux).
Jura. Nièvre. Somme,
Landes. Oise. Tarn.
Loire. Pas-de-Calais. Tarn-et-Garonne.
Loire-Inférieure. Pyrénées (Basses). Vaucluse.
« Si l'organisation de ce service varie suivant les besoins et les habitudes des populations, partout, du moins, les soins du médecin et les médicaments sont fournis gratuitement aux malades; dans quelques départements, on ajoute à ces bienfaits une distribution gratuite d'aliments destinés à rendre aux convalescents les forces nécessaires pour reprendre leur travail.
« Les ressources destinées à pourvoir au paiement des dépenses sont fournies par les départements, les communes et les bureaux de bienfaisance.
« De son côté, la charité privée apporte son précieux concours à cette œuvre. Je dois ajouter que, sur plusieurs points, les médecins ont beaucoup contribué au développement de l'œuvre, soit en donnant gratuitement leurs soins, soit en ne recevant qu'une indemnité bien inférieure à celle à laquelle ils auraient pu justement prétendre.
« L'État accorde des subventions aux départements qui, par l'importance des résultats obtenus et des sacrifices qu'ils s'imposent, de concert avec les communes, paraissent mériter cette faveur.
« Le nombre des départements ainsi subventionnés a varié, pendant la période de 1861 à 1865, de trente-huit à quarante, et le montant des subventions qui leur ont été allouées, de 46,200 francs à 50,000 francs.
« Il m'a paru intéressant de résumer sous forme de tableau les résultats qui se trouvent consignés dans les rapports annuels des préfets.
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