‹ Du pronostic et du traitement curatif de l'épilepsieChapitre 11 sur 80 · Môme état. Réduire les pilules à h · texte numérisé non relu

Môme état. Réduire les pilules à h

23. — Le lundi 18, menace de crise, comme la précédente, mais sans réalisation. Etat général amélioré. Elle prend de l'embonpoint et des couleurs. Id.

Décembre 23. — Elle a eu encore un vertige dans la semaine.

Ce fut le dernier ressentiment de sa maladie convulsive. On cessa bientôt après le zinc.

L'histoire ultérieure de mademoiselle G... , racontée dans ses détails, serait sans intérêt au point de vue que nous

GUËRISONS APRÈS TRAITEMENT. 129

poursuivons ici. La fièvre lente, qui s'était améliorée vers la fin de l'année, reprit graduellement au commencement de 18Ù.0. Elle n'était qu'un des signes d'une tuberculisation générale qui se manifesta par des symptômes non équivoques dans l'abdomen et la poitrine, comme dans la tête. Mademoiselle G... succomba, le 2 mai, dans une sorte d'état typhoïde. Pendant les sept derniers jours de sa vie, elle eut du délire et de l'assoupissement , des soubresauts des tendons, puis un engourdissement passager dans le bras droit , enfin un état de contracture des extrémités supérieure et inférieure droites , avec strabisme convergent de l'œil du même côté, etc. Il me fut impossible d'obtenir l'autopsie.

Résumé. — Début à treize ans. Epilepsie probablement symptomatique de tuberculisation encéphalique, datant de sept semaines 5 un accès par semaine, d'intensité moyenne, précédé d'une sorte d'aura. 35 grammes environ de zinc en trois mois ; un seul accès au début du traitement , deux menaces et quelques vertiges. Guérison soutenue jusqu'à la mort, survenue, par tuberculisation générale, cinq mois et demi après la cessation des accès.

Si l'on n'estime la valeur de cette guérison que par la durée du temps pendant lequel elle a pu être constatée, on ne la trouvera pas bien concluante ; mais elle offre de l'intérêt à un autre point de vue. En effet, tout semble établir que l'épilepsie n'a été ici qu'un symptôme d'une affection tuberculeuse du cerveau : céphalalgie continue ou intermittente avant la première attaque j après celle-ci , fièvre qui ne cesse plus , apathie extrême , retours irréguliers de la céphalalgie, symptômes de tuberculisation intestinale; depuis la cessation des accès, et sous l'influence d'une hygiène

convenable, l'état de santé général parait s'améliorer pendant quelque temps, puis les symptômes de phthisie se développent j enfin , quelques jours avant la mort , avec le délire, le coma et les soubresauts des tendons, on voit apparaître à droite la contracture des membres et de l'œil , ce signe fréquent des tubercules cérébraux dans les jours qui précèdent la terminaison fatale.

Mais , dira-t-on , si les convulsions n'étaient ici que le symptôme d'une affection tuberculeuse chronique du cerveau, ce fait doil-il figurer dans des études sur l'épilepsie , ou, en d'autres termes, les épilepsies symptomatiques ne doivent-elles pas être placées dans un tout autre cadre que l'épilepsie idiopathique , de même qu'on en a séparé l'éclampsie des enfants, celle des femmes grosses ou en couches, les convulsions suite d'empoisonnement et celles qui sont symptomatiques d'une maladie aiguë de l'encéphale ?

Au point de vue purement nosologique , la réponse ta cette question ne semble pas douteuse; les convulsions , tout comme la contracture ou la céphalalgie , doivent être classées comme symptômes dans la maladie qui les produit j mais, au point de vue pratique et tout au moins provisoirement , je crois qu'il y aurait plus d'inconvénients que d'avantages à ce déplacement.

Les maladies que nous avons énumérées un peu plus haut sont toutes des affections aiguës suivies, dans un temps assez court, soit de la mort , soit d'une guérison qui est peut-être le plus souvent spontanée. Il n'en est pas de même de l'épilepsie symplomatique , affection chronique dont le pronostic, à part la marche de la maladie principale , ressemble tout à fait à celui de l'épilepsie idiopathique.

On trouve dans les auteurs plus d'un exen»plc d'épilepsie réputée symplomalique et où l'aulopsie ou bien la marche

CUÊRISONS APhÈS TRAITEMENT. 131

ultérieure n'a pas confirmé ce jugement , et, à l'inverse, on y rencontre des cas d'épilepsies crues idiopathiques et qui reconnaissaient pour cause des altérations organiques très caractérisées. Tant que l'on ne sera pas parvenu, pour la grande majorité des cas , à distinguer pendant la vie l'épilepsie primitive de l'épilepsie symptomatique , je crois qu'il conviendra de les conserver dans le même cadre, tout en cherchant les moyens de faire la distinction désirée.

Si d'ailleurs, et contrairement à une opinion assez généralement reçue, on venait à établir que les accès symptomatiques peuvent être supprimés ou même simplement suspendus , pendant un temps plus ou moins long, par les mêmes moyens que les accès idiopathiques , ce serait un motif puissant à ajouter à celui qui précède pour ne pas reléguer l'épilepsie symptomatique dans le cadre des affections organiques du cerveau contre lesquelles l'art se montre en général si impuissant. Or l'observation qui fait le sujet de ce commentaire viendrait à l'appui de notre hypothèse. Il est d'autres exemples analogues, et je ne résiste pas au désir d'en citer deux.

Odier (i) raconte qu'un ancien militaire qui avait été blessé à la tête en 1755, à la bataille de Rosbach , vint le consulter pour des crampes au petit doigt de la main droite. Ces crampes n'étaient que le prélude de véritables accès d'épilepsie qui se développèrent plus tard et débutèrent toujours par la crampe des doigts. La constriction sur le bras et l'avant-bras , au moyen d'une ligature , réussit à faire avorter les accès, et , pendant plusieurs années, ce procédé prévint constamment les attaques. Cependant, une fois, dans un état d'ivresse , le malade oublia son cordon et eut im

(0 Manuel de médecine pratique, 2' éiiUion, Genève, 181 J, p. 180.

fort accès. Dès lors la ligature perdit toute efficacité ; les attaques se multiplièrent; la paralysie se manifesta d'abord à droite , puis à gauche; les facultés s'altérèrent et le malade mourut dans un état carotique en 1785. A l'ouverture on trouva, sous la cicatrice du coup de sabre, une énorme tumeur fongueuse qui pénétrait profondément dans le cerveau, du côté gauche.

Ainsi , comme la science en fournit des exemples pour des épilepsies idiopathiques , il a suffi pendant longtemps d'une ligature pour prévenir des convulsions qui étaient évidemment, dans ce cas, symptomatiques d'une altération encéphalique d'une haute gravité.

L'exemple suivant , qui est inédit , n'est pas moins concluant. Un jeune homme, âgé d'environ vingt ans, se tira au front un coup de pistolet chargé à balle. Celle-ci pénétra vers l'extrémité interne du sourcil droit. La mort ne suivit pas cette plaie pénétrante : le blessé échappa aux accidents immédiats les plus graves. Le chirurgien qui lui donna des soins affirma qu'il était sorti par la plaie, avec la suppuration, des débris de substance cérébrale. Mais, bientôt après la guérison , le jeune homme devint sujet à d'intenses et assez fréquentes attaques d'épilepsie (j'ai été moi-même témoin de l'un de ces accès). On fit plusieurs traitements pour détruire cette infirmité, et plus d'une fois elle parut céder. M. le docteur Prévost fut assez heureux môme pour suspendre les attaques pendant un an; mais le malade, qui était habituellement livré à l'intempérance, rechuta. Une fois, à la suite d'un accès, il perdit subitement la vue de l'œil gauche. Enfin on le trouva mort un jour : il avait probablement succombé à une attaque. C'était plus de vingt-cinq ans après la tentative de suicide. A l'autopsie, on trouva la balle placée sur la selle turciquc,

GUÉRISONS APRÈS TRAITEMElNT. 13S

comprimant le nerf optique gauche et logée dans une dépression correspondante du cerveau. Les os conservaient les traces du trajet qu'avait suivi la balle : elle avait pénétré dans le sinus frontal , puis brisé son plafond pour gagner la selle turcique -, une dépression de l'os indiquait qu'elle avait longtemps siégé vers le centre. A l'époque de l'invasion de l'amaurose , elle s'était probablement déplacée, et était venue occuper le point précis oîi on l'avait retrouvée. J'ai eu les pièces sous les yeux.

11 est difficile de trouver une cause matérielle plus évidente des accès d'épilepsie , et pourtant ils ont cédé une fois et pendant longtemps à l'un des traitements qu'on adresse aux épilepsies idiopathiques.

Que servirait de classer dans un chapitre de chirurgie , au titre des plaies de tète par armes à feu , ces convulsions symptomatiques dont on trouve deux autres exemples dans Portai (1)? Et n'est-il pas plus utile de les faire figurer parmi les épilepsies et de les traiter comme primitives , quand la cause qui les produit est placée hors de toute atteinte.

Six-neuvième observation.

Le 6 avril iSkh, on amène à ma consultation une jeune fille qui me remet un billet conçu en ces termes :

«Mon cher confrère, la jeune Z... vient d'être prise » d'une attaque d'épilepsie dont j'ai vu la fin. Il n'y a pas » eu de convulsions toniques au commencement (erreur : » voir plus loin), mais seulement des convulsions cloniques » dans tous les membres et surtout à la face j impossibilité » de parler, constriction à la gorge j pas de perte de con-

;1) Ubservaiion^ sur la nalure cl le iraiiemenl de l'épiUpsie , p. 93 el !à7.

» naissance. A la fin il y a eu un peu de salive non spu- » meuse rendue par la bouche. Elle en est seulement au w second accès. Je suis sûr que vous traiterez ce cas avec » intérêt. Agréez , etc. Chanal, D.-M.

» Carouge , 6 avril 18/i/j.. »

Marie Z. . . est âgée de neuf ans, de petite stature, maigre et pèle ; elle a les cheveux châtains ; elle jouit d'une bonne santé générale.

Je ne connais des ascendants dans la ligne paternelle que le père, qui est un ivrogne et qui a eu plusieurs pneumonies. L'aïeule malernelle est morte en couches, et l'aïeul de la même branche a succombé à la suite d'un chagrin : je n'ai pu en savoir davantage sur la cause de sa mort. Une des tantes maternelles est épileptique. Deux cousines germaines de la même branche ont succombé à la méningite tuberculeuse. La mère est bien portante, ainsi que les frères et sœurs de Marie.

Il y a cinq ans que cet enfant a eu , pendant douze semaines, une paralysie de la face avec déviation de la bouche à gauche et occlusion d'un œil. M. le docteur Lombard l'a guérie de cette affection au moyen de purgatifs et de frictions d'huile de croton tiglium autour de l'oreille.

Aujourd'hui à midi , Marie, d'après le récit de ses parents, a été prise subitement, sans cause connue, d'un accès convulsif. Les convulsions, qui consistaient en secousses régulières, ont débuté par le pouce et l'indicateur gauche et se sont propagées, du môme côté, à l'avant-bras, au bras , à l'épaule et à la face , avec rotation de la tête , constrictionde la gorge, respiration singultueuseet une sorte de bégaiement. L'enfant avait monlic au début ses doigts qui étaient durs (contractures) et douloureux ; elle souffrait aussi de l'œil, disait elle, et elle portait alternativement la

GUÉRISONS APRÈS TflAlTEMEINT. 135

main droite au cou et aux doigts convulsés. Marie, qui donne aux secousses le nom de battements, dit qu'elle les éprouvait en même temps (d'une manière isochrone) au cou , au creux de l'estomac et à la cuisse. Sur la fin de l'accès, un peu de salive non écumeuse a paru sur les lèvres. Comme on l'a vu , il n'y a pas eu abolition du sentiment et de la connaissance ; mais le degré d'intelligence de l'enfant ne me permet pas de juger jusqu'à quel point ils ont pu être obscurcis. Après l'accès, Marie ne s'est point endormie.

J'ai oublié de noter l'époque de l'autre accès.

Je prescris : Oxyde de zinc, 2,60 j sucre, 8,00: en 24 poudres ; 3 par jour.

Mai 1". — Deux accès : le 19, à 7 m.; le 28, à 8 m. Le premier aurait duré un quart d'heure, comme les deux précédents, et a été de même nature. Le second a été faible : il n'y a pas eu de secousses de la tête, mais elle a bégayé. Elle avait , dit-elle , de l'embarras au cou , et sa langue tremblait dans sa bouche. Cet accès aurait duré environ cinq minutes. On n'a pas fait réitérer les poudres. Les réitérer et les donner en même nombre.

Ik' — Sept accès en treize jours (0,5 accès en moyenne par jour) : le 2, à 7 m. ; le o, à 8 m.; le 6, à 8 m.- le 9, à 7 m.- le 10, à 8 m. et /i s.; le 11, à 6m. La durée des crises aurait été, en général, de 6 à 8 minutes j il y en aurait eu une d'une demi-heure environ, celle du 10, à /j. s.; deux n'ont duré qu'un petit nombre de minutes. Marie a éprouvé de temps en temps des coliques et de la diarrhée : deux à trois selles par jour. Valériane, gram. 63,00: en 1h poudres ; 2> par jour.

25. — Six accès en onze jours (0,5) : le 16 , à 7 m. ; le 17, à 33 s. ; le 21 , à 7 et 7 1/2 m. ; le 22 , à 7 m. • le 2/i , à 4 s. Durée variable de 2 à 8 minutes; il y en

136 EXPOSITION dp:s faits.

a eu trois de 2 minutes , un de 3. Au total , la durée paraît abrégée , mais le nombre des accès est le même. Je reviens au zinc. Oxyde de zinc, gram. 2,60: en '2[i poudres; 2t par jour.

Juillet 18. — Par une circonstance fortuite, je suis obligé de faire une prescription sans savoir ce qui s'est passé depuis le 25 mai : la sœur de Marie est venue pour la jeune malade après l'heure de ma consultation ; ne m'ayant pas rencontré , elle a remis une note des accès et a demandé qu'on envoyât une prescription. A mon retour, la note est égarée j je suppose que la maladie suit sa marche et j'envoie l'ordonnance suivante : Poudre de racine de selin des marais, gram. 32,00 : en 24 doses; 3 par jour. Quelque temps après on retrouve la note j elle est bien plus satisfaisante que je ne le croyais. Marie n'avait eu que huit accès en quarante-deux jours (0,2), mais condensés sur quelques journées. En voici le détail : le 6 juin , à 7 m. , 3 s. , li s.; le 7, à9 m. , 10 m., 4 s. j le 4 juillet , à 7 m. j le 7, à 4 s. Je regrette alors d'avoir changé de remède, mais il est trop tard.

Août ili. — li n'y a eu que deux accès en trente-huit jours (0,05) ; ils ont eu lieu le second et le quatrième jour de l'emploi du selin , savoir : le 20 , à 5 m., et le 22 , à 1 s. Le dernier n'a duré qu'une minute. Il n'y en a pas eu dès lors. Il reste une poudre de la dose prescrite le 18 juillet : le remède a donc été pris très irrégulièrement , quoiqu'il soit fourni gratis. Réitérer le selin et donner seulement deux poudres par jour.

Marie ne revient jjas j mais j'apprends par diverses sources que les accès n'ont pas reparu.

L'amélioration procurée par le zinc a été telle, qu'il me reste , au point de vue scientifKjue, le regret de l'avoir sus-

GUÉCISONS AI'RÉS TRAITEMFINT. 137

pendu ; on peut élever, en effet, quelque doute sur celui des médicaments qui a procuré la guérison.

Je dois à l'obligeance de M. le docteur Bizot, alors chirurgien de l'hôpital , les renseignements qui suivent sur la santé ultérieure de Marie.

Vers le milieu de 18/J.5, elle a commencé à éprouver des douleurs dans le dos j la colonne vertébrale s'est infléchie en avant et il est survenu de la faiblesse dans les jambes j la déviation de l'épine a augmenté graduellement, et, au commencement de février 18/i6 , est apparu , à droite de la colonne , au niveau des premières vertèbres lombaires , une tumeur profondément fluctuante. La malade est entrée à l'hôpital le 5 avril. A la suite d'une cure prolongée d'huile de foie de morue et de bains sulfureux, la tumeur a disparu par résolution et Marie est sortie de l'hospice le 9 septembre. Elle y est rentrée en août 18/i7, avec des accidents de paraplégie , la voussure de la région dorsale ayant fait des progrès. Le âO septembre , je trouve sur le cahier d'observations les détails suivants : Voussure du dos considérable , surtout à la sixième vertèbre dorsale dont l'apophyse épineuse est très saillante j mouvements des jambes très bornés; sensibilité intacte; les bras ont leurs mouvements complets ; l'état général de la santé est bon.

Le 3 septembre i8Z|.9, on me ramène Marie. Après cinq années de guérison de son épilepsie, elle a rechuté le 31 août dernier.

Elle est maintenant âgée de quatorze ans et demi. L'affection de la colonne vertébrale paraît guérie; mais la difformité est très prononcée; Marie ne peut marcher et même se tenir droite qu'à l'aide de béquilles , quoiqu'elle ait recouvré le mouvement de ses jambes.

Elle n'avait eu 'aucun ressentiment d'épilepsie depuis le

22 juillet iS[ik' Le 31 août dernier, sans cause connue , vers neuf heures du matin, il est survenu un accès incomplet avec conservation de l'intelligence; cependant Marie a éprouvé en même temps une sorte de vertige et un peu de trouble de la vue; mais l'ouïe est restée nette. L'accès a débuté par la trachée , puis par les muscles gauches de la face et l'œil du même côté qui éprouvait des secousses; les convulsions des membres ont été aussi limitées au côté gauche. Le i^'" septembre , il y a eu une menace bornée à la figure; mais le 2 , à cinq heures du matin , est arrivée pour la première fois une attaque complète : Marie a éprouvé quelques secousses dans le gosier; elle a appelé, en bégayant, sa mère qui était tout près d'elle ; mais , avant que celle-ci se fût approchée , notre malade avait déjà perdu complètement connaissance ; elle n'a conservé aucun souvenir de ce qui s'est passé depuis le moment où elle a appelé sa mère. Au rapport de celle-ci il y a eu : Tension et convulsions cloniques générales, abolition des sens et de l'intelligence, menace d'asphyxie, écume abondante, coma pendant une demi-heure; puis sommeil prolongé. Le môme jour, à onze heures du matin, môme début, même appel en bégayant, mais point de convulsions, dit Marie. Je prescris immédiatement un traitement de zinc, dont je vais résumer l'histoire.

Une première cure fut faite pendant quatre mois , du 3 septembre aux premiers jours de janvier 1850 , avec une interruption de trois semaines en décembre, par négligence de la malade. On employa dans ce laps de temps 01 grammes de zinc. La dose journalière initiale l'ut (!e 0,/iO en quatre prises, la dose maximum de 2,00. J'avais désiré continuer |tlus longtemps cette cure, mais je trouvai dans Marie une inertie invincible.

Dans une nouvelle tentative que je fis en février, je réussis à lui faire prendre encore 12 grammes d'oxyde de zinc; mais je dus renoncer encore cette fois à aller plus loin; le remède, sauf quelques nausées, était pourtant bien toléré.

Enfin, en juin, un nouveau scrupule de conscience me prit et la crainte d'une nouvelle rechute en raison de l'insuffisance du traitement me décida à faire agir sur Marie et ses parents quelques personnes qui avaient sur eux une grande influence. J'obtins une nouvelle cure, et, pour ôter tout prétexte de nausées, je parlai d'un nouveau remède et je choisis le carbonate de zinc, comme devant être mieux toléré que l'oxyde. Ce nouveau traitement dura trois mois et demi , du 11 juin à la fin de septembre. La quantité totale employée fut de 155 grammes, déduction faite d'un certain nombre de poudres escamotées , dont elle me fit l'aveu à la fin de la cure. Le remède fut administré en poudre mélangé avec du sucre. La dose journalière initiale fut de gram. 0,/|.0, la dose maximum et finale de 2,60. Les nausées , rares et légères , ne parurent qu'à la dose journalière de 1,30, et elles cessèrent bientôt, malgré l'accroissement de la dose, pour ne reparaître qu'à 2,60; elles diminuèrent par la précaution de prendre les poudres après les repas, au lieu de les prendre avant.

Dès le début du traitement d'oxyde de zinc, il n'y eut plus ni attaques complètes, ni véritables accès; tout se borna à de simples menaces : ainsi , le 8 septembre, Marie éprouva le symptôme précurseur de ses anciens accès ; une crampe avec flexion de l'indicateur et du pouce gauches , sans autre symptôme. Le 11, elle fut prise trois fois, à quelques minutes d'intervalle, d'une crampe semblable dans le sterno-mastoïdien. Du 11 au 2/|., elle eut, de temps en temps , une ou plusieurs fois par jour, de légers

mouvements convulsifs du côté gauche de la face , sans aucune douleur. Du 25 septembre au 11 octobre, il n'y eut aucun indice convulsif; mais, du 12 au 20, Marie eut, presque chaque jour, à plusieurs reprises, de légères convulsions de l'œil gauche , des battements dans l'œil , comme elle appelait ses mouvements convulsifs. Il y en eut encore un le 29 et un le 2 novembre , deux mois après le commencement de la cure ; ce fut la dernière manifestation de la maladie.

Résumé. — Tante épileptique; deux cousines mortes de méningite tuberculeuse. A l'âge de quatre ans, paralysie du côté gauche de la face, guérie. Début des attaques convulsives à neuf ans, sans cause occasionnelle ; deux accès rapprochés commençant par la contracture de deux doigts; convulsions d'un seul côté , sans chute , conservation de l'intelligence. 2 grammes 60 centigrammes d'oxyde de zinc en huit jours; point d'accès pendant douze jours; puis deux accès à neuf jours d'intervalle. Reprise de l'oxyde de zinc, même quantité; un accès en moyenne tous les deux jours. 63 grammes de valériane ; même marche des accès. Seconde reprise de l'oxyde de zinc : 2 grammes 60 centigrammes en huit jours; un paroxysme de six accès en deux jours , précédé d'une interruption de dix jours et suivi d'une suspension de près d'un mois. 63 grammes de selin en cinq semaines; deux accès au début de ce traitement; puis guérison soutenue pendant plus de cinq ans. Rechute : un accès incomplet ; une attaque complète et quelques menaces. 73 grammes d'oxyde de zinc en cinq mois, avec quelques interruptions; pendant les deux premiers mois de ce traitement, quelques menaces et un grand nombre de très légers accès de convulsions du cô(é gauche de la face.

GUÉRISONS APRÈS TRAITEMENT. \h\

Après quatre mois sans traitement, et sans nécessité immédiate, 120 grammes de carbonate de zinc en trois mois et demi. Giiérison qui se soutient depuis onze mois (octobre 1850).

Avant la rechute, j'avais fait suivre cette observation d'un commentaire consacré principalement au diagnostic différentiel de l'épilepsie et de l'éclampsie des enfants. Quoique la rechute puisse me dispenser d'établir les preuves de la nature épileptique des accès de Marie , je reproduis ici ce commentaire, parce que la question de diagnostic différentiel que je viens d'indiquer n'entrant pas dans le plan régulier de mon travail , je ne puis la traiter qu'incidemment.

Ancien commentaire. — Ce n'est qu'après quelque hésitation et à la suite d'un mûr examen , que j'ai définitivement admis dans cette série le cas qui précède. Voici les considérations qui m'ont déterminé :

Ce fait ne peut appartenir qu'à l'une des trois affections suivantes : convulsions primitives ou sympathiques des enfants (éclampsie) j convulsions symptoraatiques d'une maladie organique du cerveau ou de ses enveloppes ; épilepsie.

1° L'absence de chute, les convulsions partielles et la conservation des sens et de l'intelligence semblent rapprocher notre cas de Véclampsie où ces phénomènes sont plus fréquents que dans l'épilepsie. Mais les deux premiers caractères ne sont pas rares dans cette dernière maladie ; on en trouve dans les auteurs un grand nombre d'exemples. Si la conservation des sens et de l'intelligence n'a été signalée que dans un petit nombre de cas , c'est que beaucoup d'écrivains , dans le but de trouver une définition bien tranchée de l'épilepsie, ont donné la perte de connais-

ilil EXPOSITION DES FAITS.

sance comme un caractère constant de cette affection. Voir, entre autres, Lieutaud (1) et Maisonneuve (2). Ce dernier, tout en professant cette doctrine, publie (3) des faits qui la contredisent complètement. On trouve dans notre première série d'autres cas prouvant d'une manière incontestable que la connaissance et les sens peuvent ne pas être abolis dans les accès d'épilepsie. (Obs. 16, 36, 37, 38.)

D'autre part, rien n'est plus rare que de voir l'éclampsie chez des enfants au-dessus de sept ans : MM. Rilliet et Barthez , sur vingt-cinq cas observés par eux, n'en ont pas rencontré un seul et disent n'en avoir trouvé qu'un bien petit nombre dans les auteurs (/t) ; or le sujet de notre observation était âgé de neuf ans.

Un caractère presque constant de l'éclampsie est de ne pas reparaître; dans tous les cas, elle ne se renouvelle qu'un très petit nombre de fois. Cette remarque des auteurs précités (5) est conforme à ce que j'ai toujours observé; or notre malade a eu vingt -six. accès.

Il n'est pas commun non plus, dans l'éclampsie, de voir les accès, en se reproduisant, affecter la même marche et offrir les mêmes symptômes ; c'est pourtant ce qui est arrivé chez la petite Marie.

Enfin , quoique je n'aie pas fait une étude analytique des convulsions primitives ou sympathiques des enfants, je crois pouvoir affirmer ne les avoir jamais rencontrées (je ne parle pas de l'asthme de Kopp) sans qu'elles aient été précédées ou suivies d'un appareil de symj)tômcs fébriles. J'appelle sur ce caractère l'altenlion des observateurs; il serait,

(1) Médecine pratique, 'i' édilion. Hoiien , 1787, t. I, p. 328-

(2) llecherches ei où.>;e>vaiio7ts xtir l'épilcpsic. Paris, sans dalc, p. 13.

(3) lbiil.,\). 17 à 33.

(4) Traité des maladies des eiifuiils. Taris , 18i3, t. II , p. 276 el 278.

(5) Jbid,\).^10,

GUÉRISONS APRÈS TRAITEMENT. l/jS

s'il est constant , précieux pour !e diagnostic. Marie a joui constamment d'une bonne santé immédiatement avant et après ses accès.

Si, résumant ces différentes considérations, on les rapproche de cette assertion de Baumes (1), et de MM. Rilliet et Barthez (2): que ia nature des accès est la même dans réciarapsie et l'épilepsie, et que c'est la marche de la maladie qu'il faut prendre seulement en considération pour le diagnostic , on en devra conclure que notre malade a été affectée d'épilepsie, et non par des convulsions primitives ou sympathiques de l'enfance.

2" Marie n'a-t-el!e pas eu des convulsions symplomaifgwes d'une affection organique de l'encéphale ou de ses membranes? On serait d'abord tenté de le croire en songeant à la paralysie de la face dont elle a été atteinte pendant trois mois, à l'âge de quatre ans, et à la paraplégie dont elle a été plus tard affectée. Mais arrivât-on à prouver que cet enfant portait une affection cérébrale chronique, il n'en résulterait pas pour cela qu'elle n'ait pas été épileptique. En effet, les cas d'épilepsies symptomatiques abondent dans les auteurs depuis Th. Bonet (3) jusqu'à Portai (4), et, comme nous l'avons vu, il n'est point établi que cette maladie ne puisse pas céder, lors même que subsiste la cause matérielle qui provoquait les accès.

Mais il me paraît fort douteux, que Marie eût porté pendant cinq ans, entre la paralysie faciale et les attaques convulsives, une affection organique qui n'eût donné aucun indice de son existence. Quant à la paralysie, sa marche et

(1) Trailé des convulsions dans l'enfance. Paris, 1805, p. 432.

(2) Loc.cit., p. 269.

(3) Sepulcliretum. Genève, 1700.

(4) Observations sur l'épilepsie. 'Paris, iSîl,

ikk EXPOSITION DES FAITS.

l'absence de tout symptôme dans les parties supérieures du système nerveux mettent hors de doute qu'elle a eu son origine dans la maladie vertébrale.

3° Si donc on exclut , dans le diagnostic, les convulsions primitives , sympathiques et symptomatiques , on est conduit à conclure, comme je l'ai fait, que notre malade a été réellement affectée d'épilepsie. J'ajoute à l'appui de cette opinion l'autorité de mon collègue M. le docteur Chanal , praticien instruit , dans le jugement duquel j'ai la plus grande confiance , et qui , témoin oculaire d'un accès , n'a pas hésité à le qualifier d'épilepsie.

La rechute est venue confirmer pleinement les conclusions du commentaire qui précède, en nous montrant les mêmes accès se reproduisant à l'âge de quatorze ans et demi , avec une attaque complète qui ne peut laisser aucun doute sur la nature épileptique de la maladie.

Vingtième observation.

Mademoiselle R. . . , âgée de cinquante et un ans , brune, colorée, de taille moyenne, d'une bonne conformation , douée d'esprit et d'une vive intelligence, paraît être, sous tous les rapports , dans une situation très heureuse.

Son père est mort à l'âge de quatre-vingts ans environ, fort sourd, et avec l'intelligence très affaiblie depuis quelques mois seulement. Sa mère est décédée subitement (non pas rapidement) à l'âge de cinquante-deux ans ; elle ne paraît pas avoir offert de signes de maladie du cœurj elle était fort sujette à la migraine. L'oncle maternel est mort de la même manière, après soixante ansj mais il présentait depuis plusieurs années les symptômes d'une affection du cœur. Un frère est devenu plus tard aliéné.

Depuis quatre ou cinq mois matlemoiselle R... n'a plus ses époques : elles ont cessé assez brusquement sans dérangements antérieurs remarquables. Depuis deux ans environ elle a éprouvé dix ou douze fois des verliges , mais qui ne paraissent pas de nature épileptique. Elle les a eus surtout en marchant sur les grandes routes. La tête alors lui tournait pendant quelques instants et elle éprouvait le besoin instinctif de regarder au loin l'horizon, plutôt que de fixer les yeux devant elle. Depuis qu'elle n'a plus ses époques , elle a aussi de temps en temps la sensation de bouffées de sang vers la tête, mais sans sueur.

Le 30 septembre 1846, mademoiselle R... était très bien portante et en séjour à la campagne. Le soir, vers cinq heures et demie , après une promenade d'un quart d'heure, elle s'assit sur un mur en terrasse fort bas du côté de la route , mais qui , sur la face opposée , descendait à dix ou douze pieds de profondeur , jusqu'au lit d'un petit torrent. Là, sans s'en apercevoir, elle perdit connaissance. Un passant la trouva renversée en arrière sur le mur , privée de tout sentiment. On la transporta dans une maison voisine et on la mit sur un lit ; elle ne revint de son évanouissement qu^après trente ou quarante minutes. On avait jusqu'alors prodigué en vain le vinaigre et d'autres excitants. A peine revenue à elle, elle eut deux vomissements de matières bien digérées : elle avait peu dîné et de bonne heure. Mademoiselle R... se rappelle très bien la circonstance des vomissements. Ce fut sa première impression depuis le moment où elle était assise sur le mur ; encore retomba-t-elle bientôt dans une sorte de somnolence et n'at-elle conservé qu'un souvenir fort vague de ce qui s'est passé dans le transport du cabaret à la maison qu'elle habitait, à un quart d'heure de distance. Elle y rentra à six

heures et demie. Mise au lit en arrivant , elle s'endormit presque immédiatement. Sauf à l'instant des vomissements, elle n'a eu, entre la période d'évanouissement et le sommeil, qu'un état de demi-connaissance. Le pouls, à ce que m'a écrit l'un des parents , était alors plein et la face colorée. La nuit ne fut point mauvaise j mais mademoiselle R. . . s'aperçut , à son réveil, que, dans la crise, elle s'était coupé la langue. Elle souffrait , d'ailleurs, de céphalalgie, et la fatigue était telle , qu'elle dut rester au lit le reste de la journée. La nuit suivante fut bonne ; cependant le pouls était nerveux et la tête un peu congestionnée , à ce qu'on m'a écrit.

Octobre 2. — On a ramené aujourd'hui mademoiselle R.,. à la ville j on me fait appeler auprès d'elle dans la soirée. Elle est bien, mais un peu plus colorée qu'à l'ordinaire, et elle éprouve dans les cuisses une fatigue douloureuse qu'elle ne sait à quoi attribuer. 11 n'y a nulle trace d'hémiplégie. Oxyde de zinc, gram. 2,60; sucre, 8,00 : en 2/t 'poudres ; 3 par jour, une heure après les repas.

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