‹ Du pronostic et du traitement curatif de l'épilepsieChapitre 12 sur 80 · Ni accès ni vertige; aucun malaise. Réitérer · texte numérisé non relu

Ni accès ni vertige; aucun malaise. Réitérer

26. — Très bien. Les bouffées de sang à la tête n'ont pas reparu depuis l'usage du zinc. Il reste environ la moitié des poudres de la seconde dose; mademoiselle R... les a cessées depuis trois jours, parce qu'elles lui laissaient, ditelle, de l'amertume à la bouche. En fait, elle ne comprend pas trop l'insistance que je mets à lui faire continuer le remède, car elle se trouve très bien. Je ne lui ai rien dit de mon opinion sur la nature de son a^cès; elle croit avoir eu un évanouissement accidentel. La famille a été avertie. Continuer les poudres plus régulièrement et réitérer,

'Novembre h. — Aucun malaise; les poudres ont cessé de donner un mauvais goût. La seconde dose est

GUÉRISOXS APRÈS TRAITEMENT. Mil

achevée; il reste il poudres de la troisième ; continuer, puis réitérer.

13. — Mademoiselle R... est parfaitement bien; elle a achevé la troisième dose et prend la quatrième; la finir. Sîir ses vives instances, je consens à ne pas lui en donner davantage.

1850 septembre 30. — La guérison se soutient.

Résumé. — Un frère aliéné; ménopause. A cinquante et un ans , une attaque probablement intense , à en juger par les suites. 10 grammes d'oxyde de zinc en sept semaines. Guérison soutenue depuis quatre ans.

Mademoiselle R... a-t-elle eu réellement une attaque d'épilepsie?

S'il n'y a pas eu épilepsie, l'attaque n'a pu être qu'une attaque hystérique, un évanouissement ou une congestion cérébrale (coup de sang).

1° Je suis le médecin de cette demoiselle depuis plus de douze ans; je n'ai jamais vu chez elle aucun indice d'hystérie. Cette affection ne débute guère à cinquante ans. Un accès hystérique survient rarement seul et sans cause immédiate; et notre malade jouissait avec bonheur d'un paysage délicieux quand elle a perdu connaissance. Les hystériques conservent toujours quelque souvenir de l'accès.

2° Un évanouissement laisse des traces, tout au moins de son début, dans le souvenir du patient. Il ne survient guère non plus sans cause immédiate. L'attitude couchée le dissipe ordinairement très vite; il ne se prolonge pas souvent une demi-heure ou plus , résistant à la fois aux excitants et à l'attitude en supination. Mademoiselle R..., rapportée dans son domicile avec une demi-connaissance, au

lieu d'être pâle, avait le pouls plein et la figure colorée. Il ne résulte pas d'un évanouissement une fatigue douloureuse et de la céphalalgie pendant plus de trente-six heures. Enfin, à moins d'une chute en avant qui n'a pas eu lieu ici, on ne se mord pas la langue dans une syncope.

3° Y a-t-il des coups de sang avec perte absolue des sens et de l'intelligence qui ne laissent après eux aucune trace d'hémiplégie? Beaucoup le croient et en citent des exemples; mais les observations publiées , celles au moins que j'ai lues, sont loin de fournir la preuve qu'il n'y a pas eu de convulsion au début de l'attaque; on comprend du reste cette erreur, le médecin et souvent même les assistants n'arrivant qu'au moment de la période comateuse ou apoplectiforme. Pour moi, je n'ai jamais vu de congestion cérébrale avec les caractères que j'ai indiqués; j'ai vu au contraire l'erreur commise par des hommes capables; et les deux exemples que j'ai cités (obs. 6 et commentaire) ne sont pas les seuls que j'aie connus. M. le docteur Prévost, l'un des plus habiles médecins que Genève ait possédés, me disait, après trente ans de pratique, avoir sur ce point la même expérience que moi. Portai (1) s'exprime ainsi sur ce sujet : « On a plusieurs fois confondu l'épilepsie chro- » nique avec des accès apoplectiques.... J'ai connu un » homme, considérable par son rang dans la société , qu'on » disait avoir eu plusieurs attaques d'apoplexie. Appelé w pour le secourir dans l'une d'elles , je reconnus qu'il » éprouvait pendant l'accès une roideur convulsive dans » les membres et un délire obscur, ce qui me fit croire que » l'attaque était plutôt épilcplique qu'apoplectique. En » effet, je fus dans la suite convaincu que ses attaques étaient » de vrais accès épileptiques. Je ne doute pas que cette sorte

(I) Oiiv. nlé,\). 118.

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» de cas ne se présente souvent, soit parce que l'on confond » l'épilepsie avec l'apoplexie, faute d'en bien examiner les » symptômes, soit parce que l'on aime dans les familles, «comme nous l'avons déjà dit, à cacher l'épilepsie et non » l'apoplexie , quoique celle-ci soit généralement plus » promptement mortelle que l'autre. »

Mais quelle que soit la réponse à la question que j'ai posée en tête de cet article, il reste dans le cas de mademoiselle R..., en faveur de l'épilepsie, un fait qui me parait fournir un argument sans réplique : c'est la morsure de la langue, qui n'a pu être l'effet de la chute. En effet, cette demoiselle, assise sur un petit mur, n'est point tombée en avant , ni brusquement en arrière , car elle eut été précipitée dans le torrent. Assise probablement en biais, par un bonheur providentiel elle a dû s'incliner un peu de côté, puis se renverser sur le dos. Ainsi, et quel que soit d'ailleurs le mode de la chute qu'on puisse imaginer, il n'a pas pu y avoir un choc suffisant pour entamer la langue.

L'absence de tout retour d'accès depuis quatre ans constitue-t-elle une guérison , et le zinc a-t-i! eu quelque influence sur ce résultat ? Comme la même question peut être adressée pour les deux faits suivants , je l'examinerai dans le commentaire de la 22^ observation.

Vingt et unième observation.

Le 29 novembre 1846, à dix heures du matin, j'arrive auprès de mademoiselle T. .., âgée de soixante et onze ans, maigre, d'une stature moyenne, d'une bonne constitution , peu nerveuse, d'un caractère égal, instruite et intelligente. Elle a été sujette, pendant de longues années, à de fréquents érysipèles. Elle a aussi souffert longtemps d'une laryngite chronique dont elle est à peu près guérie.

Son frère et sa sœur jouissent d'une bonne sanlé , mais ils ont été sujets à des affections cutanées. Son père et sa mère sont morts à un âge avancé, sans avoir eu ni maladies nerveuses ni affections cérébrales 3 le père était aussi dartreux. Je n'ai rien pu savoir de positif sur les ascendants du second degré.

Mademoiselle T... était très bien les jours précédents ; mais elle a éprouvé , dans la nuit du 28 au 29 , et sans cause connue , un peu de céphalalgie et d'agitation. Elle a déjeuné au lit contre sa coutume, se sentant fatiguée 5 elle a pris, comme à l'ordinaire, du café au lait avec une tranche de pain. Il n'était pas tout à fait huit heures. Elle s'est levée peu après , à demi vêtue , s'est assise sur une chaise pour se laver les pieds avec une éponge et de l'eau froide qu'elle prenait dans une cuvette posée sur le plancher, à côté d'elle. Au moment où elle a relevé la tète, elle a perdu subitement connaissance.... En la recouvrant , elle a été fort surprise de se trouver couchée dans son lit. Voilà son récit ; voici celui des assistants : La bonne 5 qui avait quitté mademoiselle T... peu d'instants avant sa chute , étant rentrée bientôt dans la chambre , a trouvé sa maîtresse étendue sur le parquet, à côté de sa chaise, couchée sur le côté , le corps roide, tous les membres fléchis et contractés. La roideur et la flexion du corps, dit-elle , ne lui ont pas permis de soulever mademoiselle T... pour la porter dans son lit : elle n'a pu que l'asseoir. La malade était entièrement privée de sentiment et de connaissance ; sa figure était d'un violet foncé, presque noir , ses yeux fermés ; il n'y avait pas d'écume sur les lèvres ; la respiration était emharrassuo , et il y avait du ronflement. La sœur de mademoiselle T..., qui est arrivée h l'appel de la femme de chambre, me confirme les faits signalés par

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celle-ci. La cuvette brisée était sous les cuisses , et les vêtements de la malade étaient mouillés dans cette région. (Était-ce par l'eau de la cuvette ou par le fait d'urines involontaires ?) Mademoiselle T... était, du reste, glacée. Transportée dans son lit et réchauffée avec des linges, elle a poussé des gémissements et fait des mouvements automatiques d'angoisse j puis elle a repris connaissance. Peu après elle a eu trois selles formées et un vomissement où elle a rendu son déjeuner. Elle s'est ensuite endormie, et le sommeil dure encore au moment de mon arrivée. A son réveil elle me raconte avec netteté une partie des faits qui précèdent, s'arrètant au moment oii, en relevant la tête, elle a perdu connaissance et reprenant au retour de ses sens dans son lit. Elle ne ressent qu'un peu de céphalalgie et une fatigue générale ; elle n'a aucune blessure; le pouls est naturel ; le visage est pâle et ne présente, non plus que les membres , aucun indice d'hémiplégie. La parole est facile.

Mademoiselle T... n'a j'amais éprouvé d'accident analogue.

Je ne suis pas le médecin de la malade , quoique je la connaisse. J'ai été appelé, à cause du voisinage, en l'absence de M. le docteur Bizot. Je ne prescris rien et Fon arrête pour le lendemain une consultation avec mon excellent collègue.

30. — La malade a été fatiguée pendant toute la journée d'hier. On a voulu la faire lever le soir, mais elle s'est trouvée mal à son aise et a pris des nausées; on a dû la remettre au lit. Elle n'avait eu , depuis le matin , ni nausées ni coliques et n'en a pas eu dès lors. La nuit a été bonne, malgré de fréquents réveils. Le pouls office un peu de plénitude et quelques intermittences. La malade

n'est sujette ni aux palpitations ni à la dyspnée , même en montant.

M. Bizot ne doute pas plus que moi de la nature épileptique de l'accès. Nous prescrivons : Oxyde de zinc, gram. 2,60 : en 24 pilules; ^ par jour , à prendre une heure après chaque repas.

Je ne revis dès lors mademoiselle T... que cinq mois après , et accidentellement. Elle m'apprit qu'elle n'avait éprouvé aucun malaise depuis ma dernière visite , qu'elle avait pris régulièrement ses pilules, mais qu'elle ne les avait pas fait réitérer. Je l'engageai à en reprendre quelques boîtes pour prévenir le retour d'un accès, sans lui dire la nature de sa maladie. J'ignore si elle a suivi mon conseil.

1850 septembre 30. — La guérison se soutient.

Résumé. — Famille dartreuse. Erysipèles fréquents j laryngite chronique. Début à soixante et onze ans , sans cause occasionnelle. Une seule attaque. 2,60 grammes d'oxyde de zinc en huit jours. Guérison qui se soutient depuis près de quatre ans.

Les phénomènes qui , dans cette observation, ont caractérisé l'épilepsie , sont : la convulsion tonique générale , l'embarras de la respiration, la couleur violet foncé de la face , ainsi que le retour presque immédiat et complet à un état parfait de santé ; je pourrais ajouter les trois selles consécutives à l'attaque. Dans l'apoplexie ou dans la simple hypérémie, il n'y a pas de convulsions toniques générales ; la respiration peut être lente et rendante , mais non embarrassée , si ce n'est aux approches de la mort j ce n'est non plus que dans cette période avancée qu'on observe la coloration de l'asphyxie, encore n'est-elle jamais portée au

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degré indiqué dans celte observation. Il n'est pas rare de voir des vomissements survenir après une attaque apoplectique j mais la constipation en est un symptôme, sinon constant, du moins très habituel. Rien n'est plus commun, au contraire, que des évacuations d'urine, des vomissements ou des selles , immédiatement après les accès d'épilepsie , quand ces excrétions n'ont pas lieu pendant l'attaque même.

Vingt-deuxième observation.

Le ili octobre 18Z(.6, à six heures du soir, arrivent chez moi M. S... et sa femme. Celle-ci, soit devant son mari, soit quelques instants après en son absence, me raconte que M. S... a éprouvé dans la nuit précédente une attaque que je décrirai après avoir dit quelques mots du malade et de sa famille.

M. S.. . est âgé de soixante et onze ans; il est d'une stature assez élevée et d'une belle conformation. Il a été blond, et jusqu'à cette année il a été très bien conservé. Il est d'un caractère heureux , doué de qualités d'esprit remarquables, ferme et intelligent.

II n'avait que sept ans quand il perdit son père, mort de phthisie; ses deux oncles paternels succombèrent aussi avant l'âge de trente-cinq ans à la même maladie; ainsi finit de bonne heure sa famille paternelle. Sa mère avait ce qu'on appelait alors des vapeurs; les gens qui l'approchaient de près affirmaient qu'elle était folle.

M. S... a joui toute sa vie d'une excellente santé, grâce à mie éducation physique habilement dirigée. Depuis deux ou trois ans, on a remarqué chez lui quelque tendance à s'assoupir dans les assemblées nombreuses. Dans le courant de cet été, un catarrhe fébrile fort mal soigné se prolongea

et donna à sa famille de grandes inquiétudes, surtout quand il vint à se compliquer d'une sorte de cauchemar vigil , ou plutôt d'une espèce de délire taciturne, avec hallucinations et idées fixes, qui le privait de sommeil, le forçait à sortir de son lit et le plongeait dans un état de mélancolie habituelle qu'il cherchait à dissimuler. Appelé auprès de M. S. . . après plusieurs semaines de cette maladie, j'avais amélioré assez rapidement et bientôt guéri son catarrhe avec la poudre de semences de ciguë et des soins hygiéniques. L'assa fœtida avait ensuite dissipé complètement les crises nocturnes.

M. S... était guéri depuis près de deux mois, quand est survenue, il y a une semaine, la révolution de Genève. Cet événement a été pour lui la source de vives émotions et de cruels chagrins.

Aujourd'hui , à une heure du matin , madame S,.., qui eouche dans la môme chambre que son mari et qui a l'ouïe un peu dure, a été réveillée par un bruit de râle 5 elle s'est approchée de lui et l'a trouvé complètement privé de connaissance; elle n'a pu le réveiller. 11 était pâle, les yeux fermés, les traits immobiles et les dents serrées -, il n'y avait pas d'écume sur les lèvres; les membres étaient roides, le pouls bien perceptible, la respiration râlante. Madame S. . . , ne pouvant faire sortir son mari de cet état par les moyens usités en cas d'évanouissement, a envoyé chercher un médecin qui demeure dans le village à une très petite distance. Ce praticien a cru à une attaque d'apoplexie et a voulu pratiquer une saignée. Madame S..., par un motif que nous expliquerons plus tard, a fait quelques objections à la saignée , et a demandé s'il n'y aurait pas moyen d'y suppléer de quelque manière ; sur quoi le médecin a proposé des fomentations d'eau vinaigrée chaude sur les jambes.

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Au moment de leur application , le malade s'est réveillé à demi, s'est tourné de l'autre côté et le râle a cessé; mais ce n'a été qu'après une heure environ qu'il a repris complètement connaissance. Jusqu'alors, quoiqu'il eut ouvert les yeux en présence de l'officier de santé et qu'il l'eût reconnu , il avait eu beaucoup de peine à fixer ses idées et il n'appréciait pas nettement sa situation. On s'est efforcé de le tenir réveillé, mais il a fini par s'endormir, vers quatre heures, d'un sommeil très naturel. Quand madame S... s'était approchée de son mari sans connaissance et l'avait découvert, elle avait trouvé son linge inondé d'urine. A son réveil , le malade s'est trouvé bien, seulement il s'est plaint de céphalalgiB et de douleurs dans les jambes. (Des crampes s'étaient fait sentir dans les membres inférieurs au moment du retour de l'intelligence.) Il n'y avait pas la moindre trace d'hémiplégie; la langue n'avait pas été mordue; la parole était naturelle.

Du reste, M. S... n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé, si ce n'est celui de son étonnement, en se réveillant d'un profond sommeil , de voir auprès de lui la figure du médecin. 11 se rappelle aussi la peine qu'il a eue ensuite à recueillir ses idées. Ce soir il se sent très bien; le pouls est à 80; il était à 86 il y a quelques heures.

Madame S... a vécu pendant de longues années dans la famille d'un médecin , elle a fréquenté les hôpitaux et elle est pleine d'intelligence. A peine fûmes-nous seuls qu'elle me dit : J'ai vu plusieurs fois des accès d'épilepsie ; je ne puis comparer l'état où j'ai trouvé mon mari qu'à une attaque de ce mal. Sa première impression fut celle d'une apoplexie; mais après quelques instants de réflexion elle n'hésita pas à caractériser, ainsi que je viens de l'énoncer, la nature de l'accès; je n'avais rien dit moi-même qui pût lui faire pré-

juger mon opinion sur le cas. Ce fut l'idée de Tépilepsie qui lui donna des doutes sur la convenance de la saignée. Je prescris : Oxyde de zinc, gram., 2,60; sucre, 8,00 : en 24 doses ; trois par jour.

Ce traitement fut suivi pendant trois mois, du 15 octobre au 16 janvier 18/i7.

La quantité totale d'oxyde de zinc employée, vérification faite à la pharmacie, fut de 2ii. grammes. Si les prescriptions eussent été suivies rigoureusement , le malade en eût pris 30 grammes. La dose journalière fut la même pendant toute la durée de la cure. Le remède ne procura aucune incommodité.

Il n'y eut, pendant tout le traitement, et il n'y a eu depuis aucun accès d'épilepsie.

Pendant plus d'un an, M. S... se porta très bien.

Le 13 février IS/tS, notre ancien malade était à se promener, quand il ressentit subitement une sorte de vertige qui l'obligea à s'arrêter un instant debout.

Lorsqu'il se remit en route, il éprouva quelque difficulté par suite d'une faiblesse de tout le côté gauche du corps. Il put cependant faire seul une centaine de pas pour atteindre une maison voisine, d'oii, après avoir reçu quelque secours , il regagna son domicile , soutenu sur un bras. Sauf le premier instant de vertige, il n'y eut ni trouble des sens, ni altération quelconque de l'intelligence. A mon arrivée chez M. S. . . , quelques moments après , je le trouvai atteint d'une légère paralysie du côté gauche. Sa figure n'offrait que de très faibles traces de déviation; il marchait, mais en traînant un peu la jambe; la main gauche serrait moins fortement que la droite; la sensibilité était peu affaiblie. M. S... fut remis en dix à quinze jours de cette légère attaque, sans médication active.

Mais bientôt il fut affecté d'une dyspepsie qui ne fit que faire des progrès et résista à la fois à un régime sévère et à divers traitements consciencieusement suivis. Il entrait peu à peu dans le marasme, quand il fut saisi tout à coup dans son lit, le 29 septembre 18/|.9, d'une nouvelle attaque d'apoplexie bien plus forte que la précédente; il y avait résolution absolue des membres gauches, et la sensibilité de la peau était fort émoussée , mais les autres sens et l'intelligence étaient intacts : rien n'était plus aimable et plus spirituel que la conversation de ce malade qui ne se faisait aucune illusion sur l'issue d'une attaque survenue au moment cil il allait s'aliter tout à fait par les progrès de sa faiblesse.

Il succomba , en effet, le 13 décembre, bien plus aux effets du marasme qu'à la paralysie.

Il avait survécu trois ans et deux mois à l'attaque d'épilepsie.

Résumé. — Père et oncles paternels morts de phthisie pulmonaire ; mère aliénée ; chagrins et violentes émotions dans les quinze jours qui ont précédé l'attaque. Début à soixante et onze ans, une seule attaque. 24 grammes d'oxyde de zinc en trois mois. Guérison soutenue jusqu'à la mort du malade, survenue plus de trois ans après.

Quoique la description de la première attaque de M. S. .. ait été nécessairement incomplète , il me paraît impossible d'en contester la nature épileptique. Indépendamment du retour rapide de l'intelligence et des sens , sans trace de paralysie, l'accès a présenté trois phénomènes qui ne peuvent, dans un cas semblable, appartenir qu'à l'épilepsie, savoir: la rigidité ou convulsion tonique des membres des deux côtés, le râle trachéal et l'émission involontaire des

urines. Le raie dans l'apoplexie ne se montre qu'aux approches de la mort; et les urines involontaires supposent dans cette maladie une rétention préalable pendant un temps assez long , et par conséquent un coma prolongé. Il ne peut donc être question ici d'apoplexie d'un degré quelconque.

Quant à la seconde attaque , on ne peut guère ne pas y reconnaître une hypérémie cérébrale ou le degré simplement congestif de l'apoplexie ; il est difficile , en effet , d'admettre qu'une hémorrhagie cérébrale n'eût pas entraîné, je ne dis pas des suites plus graves , mais des conséquences plus durables; en dix ou quinze jours, M. S... avait vu disparaître tout indice de paralysie.

La dernière attaque fut évidemment une véritable apoplexie ou hémorrhagie cérébrale , quoique les facultés intellectuelles soient restées intactes.

Ce cas est donc merveilleusement propre à nous montrer les différences qui existent entre l'épilepsie et les deux degrés de l'apoplexie : hypérémie et hémorrhagie.

Dans l'attaque épileptique : phénomènes convulsifs généraux , bornés peut-être dans ce cas à la convulsion tonique, comme nous en verrons d'autres exemples; altération grave de la respiration ; perte absolue des sens et de l'intelligence; mais la durée de ces phénomènes, qui présentent en apparence un haut degré de gravité, est extrêmement courte , et ils se dissipent sans laisser de traces.

Dans l'hypérémie cérébrale : attaque fort légère en apparence; troubles peu marqués ou nuls do l'intelligence et des fonctions générales; mais hémiplégie durant au moins quelques jours.

Dans l'hémorrhagie cérébrale : suites dont la durée , en cas de survie, est toujours plus on moins en rapport

CAS AMÉLÎOIIÉS. 159

avec l'intensité de l'attaque; et concordance telle de la gravité dumal avec l'intensité des premiers symptômes, que la mort serait regardée comme imminente dans une attaque qui offrirait, au même degré, les symptômes du premier accès de M. S....

Les trois faits qui précèdent peuvent-ils être considérés comme des cas de guérison dus aux traitements qui ont été employés? Quoique le doute soit permis et que j'aie eu moimême quelque hésitation avant d'adopter l'affirmative , je m'y suis rangé sans scrupule par deux considérations. La première, c'est que le plus long intervalle que j'aie jamais observé entre la première et la seconde attaque , en l'absence de tout traitement, a été de trois ans , et ce cas je ne l'ai rencontré qu'une seule fois (observation 67). En second lieu, dans le petit nombre de guérisons spontanées dont j'ai eu connaissance, soit dans ma pratique (observations âet 5 ), soit en dehors, jamais la maladie ne s'est bornée à une seule attaque.

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