SECTION I. — TRAITEMENTS INCOMPLETS
Vingt-troisième observation.
R. N... est né le 3 août 1841. 11 est, àcinqmois,chétif, mais bien conformé, blond, à peau fine ; sa figure est sans expression; il a habituellement la langue hors de la bouche.
J e n'ai eu aucun renseignement sur la famille maternelle ; seulement la mère jouit , ainsi que le père , d'une bonne santé. Une des tantes paternelles est morte aliénée ; un oncle paternel est fou.
Né avant terme (à sept mois) et d'une faiblesse extrême,
cet enfant fat , à la lettre, élevé dans du coton pendant les quatre premières semaines de sa vie. Il était déjà fort criard alors ; mais les cris devinrent presque perpétuels quand on l'enleva de ce nid. Ces cris éclataient plus fortement dès qu'on le levait ; rien ne pouvait alors le calmer , même le sein : l'épuisement seul y mettait un terme momentané. Alors il tétait, et s'assoupissait avec difficulté, mais jamais autrement que promené dans les bras de sa mère ou de sa bonne. Il fallait que son sommeil fût des plus profonds pour qu'on pût réussir à le placer enfin dans son berceau. Très rarement il y est resté plus d'une ou deux heures de suite. Jour et nuit il fallait donc le tenir sur les bras pour le calmer à chaque réveil et essayer de l'assoupir. Dès qu'on le croyait endormi , la bonne , épuisée , s'arrêtait pour se reposer 5 mais aussitôt l'enfant se réveillait et criait à perdre haleine. Ces cris, violents au réveil , finissaient souvent par provoquer une espèce de spasme ou un court accès de suffocation. A la promenade il en était tout autrement : là il était fort tranquille et il s'assoupissait promptement ; il ne lui est pas arrivé deux fois d'y pleurer ou crier.
L'appétit de l'enfant a toujours été très bon ; on a suppléé de bonne heure, par de la bouillie, à l'insuffisance du lait de la mère. Les selles ont toujours été régulières, souvent mélangées de vert dans les deux ou trois premières semaines de la vie, rarement dès lors.
Vers l'âge de six semaines, un jour 011, comme à l'ordinaire, il jetait les hauts cris dans les bras de sa bonne , il fut saisi subitement d'un ctouffemcnt avec suspension absolue de la respiration pendant trente ou quarante secondes. Son teint se colora fortement, et les yeux lui sortirent, en quelque sorte, do la tôle. Immédiatement après cette crise, il est très remarquable , me dit le père, qu'il fut très tran-
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quille pendant une demi-heure, c'est-à-dire que , ne dormant pas, il ne poussa pas un seul cri après avoir repris sa respiration. Il n'eut pas , à ce qu'il paraît, de mouvements convulsifs j on crut qu'il s'asphyxiait par l'effet de quelque mucosité. La bonne alors raconta au père, qui fut témoin de l'accès, qu'elle en avait déjà observé deux ou trois semblables, surtout la nuit. Il paraît qu'ils ont reparu dès lors à diverses reprises , mais peu fréquemment. La bonne n'attira pas sur cette circonstance l'attention des parents.
En décembre 18/i.l , à l'âge d'environ cinq mois , notre petit malade était toujours dans l'état de cris continuels et d'insomnie que j'ai décrit plus haut, lorsque, le 26, il fut attaqué de véritables accès d'épilepsie. Il en eut sept dans la journée et le même nombre dans la nuit suivante. Je n'étais pas le médecin de la famille 5 M. le docteur Th. Maunoir me fit appeler en consultation. Nous nous réunîmes le 27, à onze Jieures du matin. L'enfant avait eu encore deux accès dans la matinée. Il en eut un devant nous, qui ne nous laissa aucun doute sur sa nature : Cris perçants, renversement de la tête en arrière et des yeux en hautj tension convulsive générale, puis vives secousses de tous les membres et de la tête • suspension de la respiration , couleur violacée, menace d'asphyxie , écume à la bouche 5 puis collapsus, pâleur et coma. Toute la crise fut fort courte et la période convulsive ne dura pas plus d'une minute. Oxyde de zinc, gram. 1,00 : sucre, 1,50 5 en il poudres ; une toutes les quatre heures.
A huit heures du soir. — Il y a eu six accès depuis notre visite de ce matin, de même nature que les précédents. Les cris continuent pendant la période tonique j ils cessent quand commencent les convulsions cloniques. Le dernier accès a été évidemment provoqué par un bruit subit. L'enfant a
pris deux poudres ; il a eu une selle un quart d'heure après chaque poudre. Continuer.
28, à 11 m. — 11 y a eu quatre accès jusqu'à minuit, et , chose extraordinaire , un sommeil non interrompu de minuit à cinq heures j dès lors trois nouveaux accès , en tout sept , toujours de même nature. L'enfant a pris trois poudres et a eu deux selles. Même traitement,
29 , à 11 m. — Douze accès en vingt-quatre heures : c'est un de moins que le jour précédent. Le plus long intervalle a été de quatre heures et un quart (dé quatre heures trois quarts à neuf heures du matin) dont trois ont été consacrées au sommeil. On a sorti quelque peu l'enfant qui n'a point eu d'accès au grand air. Trois des attaques ont été plus légères que celles des premiers jours. L'enfant a teté avec avidité plusieurs fois et n'a point eu de vomissements. Pris six poudres : un peu d'angoisse après leur ingestion ; quatre selles jaunes ou blanches j celles des jours précédents avaient été un peu striées de vert. Une poudre toutes les trois heures.
30. — ■ Neuf accès : deux plus forts, cinq moyens, deux faibles j aucun pendant une promenade de trois quarts d'heure. Il a pris le sein trois fois et a eu quatre selles sans rapport avec les heures des poudres, prises au nombre de huit. Une poudre toutes les quatre heures.
31 . — Huit accès , dont quatre de deux heures trois quarts à trois heures et demie du matin. On n'a donné que cinq poudres. Il y a eu trois selles et un vomissement de la bouillie une heure et demie après une poudre prise une heure après ce repas. Même prescription.
18/i2 janvier 1^*'. — Trois accès seulement : le premier faible, le dernier sans cris. Pour la première fois de sa vie, l'enfant a eu celte nuit deux sommeils de trois heures et
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demie chacun. // a pris six poudres et n'a eu qu'un léger vomissement. Des accès légers de dyspnée se sont manifestés de temps en temps, comme à l'ordinaire.
Dès ce jour je cessai de suivre le malade. A la date du 16 janvier, M. Maunoir m'écrivit qu'aucun accès n'était survenu depuis notre dernière consultation , mais que l'enfant n'avait repris ni le sourire , ni l'air de connaître ses parents ; le sommeil , qui avait continué à être meilleur pendant quelque temps , était redevenu difficile.
Le 29 janvier, le petit malade ayant de la diarrhée depuis huit jours , on cessa le zinc, qui avait été donné jusquelà à doses décroissantes. L'enfant avait repris son intelligence. Des croûtes flavescentes qu'il portait déjà sur les joues quand je le vis pour la première fois avaient fait des progrès tout récenls. Les crises de dyspnée étaient rares et légères, les cris beaucoup moins forts et moins fréquents.
Près de cinq ans s'étaient écoulés, quand, le 9 novembre 18^6, désirant savoir si la guérison de cet enfant s'était soutenue, j'allai faire une visite à son père. Après avoir recueilli ses souvenirs et les avoir comparés à ceux de sa femme et de la bonne , il m'écrivit une longue lettre dont voici le résumé :
Lescrisesdedyspnéeavaientpris,en févrierl8/t2, un plus haut degré de fréquence et d'intensité ; ellesallèrent en croissantet en se rapprochant jusqu'en mai. Elles ne lui laissaient, à cette dernière époque, aucun moment de repos; elles rendaient la déglutition difficile et provoquaient nuit et jour, presque sans interruption , des cris de douleur et d'impatience. En mai , la famille se fixa à la campagne, et, peu de jours après, les crises de suffocation arrivèrent à faire craindre, d'un moment à l'autre, la mort par asphyxie. Le médecin de la localité fut appelé au milieu d'une nuit j il
fit appliquer un vésicatoire sur la poitrine et oindre le derrière des oreilles d'une pommade épispastique. Ces exutoires , qui suppurèrent beaucoup pendant la première quinzaine et qui furent entretenus assez longtemps , amenèrent une prompte amélioration , et , sous leur influence , les crises disparurent pour toujours.
L'enfant jouit pendant deux ans d'une excellente santé.
Mais en mai iSlid, vingt-neufmois après la dernière attaque d'épilepsie, il s'en manifesta une de même nature que celles de I8/1.I et qui dura quelques minutes. Cet accès avait été précédé pendant quelques jours d'une excitation morale très vive : impatiences , colère , volubilité dans le langage; en outre les yeux étaient cernés, le front pâle j il y avait de la céphalalgie , de la diarrhée et des ténesmes ; ce fut sur la chaise percée que l'attaque arriva. Le médecin fit placer des sangsues au cou, et la mère, de son chef, fit réitérer les poudres de zinc dont elle avait conservé religieusement la formule. Après quelques jours le malade se rétablit entièrement sans qu'il fut survenu de nouvelles attaques.
Pendant un an environ l'enfant n'éprouva aucun malaise. Au printemps de 18/|.5, sa mère, ayant observé quelques uns des prodromes éloignés de l'attaque de l'année précédente, administra encore le zinc pendant quelques jours. 11 n'y eut point d'attaque et l'enfant fut promptement remis.
Vers lerailieu d'août 18/i6, à vingt-sept mois d'intervalle du dernier accès , survint une très forte et longue attaque. Il y avait eu pendant quarante-huit heures de l'inappétence, du dévoicment et de la céphalalgie avec altération des traits. L'enfant était au lit. L'attaque dura quelques minutes; elle fut de la môme nature que les précédentes; l'écume fut
abondante. On administra encore le zinc, et l'enfant fut bientôt rétabli.
Par une recherche faite à la pharmacie, j'appris qu'à chacune des trois époques citées on n'avait administré qu'une seule dose, ou même une demi dose des poudres (la dose entière était d'un gramme en douze poudres).
Dans ma visite àM. R..., je lui avais témoigné le regret qu'on n*eût pas, à chaque rechute , continué le traitement pendant un temps un peu long, de manière à prévenir, peutêtre pour toujours, le retour des accès. Je l'engageai en conséquence à faire dès ce jour-là l'essai d'une cure prolongée. Le 8 décembre I8/16, madame R.... m'amena son fils, joli enfant de cinq ans et demi , ayant toutes les apparences d'une excellente santé ; elle m'apprit toutefois que son développement avait été tardif et qu'il n'avait commencé à marcher qu'à vingt-deux mois; il avait eu beaucoup de peine à apprendre à parler; il ne s'était énoncé d'une manière intelligible, pour d'autres que pour ses parents, qu'à l'âge de trois ans; maintenant il parle assez bien, mais il prononce difficilement et bredouille un peu.
Depuis quinze à vingt jours, l'enfant a pris cinq grammes et demi d'oxyde de zinc ; donner encore un gramme, puis deux grammes dans la première semaine de chaque mois jusqu'en mai.
Ce traitement fut suivi avec exactitude ; on alla même plus loin en donnant encore quelques poudres en juin.
Dès lors jusqu'en janvier 18/|.9, l'enfant ne cessa pas de jouir d'une bonne santé. Son intelligence était remarquable, son caractère pétulant, mais bon.
Le 20 janvier 18/i9, il fut alternativement très agité et somnolent. Le lendemain se déclarait une méningite franche qui l'enleva le 24, à huit heures du matin. M. Rilliet
vit ce malade en consultation avec moi. Nous ne pûmes obtenir l'autopsie, malgré de vives instances.
La méningite ayant débuté par un accès de convulsions, précédé, il est vrai, de nausées et de vomissements, je crus d'abord à une rechute; mais le cours de la maladie (pendant lequel les convulsions ne se renouvelèrent pas) ne nous laissa aucun doute sur la véritable nature de l'affection. Quoique j'aie recueilli avec soin l'histoire de cette méningite, je ne la donne pas ici ; elle y serait un horsd'œuvre.
Résumé. — Oncle et tante paternels aliénés. Né avant terme extrêmement chétif ; insomnie presque constante et accès de dyspnée. Début à cinq mois. Quatorze attaques en vingt-quatre heures ; environ 5 grammes d'oxyde de zinc en trois semaines : diminution successive de la fréquence et de l'intensité des attaques qui cessent le sixième jour du traitement; guérison qui se soutient pendant vingtneuf mois. Première rechute : une seule attaque, 1 gramme d'oxyde de zinc; guérison qui se soutient pendant vingtsept mois. Seconde rechute: une seule attaque, demigramme de zinc (un demi-gramme avait été employé au milieu de l'intervalle des deux rechutes); plus tard, 16 grammes d'oxyde de zinc en sept mois; guérison soutenue jusqu'à la mort arrivée, par méningite franche, vmgtneuf mois après la dernière attaque.
Le nombre, la périodicité, la nature et l'identité des accès ne permettent pas de confondre cette affection avec l'éclampsie.
Le dernier traitement aurait-il amené une guérison définitive? C'est ce que la mort, en tranchant le fil de cette his-
toire, ne nous a pas permis de constater. Aussi avons-nous classé ce cas dans les améliorés , place que nous lui aurions d'ailleurs donnée, même en cas de survie de l'enfant, pour être fidèle à la règle que nous avons posée, de ne pas regarder comme guéris les malades ayant rechuté deux fois. Comme amélioration, il ne peut pas y en avoir de plus tranchée, le malade étant arrivé, de quatorze attaques par jour, à n'en avoir que deux en sept années.
On a vu que les parents avaient cessé le remède trois semaines après la première attaque , à une époque oii l'enfant en avait pris environ 5 grammes ; j'ai cru pouvoir, eu égard ^ la gravité des antécédents et à la fréquence des accès, qualifier cette cure d'insuffisante. Les doses données à chaque rechute l'ont été bien davantage j elles ont bien pu avoir quelque inQuence pour prévenir le retour prochain d'autres attaques, mais elles ne pouvaient guère procurer une guérison radicale.
Vingt-quatrième observation.
Le 5 juillet 1843, je suis appelé auprès de Suzanne G.,., âgée de cinq mois et demi.
Je ne peux recueillir aucune notion exacte sur les ascendants du second degré. Le père est d'une bonne constitution et d'une bonne santé; la mère est très nerveuse, c'est-àdire très mobile, très sensible et d'un caractère faible. L'un et l'autre, surtout la mère, sont très confus dans leurs rapports, et il m'a fallu beaucoup de temps et de questions répétées à chaque visite qui suivait les accès, pour pouvoir en donner une description fidèle.
Madame G... a eu cinq enfants et n'a perdu qu'une fille , qui a succombé à dix-neuf ans à une perforation spon-
tanée de l'estomac. Elle a beaucoup souffert de dyspnée pendant qu'elle était enceinte de Suzanne; elle a dû dormir assise hors de son lit dans les derniers temps de sa grossesse.
L'enfant est né à huit mois, très débile. Son visage ressemble à celui de certains acéphales : il n'existe du nez que le lobe; à la place de la racine est une large surface plate; les narines, dirigées en avant, ont la forme d'un trèfle (de carte) sans queue. Les yeux sont très écartés, les paupières à peine fendues; la bouche, très étroite, a la forme d'un cœur renversé ; elle a quelques rapports d'aspect avec le nez. Les fontanelles ont l'étendue de celles d'un enfant naissant. Le système musculaire a toujours été extrêmement faible.
Suzanne a l'expression et les mouvements d'une idiote : la langue est constamment hors de la bouche; elle a toujours été sujette à faire des grimaces , ordinairement désagréables, quelquefois hideuses, selon l'expression de la mère. Elle a aussi une disposition habituelle à porter la tète en arrière , à droite, et à diriger les yeux du même côté.
Dans le commencement de sa vie, l'enfant a eu des convulsions , mais différentes de celles qui constituent sa maladie actuelle. Elle a été aussi affectée d'ictère. Jusqu'à l'âge de deux mois, elle est restée fort maigre, puis elle a pris graduellement de l'embonpoint; elle est maintenant très grasse; mais elle est sujette à de violentes coliques qui lui font pousser des cris prolongés. La mère lui a donné le sein , et a essayé de bonne heure divers genres d'alimentation supplémentaire dont aucun n'a réussi. Depuis quinze jours on a pris une nourrice. Les fonctions digestives se font bien.
CAS AMÉLIOUlis. 169
Les paupières suppurent extérieurement dans les angles et sur les bords.
Les accès, qui ont débuté il y a quatre mois et demi, sont toujours revenus dès lors au nombre de deux ou trois par semaine^ sans autre variation, à ce qu'on m'affirme.
A l'approche des crises, Suzanne fait des mouvements de déglutition, ses yeux deviennent ternes et mourants, le nez puis les autres parties de la face se colorent en violet j il y a en même temps de la dyspnée. Quelques minutes après la première apparition de ces signes , l'enfant pousse deux ou trois cris entrecoupés qui ne sont pas ceux des coliques, mais sont horriblement angoissants. Il y a opisthotonos, yeux fixes et largement ouverts , extension et roideur des membres j la couleur violacée de la face augmente, la langue et les lèvres deviennent presque noires j le cou et même quelquefois les bras participent à la coloration bleuâtre; la respiration, momentanément suspendue, est fort gênée ensuite; on entend du gargouillement dans le cou; quelques bulles d'écume paraissent sur les lèvres ; alors il y a collapsus et pâleur très grande, les yeux restant fixes. L'état convulsif dure moins d'une minute ; le repos qui suit est de même durée et immédiatement après survient un nouvel accès, semblable au précédent, à la suite duquel la respiration continue à être gênée^ quelquefois avec gargouillement; le teint reste un peu violet; la peau est couverte d'une sueur froide. Pendant toute la crise l'enfant paraît privée de tous ses sens. L'accès double étant terminé, elle s'endort sur-le-champ ; la coloration naturelle ne tarde pas à reparaître , et au réveil, qui a lieu au bout de cinq minutes, l'enfant parait bien et sourit quelquefois.
J'ai omis de dire qu'il est très fréquent qu'au début de l'accès et au moment des cris, l'enfant émette quelques vents.
Je prescris un traitement d'oxyde de zinc. Cette cure, faite d'une manière irréguiière malgré toutes mes instances, dura deux mois, du 5 juillet aux premiers jours de septembre.
On employa en tout 3 grammes 25 centigrammes d'oxyde administré en poudre mélangée avec du sucre.
La dose journalière initiale fut de k centigrammes; la dose maximum , qui fut continuée jusqu'à la fin, fut de i2 centigrammes.
A la dose primitive, il y eut de temps en temps quelques légers efforts nauséeux peu après l'ingestion des poudres, et quelquefois des selles vertes; mais ces malaises ne se reproduisirent plus, malgré l'accroissement des doses. La santé générale fut, du reste , très bonne pendant toute cette période, et l'enfant prit encore de l'embonpoint.
Le nombre des accès pendant le traitement fut un peu moindre qu'auparavant; au lieu de dix à douze par mois, elle en eut neuf en juillet et neuf en août.
Si l'amélioration fut peu marquée quant au nombre , elle fut très remarquable dans la nature des accès; elle en eut un triple une seule fois, mais ceux du mois d'août furent presque tous simples. Déjà, en juillet, il y en eut de tellement légers, que le père les qualifiait d' échantillons ; dans d'autres, moins atténués, il n'y eut plus d'écume, l'asphyxie fut plus courte et moins prononcée. En août, même dans les accès les plus forts , la coloration ne gagna plus les bras, et il n'y eut plus de refroidissement consécutif; quelques uns furent si légers, qu'on les distinguait à peine de certaines crises de cyanose dont nous parlerons bientôt. Parmi les symptômes d'accès, il en est un qui se montra une fois, et que je n'ai pas signalé dans la description générale : ce fut une selle involontaire rendue au milieu de l'état convulsif.
Les accès eurent lieu presque toujours dans l'après-midi, le plus souvent à trois heures j il n'y en eut pas un seul de nuit.
A plusieurs reprises , on me signala des crises qui consistaient uniquement en un état de cyanose quelquefois léger et prolongé, quelquefois plus court et plus intense, mais dans tous les cas sans aucune convulsion apparente. Ces crises avaient lieu presque constamment aux heures les plus ordinaires des accès convulsifs , dans les jours intermédiaires.
Un changement remarquable qui s'opéra pendant le traitement de zinc fut l'éloignement, puis la cessation de ces grimaces ou sorte de convulsions fugaces du visage , que nous avons déjà mentionnées.
Quoique l'enfant n'eût pas cessé d'être très faible au point de vue musculaire, et qu'elle eût, sauf le volume, toutes les apparences d'un enfant de deux mois, elle avait fait, à la fin de la cure, de légers progrès sous le point de vue de l'intelligence, l'expression de la figure était plus naturelle, elle commençait à balbutier quelques sons et à jouer de ses bras.
J'ai dit que le traitement avait été fait avec irrégularité. Quoique les parents fussent les premiers à se féliciter des progrès de la guérison au point de vue de l'atténuation graduelle des accès , je n'en avais pas moins une peine infinie à obtenir qu'on continuât le remède ; on ne réitérait jamais que la moitié de la dose, espérant toujours que ce serait la dernière ; la position financière des parents n'expliquait pas cette parcimonie. Enfin , le 6 septembre , on me déclara qu'il était impossible de faire prendre encore des poudres à l'enfant , quoiqu'on avouât qu'elles ne lui causaient aucune incommodité. Je consentis à modifier
le traitement et h remplacer le zinc par la poudre de selin , mais la prescription ne fut pas exécutée. Quelques jours après , la blépharite s'aggrava beaucoup et je dus m'occuper uniquement de cet incident, qui menaça les cornées de l'enfant. Le nitrate d'argent solide ou en solution amena une assez prompte amélioration , et avant la fin de septembre les yeux étaient complètement guéris.
En septembre , il y eut encore huit accès dont trois de nuit, mais tous très légers; puis deux en octobre, le 2 et le 3, dont un de nuit Ce furent les derniers j la maladie céda au moment oii j'insistai le plus pour recommencer une cure. Le l/i octobre, les parents me remercièrent de mes soins, regardant leur enfant comme guérie; je dus cesser mes visites, regrettant beaucoup qu'on n'eût pas continué le zinc pour consolider la guérison.
L'enfant était, du reste, dans un état physique aussi satisfaisant qu'on pouvait l'espérer; elle avait de la gaieté; ses forces et sa faible intelligence continuaient à progresser.
Seize mois s'écoulent sans que je revoie Suzanne, Le 6 février 1845, je suis appelé auprès d'elle et l'on me raconte qu'elle n'a eu aucun accès depuis le 3 octobre jusqu'à ces derniers jours , qu'elle tette encore et n'a cessé de jouir d'une bonne santé.
Quoique âgée de vingt-cinq mois, elle n'a que la taille d'un enfant de dix-huit mois; elle ne marche pas, les jambes sont flasques et pendantes ; l'embonpoint est médiocre. Il y a toujours une dépression remarquable de la racine du nez, et la partie inférieure de cet organe est toujours aplatie et renversée. L'espace inter-oculaire présente un plan très légèrement bombé au milieu, et de chaque côté la peau forme un repli qui recouvre presque complètement l'angle interne des yeux , comme une troi-
CAS AMÉLIORAS, 173
sième paupière verticale placée en avant des deux autres. Suzanne a l'air plus intelligent que quand je l'ai quittée , mais son intelligence est celle d'un enfant de six mois. En compensant l'aspect physique et l'état moral , on lui donnerait un an.
Deux accès sont survenus le li au matin, à une demi-heure d'intervalle l'un de l'autre ; ils ont été semblables à la description que nous avons donnée au commencement de cette observation, à quelques nuances près. Dans le premier, la roideur tétanique a été accompagnée de petites secousses sur la fin j la coloration n'a pas été foncée j il n'y pas eu de gargouillement; le sommeil consécutif a duré une demiheure. Le second accès a été semblable au premier, mais plus court; le sommeil consécutif a duré trois quarts d'heure. L'enfant a été bien dès lors.
Je prescris un traitement de zinc.
Le 11 , je reviens. On n'a point donné le remède , l'enfant ne paraissant pas bien, me dit-on : le 9, elle a eu des frissons ; le 10, il s'est développé un catarrhe fébril. Looch avec sirop d'ipécacuanha.
Le 12, on me fait appeler de grand matin. Au moment oii j'arrive, l'enfant vient de rendre le dernier soupir. Son état s'était beaucoup aggravé dans la nuit et elle avait succombé avec les symptômes d'un catarrhe suffocant.
Toutes mes instances pour obtenir l'autopsie restèrent infructueuses.
Résumé. — Aucune cause héréditaire connue , sauf le tempérament nerveux de la mère. Née à huit mois très débile ; faciès de quelques acéphales ; apparence d'idiotisme ; retard dans le développement général. Ictère et éclampsie dans les premières semaines. Début à l'âge d'un mois : deux
174 EXPOSITION DIÎS FAITS.
OU trois accès par semaine pendant quatre mois et demi. Accès exclusivement toniques. Un peu plus de 3 grammes d'oxyde de zinc en deux mois ; accès de plus en plus légers. Pendant le mois qui suit le traitement, ils s'éloignent beaucoup et disparaissent. Rechute après seize mois : deux accès àVèe petites secousses; point de traitement. Mort, quelques jours après, par catarrhe suffocant.
Les cas d'épilepsie survenant chez les idiots ou sous l'influence d'un développement imparfait de l'encéphale sont loin d'être rares : selon Georget , on rencontre en général un épileptique sur huit ou dix idiots (1). Mais ce qui est peu commun, c'est de voir les attaques être suspendues pendant un temps aussi long, après avoir été fréquentes presque dès la naissance de l'enfant. A ce titre, et quoique je n'aie pas procuré une guérison radicale (que la prolongation de la vie m'eût probablement permis d'obtenir) , cette observation me paraît avoir une assez grande valeur, 11 faut remarquer surtout que la dose d'oxyde de zinc, 3 grammes en deux mois, a été bien peu en rapport avec la gravité de la maladie. Il est vrai que j'ai guéri quelquefois avec des doses beaucoup moindres encore (obs. 7 et 8); mais ces cas peuvent être regardés comme exceptionnels et ils se montraient, à divers points de vue, sous des auspices bien moins fâcheux. Dans ces deux faits, la maladie cessa dès les premières doses du remède; chez Suzanne elle ne fut qu'amen» dée pendant tout le cours du traitement, et môme, dans le mois qui suivit , quelques rares et légers accès se montrèrent encore. IN'est-il pas permis de croire qu'avec de la persévérance on aurait eu la plus grande chance de guérirradicalement l'épilepsic? Je dis guérir l'épilepsie , je pour*
(I) Dictionnaire de médecine fin 31 volumes, art. Rpit.spsik, p. 208.
GAS AMtLïORKS. 17 5
rais ajouter : prévenir peut-être l'issue fatale du catarrhe, car sa brusque terminaison par asphyxie a été vraisemblablement préparée par le retour des attaques. Il faut remarquer en effet que les symptômes fréquents d'asphyxie légère auxquels l'enfant était sujette avaient disparu avec les accès. Quant à la possibilité d'une guérison complète de l'épilepsie survenue sous l'influence d'un retard dans le développement cérébral, je ne crois pas qu'on puisse la contester après avoir lu l'observation précédente qui, au degré près, ressemble sous tant de rapports au fait actuel.
Vingt-cinquième observation.
Tœpfer, dont j'ai déjà cité le nom dans une précédente histoire , possédait dans un petit village , non loin d'Yverdon, une maisonnette qui lui a inspiré quelques pages charmantes dans le second volume de ses Réflexions et menus propos. Aussi bon qu'il était spirituel, il me parla un soir d'une jeune fille atteinte d'épilepsie, qu'il avait vue aux environs de sa retraite. Ayant eu connaissance de deux cas d'épilepsie que j'avais guéris , et en particulier de celui de l'observation 13% il désirait savoir si le traitement que j'avais employé était tel qu'il pût être fait sous la direction du pasteur du lieu, d'après mes ordonnances. Cetecclésiastique, dans l'éloignement oiî il se trouvait des secours médicaux, donnait à ses ouailles, dans des maladies légères, quelques conseils simples qu'il puisait dans des ouvrages de médecine pratique. Quoique j'aie peu de confiance dans ces traitements suivis loin d'un médecin , surtout pour les cures de longue haleine , je me rendis volontiers au désir de mon ami. Il transmit donc au pasteur l'ordonnance suivante : Oxyde de zinc, extrait de valériane, aa gram, 2,60 : pour
17fi EXPOSITION DES FAITS,
2lipilules; 2> par jour. Le remède devait être préparé dans une pharmacie, à Yverdon. J'avais joint quelques conseils sur la durée du traitement qui devait être de six mois au moins , et sur la manière de le terminer. Je comptais peu sur le succès , comme je viens de le dire. Je ne savais rien , d'ailleurs , sur le cas , sinon qu'il s'agissait d'une jeune fille n'ayant eu encore qu'un petit nombre d'accès d'épilepsie.
Dans le mois suivant , je me laissai entraîner par Tœpfer à aller , pendant trois jours, me reposer dans son ermitage des fatigues de la pratique. Le pasteur profita de mon séjour pour me demander des conseils en faveur de quelques malades et infirmes de son village. Je fis donc avec lui le tour de ce hameau primitif où l'on ne rencontre ni café , ni cabaret , ni le moindre atelier, ni la plus petite boutique , mais oiî l'on trouve cependant bien des maladies corporelles , morales et sociales, qu'on dit appartenir à une civilisation avancée. Parmi les malades que je visitai, se trouva la jeune épileptique qui fait le sujet de cette observation. C'était le 27 avril iSMi. Marianne est âgée de quinze ansj elle est de taille moyenne et d'une bonne conformation générale ; mais elle porte un goitre assez volumineux. Son père et sa mère paraissent jouir d'une bonne santé ; je n'ai pas de renseignements sur le reste de sa famille , si ce n'est que , au dire des parents, on n'y a pas observé de maladie nerveuse.
A l'âge de deux ans , Marianne a été affectée d'un eczéma général du cuir chevelu et du front , qui a duré plus de trois mois- elle n'a pas eu d'autre maladie.
Elle a eu cinq accès d'épilepsie : le premier, le 25 septembre 18^|3 , à 2 s. j le second , le 31 octobre, à 5 s.j le troisième, le 29 décembre, à 1 s. ; le quatrième le 18 jan-
vier ; le cinquième, le 17 mars. Tous ces accès se sont ressemblés : le premier seulement a été le plus violent de tous ; il a duré un quart d'heure, tandis que les suivants ont duré moins de deux minutes. Point de prodrome, pas de cris ; chute subite ; renversement de la tête en arrière (une fois elle était tournée de côté) ; tension générale sans secousses (cependant , si on la tient dans ses bras, on s'aperçoit qu'elle est agitée d'un léger tremblement) ; yeux renversés , figure violette j mouvements bruyants de déglutition, comme si elle avalait à videj un peu d'écume sur les lèvres j une fois une gorgée de sang , sans douleur consécutive de la langue j perte absolue de connaissance. Au moment de la résolution , elle cherche à se lever , parle, mais n'a pas encore l'intelligence bien nette. Elle eut un jour un accès à la maison de ville ; elle revint au logis d'un pas rapide , et cependant , plus tard , elle ne se souvenait de rien , pas môme du trajet qu'elle venait de faire. Dès qu'elle est remise, elle est très fatiguée de nausées suivies de vomissements qui continuent quelquefois pendant deux heures. Elle ne s'endort qu'à l'heure ordinaire. Une fois on a remarqué qu'elle avait eu des nausées la veille de l'accès. Comme je l'avais présumé, on n'avait point fait exécuter la prescription que j'avais envoyée. J'ordonne : Oxyde de zinc, gram. /i,00 -, extrait de valériane, quantité suffisante : pour 2>6 pilules ; Q par jour. Continuerce traitement pendant six mois au moins, en diminuant graduellement après trois mois à dater du dernier accès.
Le 2 octobre iSlili , je n'avais eu aucune nouvelle de Marianne, quand je reçus par mon ami Tœpffer, de retour d'une excursion dans le village de C..., une lettre du pasteur, que j'avais sollicitée. J'en extrais les passages qui concernent Marianne :
«... Il y a pour vous des souvenirs de vive gratitude de » la tournée de malades que vous voulûtes bien faire avec » moi, et surtout de la guérison que vous avez procurée, » par votre ordonnance, à la jeune P... , attaquée d'épi- » lepsie. Le traitement prescrit par vous fut commencé » verslafin d'avril, par six pilules chaque jour, et cela pen- » dant deu.x mois. Après cela on fut obligé de discontinuer » un mois (six semaines) , un mal de cou opiniâtre étant » survenu. Nous reprîmes , vers la mi-aoùt, par trois pi- » Iules en deux jours j et dès lors il n'y eut aucune attaque. » Je redoutais surtout l'époque du mois de septembre qui » les avait vues commencer j mais, grâces à Dieu, tout s'est » bien passé , en sorte que la jeune fille peut être considé-
» rée comme radicalement guérie Maintenant je vais
» faire cesser peu à peu le traitement , suivant vos pres- » criptions , par deux pilules de deux jours l'un , pendant » trois semaines; puis par une tous les deux jours, pendant » une quinzaine ; de sorte que nous aurons fini vers la mi- » novembre.
» Je ne veux pas terminer sans vous dire , monsieur , la » joie que vous avez répandue dans cette honnête famille » qui m'a chargé de vous certifier de sa profonde recon- » naissance.
» S'il survenait quelque atteinte nouvelle, je vous le fe- » rais savoir. »
Silence complet depuis lors. Je pouvais donc, d'après le dernier paragraphe de la lettre , compter sur un succès complet; cependant il n'en était point ainsi. Ayant appris d'autre part que la jeune fille avait rechuté, je priai madame Tœpffer, qui était appelée à faire un séjour à C..., à la fin d'août I8/1.6, de vouloir bien prendre des informations exactes sur le ras. J'indiquais spécialement quelques circon-
TAS AVÎKIJORKS. 179
stances auxquelles je mettais de l'intéiôt , comme la durée du traitement, l'époque et les circonstances de la rechute, le fait ou non de la reprise des pilules, le nombre actuel des attaques et l'état mental de la jeune personne.
Madame T... avec son obligeance ordinaire, me rapporta des détails aussi précis que peu satisfaisants. Voici textuellement la note écrite que me remit cette dame h son retour.
« Depuis le printemps de 18/i/i-, Marianne P..., à la suite « du traitement de M. H..., est restée huit mois sans avoir » d'attaques; elle a rechuté au mois de décembre. Dès lors » ses accès sont revenus à deux mois , à trois mois , à » quatre semaines , quelquefois à six ou sept mois d'inter- » valle. Cette année elle n'en a pas eu depuis le mois de » mai. Entre les accès elle se porte très bien ; seulement » elle a parfois des tournements de tête et mal au cœur, et » quelques douleurs aux jambes , soit qu'elle agisse ou non ; » son intelligence et sa raison n'ont aucunement souffert. » Sa mère, sous ce rapport, se loue beaucoup d'elle. Quant » aux pilules, depuis le mois d'octobre IS/i/i, elle les avait » entièrement suspendues, les prenant avec beaucoup de ré- » pugnancej dès lors elle a pris quelques autres remèdes, » mais cet été aucun . »
Résumé. — Eczéma chronique dans l'enfance. Début à quatorze ans. Durée, avant le traitement, sept mois; une attaque tous les mois ou tous les deux mois d'intensité moyenne. Environ 60 grammes de zinc en six mois, avec une interruption de six semaines au milieu du traitement; suspension des attaques pendant huit mois. Retour des accès.
Sans doute il faut regretter qu'on n'ait pas repris le zinc
au moment de la rechute 3 mais n'est-il pas présumable aussi qu'on aurait eu des chances de guérison définitiveen continuant quelque temps encore l'usage de ce remède, au lieu de le cesser au commencement d'octobre, ou bien plutôt en en administrant, dans les six premiers mois, 100 grammes, comme je l'avais prescrit, au lieu de se borner, comme on l'a fait, à une soixantaine de grammes? Je suis d'autant plus disposé à croire qu'on eùl réussi, qu'il n'y avait eu aucune attaque dès le début du traitement, et que, depuis la rechute, les accès semblent être revenus beaucoup moins fréquemment.
SECTION //.—-TRAITEMENTS PLUS OU MOINS PROLONGÉS. Vingt-sîxième observation.
L... est âgé de vingt-six ans, d'une constitution athlétique, d'un tempérament sanguin, brun, très coloré et couperosé j ses yeux sont habituellement rouges. 11 est adonné à l'ivrognerie, et depuis longtemps il ne se contente pas, le matin, de boire le vin blanc, mais il use largement d'eau-de-vie , de liqueurs et surtout d'extrait d'absinthe. Bon, faible, d'un caractère doux quand il n'a pas bu, il devient d'une violence extrême quand il est dans l'ivresse.
Son père et sa mère vivent encore. Le premier a un œil dont la vision est perdue par le fait d'une large taie; sa mère souffre quelquefois de gastralgie ; sa sœur est petite, maigre et bien portante. Quant aux ascendants du second degré, je n'ai pas pu avoir des renseignements positifs sur leur santé ; mais la seule parente que le père ait à Genève, cousine fort éloignée, est épilej)liquc.
Le 8 février IS/jô, je suis aj)pelé auprès de L...; il vient
d'avoir sa troisième attaque d'épilepsie à sept heures du matin. Les deux autres ont eu lieu en juillet iSliS et mai iSlili.Les intervalles ont donc été de dix et neuf mois. Toutes ont eu lieu de jour, et les deux premières hors de la maison.
Voici les renseignements que j'ai pu recueillir sur leur nature; mais ils ont été fournis surtout par les témoins des attaques ultérieures : Pendant quelques jours avant l'accès, L... est sujet à de la céphalalgie, de la somnolence ; dans la nuit qui précède, il y a ordinairement de l'insomnie, de l'agitation, du fourmillement dans tout le corps et de la nausée au réveil j mais il est convenable de dire que tous ces malaises se sont manifestés plusieurs fois sans être suivis d'attaque. Aux approches de celle-ci, L... éprouve du tremblement, de la chaleur à la peau, des nausées; il va au grand air pour dissiper cet état, et tel est le motif pour lequel ses attaques ont presque toujours lieu dehors.
11 n'y a presque jamais de cri; la chute est brusque et violente ; il en résulte tantôt une plaie à la tête, tantôt des contusions plus ou moins graves. Une fois les yeux se sont renversés et le patient a chancelé avant de tomber. Les convulsions cloniques sont générales et violentes; la langue a été plusieurs fois cruellement mordue, et toujours du côté gauche. Les symptômes d'asphyxie sont intenses , les paupières sont restées quelquefois ecchymosées à la suite. La durée de l'attaque, depuis son début jusqu'au retour à la connaissance avant le sommeil , varierait de cinq à quinze minutes. Quand le patient reprend ses sens , il est hébété et dans une sorte d'égarement. Le sommeil consécutif est prolongé; il a duré quelquefois toute la journée suivante. Le malade ne conserve aucun souvenir de l'attaque.
Je prescris un traitement à'oxyde de zinc.
Ce traitement l'ut fort mal fait : L... ne prit en six mois, du 8 février au 30 juillet, que 78 grammes du remède. L'oxyde fut administré en poudre , mélangé avec du sucre. La dose initiale fut de 30 centigrammes par jour en quatre prises; la dose maximum de 2 grammes.
A aucune époque le remède ne procura d'effets physiologiques.
Dans le cours du traitement, je fis pratiquer, le 11 avril, une saignée pour un état de congestion cérébrale qui durait depuis plusieurs jours; le même motif me la fit réitérer le 30 juillet, dernier jour de la cure.
Les attaques, fort éloignées avant l'emploi du zinc, comme nous l'avons vu, se rapprochèrent beaucoup (ce qui du reste n'est pas rare après les premières crises, quand la maladie est abandonnée à elle-même). Il y en eut trois dans le semestre, à sept, treize et trois semaines d'intervalle. La saignée du 11 avril fut pratiquée dans le plus long de ces espaces ; du 26 mars au 29 juin.
Deux des trois attaques eurent lieu à l'abattoir. L..., qui demeure près du quartier des boucheries , va se promener vers l'abattoir situé au bord du lac, quand il a, en se levant, les nausées et la céphalalgie gravative que nous avons dit précéder les accès sans en être toujours suivis. Il entre dans le bâtiment par curiosité; quoiqu'il ait l'air peu sensible, il est probable que le spectacle auquel il assiste dans ce local détermine l'attaque. Le 30 juin, il tomba en môme temps qu'un bœuf, comme s'il avait reçu le même coup de massue.
Le 30 juillet, huit jours après la dernière attaque, dont je n'eus connaissance qu'5 cette date, je prescrivis un traitement de sulfate de cuivre ammoniacal , mais il ne fut pas même commencé i
CAS AMÉLIOKÉS. 183
Dès lors, jusqu'au 9 octobre, L. . . ne prit aucun remède, mais ce jour-là il eut une violente hémorrhagie nasale. Les moyens ordinaires ayant échoué, une saignée du bras fut pratiquée. (Déjà, avant de le soigner pour son épilepsie, j'avais, par la phlébotomie, arrêté une hémorrhagie nasale inquiétante.) La saignée fut d'environ /|.00 grammes; un bol en contenait la même quantité rendue par le nez ; on m'affirma que le sang non gardé était équivalent. La somme totale écoulée par les deux voies doit donc être estimée à 1,200 grammes environ, dont une faible proportion rendue après la saignée. Quelques heures après la suspension de l'hémorrhagie, L... eut une attaque d'épilepsie précédée d'un cri; les convulsions de la face furent bien marquées; celles des membres se bornèrent à du tremblement. A peine avaient-elles duré quelques secondes, que le malade eut des vomissements ; à trois reprises il rendit ainsi des caillots de sang; les convulsions cédèrent assez promptement; l'attaque fut plus courte et plus légère qu'à l'ordinaire. Elle avait été séparée de la précédente par un intervalle de onze semaines. 11 ne faut pas oublier qu'une saignée avait été pratiquée le 30 juillet, huit jours après l'avant-dernière attaque , et qu'aucun autre traitement n'avait été fait dans l'intervalle. Ainsi, depuis que L... m'avait consulté, les plus longs espaces de temps entre ses attaques avaient toujours eu lieu après des saignées.
J'essayai encore , le 9 octobre, de prescrire un traitement de cuivre ; mais le malade ne prit que quelques pilules et laissa là le remède.
Près de vingt mois, du 9 octobre 18/t5 au 27 mai 1847, s'écoulèrent sans attaque , mais il en survint une à cette dernière date.
L. . . , qui , à la suite de mes remontrances et de mes prédictions sinistres , s'était un peu modéré dans ses excès , s'il est permis de parler ainsi , était depuis longtemps et plus que jamais retombé dans ses anciennes habitudes. 11 avait fallu , une fois , faire intervenir la police, pour mettre un terme à d'effroyables scènes de violence auxquelles il se livrait dans sa famille.
L'attaque fut semblable aux précédentes.
Le malade, qui s'était cru guéri , se décida cette fois à se laisser traiter, et j'ordonnai le sulfate de cuivre ammoniacal»
Cette cure , qui dura près de dix mois , du 27 mai au 17 décembre , fut encore plus irrégulièrement faite que la précédente : On n'employa , pendant tout ce temps , que 12 grammes 35 centigrammes de sel cuivreux. Le remède fut administré en pilules avec l'extrait de réglisse comme excipient. La dose journalière initiale fut de 5 centigrammes en deux pilules , la dose maximum de 15 centigrammes en trois pilules.
A la dose initiale , et pendant une douzaine de jours, le malade eut de la diarrhée portée quelquefois jusqu'à dix selles par jour , sans coliques , nausées ni vomissements. Dès lors le remède fut bien toléré , malgré l'accroissement des doses, et quoiqu'il soit arrivé de loin en loin à L... de prendre 30 centigrammes en un jour , quand , après des excès, il redoutait une attaque.
Aucun accès ne se manifesta pendant toute la cure , et le malade, se regardant comme guéri encore une fois, cessa de faire usage du remède. J^a guérison se soutint vingtdeux mois j mais le 17 mars 18/i9 il survint une attaque.
On eut recours de nouveau à mes conseils , et je fis re- |)rondre le sulfate de cuivre ammoniacal.
Ce traitement i'ut suivi de la même manière que le précédent, c'est-à-dire fort mal. Dans une première période de près de dix mois , du 17 mars au 9 janvier 1850 , on n'employa que 12 grammes du remède. Je fis commencer le sel cuivreux à la dose de 10 centigrammes par jour en deux pilules • on monta bientôt à 15 centigrammes en trois pilules ; du reste , je ne vis L... que très rarement pendant cette cure. Tantôt il laissait de longues lacunes sans prendre le remède, tantôt il prenait dans un jour 30 centigrammes du sel cuivreux. Aussi avait-il de temps en temps , soit des vomissements , soit de la diarrhée. Ses mœurs , du reste , n'étaient point changées.
Pendant la période de traitement dont je viens de parler, L... n'eut aucun retour de l'épilepsie. Le 7 mars 1850, je le rencontrai ; il me dit qu'il n'avait eu aucune attaque depuis un an , et qu'il continuait son remède. Mais , dans le mois suivant , ayant été appelé dans sa famille pour un malade, j'appris que L..., contrairement à ce qu'il m'avait dit, avait eu une attaque le 9 janvier, c'est-à-dire à dix mois d'intervalle de la précédente. Il continuait en effet le cuivre avec la même irrégularité.
Le 30 septembre, L... n'avait eu aucune attaque depuis le mois de janvier ; il prenait toujours irrégulièrement ses pilules.
Résumé. — ^Une cousine très éloignée épileptique ; ivrognerie. Début à vingt-quatre ans. Trois accès en vingt mois. 78 grammes d'oxyde de zinc et deux saignées en six mois , trois attaques pendant ce double traitement. Deux mois et demi après , encore une attaque , immédiatement après une violente hémorrhagie et une large saignée. Au-
cun accès pendant vingt mois. Rechute : une seule attaque. 12 grammes et 35 centigrammes de sulfate de cuivre ammoniacal en dix mois. Aucune attaque pendant vingt-deux mois. Seconde rechute : une seule attaque. Douze grammes de sel cuivreux en dix mois j nouvelle attaque ; le traitement continue. Aucun accès depuis neuf mois.
Je ne fais pas beaucoup de cas de la saignée dans l'épilepsie ; le sujet de l'observation n° 6 nous a montré combien peu elle est efficace , même dans des attaques que les nosographes rangeraient sans hésitation dans Fespèce apoplectique. Ce ne fut donc pas en vue de l'épilepsie que je fis pratiquer des saignées à L... Il est incontestable, cependant, que les émissions sanguines furent toujours suivies chez lui d'un éloignement plus au moins marqué des attaques, et que, après une perte volontaire ou involontaire de 1200 grammes de sang , il y a eu une première guérison qui s'est soutenue pendant plus de vingt mois. L'oxyde de zinc a-t-il eu quelque part dans ce résultat? C'est ce que je n'oserai ni nier ni affirmer.
J'espère encore que le sel de cuivre amènera une guérison définitive , si notre malade veut enfin y mettre de l'exactitude et de la persévérance. Je le crois, parce que j'ai vu des épileptiques se guérir après plusieurs rechutes , au moyen de traitements consciencieusement suivis (observation /i8). Mais j'ai du rester fidèle à la règle que j'ai tracée, et ne considérer, pour le moment, que comme simplement améliorés les malades ayant éprouvé plus d'une récidive.
Vingt-septième observation.
Marie C..., âgée de six ans et demi, d'une taille audessous de la moyenne , bien conformée , ayant de l'embonpoint et toutes les apparences d'une belle santé , ne manque point d'intelligence, a une bonne mémoire et un caractère doux.
Son père est affecté d'un staphylôme de la cornée; sa mère est en démence; un frère est mort à dix-neuf ans de phthisie pulmonaire; une sœur de dix à onze ans est scrofuleuse et un peu idiote.
■ Marie appartient à de pauvres parents domiciliés dans une petite ville du canton de Vaud. Une dame qui s'intéresse à cette famille , l'a placée à ses frais , pour qu'elle fût à portée de mes soins , chez la mère du sujet de l'observation n° 7, femme attentive et exacte qui surveillera avec soin le traitement.
On amène Marie à ma consultation le 3 mars iSlik- Ses parents attribuent sa maladie à une vive frayeur : elle est tombée entre deux vaches qui se battaient sans avoir été blessée; mais cet incident a précédé de cinq à six mois la première attaque qui a eu lieu en novembre ou décembre
Il s'est manifesté dès lors huit autres accès , savoir : un en janvier ou février 18/i2; deux le même jour en août de la même année ; trois en décembre 18/|.3, et un, le dernier, au milieu de janvier passé.
Des neuf attaques, cinq ont eu lieu au lit.
Elles n'ont jamais débuté par un cri ; il y a chute subite ; les yeux sont fixes et grandement ouverts ( ils restent fermés dans les accès qui surviennent au milieu du sommeil);
il y a des mouvements cloniques de la face et des mâchoires, mais seulement de la tonicité aux membres; elle meut ses bras comme si elle cherchait quelque chose j la respiration est gênée avec du râle sur la fin de l'accès j la figure est très rouge ; il y a quelquefois de l'écume sur les lèvres, mais en petite quantité; la perte de la connaissance est complète. Dans toutes les crises il y a eu émission des urines. A peine l'attaque, qui durerait de dix à quinze minutes (?), est-elle terminée, qu'il survient des vomissements qui se répètent quelquefois dans le sommeil consécutif. Celui-ci arrive sans que la patiente ait repris connaissance; il est profond, quelquefois avec stertor; il dure de trois quarts d'heure à deux heures et demie. Il y a de la céphalalgie au réveil.
On n'a fait encore aucun traitement.
Je prescris une cure à'oxyde de zinc.
Tant que Marie fut placée à Genève , le traitement fut suivi avec une consciencieuse exactitude ; il fut un peu négligé dans un séjour qu'elle fit auprès de sa famille et plus tard quand elle y fut rentrée. Elle quitta Genève vers le 10 août.
La cure dura un an , du 3 mars 18/i.4 à la fin de février 18/i5. On employa pendant ce temps 125 grammes d'oxyde. Le remède fut donné en poudre, mélangé avec du sucre. La dose journalière initiale fut de 15 centigrammes en trois prises; elle fut portée graduellement à 60 centigrammes; puis je fis diminuer peu à peu et terminer par 20 centigrammes en une seule prise.
Le remède passa toujours inaperçu. Du !''■ au 7 juillet, Marie fut affectée de kératite. Ce mal céda rapidement aux cautérisations avec le nitrate d'argent.
A la fin de la cure de zinc, la santé générale de Marie était parfaite.
Pendant le cours du traitement , il y eut deux attaques, l'une leo avril, l'autre le 19 septembre; la première pendant le séjour momentané que Marie fit dans sa famille, la seconde après qu'elle y fut revenue. Toutes deux eurent lieu de jour.
Pendant plus de trente mois , l'enfant n'éprouva aucun ressentiment de sa maladie, et on la considérait comme guérie.
Mais le 3 avril iSlil, Marie rechuta : elle eut une seule et très courte attaque de jour. Les signes d'asphyxie furent intenses; mais il paraît qu'il n'y eut pas de convulsions cloniques; la bouche ne montra pas d'écume. On croit que *» l'attaque fut provoquée par la vapeur du charbon d'une chaufferette.
Je fis reprendre Voxyde de zinc.
Cette seconde cure , dirigée tout entière par correspondance, fut suivie un peu plus régulièrement que la précédente; elle laissa cependant à désirer, car la petite malade ne prit en un an , du 7 avril 18/J.7 au 20 avril I8/1.8 , que 168 grammes d'oxyde , quantité qui aurait pu être facilement prise dans la moitié du temps qu'on y consacra.
Le mode d'administration fut le même que dans la cure précédente ; seulement je débutai par 45 centigrammes chaque jour, et portai la dose journalière jusqu'à 1 gramme.
La correspondance ne m'a pas fourni de détails sur les effets physiologiques; d'où je conclus que, s'il y en eut , ils furent peu marqués. Seulement, en novembre, on m'écrivait que Marie ne prenait ses poudres qu'avec une grande répugnance.
Pendant cette cure il survint trois attaques, l'une dans la nuit du lo au ili septembre 18/i7 , les deux autres le 9 avril i8/i8. Si l'on remarque que déjà , en iSkk, il y avait eu une attaque le 1*' avril et une le 19 septembre j qu'il y en eut , en 18/1.7 , une le 3 avril , puis une encore le l/j. septembre , et enfin deux le 9 avril 18/j-8 , il est difficile de voir là une coïncidence de hasard : il y a réellement une sorte de périodicité semestrielle. Marie est le seul cas oii j'aie observé une marche semblable, et l'on verra, dans le reste de cette histoire, que, du moins pour la première quinzaine d'avril, cette singulière disposition au retour des attaques s'est encore manifestée.
L'attaque du ili septembre 18^7 n'offrit rien de remarquable 5 seulement il n'y eut point d'écume, mais une selle involontaire. Il y eut de la céphalalgie pendant toute la journée suivante. Les accès du 3 avril furent très légers et sans écume.
Voyant que le zinc , après avoir suspendu une fois les attaques pendant trente mois, et les avoir rendues plus rares ensuite, ne réussissait pas à les faire disparaître, je me décidai à essayer le sulfate de cuivre ammoniacal.
Dans une première cure de six mois , du 30 avril à la fin d'octobre 18/i7 , on employa li grammes de sel cuivreux administré en pilules avec l'extrait de réglisse comme excipient. La dose initiale du remède fut de 25 milligrammes par jour en 2 pilules j la dose maximum et terminale, de 75 milligrammes.
On ne me signala aucun effet physiologique , ce qui ne prouve point qu'il ne s'en manifesta pas. Marie était allée habiter une ville plus éloignée ; elle n'était plus placée sous la main de sa bienfaitrice qui elle-même ne demeurait pas à Genève. Je n'avais donc par cette dame que des nou-
velles indirectes , très exactes , mais peu fréquentes et peu détaillées.
L'attaque redoutée pour septembre 1848 ayant manqué, on cessa le traitement à la fin d'octobre.
Mais Marie dut payer son tribut au mois d'avril ; il survint une attaque le 4 avril 1849, à six heures du matin. Ce fut la dernière.
Je fis faire encore une petite cure de cuivre de 1 gramme 30 centigrammes, du 10 au 30 avrils et dès lors on cessa tout remède.
La guérison se soutenait après le 30 septembre 1850.
Résumé. — Mère en démence ; sœur idiote et scrofuleuse. Début à quatre ans. Neuf attaques en vingt-sept mois, d'intensité au-dessous delà moyenne. 125 grammes d'oxyde de zinc en un an j deux attaques pendant le traitement, à cinq mois et demi d'intervalle , en avril et en septembre. Guérison soutenue pendant trente et un mois. Rechute : une attaque en avril j 168 grammes d'oxyde de zinc en un anj trois attaques pendant le traitement, dont une en septembre et deux le même jour en avril, li grammes de sulfate de cuivre ammoniacal en six mois ; l'attaque ordinaire de septembre manque pendant le traitement j mais une attaque survient en avril suivant, cinq mois après la cessation du remède. 1 gramme 30 centigrammes de sel cuivreux en vingt jours. Aucun accès depuis dix-huit mois.
Marie est-elle guérie? J'ose l'espérer. En cas de récidive même , si je pouvais l'avoir sous ma main , je crois que je la guérirais définitivement. Mais , comme elle a rechuté deux fois, je ne puis, en suivant la règle que je me suis tracée jusqu'à expérience ultérieure, la classer autre-
ment que parmi les améliorés. Dans tous les cas, en effet, l'amélioration estincontestable : Avantlepremiertraitement, Marie avait eu deux , trois , puis quatre attaques par an j sous l'influence du zinc, elle est revenue d'abord à deux accès par an, puis elle en a été à l'abri pendant trente mois. A dater de la rechute , il n'y a eu plus que deux, puis une attaque par an , et à la date de la clôture de mes observations, aucune n'était survenue depuis dix-huit mois.
Les traitements par correspondance ne m'ont presque jamais réussi complètement , même avec l'intermédiaire d'un médecin. Un praticien qui n'a pas encore la confiance que donnent des succès répétés n'obtient pas de ses malades l'exactitude et la persévérance qui sont nécessaires dans les cas un peu opiniâtres.
Vingt-huitième observation,
La femme P. . . est âgée de trente-six ans, sans profession, mariée et mère de plusieurs enfants; elle est d'une taille moyenne et d'une bonne conformation , a les cheveux châtains, la peau fine et de l'embonpoint. Très vive de caractère, elle a une intelligence médiocre , peu de persévérance et une absence de mémoire qui rend très difficile d'obtenir d'elle quelques renseignements un peu exacts.
Je n'ai aucune notion sur ses ascendants , mais elle est Ja tante du sujet de la 19^ observation ; une autre de ses nièces est morte de méningite tuberculeuse (elle-même a perdu en ^Slik , de la même maladie, une fille que j'avais guérie d'une première atteinte de cette affection en 1838).
Elle a été sujette toute sa vie , me dit-elle la première fois qu'elle me parla, aux vertiges que nous décrirons
LAS AMÉLIORÉS. 19â
bientôt. Une autre fois que j'insistais davantage sur l'époque précise de leur début, elle me dit qu'il lui était impossible de se la rappeler. Elle est certaine qu'ils étaient déjà très caractérisés à l'âge de dix-neuf ans , quoique beaucoup moins fréquents qu'aujourd'hui.
Ces vertiges consistent dans la sensation d'un nuage qui passe devant ses yeux pendant quelques secondes ; c'est une sorte d'absence intellectuelle qui dure si peu qu'elle en a à peine l'impression. En même temps elle ferme les yeux et éprouve une secousse, comme celle qui résulte d'une commotion électrique; j'en ai été une fois témoin. Cette secousse détermine des actes qui sont le plus souvent la seule impression qu'elle conserve de ces vertiges. Ainsi fréquemment elle laisse tomber l'objet qu'elle tient à la main, elle défile son aiguille en tricotant j une fois, étant debout et tenant une assiette pleine de potage, elle en a projeté à distance le contenu; en mangeant elle jette quelquefois derrière elle ce qui est dans sa cuiller; un jour, voulant soulever un seau plein pour le porter entre ses bras, elle l'a amené à la hauteur de la tête et l'a laissé tomber; en marchant, elle cloche brusquement ou même frappe rudement du pied le sol, de manière à en éprouver un ébranlement pénible.
Elle a quelquefois, indépendamment de ces projectionsou secousses, une espèce d'état vertigineux qui dure souvent plusieurs heures. C'est un besoin impérieux , souvent inaperçu d'elle-même, de tenir les yeux fermés; elle peut ainsi se livrer à presque tous les travaux de son ménage, n'ouvrant ses paupières que de temps en temps, quand cela estindispensable. Dans les moments où, étant mieu^, elle a les yeux habituellement ouverts, il lui arrive encore de les fermer brusquement pour quelques secondes. D'après son
mari, au moment où les paupières se ferment , le globe de l'œil semble se renverser en haut, et quand elles se rouvrent, c'est par une sorte d'effort, comme si elles étaient agglutinées.
Ce n'est pas sans peine, sans des questions cent fois répétées et sans le concours de son mari, que j'ai pu tracer un tableau fidèle de ces malaises.
Les secousses avec vertiges sont très fréquentes j elle en a souvent vingt ou trente par jour qui se répètent surtout quand la malade a besom de manger, quand elle est fatiguée, quand elle a de l'émotion j en général elle est mieux dans i'après-midi que le matin.
La femme P..., quoique ces malaises ne lui donnent aucune souffrance, en est très chagrinée. Elle s'est trouvée très heureuse dans sa dernière grossesse où elle n'en a eu aucun ressentiment; elle ne se rappelle pas s'il en a été de même dans les grossesses précédentes.
Le 15 avril 1839, dans le milieu dujour, elle a eu pour la première fois une véritable attaque d'épilepsie. Chute subite, convulsions générales , perte absolue de connaissance, etc. Dès ce moment les vertiges avec secousses ont été plus fréquents qu'à l'ordinaire. C'est pour ce motif que /e26 du même mois, elle vient me consulter. Je prescris : oxyde de zinc, extrait de valériane aa gramme û ,00 : jwur â6 pilules ; en prendre 2 par jour pendant trois jours et augmenter d'une tous les trois jours.
Mai 8. — Aucun changement; les pilules ont été prises irrégidièrement. Réitérer.
Madame P... ne revient pas et j'ignore si elle a fait exécuter la réitération prescrite.
Le 25 février iSli^, après quatre ans d'intervalle , la malade revient me demander des conseils. Elle a eu eu-
OàS AMÉLIORÉS. 195
cofH, en décembre dernier, deux attaques d'épiiepsie, à huit jours de distance. Elle n'en avait pas eu d'autres depuis celle que nous avons mentionnée et qui avait eu lieu trois ans et huit mois auparavant. Les vertiges et projections n'ont jamais cessé j depuis huit jours et surtout depuis deux, ils sont excessivement fréquents ; elle trébuche à chaque instant dans sa marche et laisse à tout moment tomber ce qu'elle tient à la main. Sulfate de cuivre ammoniacal, gram. 0,âO; extrait de réglisse, 2,60 : pour 2/|. pilules; 2 par jour pendant une semaine , puis o ensuite.
Mars 21. — Même état. Dans les trois premiers jours du traitement, la piiule prise le matin à jeun donnait delà nausée. 11 n'y en a pas eu dès iors. Il n'a été pris qu'une boîte de pilules. Réitérer.
29. — Après avoir passé quelques jours sans vertiges, madame F... les a vus revenir hier j ils sont très fréquents ; mais les secousses sont légères. Elle attribue cette réapparition à l'approche de ses époques qui ont commencé aujourd'hui. La dose de pilules a été achevée ce matin. Réitérer ; li pilules par jour.
18^4 novembre 11. — Je n'avais pas vu madame P... depuis dix-neuf mois, quand, en allant visiter un malade dans sa famille, je la questionnai sur sa santé j elle m'apprit que, depuis ma dernière visite, elle n'avait éprouvé n attaque, ni aucun ressentiment de ses vertiges ou projec-j lions. Elle n'avait fait renouveler ses pilules qu'une fois depuis la dernière consultation, c'est-à-dire qu'elle n'avait pris que trois doses , soit 90 centigrammes de sulfate de cuivre.
Je me réjouis singulièrement de ce succès en raison de la durée de la maladie et de la multiplicité des crises. Plusieurs praticiens d'ailleurs, parmi ceux qui croient à la eu-
rabilité de Tépilepsie, regardent les vertiges comme plus rebelles encore que les véritables attaques convulsives. Mais alors que je me félicitais de ce résultat, madame P.. . était bien près du moment oii sa maladie devait reparaître. En effet, le 15 décembre elle accouchait (elle ne m'avait point parlé de sa grossesse , et son obésité la dissimulait très bien)j quelques jours après elle perdait sa fille aînée de méningite, et, en quittant le lit, elle reprenait ses vertiges avec projections.
Ce ne fut que le 30 mai 18/i5, c'est-à-dire cinq mois après le retour des vertiges , que j'appris ces diverses circonstances. Alors les secousses , l'état vertigineux avec occlusion habituelle des paupières étaient portés à un tel point, que madame P... se décida à recourir à mes conseils.
Je prescrivis un traitement d'oxyde de zinc qui dura six mois et une semaine, du 30 mai au 8 décembre , avec une interruption pendant les trois premières semaines d'octobre. La quantité totale administrée dans cette période ne fut que de 69 grammes , c'est-à-dire beaucoup moindre que celle que j'aurais désiré lui faire prendre. Pendant le premier mois le zinc fut administré en pilules , associé à parties égales de valériane; pendant le reste de la cure , il fut donné en poudre. La dose initiale fut de 30 centigrammes par jour • elle fut portée , en un mois , à la dose maximum de 85 centigrammes , puis réduite graduellement à 20.
Pendant les trois premiers jours du traitement, la pilule prise le matin procura de la nausée; mais plus tard cet effet s'observa assez rarement; ce|)cn(li\nteri octobre les nausées, surtout le matin, devenant habituelles et très pénibles, il fallut réduire graduellement le nombre journalier des pou-
clres;et,à la fin, quoique madame P.. . ne prît plus qu'une poudre le soir, elle avait encore des nausées très fatigantes le malin. Nous trouverons bientôt l'explication de cette anomalie.
Durant cette période la malade eut une attaque convulsive : Le 25 juin , à six heures du matin , s'étant levée et mise à la fenêtre pour voir l'état du ciel, elle éprouva du trouble de la vue, s'assit sur une chaise et, sans autre prodrome, perdit connaissance. Elle tomba sur le côté droit; la mâchoire et le cou durent porter sur le tiroir ouvert d'un secrétaire; ces parties furent fortement meurtries. Elle ne sentit rien. Son mari, attiré par le bruit, la trouva éten-due sur le plancher, la tête sous le secrétaire. Revenue à elle, elle était très souffrante de ses contusions. Elle a dû faire un demi-tour sur sa chaise avant de tomber, car avant de perdre connaissance elle était tournée du côté opposé au meuble sur lequel porta la figure.
Quant aux vertiges et projections , ils diminuèrent graduellement jusque vers la fin de juillet où les secousses, infiniment rares, avaient lieu surtout aux jambes; l'état vertigineux proprement dit avait complètement cessé. Le premier octobre, se croyant solidement guérie , elle cessa le traitement; mais vers le milieu du mois , quelques légers vertiges réduits au besoin de fermer instantanément les yeux ayant reparu , elle reprit son zinc; dès lors tout malaise nerveux cessa complètement, et elle n'avait eu aucun ressentiment de sa maladie depuis deux mois quand je la vis pour la dernière fois de celte année-là , le 26 décembre.
Pendant toute l'année suivante, je n'entendis plus parler de ma malade, et je pouvais la croire guérie, quand, en ianvier 1847, allant m'informer de son état, }'appris qu'elle
n'avait eu aucun ressentiment de sa maladie nerveuse depuis la fin d'octobre jusqu'au 5 août 1846, mais qu'elle était accouchée le 31 juillet de celle année, et que par conséquent les neuf mois de suspension absolue coïncidaient exactement avec la durée de la grossesse. Il y avait eu, ii est vrai, avant une légère rechute qui précéda le moment où elle a du devenir enceinte, une amélioration très marquée pendant plusieurs mois, et même une suspension des vertiges pendant six semaines; mais dans tous les cas la grossesse, à elle seule, expliquait le bien-être pour les neuf derniers mois. Je compris de la même manière comment une seule poudre prise le soir, sur la fin du traitement, donnait encore des nausées fatigantes le lendemain matin.
Les vertiges avec projections et secousses avaient repris au sixième jour des couches, quand elle s'était levée pour la première fois , et depuis lors ils avaient continué avec leur fréquence ordinaire ; mais il n'y a avait eu aucune attaque convulsive.
J'engageai madame P . . . à tenter un nouveau traitement ; mais , étant allé chez elle huit jours après, j'appris qu'elle ne l'avait point commencé, et je n'y retournai pas.
Le 24 mars, les secousses dans les bras et les jambes et l'état vertigineux étant devenus presque insupportables, on se décida à me faire appeler. Il y avait au moins, par jour, cent projections ou chocs dans la marche. Madame P... me demanda instamment d'essayer un autre remède que ces poudres qui lui faisaient tant mal au cœur; je prescrivis en conséquence le sulfate de cuivre ammoniacal.
Celle nouvelle cure dura cent jours, depuis le 2Z|. mars au 29 juin.
La quantité totale de sel de cuivre administré fut de 12 grammes ; il fut donné en pilules, associé avec l'extrait
de réglisse. Je commençai par faire prendre d centigrammes par jour, puis 6, 8, 12, 15 et au maximum 20 centigrammes , dose qui fut supportée pendant un mois.
A part ses malaises nerveux , la santé générale àe madame P... fut excellente pendant tout le traitement. Ce ne fut qu'à la dose de 20 centigrammes qu'elle commença, de loin en loin, à vomir une de ses pilules, et qu'il fut nécessaire de les lui faire prendre une heure après les repas et non pas à jeun; dès lors elle n'en vomit plus qu'une seule. Mais ce qui fut surtout remarquable , c'est que la petite fille, que madame P... ne cessa pas d'allaiter pendant sa cure, n'en ressentit pas la plus légère influence : ses selles furent toujours naturelles, son appétit excellent; elle continua à avoir le plus beau teint, la plus belle carnation, le plus magnifique embonpoint qui se puisse voir. Je n'ai pas besoin de dire que mon attention fut vivement et constamment éveillée sur l'état de cette petite créature, pendant que je gorgeais de cuivre sa malheureuse mère.
Quant à l'influence du traitement sur la marche de la maladie, elle consista à rendre plus rare et à abréger l'état vertigineux , à suspendre quelquefois pour plusieurs jours les projections et secousses, et certainement à en diminuer la fréquence journalière.
J'étudiai avec quelque soin le rapport entre les périodes menstruelles et les crises épileptiques, et je m'assurai très positivement qu'il y avait constamment une recrudescence de la maladie chaque fois que madame P... avait ses époques.
Je visitai encore régulièrement la malade pendant les six semaines qui suivirent la cessation du traitement; l'amélioration que j'ai signalée se soutint et fit des progrès; mais madame P... était lasse des remèdes, et je réservai mon
200 expositiolN des faits.
autorité pour en faire usage en cas de retour des attaques
convulsives.
Depuis cette époque jusqu'au 30 septembre 1850, l'amélioration a continué à faire des progrès. Les secousses ont presque complètement cessé, et sont devenues très légères; les vertiges ont été de plus en plus rares; il n'y en a guère eu qu'aux approches de la menstruation; pendant deux mois, de la fin de novembre IS/i? au 21 janvier 1848, elles avaient entièrement disparu, et madame P... se croyait réellement guérie ; mais c'était encore une grossesse , qui se termina par une fausse couche à la dernière date indiquée. Ce jour-là même il reparut quelques secousses.
Résumé» — Une nièce épileptique; une fille et une nièce mortes de méningite tuberculeuse. Epoque du début douteuse, certainement avant dix-neuf ans. Fréquents vertiges tous les jours, avec secousses ou projections; une attaque convulsive à trente-six ans. Peu de jours après, traitement d'oxyde de zinc : 4 ou 8 grammes en six ou douze jours. Continuation des vertiges ; deux attaques séparées par huit jours d'intervalle quarante-quatre mois après la précédente; deux mois après, traitement de sulfate de cuivre ammoniacal : près d'un gramme en six semaines; guérison pendant dix-neuf mois, dont les neuf derniers coïncident avec une grossesse. Piecliute à la relevée de couches, cinq mois avant le troisième traitement. 69 grammes d'oxyde de zinc en six mois; diminution graduelle, puis cessation presque complète des vertiges pendant trois mois, enfin disparition absolue de ces crises pendant neuf mois, qui coïncident avec une nouvelle grossesse. Seconde rechute, vertiges et projections à la relevée de couches. Huit mois après, nouveau
CAS AMÉLIORAS. 201
traitement : 12 grammes de sulfate de cuivre ammoniacal en trois mois; diminution graduelle des vertiges et des projections, juiis cessation presque absolue des secousses, et vertiges de plus en plus rares. Aucune attaque depuis cinq ans et trois mois.
Si j'ai classé ce ffiit dans la catégorie des améliorés, ce n'est pas seulement en raison d'une première guérison temporaire de la maladie pendant dix mois (la grossesse non comprise), d'une seconde suspension presque complète pendant trois mois avant la seconde grossesse, et de l'amélioration déGnitive des vertiges et projections; c'est surtout parce que les attaques n'ayant pas reparu depuis cinq ans et quatre mois, il est permis d'espérer que sur ce point il y a une guérison réelle.
Quoique les grossesses aient toujours fait cesser dans ce cas tout symptôme d'épilepsie , je ne crois pas qu'elles aient été favorables à notre malade; car la première fois elle était guérie depuis un an, la seconde elle l'était presque complètement depuis trois mois, quand elle devint enceinte; et, dans ces deux circonstances, peu de temps après l'accouchement, le jour même où elle se levait pour la première fois, les malaises recommençaient et prenaient une nouvelle intensité.
Du reste , je ne désespère pas, d'après la marche actuelle des derniers vestiges du mal et l'influence constante des époques et des grossesses, que madame P... ne se guérisse lors de la ménopause. La science en fournit des exemples.
Vingt-neuvième observation.
F. Etienne, né en avril 1822, est d'une stature moyenne et d'une forte complexion. Il a les cheveux noirs, le visage très coloré, ia j3eau blanche; son intelligence est ordinaire et son caractère égal , avec quelque tendance à l'hypochondrie. C'est un ouvrier rangé et laborieux, n'ayant aucun vice.
Il est affecté d'un léger strabisme.
Le père est un ivrogne qui, depuis longues années, quoique ouvrier habile et laborieux , a toujours dépensé tout ce qu'il gagnait, soit au cabaret, soit à faire de nombreux et longs traitements pour une syphilis imaginaire. (Il s'est plus tard suicidé.) La mère jouit d'une bonne santé, ainsi que la sœur, qui louche plus que son frère. Je n'ai pas connu les ascendants du second degré.
Etienne était à l'école, à l'âge de neuf ans, quand un jour, en lisant haut, il s'arrêta tout court, et ne put reprendre sa leçon qu'après une ou deux minutes. Le maître fut fort surpris de cette absence, et, comme le fait se répéta, il en avertit les parenîs qui administrèrent sans succès des anthelmintiques. Ces vertiges, comme notre malade les nomme maintenant, se rapprochèrent jusqu'à revenir tous les malins au lever.
Six ans après le début des absences, en janvier et février 18o7, Etienne était debout près d'un poêle et fumait son premier cigare, quand il perdit brusquement connaissance, tomba et eut une violente attaque de convulsions. Deux ou trois mois après, seconde attaque sans cause connue et sans vertige préalable. Les accès se rapprochèrent bientôt et revinrent pendant quelque temps régulièrement tous les quatorze jours, le jeudi. On me consulta sur la fin
de l'été de cette même année , et j'ordonnai un traitement de valériane ; 10 grammes, en infusion à chaud , à prendre tous les jours. Ce traitement, suivi pîus ou moins régulièrement pendant un ou deux mois , n'ayant point changé la marche de la maladie, je prescrivis le ik octobre une cure d'oœyde de zinc: 30 centigrammes par jour, sous forme piiulaire, avec Vextrait de valériane. Ce traitement fut fait avec beaucoup de négligence; cependant, quand je revis alors Etienne pour la dernière fois, le 6 décembre, il n'avait point eu d'attaque depuis six semaines. A cette date il n'avait encore pris que 8 grammes de chacun des deux remèdes. Les vertiges avaient également disparu pendant le même temps. Cette suspension des accès se prolongea-t-elle longtemps? C'est ce qu'Etienne ne s'est pas rappelé; il ne croit pas pourtant qu'elle ait été bien longue. Dès leur réapparition, les attaques ne revinrent plus que cinq à six fois par an.
En 18/tl , notre malade consulta un de mes collègues à qui j'avais fait part de plusieurs succès obtenus par le zinc. Ce médecin lui fit faire une nouvelle cure de ce remède, mais elle fut fort courte. Etienne ne se rappelle p3s précisément quel en fut le résultat immédiat. Dans tous les cas, les attaques reprirent bientôt leur marche ordinaire : une crise tous les deux mois environ. En juin 1843, il partit pour Lyon; il consulta plusieurs médecins, mais ne fit qu'une seule cure, sous la direction d'un charlatan , et cela sans succès. Il tira à la conscription dans cette ville , fut désigné pour partir, demanda à être réformé et fut mis en surveillance dans un régiment d'artillerie. Un mois après il fut placé à l'hôpital où il séjourna près de trois mois. Après son entrée, les attaques tardant à se manifester, il réussit, dit-il, à les provoquer en se levant de très grand
matin , en se promenant pieds nus dans la cour, la tête découverte en plein soleil et en trempant de temps en temps les pieds dans l'ecu froide. Après deux ou trois attaques, il obtint son congé.
La marche des accès continuant à être la même , Etienne , de retour à Genève , et alors âgé de vingt-cinq ans, vient réclamer mes conseils le 20 janvier 18/17. Le plus long intervalle entre les accès a été de quatre mois, dans l'été de 18/i2. Il en a eu une seule fois deux le même jour, dans la matinée; ce sont les seuls qu'il ait jamais eus au lit. Dans les six derniers mois de 18/t6 , il y a eu trois attaques , la dernière en octobre, la précédente en septembre.
Les vertiges ont continué à être fréquents. Une mauvaise nourriture les rapproche j les veilles ou le lever trop matinal , les excès de travail , le vin blanc les multiplient. Le vin rouge pris avec modération est sans influence.
Voici , sur la nature des attaques, les détails qui me sont fournis par le patron d'Etienne ; il en a été plusieurs fois témoin. On peut prévoir leur arrivée par l'altération de la physionomie : les traits sont contractés, les yeux caves et cernés. Aux approches immédiats de l'accès, le patient s'agite et semble lutter pour en éviter l'atteinte. Il tombe subitement, sans proférer de cri; tous ses membres sont tendus d'abord, puis agités de secousses, surtout les bras; la face , qui est devenue d'un pourpre foncé , est aussi en proie aux convulsions; après une suffocation imminente survient un ràlc bruyant. La perte des sens et de l'intelligence est absolue. Au relâchement succède quelquefois le sommeil, d'autres fois seulement un grand accablement. Le malade ensuite a l'air étonné ou plutôt hébété; il ne peut plus travailler le reste du jour. L'attaque dure de trois à cinq minutes.
CAS AMKLIOP.ÉS, 20 5
Les vertiges reviennent ordinairement par paroxysmes. Au début du paroxysme , qui commence le plus souvent au lever, Etienne a souvent une ou deux selles relâchées (il est habituellement constipé). L'état vertigineux s'accompagne de nausées, de chaleur à la tête et de froid aux pieds, quelquefois de céphalalgie. Pendant qu'il est sous cette influence qui peut durer plusieurs heures, les vertiges se succèdent avec plus ou moins de fréquence; ils consistent en un état de trouble intellectuel , sans perte de connaissance : il entend 5 il peut même répondre, mais il n'est pas sûr de ne pas divaguer; immédiatement après il reprend le fil de la conversation; il n'a ni disposition à chuter, ni mouvements convulsifs proprement dits , mais quelquefois du tremblement et très fréquemment des mouvements de projection : il lance souvent ce qu'il tient à la main , et il lui est arrivé alors, mais fort rarement, de frapper vivement du pied. Dans le paroxysme, les vertiges sont séparés par des intervalles qui varient de quelques minutes à une demiheure. Quelquefois Etienne est obligé de se mettre au lit pendant la durée du paroxysme; d'autres fois il peut continuer à travailler, pourvu que ce soit à un ouvrage qu'il puisse faire machinalement. Le plus souvent les assistants ne s'aperçoivent pas de cet état. Quand la période vertigineuse se prolonge dans l'après-midi, il survient presque toujours une attaque.
La santé générale d'Etienne est du reste très bonne.
Je lui prescris de nouveau un traitement d'oxyde de zinc.
Du 25 janvier, oiî il commença ce remède , jusqu'au 5 juillet, soit pendant cinq mois et demi, notre malade en employa 162 grammes ; le remède fut administré en poudre, mélangé avec du sucre. La dose initiale fut de 30 centigrammes par jour en trois prises ; elle fut portée graduel-
206 EXPOalTIOiN DtS FAITS.
lement jusqu'à 1 gramme 45 centigrammes en avril , et continuée à cette même dose jusqu'au 5 juillet.
Le zinc produisit dans la première semaine du traitement un état nauséeux presque habituel et tous les jours deux selles relâchées; ces malaises se dissipèrent la semaine suivante pour ne plus se renouveler. Seulement il y eut en mai , de loin eu loin , quelques signes fugitifs d'embarras gastrique.
Pendant cette période de cinq mois et demi, Etienne eut deux attaques, l'une le 27 janvier, à une heure après midi, au troisième jour du traitement; l'autre le l^'' juillet, à cinq heures et demie du matin, étant levé. L'intervalle de cinq mois qui les sépara est le plus long qui ait été observé depuis le début de la maladie.
La première attaque fut précédée, pendant toute la matinée, d'un état de vertige. Elle aurait duré vingt minutes (?). Elle fut suivie d'un sommeil de trois heures. A la suite de l'attaque , des taches ecchymotiques couvraient les deux paupières ; la droite en présentait encore des traces quatre jours après. Ce sont les seuls détails que j'aie recueilli sur cet accès; mais le second ayant eu un témoin, j'ai pu le décrire plus complètement: La veille, Etienne était allé h un enterrement où il fut trempé par la pluie; la nuit suivante fut bonne; mais le matin à cinq heures et demie, en s'habillant, il éprouva du vertige et se rendit sur une galerie pour respirer l'air libre. Là, appuyé sur la balustrade, il sentit ses yeux rouler dans leur orbite et sa tète se tourner à droite; il fléchit sur le côté et perdit connaissance. Un voisin que j'ai interrogé ajoute que, voyant depuis sa fenêtre (qui donne sur la galerie) Etienne chanceler, puis tomber, mais pas brusquement, il accourut près de lui et le trouva en proie à des convulsions j ne sa-
chant que faire, il courut chercher du secours, et, après quelques minutes, il retrouva le patient qui dormait en ronflant et avait la figure violette. Très vite relevé et soutenu, Etienne marcha jusqu'à son lit où il entra , se trouvant beaucoup moins brisé qu'à l'ordinaire. Après une demiheure de sommeil , il put se lever, se rendre à son atelier et y travailler comme de coutume. Piarement le sommeil avait été aussi court et les suites de l'accès aussi légères. Cependant ce jour-là la figure, surtout au front et au pourtour des yeux, était poiutillée de rouge; quatre jours après, il en restait des traces à la paupière supérieure gauche.
Indépendamment de ces deux attaques , notre malade en eut un jour deux menaces : Le 18 mai., au milieu d'un état de vertige, de secousses et de nausées qui dura depuis cinq à huit heures du matin, il éprouva deux fois un mouvement involontaire de rotation de la tête à droite , avec douleur dans le sterno-mastoidien gauche et en même temps rotation des yeux , sans autre symptôme convulsif et avec conservation de l'intelligence. 11 avait déjà quelquefois éprouvé ces sortes de crises, tantôt isolément, tantôt comme début d'une attaque, ce qui, dans quelques cas, lui avait permis d'avertir les assistants pour qu'on prévînt la chute en le retenant. Quand ces phénomènes spasmodiques ne précèdent pas immédiatement l'attaque, celle-ci arrive constamment dans la journée. Ce serait la première fois que l'accès n'aurait pas suivi.
Quant aux vertiges, il ne s'est jamais écoulé plus de dix jours sans qu'il en ait éprouvé ; il en a eu de temps en temps plusieursjoursdesuite,quelquefois un seul par jour; d'autres fois l'état vertigineux a duré quelques heures , une demijournée et même une journée. Les périodes de vertiges, quand elles durent , sont toujours accompagnées d'un senti-
ment de nausées, et de temps en temps de projections. Il a eu quelquefois des projections sans vertiges antérieurs ou consécutifs; cependant il est disposé à croire que, au moment ^Je la secousse, il y a une très légère perte de connaissance, mais instantanée.
Vers la fin du traitement, et jusqu'à la dernière attaque, Etienne trouvait que sa santé, au point de vue du système nerveux, avait beaucoup gagné; il avait, au lieu d'un caractère sombre, des idées en général riantes et plus de netteté dans ses sens et son intelligence ; ces remarques, il nie les communiqua à plusieurs reprises, sans aucune question de ma part.
Le 5 juillet, en raison de l'attaque récente et delà persistance des vertiges , malgré un traitement consciencieux de plus de cinq mois, je me décidai à suspendre le zinc et à essayer le sulfate de cuivre ammoniacal. Ce nouveau remède fut commencé le 12 juillet. La période pendant laquelle Etienne en fit usage doit être partagée en deux parties distinctes: la première, du 12 juillet au 31 août, qu'il passa encore à Genève ; la seconde , dès cette dernière date jusqu'à la fin de juin iSliS, où il demeura à Lyon.
Pendant la première période, il prit II grammes du médicament. Il en employa 30 dans les sept premiers mois de son séjour en France. En tout, ^li grammes. Le cuivre fut administré en pilules, mélangé avec de l'extrait de réglisse. La dose initiale fut de 2 centigrammes et demi par jour, en deux prises. Au bout de quinze jours, la dose fut doublée; puis, en un mois, graduellement portée à 15 centigrammes , dose qui ne fut pas dépassée.
Dans la première semaine du traitement à Genève, il eut tous les matins la bouche mauvaise , de la nausée suivie presque toujours de vomissements bilieux, et cela
quoiqu'il ne prît sa première pilule qu'à onze heures ; il y eut tous les deux jours une selle relâchée. Dans la seconde semaine , les vomissements cessèrent , les autres symptômes persistèrent, mais à un moindre degré. Dès lors les pilules passèrent inaperçues , et la santé générale resta parfaite.
Pendant les onze mois de ce traitement, notre malade eut onze attaques , c'est-à-dire un nombre supérieur à celui des années précédentes et surtout de la dernière. Le plus long intervalle entre deux attaques fut de quatorze semaines, du 30 janvier au 7 maij le plus court, de neuf jours , en mai et juin. Les accès furent , à ce qu'il paraît , de même nature que les attaques complètes déjà décrites. Les vertiges et secousses continuèrent avec la même fréquence.
En juillet j'écris à Etienne pour lui conseiller de faire usage d'une infusion de valériane : 16 grammes pour un demi-litre d'eau bouillante , à prendre tous les jours.
1849 janmer 16. — Etienne est de retour à Genève depuis deux mois. Il a eu dès le commencement de juillet jusqu'à ce jour, c'est-à-dire pendant six mois , neuf attaques j elles vont donc en augmentant un peu de fréquence. 11 a pris sans succès, pendant deux mois, la valériane en poudre.
La maladie continuait au 30 septembre 1850. Il y avait eu environ neuf attaques en 18/J.9, et cinq seulement jusqu'audit jour, en 1850. On n'avait fait aucun traitement depuis septembre 1848.
Résumé. — Père syphilomane mort par suicide j sœur strabique ; strabisme. Début des vertiges à neuf ans j première attaque à quinze ans , provoquée par le premier cigare. Dans la première année , attaques d'abord à deux ou trois mois d'intervalle , puis revenant tous les quinze
jours. Six mois environ après ia première attaque , traitement de valériane pendant un ou deux mois sans succès. 8 grammes d'oxyde de zinc en trois mois; les accès s'éloi- ^jïetBt. Trois ans après, second traitement de ziocj quantité inconnue , mais peu considérable; les accès ne seraient plus revenus que cinq ou six fois par an. Dix ans après le début des atiaques, 162 grammes de zinc en six mois; pendant ce traitement , deux attaques seulement , dont une le troisième jour du traitement , d'intensité ordinaire et deux menaces ; continuation des vertiges et secousses. 2>li grammes de sulfate de cuivre ammoniacal en onze mois. Onze attaques en onze mois. Traitement de poudre de valériane pendant deux mois; la maladie continue...
En admettant qu'Etienne n'a eu en effet que cinq ou six attaques par an dans les années qui ont précédé les derniers traitements , la cure de zinc, faite en iSlil, n'en aurait pas moins procuré une amélioration évidente , puisque, après une attaque survenue le troisième jour du traitement, plus de cinq mois s'écoulèrent sans véritable accès et avec deux menaces seulement arrivées le même jour. Mais cette amélioration n'ayant été que temporaire , je n'aurais pas hésité à classer ce fait dans les cas rebelles, sans le changement notable opéré dans la maladie depuis la première cure de 1837. Avant ce traitement, les accès revenaient régulièrement tous les quinze jours, comme j'ai pu le constater par les notes que j'ai conservées de cette époque; dès lors ils ont été réduits le plus souvent à cinq ou six attaques par an, d'après Etienne, et à onze au plus d'après notre propre observation. Ce résultat me fait vraiment regretter qu'on n'ait pas mis, il y a quatorze ans, plus de suite dans la première cure.
CA.S RIBKLLKS. 211