CHAPITRE IV
Trentième observation.
Louise , âgée de vingt-six ans, femme de chambre, originaire du canton de Vaud, est de petite taille et a toutes les apparences d'une bonne santé ; ses cheveux sont châtain foncé et son teiut ordinaire. Elle est douce, de bonnes mœurs et intelligente. Sa mère vit encore ; elle est hémiplégique depuis vingt-huit ans, c'est-à-dire que l'attaque a eu lieu deux ans avant la naissance de Louise. Son frère, né avant elle et avant l'accident de sa mère , jouit d'une bonne santé.
Louise avait quinze ans et demi quand elle eut pour la première fois ses époques ; elles ne reparurent plus pendant neuf mois , et ce fut pendant ce laps de temps que survinrent les premières absences qui ont continué à revenir dès lors sans interruption bien remarquable. La malade ne peut me fournir des détails sur leur marche que pour les plus récentes dont je donnerai plus tard les dates. Les accès convulsifs ont commencé il y a quatre ans.
Voici, d'après le récit de Louise, en quoi consistent ses absences ; elle ne tombe point , quoiqu'elle en soit prise debout; elle ne perd pas entièrement connaissance; elle entend sans pouvoir comprendre le sens des paroles qu'on lui adresse; elle ne peut pas parler; une seule fois, par un violent effort, elle put répondre à sa maîtresse, mais s'exprima en patois, langage que cette dame ne comprend pas. Les dernières absences ont eu lieu le 3 janvier, le 3 février, le 10 mai et le 4 août. (Nous verrons plus tard qu'elle se trompe et que ces malaises sont beaucoup plus fréquents.)
Quant à ses grandes crises, comme elle les appelle, elle n'en a aucune conscience ; ce qu'elle peut m'en dire, elle ne le sait guère que par le témoignage de sa maîtresse, madame D..., qui n'a jamais vu chez d'autres personnes d'accès convulsifs. L'attaque est toujours précédée de mal de cœur, et a presque toujours lieu au cabinet d'aisances ou alors qu'elle en revient. Louise était debout au moment de son avant-dernier accès ; sa maîtresse , s'étant aperçue que ses yeux se renversaient et qu'elle allait tomber, se précipita pour la retenir et la faire asseoir ; mais elle ne put empêcher la chute. Louise tomba étendue sur le plancher, la tête sous une table j elle se débattait beaucoup; on entendait un bruit dans son cou comme si elle allait étouffer, comme si elle avait quelque chose à vomir; madame D... courut chez un pharmacien pour se procurer quelques remèdes; son absence dura quinze minutes ; à son retour elle trouva Louise sans mouvement, extrêmement pâle et les lèvres couvertes d'écume. Elle la crut morte ; la connaissance ne revint qu'un quart d'heure plus tard. Lors du dernier accès, madame D... aperçut notre malade assise sur le siège du cabinet dont la porte était restée entr'ouverte , la tête fortement penchée en avant et faisant des mouvements des bras ; elle crut qu'elle avait de la peine à remonter ses caleçons ; mais ayant entendu, quoique plus faiblement, le même bruit guttural que lors de la crise précédente, et inquiète de ne pas la voir ressortir, elle entra. Louise était assise et complètement privée de sentiment, La connaissance revint cependant plus vite qu'après le précédent accès. J'apprends de la malade qu'il lui arrive quelquefois de se mordre la langue dans ses crises. Les trois dernières attaques auraient eu lieu le 29 mars, le 30 juin et le 2/|. seplembre. Mais elle commet ici la môme erreur que pour ses absences ; elle
m'a dit plus tard n'être jamais restée deux mois sans avoir des attaques.
Elle jouit du reste d'une bonne santé, et n'est point sujette à la céphalalgie j ses époques sont régulières et durent cinq à six jours. Elle a remarqué que les attaques arrivent toujours un peu avant ou un peu après ses époques; une seule fois le premier jour, mais elle avait pris un bain dans l'Arve le matin même.
Je recueille tous ces renseignements le 28 septembre 18/tl , jour oh la malade se présente pour la première fois à ma consultation. Je prescris un traitement d'oxyde de zinc que je résumerai bientôt; mais j'invite Louise à revenir chez moi au bout de huit jours, accompagnée de sa camarade, la cuisinière de madame D..., qui a été témoin plus d'une fois de ses accès, et qui pourra m'en rendre un compte plus complet.
Elles se présentent en effet chez moi toutes les deux le Il octobre. Il résulte du rapport de la camarade de Louise que les accès sont plus fréquents que celle-ci ne le croit et qu'elle ne me l'a dit. Ain3i, par exemple, elle a eu en février dernier deux attaques le même jour: la première dans le milieu de la journée, étant assise sur le siège du cabinet, la seconde le soir, au lavoir. Là elle poussa un cri perçant et tomba en arrière; elle fut en proie à des mouvements convulsifs des bras, des jambes, des yeux , etc.; sa figure devint violette; on entendit du râle; il y eut de l'écume sur les lèvres; enfin la face pâlit, et elle tomba dans un sommeil profond accompagné de ronflement.
Louise ajoute à ces détails que, dans les nuits où on lui apprenait qu'elle avait eu des crises, elle se rappelait avoir fait des rêves pénibles pendant lesquels elle était en proie à de vives frayeurs ; elle a également remarqué que sa mé-
214 EXPOSITIOM DES FAITS.
moire est fort diminuée dans les jours qui suivent les accès.
Quant aux absences, d'après la camarade elles sont plus fréquentes que Louise ne le croit. Pendant leur durée elle est très pâle et elle fait des mouvements pressés de déglutition. La malade n'accuse dans la dernière semaine que deux absences, une le 2 et une le 3. Sa camarade en a vu plusieurs le 1 et le 2, et en outre dans la nuit du 2 au 3 et dans celle du 3 au li; elle a entendu à plusieurs reprises le bruit de déglutition des crises (elles couchent ensemble) 5 mais elle n'a aperçu aucun mouvement extérieur. Au rapport de Louise , l'absence du 2 a eu lieu pendant qu'elle travaillait à l'aiguille; celle du 3 est survenue pendant qu'elle servait à table ; personne, si ce n'est sa maîtresse et sa camarade, ne s'en est aperçu : elle prenait un plat sur la table, elle l'a porté à la cuisine, et, au moment 011 elle est rentrée dans la salle à manger, l'absence a cessé. Sa camarade lui a adressé la parole à la cuisine (elle avait remarqué sa grande pâleur); Louise ne l'a pas comprise et n'a pu lui répondre.
Le traitement d'oxyde de zinc, commencé le 28 septembre I8/1.I, fut continué jusqu'à la fin de juillet 18/i2; il dura donc dix mois. La malade prit pendant ce temps 230 grammes du remède.
Administré d'abord à 60 centigrammes par jour, il fut porté graduellement, en deux mois et demi, jusqu'à 1 gramme, dose qui fut continuée pendant quatre mois et demi sans interruption. Pendant les trois derniers mois du traitement, je fis suspendre de tem|)s en temps le remède pendant une semaine. Le zinc lut donné en poudre dans la première moitié de la cure, et en pilules associé à l'extrait de valériane i)endant la seconde moitié.
CAS KKJjELLES. 215
Le médicament donna quelques nausées dans les deux premières semaines ; cet effet cessa bientôt pour se reproduire un mois après, pendant une semaine, sans augmentation de doses. Quand le zinc fut porté à 1 gramme , il procura de nouveau des nausées et un mauvais goût à la bouche, sans que la langue se chargeât, sans que l'appétit diminuât et sans que les selles fussent relâchées. Les nausées se montrèrent fréquemment pendant tout le temps que la malade fit usage du zinc en poudre, et elle finit par en prendre un profond dégoût. Je l'administrai en pilules, et il ne procura dès lors aucun malaise.
Pendant les dix mois de cette période il y eut cinq attaques: la première eut lieu à quarante-huit jours d'intervalle de la précédente; la seconde à soixante-trois jours; la troisième à trente-huit jours , et la quatrième à cent vingt-six jours; ce dernier intervalle fut de beaucoup le plus long depuis l'origine de la maladie. Il n'y eut qu'un mois entre le quatrième et le cinquième accès.
Tous eurent lieu de jour, savoir : à huit heures du matin , à huit heures du matin , à quatre heures du soir, à deux heures du soir, à une heure du soir.
Les attaques furent de même nature que celles que nous avons décrites ; la malade dut quelquefois à la suite passer une partie de la journée au lit. Elles survinrent tantôt immédiatement après ses époques, tantôt quelques jours avant, quelquefois vers le milieu de l'intervalle qui les séparait.
Le nombre des vertiges fut très variabie ; il y en eut jusqu'à une douzaine par jour; quelquefois bien des jours s'écoulèrent sans la moindre apparence de malaise. Je fus témoin d'une de ces absences. C'était le 22 février, à ma consultation ; j'étais occupé à prendre des notes sur ce qu'elle venait de me raconter, quand mon attention fut
attirée par un bruit singulier. Ayant regardé la malade, j'observai qu'elle avait les yeux baissés et la figure colorée 5 elle faisait des petits mouvements de déglutition et avalait sa salive avec bruit; elle remuait un peu les doigts de la main droite; elle passa deux ou trois fois sa main gauche sur les paupières , poussa un soupir, ouvrit les yeux , perdit assez rapidement ses couleurs et m'adressa la parole. Elle n'avait pas entendu ce que je lui avais dit pendant cette légère crise qui dura environ une minute. Les absences ou vertiges ont été quelquefois plus prolongés : ainsi, le 6 juillet, en faisant des commissions dans la ville, elle fut prise d'un vertige, pendant lequel elle parcourut d'abord plus de cent pas ; elle eût été hors d'état de parler; voyant que l'absence ne cessait pas, elle rétrograda dans une rue transversale en parcourant encore un trajet presque aussi long, et entra dans un magasin qu'elle fréquentait quelquefois. Elle y resta assez longtemps sans pouvoir répondre aux questions qu'on lui adressa ; elle dit seulement quelques mots incohérents, comme Fanchette... Fanchette... (nom de sa camarade qui n'était pas là). Louise estime que cette absence a bien duré dix minutes. Elle prit ses époques le lendemain.
La malade montra une grande constance en suivant avec une parfaite exactitude son traitement de zinc pendant dix mois. Je conçus un moment une grande espérance en voyant s'écouler quatre mois sans attaque; mais la cinquième crise survenue à un mois seulement d'intervalle me décida à tenter un nouveau moyen. Je choisis h poudre d'armoise (arthemisia vulgaris).
Louise en prit 310 grammes en deux mois et dix jours, du 12 août au 22 octobre. Je commençai par /j. grammes par jour pris en une seule dose le soir en se mettant au
CAS KEBLLLES. 217
lit , dans une tasse d'infusion chaude de sureau. Pendant le dernier mois, la dose fut portée à 6 grammes.
Il n'en résulta aucun effet physiologique apparent.
Il n'y eut dans cette période qu'une seule attaque, le 19 octobre , à 8 heures du matin , à cinquante-quatre jours de la précédente.
Les vertiges, de môme nature qu'auparavant, parurent d'abord plus rares , mais ils furent très fréquents dans les jours qui suivirent l'attaque.
Louise , après l'accès du 19 octobre , était très découragée ; je la soignais depuis plus d'un an , et son état n'était guère changé. Je l'engageai à reprendre courage et à essayer un nouveau remède qui m'avait autrefois réussi dans quelques cas. Je lui prescrivis le 22 octobre 31 grammes de poudre de la racine de selin des marais : à diviser en 24 doses; 2> par jour.
Quand elle revint auprès de moi , j'étais retenu au lit par une maladie qui m'obligea à quitter la pratique pendant près de trois mois.
Je ne revis Louise que le 7 février de l'année suivante (18/l3). Elle m'apprit alors qu'elle avait eu un accès le 25 novembre , immédiatement après ses époques, à cinq semaines d'intervalle du précédent, et que, privée de son médecin et désespérée, elle avait pris en décembre six fois le vomitif Leroy et autant de fois le purgatif, ce qui n'empêcha pas une nouvelle attaque de survenir le 9 janvier dans la matinée , à six semaines d'intervalle ; elle reprit dès lors deux fois le vomitif et une fois le purgatif.
Les vertiges, pendant cette période, continuèrent comme auparavant.
Le 7 février, je prescris : 15 centigrammes de sulfate de cuivre ammoniacal ; extrait de réglisse , quantité suffisante
pour 12 pilules ; deux par jour. Après avoir achevé cette dose, Louise la fît réitérer et prit la seconde boîte, par 3 pilules chaque jour. Elle l'acheva le 27.
Le 1" mars , je revois la malade , qui n'a point eu d'accès depuis près de deux mois, mais dont les vertiges continuent, surtout dans les jours qui suivent les époques, comme toujours. Le cuivre n'a procuré ni nausées , ni coliques, les selles sont journalières et naturelles; depuis quelque temps il y a moins d'appétit. Sulfate de cuivre ammoniacal, 65 centigrammes : en Hli jnlules ; 2 par jour,
Louise ne revint pas à ma consultation et je ne l'ai jamais revue dès lors.
En avril 18/i7, désireux de savoir ce qu'était devenue cette pauvre fille , je me rendis auprès de son ancienne maîtresse, de laquelle j'appris qu'elle était retournée dans son pays et rentrée dans sa famille , à l'époque où elle cessa de réclamer mes conseils. Depuis ce temps , ses accès s'étaient peu à peu rapprochés , mais sa santé générale et son intelligence n'en avaient été nullement altérées, quand en février 1845 on la trouva morte un matin dans une cour. Elle était accroupie, la tête sur une porte contre laquelle elle s'était probablement assommée en tombant dans un accès. La veille elle avait été fort gaie, fort animée. Elle était très bien portante peu d'instants avant la chute.
Résumé. — Mère hémiplégique; apparition des vertiges à l'époque de la première menstruation , à seize ans. Début des attaques à vingt-deux ans. Durée de la maladie avant le traitement : dix ans. Une attaque d'intensité moyenne toutes les six semaines environ , vertiges fréquents. 230 gr. d'oxyd(; de zinc en dix mois; sus|)cnsion des accès pendant quatre mois ; puis retour h la périodicité ordinaire.
310 grammes d'armoise en deux mois et demi ; 31 grammes de selin en huit jours; vomitif et purgatif Leroy souvent réitérés; 1 gramme environ de cuivre ammoniacal en cinq semaines; aucun changement. Morte par accident quatre ans après le dernier traitement.
Ce fait figure en tête des cas rebelles, c'est-à-dire à la place assignée à l'incurabilité la moins constante, pour deux motifs :
1° Le zinc a procuré une amélioration temporaire en suspendant pendant quatre mois les attaques, dont le maximum d'intervalle avait été jusque-là, et s'est maintenu depuis au-dessous de deux mois.
2° La malade, qui ne paraît pas avoir été soignée par d'autres que par moi, n'a fait en réalité que deux traitements, celui de zinc fort complet, et celui d'armoise. Le selin et le cuivre furent administrés pendant trop peu de temps pour qu'on puisse dire que la maladie a résisté à ces agents , et je fais peu de cas pour l'épilepsie du vomitif Leroy et des purgatifs en général, qui plus d'une fois m'ont semblé provoquer ou rapprocher les attaques.
Trente et unième observation.
Le 7 janvier 1845, on m'apporte un petit garçon atteint d'épilepsie. Je l'ai déjà vu quelquefois occasionnellement chez ses parents, sans avoir êlre appelé à lui donner des soins.
Marc, blond, aux yeux bleus, est âgé de seize mois et demi, mais il paraît à peine avoir un an ; il ne dit pas un mot et est encore plus éloigné de pouvoir marcher; ses membres sont grêles, ses jambes arquées et ses muscles
très peu développés. La forme de sa tête est bizarre : comprimée sur les côtés, elle ressemble beaucoup à certains casques du moyen âge , à ces casques dépourvus de cimier dont les faces latérales peu bombées se réunissent sur la ligne médiane en une arête qui règne d'arrière en avant: cette sorte d'arête longitudinale existe chez Marc depuis la bosse occipitale jusqu'au nez; le front participe donc à l'étroitesse très grande de la tète. Cette disposition que j'ai vue extrêmement marquée chez cet enfant dans une époque rapprochée de sa naissance s'est un peu effacée, mais elle est encore très caractérisée. La face est, au contraire, très large et assez remplie, elle contraste avec le front, qui est presque conique. Les yeux sont grands et rapprochés, mais louches , et l'expression de la physionomie , grotesque comme ses mouvements, porte le cachet de l'idiotisme. La mère prétend cependant que son fils ne manque pas d'intelligence.
Je ne connais de la famille que le père et la mèrej ils n'ont pas eu encore d'autres enfants. Le père est chétif, la mère a un énorme goitre.
Le jour même de sa naissance et le lendemain , Marc a été en proie à des attaques que je décrirai bientôt. Il en avait toutes les cinq minutes environ. On lui administra, pendant quelques jours et deux fois par jour, un lavement très fétide; il sentait l'oignon (asa fœlicla). Les crises cédèrent dès le premier jour de l'emploi du remède; mais il en résulta une diarrhée qui dura six semaines. Pendant toute cette période les accès ne se renouvelèrent pas. Un médecin homœopathc fut appelé et guérit la diarrhée; mais les accès reparurent avec la même fréquence qu'au début. Je vis l'enfant, pendant quelques instants, il y a deux mois, et il eut en ma présence deux accès en quelques minutes. A cette
époque, se développa une éruption d'eczéma autour des oreilles et sur les joues; à mesure qu'elle fit des progrès, me dit-on , les accès devinrent plus rares , il n'en a plus maintenant que trois par jour en moyenne (?), Je donne ces faits comme ils m'ont été rapportés par la mère, sans avoir une entière confiance dans ses dires ; j'ai vu plus tard que ni la diarrhée, ni l'eczéma, n'avaient sur la marche de la maladie l'heureuse influence signalée. L'enfant a, dans ce moment, les joues couvertes de croûtes d'un eczéma impétigineux.
Quant à la nature des attaques, j'en ai vu deux comme je l'ai dit, et je 'puis en parler en pleine connaissance: L'accès débute ordinairement par des pleurs; puis l'enfant tourne la tête à droite en se roidissant; les muscles de la face , des membres et du tronc sont bientôt agités de secousses convulsives; la face devient violette; on entend du gargouillement dans la gorge ; l'écume sort de la bouche ; les convulsions s'arrêtent et les muscles tombent dans le relâchement; puis l'enfant reprend, immédiatement après, ses mouvements naturels.
A part l'eczéma, la santé générale, en ce moment, n'est pas mauvaise, quoique l'enfant ait habituellement un léger râle trachéal entendu à distance.
Je fis subir à Marc pendant cent trente jours, du 7 janvier au 19 mai, un traitement d'oxyde de zinc. Ce remède fut administré en poudre ; la quantité totale employée fut de 20 grammes. La dose journalière , initiale et maximum, fut de 15 centigrammes; mais, par la négligence des parents, elle fut souvent réduite à] 10 et même à 5 centigrammes, outre de fréquentes lacunes d'un ou plusieurs jours.
Pendant les quinze premiers jours, le zinc passa ina-
perçu; il y eut plutôt de la constipation. A la fin de janvier, un catarrhe fébrile amena de la diarrhée et même des selles sanguinolentes. On réduisit graduellement la dose du zinc jusqu'à 5 centigrammes. Bientôt le catarrhe cessa, ainsi que la diarrhée ; mais l'enfant conserva une phlegmasie de l'anus qui le fit beaucoup souffrir ; son linge était habituellement taché de couleur brique, et les évacuations étaient douloureuses, quoique solides. Cette disposition dura d'une manière variable pendant six semaines; mais l'enfant n'en avait pas moins un très bon appétit et des selles naturelles; la dose plus ou moins grande du zinc, dans les limites indiquées plus haut, ne parut pas avoir d'influence sur cette inflammation locale qui eût cédé bien plutôt aux soins que je prescrivis, sans l'incurie et la malpropreté de la mère.
La marche de l'épilepsie offrit, pendant le traitement, des variations que je dois signaler ici. J'ai dit que la mère estimait à trois par jour le nombre moyen des accès, quand je commençai le zinc. J'en fis tenir un registre exact.
Pendant les huit premiers jours du traitement, le nombre moyen fut de 5,5 par jour.
Dans les douze jours suivants il fut réduit à 3,6.
Dans les seize suivants finissant le 12 février, il n'y en eut plus que 2,0.
Enfin, il y eut une attaque le l/i, deux le 15 et il n'en survint pas pendant dix-sept jours. Ses parents, malgré mes instances, après avoir réduit trop tôt les [doses journalières du remède, le suspendirent, puis ne donnèrent qu'une ou deux poudres do temps en temps. Le k mars, il y eut une rechute. A l'époque où les accès furent susj)endus, l'enfant avait pris 5 grammes de zinc en quarante jours, l'eczéma était guéri depuis plus de quinze jours ; le
(as REBKLLKS. 223
catarrhe avait presque cessé; il y avait de ia constipation, et l'enfant souffrait de l'anus.
Quand il rechuta, l'eczéma avait reparu depuis quelques jours autour des oreilles et du menton; Marc souffrait horriblement de l'anus ; un peu plus tard la mère affirmait qu'il suffisait d'appuyer sur cette région pour provoquer des attaques.
Dans les quinze jours qui suivirent la rechute, le nombre des accès fut excessivement variable. Le II mars, jour de la récidive, il n'y en eut qu'un ; le 5, neuf; le 6, trois; le 7, dix ; le 8, huit; le 9, treize ; le 10, dix-huit ; le 11, quinze dans la matinée, dans l'après-midi on ne put pas les noter. Ils furent également innombrables le 12, le là et le l/j. ; le 15, douze accès, sans compter ceux de la nuit j le 16 vingt-deux dans le jour, etc., etc. Pendant ce temps l'enfant avait encore quelque gaieté, de l'appétit et des selles journalières; l'anus était en voie d'amélioration le 17.
Dès lors jusqu'au 19 mai, la marche de l'épilepsie revint à peu près à ce qu'elle était au commencement du traitement. Le nombre des accès totalisé toutes les deux ou trois semaines donnait des moyennes variant de 3,8 à 5,3 par jour.
Les attaques furent toujours beaucoup plus fréquentes le jour que la nuit; leur intensité fut assez variable. Peu avant la suspension de dix-sept jours, leur force avait diminué en même temps que leur fréquence. Plus tard elles furent , tantôt intenses tantôt légères, sans rapport avec leur nombre journalier.
Dès le 19 mai on cessa de m'apporter l'enfant.
Trois mois après, le 23 août, il me fut ramené par une voisine de sa mère. Elle m'apprit que les accès, après avoir
'22/t EXPOSITION DES FAITS.
cessé pendant un temps qu'elle ne pouvait m'indiquer, avaient reparu et étaient alors très fréquents. Je ne pus savoir si, depuis le mois de mai, on avait continué le traitement. L'enfant avait quatre dents; la difformité delalête avait un peu diminué; il n'y avait aucune trace d'éruption. Je ne pus, du reste, obtenir aucun autre renseignement que ceux que je viens de donner; on me dit seulement que l'enfant était habituellement constipé. Marc ne cessa de pleurer pendant qu'il était dans mon cabinet, mais il n'eut pas d'accès en ma présence, quoique la voisine prétendit que ses cris pouvaient bien être une de ses crises en dedans, comme il en avait souvent. Pour moi , je ne pus voir qu'un enfant qui pleurait. Je prescrivis provisoirement des bains dason tièdes et demandai qu'on revint avec des renseignements plus complets. Je n'ai jamais revu ni la mère ni l'enfant.
Le 10 janvier 1850, j'apprends que Marc est depuis un an dans l'établissement de crétins de l' Abendberg, canton de Berne, dans un état complet d'idiotisme , avec rigidité et atrophie des muscles des membres, mutisme, etc. La difformité de la tête subsiste.
En septembre 1850, un témoin oculaire m'affirme que Marc, qui est toujours à l'Abendberg, a encore journellement ses accès de convulsions , mais ils sont très légers.
Résumé. — Difformité remarquable de la tète; strabisme. Epilepsie congéniale : attaques toutes les cinq minutes environ le jour et le lendemain de sa naissance, suspendues par Tassa fœtida pendant six semaines. Rechute : attaques journalières , quelquefois innombrables pendant quinze mois. 20 grammes d'oxyde de zinc en cent trente jours ; diminution , puis suspension des attaques pendant
seize jours dans le cours du traitement j retour et continuation des attaques.
Ce cas ressemble au précédent par le changement favorable qui s'opéra dans le cours de la cure , changement du reste trop peu significatif et trop éphémère pour que j'aie pu classer cette histoire dans le chapitre des améliorés. Le malade n'a subi, il est vrai, qu'un seul traitement, mais la dose fut assez forte pour sou âge, et la cure assez prolongée, quoique irrégulière.
Trente-deuxième observation.
Le 2 mars 18/1.7, on vient réclamer mes conseils pour le jeune César, âgé de dix ans et demi, de taille moyenne, bien conformé, ayant les cheveux blonds, les yeux noirs et un embonpoint médiocre. Il est très intelligent, étourdi, mais bon.
L'aïeul paternel est mort d'une attaque d'apoplexie avec hémiplégie ; le père jouit d'une bonne santé ; l'aïeule maternelle était fort sujette à des accès d'hystérie j la mère a succombé à une hémorrhagie utérine le jour de la naissance de César. Un frère est devenu plus tard épileptique, et une sœur est morte d'apoplexie.
Il n'y a pas, à ce que l'on me dit, probabilité d'onanisme; le travail scolaire n'est pas exagéré ; l'enfant ne boit jamais de vin. On ne peut m'indiquer aucune cause accidentelle.
La première attaque a eu lieu en juin 18ii6, de nuit. Dès lors, jusqu'en novembre, il n'y en aurait eu qu'une environ par mois, toujours pendant le sommeil j mais le fait est douteux; il peut y en avoir eu davantage. Depuis le mois de
novembre et peut-être un peu plus tôt, les attaques sont revenues d'abord toutes les deux nuits , puis plusieurs fois par nuit.
L'enfant a quelquefois en outre des vertiges dans le jour.
Voici la description qu'on m'a donnée des attaques : Jamais de cri ; la personne qui couche près du malade est réveillée par un bruit de rèle, et trouve alors l'enfant privé entièrement des sens et de l'intelligence , et en proie à des convulsions tantôt toniques, tantôt cloniquesj il y a quelquefois des mouvements irréguliers des bras, avec tremblement 5 les yeux sont fermés ou fixes et grandement ouverts ; la face, en proie aux convulsions, est rouge, livide ou violette j la respiration difficile et bruyante j on entend quelquefois un gargouillement dû à l'accumulation de la salive, qui bientôt s'échappe en bulles sur les lèvres j l'écume manque parfois. Après le relâchement général , on remarque des battements forts et prolongés j puis survient un sommeil naturel ; le jour suivant il y a peu ou point de fatigue.
Il y a des attaques faibles et des attaques fortes j le plus grand nombre paraît peu intense.
Les vertiges offrent deux variétés : tantôt c'est une sorte de berlue pendant laquelle César ne peut plus suivre l'enseignement de son maître, et éprouve un léger trouble des sens. D'autres fois il dit qu'il lui semble qu'il n'est plus lui; il pleure sans raisons et sans le vouloir.
La santé est du reste excellente.
On n'a tenté jusqu'ici qu'un traitement homœopathique.
Je ne prescris aucun changement dans le régime; je demande qu'on réduise le travail scolaire au strict néces-
(iAS REBELLIiS. 227
saire pour suivre le cours régulier des classes, et je soumets le malade à un traitement iVoxyde de zinc.
Ce traitement dura quatre-vingt-cinq jours , du 3 mars au 27 mai. Le remède fut administré en poudre pendant le mois de marsj dans le reste de la cure, il fut donné en pilules associé à l'extrait de laitue cultivée.
La quantité totale prescrite fut de 86 grammes. Je débutai par 30 centigrammes par jour, et j'allai jusqu'à 2 grammes.
Il y eut assez fréquemment un peu de nausées après l'ingestion des poudres , et trois fois des vomissements d'aliments une heure après la poudre donnée une heure après le repas. Le malade étant dégoûté du médicament, qui n'était pourtant donné qu'à la dose de 60 centigrammes, je fis mettre le remède en pilules, et dès lors il ne donna lieu à aucun malaise , quoique le zinc ait été porté, comme nous l'avons dit , jusqu'à 2 grammes par jour. Un fait que je raconterai plus tard, et qui me fait craindre que le traitement n'ait été suivi incomplètement depuis que je prescrivis les pilules , explique peut-être comment le remède passa aussi complètement inaperçu.
Pendant cette période, le nombre des nuits à accès fut en moyenne de /j ,7 par semaine et le nombre des accès par nuit de un à huit.
Les attaques intenses furent rares : à l'exception du second jour de la cure, il n'y en eut aucune pendant tout le mois oii l'on donna le zinc en poudre , ainsi que pendant la semaine suivante. Cette remarque , que je n'ai faite que beaucoup plus tard , me laisse quelque doute sur l'inefficacité absolue de l'oxyde de zinc dans ce cas j les nuits à accès furent d'ailleurs moins fréquentes pendant le premier mois que dans les deux suivants.
Le nombre des vertiges ne put être noté , mais il paraît qu'ils furent rares.
Tous les accès eurent lieu entre trois et sept heures du matin au lit.
Quant à la nature des crises , il paraît qu'elles ne furent pas différentes de celles que j'ai décrites.
La santé générale de l'enfant continua à être bonne; ses facultés intellectuelles et son caractère ne furent point modifiés.
César ayant eu deux fortes attaques le 27 mai, et son père commençant à se décourager, je changeai de traitement et je tentai le sulfate de cuivre ammoniacal.
Je l'administrai pendant cinquante-quatre jours, du 28 mai au 20 juillet, en pilules avec l'extrait de réglisse. La dose journalière prescrite fut de 2 centigrammes et demi d'abord ; je la portai graduellement jusqu'à 15 centigrammes; mais cette dernière dose ne fut jamais réellement prise. Le 13 juillet , M. M... apprit indirectement que son fils s'était vanté d'escamoter en bonne partie les pilules qu'on lui administrait. Là-dessus enquête , interrogatoire ; d'où résulta pour le père l'opinion que l'enfant n'avait pris qu'un tiers ou moitié des pilules prescrites (?). Je n'ai pas eu la preuve que dans le traitement précédent il n'en ait pas été des pilules de zinc comme de celles de cuivre.
Quoi qu'il en soit, d'après les évaluations du père, j'ai estimé la dose totale de sulfate de cuivre ammoniacal réellement prise à 2 grammes 60 centigrammes.
Dans le commencement de la cure, la pilule prise à jeun le matin procura les nausées et môme des vomissements d'eau; plus tard , elle passa inaperçue ; mais vers le milieu de juin , notre jeune malade eut un malin , de six à neuf heures , six selles liquides et doux vomissements bilieux, ot
plus tard des régurgitations amères. Les vomissements , qui furent quelquefois des matières alimentaires , se reproduisirent ainsi de temps en temps , tantôt le matin , tantôt dans le milieu du jour, quoique habituellement César n'eût point de nausées et conservât un excellent appétit. Cela tenait probablement à ce que , une habitude régulière n'ayant pas établi la tolérance, il était impressionné par celles des pilules qu'il ne pouvait pas esquiver.
Pendant ce traitement et les sept jours qui suivirent, en tout soixante et un jours, il y eut 5,/t nuits à accès par semaine , soit un peu plus que dans la période précédente. Le nombre des accès par nuit ne fut jamais régulièrement compté.
La santé générale de l'enfant continua à être satisfaisante, mais son caractère parut prendre plus de pétulance, d'impatience et d'irritabilité.
La difficulté de faire tolérer le cuivre me décida à essayer le valérianate de zinc , association très vantée de deux remèdes préconisés dans l'épilepsie.
Ce remède fut pris pendant une période de cent soixante et un jours, du 28 juillet au k janvier i8/|.8 , avec deux interruptions, Tune de huit, l'autre de dix-huit jours.
La quantité totale employée fut de 86 grammes, la dose initiale de 30 centigrammes , le maximum de 80 , la dose terminale de 60 centigrammes.
Je donne ces chiffres tels que je les ai prescrits, et tels qu'on m'assure qu'ils ont été réellement donnés , sans les garantir en raison des antécédents.
Pendant ce long traitement, la maladie, loin de s'amender, subit quelque aggravation.
Les nuits avec gargouillements furent un peu plus fréquentes qu'avant, les fortes attaques plus communes.
L'état mental et l'état général de l'enfant furent ce qu'ils avaient été dans la période précédente.
J'avais demandé au père de César, quand il me consulta pour la première fois, de ne pas se décourager avant un an, si les remèdes n'amenaient pas un changement favorable. Fidèle à sa promesse , il consentit a essayer une quatrième cure ; mais il se lassa au bout de vingt jours de l'usage de Vextrait de jusquiame administré à la dose journalière de 15 centigrammes en pilules. C'était peu sans doute que les 3 grammes administrés j mais la maladie n'avait fait qu'empirer. Il y eut plus souvent encore des attaques intenses, dans cette courte période j mais les nuits avec gargouillements furent moins fréquentes.
Les accès continuèrent à avoir lieu exclusivement sur la fin de la nuit , ou le matin au lit.
L'extrait de jusquiame ne détermina aucun malaise. J'appris en juillet de la même année que les accès devenaient de plus en plus violents, et que l'enfant était, à la suite , sujet à de longs sommeils. Je ne sais si l'on a fait quelques traitements depuis ceux que j'avais dirigés.
En septembre 1850, l'épilepsie continuait, les attaques avaient perdu de leur fréquence , en augmentant d'intensité.
Résumé. — Aïeul paternel mort d'apoplexie , aïeule maternelle hystérique 3 mère morte d'hémorrhagie puerpérale le jour de la naissance de son fils ; une sœur morte d'apoplexie; un frère épileptique. Aucune cause occasionnelle. Début à dix ans. Durée de la maladie avant le traitement; neuf mois. Attaques convulsivrs presque toutes les nuits ; vertiges rares. 86 grammes (?) d'oxyde de zinc en trois mois ; les attaques se rapprochent. 2 grammes 60 centigrammes (?) de sulfate de cuivre ammoniacal en cinquante-
quaîrejours; augmentation du nombre desaccès. 86 grammes de valérianate de zinc en cinq mois- progrès de la maladie. 3 grammes d'extrait de jusquiame en vingt jours j attaques plus fréquentes. L'épilepsie continue.
Je classe ce fait parmi les cas rebelles, et pourtant il me reste des doutes sérieux sur les doses de zinc et de cuivre qui furent réellement prises. Si donc , dans nos analyses, ce cas présente, à certains points de vue, quelque chose d'exceptionnel, il ne faudra point oublier l'obscurité qui plane sur la valeur des traitements.
Trente-troisième observation.
Ernest est âgé de onze ans, d'une taille au-dessous de la moyenne, brun, louche, avec une expression sournoise. Son caractère est difficile : très caressant pour obtenir une faveur, il est le plus souvent désobéissant, entêté, très étourdi, quelquefois indomptable. Son intelligence est ordinaire, me dit-on, cependant il est très arriéré dans ses études: il écrit bien , mais lit médiocrement, et en fait d'arithmétique il en est à peine à la division des nombres simples. Il a peu de mémoire.
Je n'ai vu son père qu'une seule fois, et dans cette courte conférence je n'ai recueilli que les détails commémoratifs qui suivront, sans pouvoir me procurer des renseignements sur la santé de la famille ^ qui tout entière, à l'exception d'Ernest, habite à l'étranger.
Notre malade est né à huit mois de conception, à la suite d'une chute que fit sa mère dans un escalier j il était extrA mement chétif.
L'épilepsie a débuté à l'âge de dix-huit mois. Les pre
miers accès étaient très intenses et fort longs, duraient de cinq à six heures ! (C'étaient probablement des accès multiples.) Ils étaient séparés par des intervalles qui ont pu aller jusqu'à deux mois. Puis ils se sont graduellement rapprochés en perdant de leur longueur et de leur violence. De l'Amérique centrale, où il est né , on amena Ernest en Europe à l'âge de cinq ans; on espérait que ce changement de climat aurait une influence heureuse sur sa santé ; il n'en fut rien,
11 y a quinze mois que, pour la première fois, on essaya un traitement. L'enfant prit pendant six mois, et sans aucun résultat avantageux, la poudre de taupe grillée.
Depuis son arrivée à Genève, il y a quatre mois, on lui a donné pendant deux mois une cinquantaine de poudres d'un blanc jaunâtre dont on n'a pu me faire connaître la nature. Il les a achevées il y a deux mois; elles n'ont eu aucun succès. Dès lors jusqu'à ce jour il n'a pas pris de remède.
Ernest habite la campagne près de Genève, et il m'est amené , le d mars iSkk , par la personne chez qui il est en pension.
Les attaques reviennent maintenant presque toujours par paroxysmes; ces séries durent de deux à cinq jours, et se composent de dix à quinze attaques environ ; il en a eu une fois quatorze en vingt-quatre heures; elles sont plus fréquentes de jour que de nuit. Les paroxysmes reviennent un peu plus souvent que tous les mois.
Il y a en outre de temps en temps, entre les séries, des attaques isolées.
Voici maintenant quelle est la nature des attaques. Il en ressent parfois l'approche et fuit pour aller tomber à quelques pas de là; si c'est en plein air, il parcourt quelquefois l'espace do vingt à trente pas. Questionné sur l'im-
CAS HEBELLES. 233
pression qu'il éprouve alors, il dit que c'est le sang qui lui monte à la tête. L'accès débute toujours par un grand cri suivi de chute, ordinairement sans blessure. Les yeux sont grandement ouverts , fixes et renversés ou dirigés à droite (l'enfant dit que c'est à gauche). Le visage rougit fortement; il y a en général peu de convulsions delà face; elles ont lieu surtout à droite (à gauche, dit Ernest) . Les membres, d'abord roides, sont bientôt agités de violentes secousses ; elles sont telles que de la tête ou des pieds il renverse tous les meubles environnants ; s'il est au lit, il frappe contre le mur. La respiration ne serait pas très embarrassée; le râle est peu bruyant; mais l'excrétion de la salive, parfois écumeuse, est très abondante. La langue est quelquefois mordue. La perte de la connaissance et des sens paraît absolue pendant la période clonique , qui dure de trois à quatre minutes. Il se relève de lui-même; mais il a l'air ivre; il est étonné, absorbé; ses membres fléchissent; il faut le soutenir. Il reprend bientôt connaissance. Le plus souvent il n'y a pas de sommeil consécutif; il a de la répugnance à se mettre au lit, et en sort bientôt si on l'a décidé à y entrer. Quelquefois cependant il s'endort sur une chaise.
Ernest a toutes les apparences d'une bonne santé et un excellent appétit; il mange d'une manière immodérée; on a remarqué que c'est surtout après dîner qu'il a ses accès, principalement quand ils sont isolés. Au moment oii je l'observe, il a le pouls à 100.
Je prescrivis un traitement à' oxyde de zinc qui fut suivi pendant cent jours environ, du 5 mars jusqu'au 10 juin. On employa dans cet intervalle 63 grammes d'oxyde de zinc en poudre. La dose initiale fut de 15 centigrammes par jour, et je la portai graduellement à 1 gramme âO centigrammes.
Les nausées ne se firent sentir qu'à la dose de 60 centigrammes j mais cette quantité fut bientôt tolérée et il ne me fut pas difficile d'arriver à la dose maximum que j'ai indiquée plus haut. Toutefois, comme on mettait de la négligence à administrer le remède et que je m'en plaignais, on se justifia en disant que les poudres procuraient beaucoup de nausées et de répugnance 5 on ne m'avait rien dit de semblable jusqu'alors, cependant depuis un mois l'enfant prenait la même dose. Il n'y eut ni vomissements ni diarrhée.
Quoique Ernest continuât à avoir toutes les apparences d'une bonne santé, je ne trouvai jamais son pouls au-dessous de 100.
Le traitement ne parut pas modifier le nombre et la nature des attaques.
En mars, il y en eut en moyenne 0,5 par jourj en avril, 0,6; en mai, 0,8; du 1^^ au 17 juin, 0,6.
La marche des accès fut du reste fort irrégulière ; il y eut quelques attaques isolées, mais elles se montrèrent surtout par paroxysmes. Ainsi il ne s'en manifesta aucune pendant quatorze jours, du 2/t mai au 5 avril; et il y en eut quatorze, dont sept un seul jour, du 6 au 10 avril. Autre intervalle, mais de dix jours seulement, du 11 au 19 du môme mois; puis quelques crises isolées et dix attaques du 2 au l\ mai. Le 25 et le 26 mai, il y eut environ douze accès.
Les deux tiers des attaques à peu près eurent lieu de jour.
Quant à leur nature, les accès varièrent seulement d'intensité sans changer de caractère ; on n'observa jamais de vertiges.
L'insuccès du zinc me décida à essayer le selin. Le ma-
Jade en prit 79 grammes en un mois, du 18 juin au 18 juillet. Je le prescrivis d'abord à li grammes , puis à 6 par jour, en trois prises.
Dans les premiers jours de l'emploi de ce médicament, il y eut trois selles liquides par jour, bientôt les évacuations revinrent peu à peu à l'état naturel ^ l'appétit se conserva; il n'y eut ni nausées, ni aucun autre malaise. Pendant les trente et un jours de ce traitement, il y eut dix-sept attaques, soit en moyenne 0,55 par jour. Sur les dix-sept accès, trois seulement eurent lieu dans la nuit, le plus grand nombre de 2 à /j. heures du soir.
Le 17 juillet il eut quatre attaques, depuis 11 heures du malin à 5 heures du soir, dont les deux dernières furent de la plus grande intensité. Après celle de 5 heures, il resta privé de connaissance jusqu'à 9 heures du soir; et encore fallut-il l'exciter avec une sorte de violence pour qu'il reconnût un de ses parents qu'on avait fait appeler. Cet accablement profond ne ressemblait pas au sommeil qui suivait quelquefois les fortes crises. Le visage, quoique pâle, était tuméfié; les mains étaient très blanches, les ongles violacés et la peau brûlante. 11 y avait du râle trachéal et du gargouillement; la respiration était précipitée. De
9 heures à 2 heures du matin il y eut de l'agitation, mais en même temps les symptômes ci-dessus cessèrent peu à peu, et à 2 heures survint un sommeil calme. Dès
10 heures du soir, on lui avait donné toutes les heures une cuillerée à bouche d'une potion éthérée avec sirop diacode, dont j'avais remis l'ordonnance dans la soirée, ne pouvant me rendre dans ce moment auprès du malade.
Le 18, à 11 heures du matin, j'arrivai auprès d'Ernest; il était dans son lit; le pouls à 120; avec une légère toux humide ayant débuté après la seconde attaque
de la veille; il avait eu le matin des douleurs dans la poitrine qui avaient cessé ; la respiration était encore un peu courte; mais l'auscultation ne fournissait aucun signe anormal; la langue était couverte d'un enduit d'un blanc de lait , l'appétit nul. Continuer la potion de deux en deux heures; tilleul orangé; diète absolue.
Cette indisposition passagère fut bientôt terminée; mais les parents rappelèrent auprès d'eux leur fils, que je n'ai jamais revu.
Le [10 janvier 1850, j'ai appris qu'Ernest était mort dans un paroxysme d'attaques, deux ans environ après son départ de Genève. On avait dû, quelque temps auparavant, le placer hors de la maison paternelle à cause de la perversion de ses facultés; on n'a pu me dire si l'aliénation mentale était complète.
Résumé. — Antécédents de la famille inconnus. Né à huit mois, extrêmement chétif, à la suite d'une chute faite par sa mère ; strabisme ; appétit immodéré. Début à 18 mois. Durée de la maladie avant mon premier traitement: dix ans. Attaques revenant surtout par paroxysmes; en moyenne quinze à vingt accès par mois, en général intenses. Deux traitements antérieurs : la taupe pendant sept mois et un autre remède pendant quatre mois. Soixantetrois grammes d'oxyde de zinc en cent jours; puis 79 grammes de selin en trente et un jours, sans aucun résultat. Mort deux ans après, probablement aliéné, dans un paroxysme d'attaques.
Voilà en réalité le premier cas de notre série où, pendant deux traitements assez consciencieusement suivis et ayant duré ensemble quatre mois et demi, la maladie n'ait
CAS REBELLIvS. 237
offert aucun indice d'amélioration- elle avait résisté déjà à deux autres cures encore plus prolongées. J'étais disposé à tenter quelque nouveau moyen; mais je| n'ai point regretté le parti que prirent les parents.
Trente-quatrième observation.
Le 28 mai 18/t7, un agriculteur des environs de Genève amène à ma consultation son fils Tonny, âgé de onze ans et demi. Cet enfant est de taille moyenne et bien conformé; il a les cheveux et les yeux noirs, le teint brun, une figure ouverte et intelligente, un embonpoint médiocre ; il est bon écolier et a un caractère doux.
Les quatre aïeux sont décédés septuagénaires à peu près : l'aïeule paternelle, sujette à la dyspnée depuis deux ou trois ans, fut un matin trouvée morte dans son lit. Les trois ascendants du même degré ont succombé à des maladies des appareils digestifs, respiratoires ou circulatoires. Un oncle maternel [est mort à dix-sept ans; le médecin de la famille avait toujours dit qu'il ne vivrait pas à cause de la grosseur de sa tète. Un autre oncle de la même branche a succombé àla phthisieà l'âge de trente-cinq ans; unautre à quarantecinq ans a été enlevé probablement par la même maladie, à en juger par les détails qui me sont donnés.
Les parents attribuent à une frayeur la maladie de Tonny: un chien, dans Tautomne de 18A5, sauta sur les épaules de l'enfant, mais sans lui faire le moindre mal; l'épilepsie débuta par un vertige en mars 18^6, c'est-àdire cinq à six mois après.
Voici quelques détails sur ce début: L'enfant était à table ; il resta tout à coup dans un état d'immobilité , les yeux ouverts et fixes, avec des mouvements bruyants de dé-
238 KXPOSITION DES FAITS.
glutition. Il n'y eut ni convulsions doniques, ni gêne de la respiration, ni coloration extraordinaire. Tonny perdit connaissance, mais ne tomba pas. Les mêmes accès se sont reproduits dès lors, sous les yeux des parents, au moins deux ou trois fois par semaine. L'enfant a eu aussi des absences à l'école où le régent les a remarquées, quoiqu'on ne lui en eût point parlé. Ces absences ne durent que quelques secondes j il laisse alors tomber les objets qu'il peut tenir à la main; il n'en conserve pas le moindre souvenir, Ils sont quelquefois précédés d'une douleur subite , tantôt courte, tantôt prolongée, dans les jambes, les côtés ou i'épigastre.
Dès juillet, les vertiges s'accompagnèrent quelquefois de chute sans changer de caractère ; le nombre de cette espèce d'accès a été très variable ; il y en a eu une fois sept en un jour, et ils ont été quelquefois séparés par un intervalle de neuf jours.
Il y a maintenant en moyenne trois vertiges par semaine de l'un ou l'autre genre.
En août ou septembre ont commencé de véritables attaques convulsives.
Les prodromes de ces attaques sont très variables. Souvent Tonny, le jour des accès , est malicieux ou méchant, quelquefois colère; il dit des injures même à ses parents; tantôt la face est pâle, tantôt elle est colorée des deux côtés ou d'un seul; il y a aussi des points douloureux, surtout dans les hypochondres, ou bien des douleurs aux tempes. Il arrive aussi que deux ou trois vertiges précèdent d'assez près l'attaque. Une seule a débuté par un cri ; quelquefois il a tourné sur lui-môme ou marché en arrière avant de tomber; jamais il n'a marché en avant. Le plus souvent il y a chute subite, tension musculaire générale, puis secousses convulsives : les yeux, la face, les membres sont vivement
CAS lîEBELLES. 2:59
agitésj la respiration, d'abord suspendue, se rétai)lit péniblementj on entend des bruits de gargouillement ou de déglutition ; l'écume paraît ensuite sur les lèvres ; la face , pâle au début, rougit pendant l'accès 5 les lèvres et les paupières deviennent bleuâtres. Une fois, au milieu de l'accès, il a poussé une sorte de gémissement plaintif. Quand les mouvements des membres et du corps cessent, il reste encore de l'agitation dans les yeux ; mais bientôt les paupières se ferment et Fenftmt s'endort. L'attaque est constamment suivie de sommeil, sans retour préalable de la connaissance. Un peu de râle persiste quelquefois dans cette dernière période. La perte des sens et de l'intelligence est complète dans l'attaque, et l'enfant n'en garde aucun souvenir. Au réveil il est très fatigué, et éprouve presque toujours de vives douleurs dans les tempes 5 après les attaques répétées, il est non seulement fatigué , mais alourdi et hébété. La durée de la période convulsive varie d'une à cinq minutes j elle est le plus souvent d'une minute et demie.
Les attaques, comme les vertiges, ont toujours eu lieu de jour, si ce n'est dans une crise multiple qui dura de deux heures du soir jusqu'à sept heures du matin.
La fréquence des attaques est à peu près la même maintenant que dans le mois où elles débutèrent; il y en a en moyenne au moins deux par semaine. Il y en a eu une fois sept en dix-neuf heures, ce fut en février ou marsj le plus long intervalle a été de onze jours. L'avant-dernière attaque a eu lieu le 26, à une heure après midi, la dernière ce matin à neuf heures. Il y a eu hier une absence.
Tonny a subi divers traitements : à l'époque oii il n'avait encore que des vertiges, M. le docteur B... lui donna des poudres de zinc pendant deux mois ; elles n'amenèrent aucune amélioration.
2i0 EXPOSITION DES FAITS.
M. le docteur M... prescrivit pendant plus d'un mois, sans plus de succès, l'usage de la poudre de valériane.
M. le docteur P. . . le traita ensuite pendant trois mois ; il lui administra d'abord des poudres (?), puis des potions (?), et enfin la taupe; Tonny prit trois flacons de ce médicament en deux mois. Aucun de ces remèdes ne procura d'amendement.
Une demoiselle de P... lui administra pendant deux mois et demi un spécifique en poudre : l'enfant en prenait d'abord une dose tous les deux jours, puis tous les jours. Ce remède sembla éloigner les crises , mais elles ne tardèrent pas à revenir à leur taux' ordinaire. C'est pendant ce traitement que les attaques furent suspendues pendant onze jours.
Enfin, en décembre , il fut saigné par M. le docteur B. .. à la fin d'une violente attaque qui dura, me dit-on, un quart d'heure.
Je prescris à Tonny un traitement à'oxyde de zinc.
Ce traitement fut suivi avec une parfaite exactitude, du 29 mai au 17 juillet, c'est-à-dire pendant cinquante jours.
La quantité totale de zinc employée fut de /i2 grammes. Commencé à Zl5 centigrammes, il fut porté graduellement jusqu'à 1 gramme 50 centigrammes par jour. Le remède fut administré en poudre , mélangé avec du sucre.
Le seul malaise que procura l'oxyde de zinc consista dans des nausées , provoquées surtout par la poudre prise le malin à jeun , et cela seulement dans les premiers jours qui suivirent les augmentations de dose ; le gramme et demi par jour fut aussi bien toléré que la dose initiale.
Pendant l'usage du zinc et les quinze jours suivants oii je n'administrai pas de remède, c'est-à-dire dans une période
CAS RFRELLE5. 2il
(le soixante-cinq jours , notre malade eut 28 attaques convulsives , soit en moyenne 0,43 par jour j 18 vertiges avec chute, soit 0,28; 23 vertiges sans chute, 0^35 j et deux états vertigineux prolongés pendant quelques heures.
Si l'on admet comme exactes les évaluations fournies par le père, sur la fréquence des crises avant ce traitement , le nombre moyen des attaques était de 0,30 par jour, celui des vertiges avec ou sans chute, 0,/].3. La maladie aurait donc continué à s'aggraver pendant la cure.
Quant aux heures des accès , l'enfant n'eut que trois attaques au lit, la plus tardive à onze heures du soir, la plus matinale à six heures du matin. Tous les autres accès eurent lieu de jour, soit attaques , accès incomplets ou vertiges , du moins à la connaissance des parents qui le surveillaient de très près nuit et jour.
La nature des attaques convulsives continua à être la même. Le 22 juin , après une attaque, il y eut du délire. Vers cette époque aussi l'enfant fut agité , dormit peu , et chercha quelquefois, sans motif, à fuir la maison paternelle. Ce fait s'est reproduit plus d'une fois dès lors dans le cours de la maladie.
Les accès incomplets offrirent quelques variétés; mais, avant de les décrire , je dois faire remarquer que le père de Tonny n'est pas un simple paysan ; il a voyagé et a été employé comme contre-maître dans un grand établissement industriel en Piémont; il est très intelligent et bon observateur. On a pu en juger par les descriptions que j'ai données au commencement de cette histoire. Son attention, sollicitée par moi sur les nuances des accès incomplets, m'a fourni les moyens d'enregistrer sur ces crises des détails intéressants.
Dans certains accès sans chute , il y a rotation des yeux
et de la tête , surtout à gauche , distorsion de la bouche , coloration de la face, gargouillement et émission de salive 5 l'enfant marche au hasard j quelquefois il tente de fuir, mais ne le peut pas.
Le 18 juillet, Tonny eut un accès en dînant à midi; il resta assis sur sa chaise, dans un état de rigidité générale et sans secousses; une salive filante non écumeuse s'échappait de sa bouche. Il y avait perte de connaissance ; cependant, son père lui ayant projeté de l'eau à la figure , il tressaillit. Bientôt il se leva et alla à la grange qui est contiguë, sans reprendre connaissance. II revint ensuite se mettre à table et essaya de manger, mais il ne put avaler ; le cœur lui soulevait. Il dormit enfin jusqu'à quatre heures et demie, puis divagua le reste de la journée.
Dans certaines absences , il eut parfois quelques doigts convulsivement fléchis, des mouvements irréguliers des membres, ou les yeux ouverts et fixes.
Outre les vertiges fugitifs, l'enfant eut trois fois, le 14 , le 17 et le 21 juillet, un état vertigineux qui dura toute ou partie de la journée; il y eut en même temps inappétence et état nauséeux ; les yeux étaient cernés de violet.
Le père de notre malade commençant à se lasser d'un traitement sous l'influence duquel le mal semblait s'aggraver au lieu de s'améliorer, je me décidai , sans abandonner complètement le zinc , à en prescrire une autre préparation. Je trouvai le moyen d'obtenir du valérianate de zinc à prix réduit, quoique d'excellente qualité , et je l'administrai à Tonny du l^"" au 2â août , c'est-à-dire pendant vingt-trois jours.
La quantité totale consommée fut de 9 grammes 30 centigrammes. Je débutai par la dose journalière de /j.0 centigrainiiios, (il je terminai par 60 centigrammes. Le médica-
ÇÂ6 asBELLEâ. iui
ment fut administré mélangé avec du sucre, et donné en quatre prises par jour.
Le malade n'eut que très rarement de légères nausées.
II eut dans cette période :
11 attaques, soit. . . 0,/i.8 par jour.
7 accès incomplets . . 0,30 —
8 vertiges .... 0,35 —
Les accès furent donc un peu plus fréquents que dans la période précédente, les vertiges en même nombre.
Tous les accès eurent lieu de jour j un seul , incomplet , fut observé au lit à sept heures du matin.
Pendant cette cure, le père me signala l'apparition de nouveaux symptômes nerveux, savoir des secousses brusques et subites, comme celles produites par une décharge électrique j on les remarqua tantôt dans les bras, tantôt àla tête ou au corps. Elles s'accompagnèrent quelquefois de la projection des objets que le malade tenait à la main.
Quatre fois, dans ce mois , il y eut des attaques avec chute et convulsions toniques générales , sans trace de convulsions cloniques. Une fois, en outre, la convulsion tonique fut bornée au bras; le malade était au lit; les convulsions des jambes échappèrent-elles aux parents ? Dans tous ces accès il y eut en même temps perte de connaissance.
A plusieurs reprises, l'enfant commit des actes de méchanceté tout à fait en désaccord avec son caractère et ses habitudes antérieures ; il chercha à frapper ses parents, il leur jeta des pierres.
L'insuccès des préparations de zinc me détermina à essayer le sulfate de cuivre ammoniacal, qui, comme on l'a vu dans le cours de cet ouvrage, m'a procuré quelques succès.
Ce médicament fut administré pendant cinquante-cinq jours, du 2/i août au 18 octobre; il en fut employé 3 grammes 70 centigrammes. Je débutai par 5 centigrammes par jour, et je terminai par 15 centigrammes. Le remède fut donné en poudre mélangée avec du sucre.
A 5 centigrammes, il ne provoqua que rarement de la nausée; à 10, il donna lieu quelquefois le matin à des vomissements; plus tard il fut bien toléré et la dose de 15 centigrammes fut bien supportée, à la nausée près surtout le matin. Les selles furent toujours régulières et naturelles; l'appétit fut diminué pendant que le cuivre procurait des vomissements. La santé générale ne cessa pas d'être bonne.
Quant à la maladie, elle ne fit que s'aggraver. Il y eut dans cette période:
35 attaques complètes ( plus violentes qu'autrefois ),
soit 0,62 par jour.
17 accès incomplets. ..... 0,30
7 vertiges 0,12
Plus un état vertigineux et de secousses qui dura tout un jour.
Ainsi, les attaques furent d'un quart plus fréquentes en même temps qu'elles furent plus fortes.
Le nombre des accès incomplets fut le même que dans la période précédente; mais, au lieu de se borner, comme au début du premier traitement, à des vertiges avec chute, ils consistèrent le plus souvent en attaques toniques.
Les vertiges signalés furent moins fréquents que jamais, mais cela peut tenir à ce qu'un certain nombre ne furent pas observés. Ce genre d'accès échappe souvent aux yeux, gi la surveillance n'est pas constante.
TiCs accès au lil ou de nuit furent proportionnellement
plus fréquents que dans la période précédente : il y en eut quatre au lit, mais de jour; six de nuit, dont le plus matinal à deux heures du matin , les autres à cinq heures.
Nous n'avons à indiquer, quant à la nature des attaques complètes , qu'une seule particularité qui ne nous eût pas encore été signalée , c'est la fréquence de l'émission involontaire des urines pendant leur durée.
Pour les accès incomplets , on remarqua le 5 septembre qu'un très léger tremblement accompagna la convulsion d'ailleurs exclusivement tonique. Le 8 du même mois, dans le cours d'un accès tonique, sans tremblement, il y eut gargouillements, puis mouvements de déglutition. A la fin de l'accès, la bouche était pleine de salive, mais elle ne s'écoula pas au dehors.
Les absences ou vertiges offrirent aussi quelques détails à noter ; le 27 avril le malade eut une absence , puis un vertige ainsi caractérisé ; il s'écria : Tout tourne , tout tourne, puis il s'appuya sur son père pour ne pas tomber. Le 12 septembre , pendant une absence ou état vertigineux, il gémit d'abord , puis se prit à rire et se promena ou resta assis alternativement, toujours sans donner signe de connaissance.
Les secousses et projections furent plus fréquentes dans cette période que dans la précédente- elles avaient lieu tantôt dans un membre , tantôt dans l'autre.
On remarqua aussi que le malade avait fréquemment un tremblement presque imperceptible, sans autre symptôme épileptique.
Le père de Tonny, qui voyait la maladie de son fils continuer ses progrès, malgré les traitements suivis avec une parfaite exactitude depuis quatre mois et demi, me demanda de lui permettre d'en essayer un nouveau, sous la direction
d'un autre praticien. Un de ses parents domicilié à Paris l'engageait à soumettre son fils aux directions d'un médecin réputé pour la guérison de l'épilepsie. J'y consentis, à la condition qu'on me tiendrait au courant des résultats. Il s'agissait , comme je m'en doutais , d'un de ces docteurs à prospectus et à remèdes secrets, qui déshonorent notre profession par de honteux trafics; on expédia pour le jeune patient une caisse de potions, pastilles et espèces pour une cure de quinze jours j on réitéra successivement les envois.
Pendant les deux premières cures séparées par un intervalle de trois ou quatre jours, il n'y eut aucun changement dans l'état du malade. Avec la troisième cure, on prescrivit l'emploi d'une pommade épispastique ( probablement la pommade émétisée). Elle fut appliquée sur la tête, préalablement rasée, deux jours de suite , le 19 et le 20 décembre; trois fois le premier jour, et deux fois le second. Pour chaque onction on employait le volume d'une noisette. Il en résulta une abondante éruption de pustules ressemblant, dit le père, à des boutons de petite vérole. Les mêmes onctions furent répétées deux fois par jour, le 30 et le 31. Le cuir chevelu se tuméfia énormément, les paupières furent œdématiées. Pendant huit jours il y eut une abondante suppuration qui fut entretenue par des cataplasmes. Durant ces huit jours, l'enfant eut ijjie fièvre ardente et fut complètement privé de sommeil ; des ulcérations assez profondes se creusèrent dans le cuir chevelu. Bref, l'enfant commença seulement à quitter le lit vers le milieu de janvier; il était exténué. La quatrième cure de médicaments internes fut achevée le 11 du môme mois. Dès les premiers jours qui suivirent les premières applications de. la pommade, les attaques devinrent de moins en moins
intenses. L'enfant n'en eut point du 29 décembre au â janvier 1848, jour oii il eut, entre deux et trois heures du matin, un accès exclusivement tonique. Dès lors, jusqu'au li du même mois oîi le père me raconta les détails que je viens de transmettre, il ne survint d'accès d'aucun genre.
Plus tard , le 19 mai I8/1.8 , j'appris du père de Tonny que, dès que la suppuration du cuir chevelu eut complètement cessé, les accès étaient revenus peu à peu et avaient bientôt repris le degré de fréquence et d'intensité qu'ils avaient au moment où je cessai de soigner l'enfant. Du reste , on trouvait avoir payé bien cher, par les souffrances intolérables de l'enfant , cet éphémère succès.
Le 27 janvier 1849 , je suis appelé auprès de Tonny, et l'on me raconte que, depuis six mois, il fait un traitement qui consiste à prendre tous les matins une poudre que les parents reçoivent d'une maison religieuse des environs de Chambéry , et qu'on appelle poudres de Saint-Bon. Ces poudres , de couleur grise , d'après l'analyse que j'en ai fait faire 5 sont composées chacune de 1,25 grammes de tuthie et de 0,30 d'une poudre végétale, probablement la poudre d'armoise.
Depuis le commencement de ce traitement, la marche de la maladie et la nature des accès ont éprouvé un notable changement : les vertiges , les secousses , les accès incomplets, sont devenus de plus en plus rares j ils ont fini par cesser entièrement depuis deux mois à peu près; l'enfant n'a plus aujourd'hui que des attaques complètes , et celles-ci même , au lieu de revenir tous les deux ou trois jours , se groupent en paroxysmes de dix à treize en un jour, avec des intervalles qui en dernier lieu ont été de seize , quatorze et treize jours. La dernière série a eu lieu hier 26, de
trois heures du matin à trois heures du soir, et le malade a eu treize attaques dans cet espace de temps.
Dans tous les accès, il y a émission volontaire des urines j ii y a eu une fois évacuation de matières fécales.
Le malade ne reprend pas connaissance dans l'intervalle de chaque attaque. A mon arrivée, vingt heures après la dernière , le malade est encore plongé dans une stupeur absolue. Il ouvre les yeux, mais d'un air hébété ; il ne répond à aucune question, et ne boit ni ne mange; seulement on a pu le faire uriner. Je ne fais aucune prescription.
Le 29, il n'y a plus qu'une demi-stupeur : Tonny répond par monosyllabes, mais ne me reconnaît pas, même après que je me suis nommé.
Février 2 , clans l'après-midi. — Le malade est levé depuis neuf heures du matin j il est occupé à manger avec avidité j il répond juste à toutes mes questions, mais lentement j il dit ne ressentir aucun mal. 11 a beaucoup grandi et grossi; il a de l'embonpoint, mais son teint est blafard; sa mémoire a notablement diminué; cependant il aime la lecture et y consacre quelques heures par jour. Le reste du temps, il se rend utile dans la maison ou couve le feu.
Je prescris un traitement d'ammoniure de zinc.
Il fut suivi pendant seize jours seulement. Le malade en employa pendant ce temps 25 grammes. La dose initiale fut de 0,30, la dose maximum de 1,30.
Il n'en résulta aucune incommodité.
Jusqu'au 15, il n'y eut aucun accès , ni autre manifestation épilcptique; mais il survint une attaque le 15, à dix heures du soir; il y en eut six le 17, et trois le 18 au matin; celles-ci furent les dernières du paroxysme. Arrivé une lieurc après, je trouvai Tonny avec l'intelligence parfaitement nctic.
Mais les parents, voyant ce retour d'attaques, ne se soucièrent plus de continuer le traitement; je les laissai libres.
1850 mars 25. — Tonny a toujours des paroxysmes, mais moins violents qu'avant le traitement d'ammoniure de zinc.
Résumé. — Un oncle maternel mort phthisique , peutêtre deux ; un autre oncle ayant succombé vraisemblablement à une hydrocéphale chronique. Influence douteuse d'une frayeur six mois avant le premier vertige. Début à dix ans et demie. Vertiges d'abord simples, puis avec chute ; plus tard, attaques convulsives complètes. Divers traitements par le zinc, la valériane, la taupe, etc. Durée de la maladie : quatorze mois. Environ deux attaques convulsives par semaine et trois accès incomplets ou vertiges. 42 grammes d'oxyde de zinc en cinquante jours ; les accès augmentent graduellement en intensité et en fréquence. 9 grammes de valérianate de zinc en vingt-trois jours j mêmes résultats. 3 grammes 70 centigrammes de sulfate de cuivre ammoniacal en cinquante-cinq jours ; mêmes résultats. Suppression momentanée des accès , sous l'influence d'une suppuration provoquée de tout le cuir chevelu ; puis retour des accidents à leur marche antérieure. Traitement d'oxyde de zinc impur j environ 200 grammes en six mois ; cessation des accès incomplets et des vertiges; les attaques se groupent en paroxysmes intenses. 25 grammes d'ammoniure de zinc en dix-huit jours. Eloignement du paroxysme... Continuation de la maladie.
Trente-cinquième observation.
Le /ijuin 1841 , je suis appelé auprès demaderaoiselIeD. . . , âgée de trente-trois ans, de petite taille, mais bien conformée, ayant les cheveux châtains, un embonpoint médiocre, une intelligence peu développée et une grande sensibilité. Elle bégaye un peu.
Il n'y a eu dans la ligne maternelle ni cachexie , ni maladie des centres nerveux. Il n'en a pas été de même de la ligne paternelle : une tante est morte à un âge assez avancé, atteinte depuis plusieurs années de légers accès d'épilepsie; voici du moins ce que m'a raconté une personne qui l'a beaucoup connue : Tout en travaillant et en causant, elle disait tout à coup : Ah! mon Dieu! mon Dieu! ^ se renversait en arrière sur sa chaise en relevant les jambes et en détournant la tête , faisait des grimaces et agitait ses mains , puis se remettait en disant : Ce n'est rien, ce sont mes maux. Un cousin germain du père a été interdit pour aliénation mentale. Un des neveux de mademoiselle D... a été affecté pendant quelques mois , vers l'âge de quinze ans , d'une chorée intense que j'ai traitée et guérie. Une nièce est morte phthisique.
Vers l'âge de quatorze à quinze ans, à l'époque de la puberté, mademoiselle D. . . fut affectée, pendant près d'un an, de chorée; cette affection céda à l'usage de la valériane et des bains froids. Plus tard , étant encore dans une maison d'éducation où elle s'ennuyait beaucoup, elle en fut de nouveau atteinte pendant quelques mois; le retour à la campagne et la distraction firent cesser pour toujours cette fatigante affection.
En 1823, à l'âge de vingt-trois ans, mademoiselle D...,
en se promenant dans un lieu solitaire, quoique peu distant de son habitation, fut exposée à une tentative de viol ; elle résista avec énergie et échappa ainsi à la brutalité d'un agresseur inconnu. Je n'ai pas besoin de dire les émotions qu'éprouva une jeune personne bien née et extrêmement sensible. Pendant quelques semaines on ne s'aperçut pas qu'elle eût des crises convulsivesj mais la fatigue extrême dont elle se plaignait quelquefois à cette époque au moment de son lever a fait soupçonner ensuite que l'apparition des attaques d'épilepsie suivit de près l'attentat.
Les premières crises observées, qui eurent lieu presque toujours de nuit , consistèrent en une perte de connaissance subite, accompagnée d'embarras de la respiration et de râle, sans cri ni convulsions cloniques. Peu à peu elles offrirent tous les caractères des attaques les plus complètes d'épilepsie : chute subite, avec ou sans cri, perte absolue de connaissance , convulsions générales prolongées , menace d'asphyxie, écume (quelquefois sanguinolente par la morsure de la langue), assoupissement consécutif plus ou moins prolongé avec stertor, puis grande fatigue et hébétement.
Je n'ai pas pu obtenir des détails sur la marche primitive des accès. Depuis longtemps ils reviennent par paroxysmes tous les mois environ, mais à des intervalles qui ne sont pas réguliers. Le paroxysme dure ordinairement un jour, quelquefois deux, et se compose de trois à six attaques. Pendant ce temps la malade garde le lit 3 elle est très fatiguée et presque toujours somnolente. Les jours suivants elle éprouve quelques vertiges épileptiques. Plus les paroxysmes sont éloignés, plus les accès sont répétés et violents. Il y a en outre , dans l'intervalle de chaque série , quelques attaques isolées, en général moins intenses.
252 EXPOSITION DliS FAITS.
Les accès sont quelquefois précédés de coliques sans diarrhée.
Les facultés intellectuelles de mademoiselle D..,, surtout sa mémoire, ont baissé depuis deux ans; elle ne s'occupe plus de lecture et n'écrit jamais. Cependant, maîtresse d'une fortune indépendante, elle en surveille la gestion, discute les placements à faire et tient un livre de caisse en dictant à une personne qui lui sert de secrétaire. Elle se livre à divers ouvrages d'aiguille. Son caractère a toujours été très doux 3 cependant, depuis quelque temps, elle montre de l'irascibilité vis-à-vis des domestiques.
Deux ou trois fois par année elle est sujette à de fortes crampes d'estomac j il est des temps où un peu de fruit ou bien des aliments farineux lui donnent des aigreurs. La poudre de taupe grillée, qu'on a essayée quelquefois, lui a toujours donné, même à de légères doses, de violents maux d'estomac. Les fonctions menstruelles ont toujours été régulières et assez abondantes j elles durent cinq jours, et le sang est de couleur normale j elles sont suivies quelquefois pendant plusieurs jours d'une leucorrhée assez abondante. Mademoiselle D... a habité pendant de longues années dans la famille d'un médecin , et a été suivie par conséquent de très près. Elle a subi un grand nombre de traitements divers j sauf la taupe, on ne sait pas me les indiquer. A la suite d'une de ces cures, elle est restée six mois sans accès. Depuis lors, il n'y a pas eu d'interruption remarquable.
Le dernier paroxysme a eu lieu le 21 mai, après un in^ tervalle un peu plus long qu'à l'ordinaire. Je prescris un traitement d'oxyde de zinc. Il fut commencé le 7 juin et continué , mais peu régulièrement, jusqu'au milieu de novembre- il dura donc un peu plus de cinq mois. Le médicament fut administré en
poudre ; je débutai par 30 centigrammes et je le portai au maximum , à 1 gramme 30 centigrammes. La quantité totale employée fut de 60 grammes environ.
A aucune dose le remède ne paraît avoir procuré de malaise.
Le nombre moyen des attaques, pendant cinq mois et demi, du l^*" juin au 15 novembre, fut de 7 par mois , en défalquant août où l'on ne tint pas une note exacte des accès. Il y en eut :
En juin. , 9
En juillet 6
^ ^ (" 1" quinzaine. . . 2 Eu août { c^ • ■ f->\
( 2^ qumzame ... (r)
En septembre Il
En octobre .9
En novembre, l'^ quinzaine. . . 5
Sur 30 attaques dont l'heure fut notée, il y en eut 2/i. de nuit, ou du moins au lit, dont le plus grand nombre à six heures du matin.
Les attaques furent variables d'intensité, mais toutes semblables du reste à la description que j'en ai donnée.
La santé générale de mademoiselle D.. resta pendant cette période ce qu'elle était auparavant; mais la difficulté de rélocution sembla augmenter; la mémoire continua à diminuer et l'ouïe se durcit un peu. La conversation devint par intervalles plus difficile avec elle.
J'ai recherché avec quelque intérêt dans ce cas le rapport qui pouvait exister entre la marche des accès et les époques menstruelles, et voici ce que j'ai observé :
Sur neuf attaques en juin, une survint la veille des époques, et cinq dans la nuitoîi elles cessèrent.
Les six attaques de juillet eurent lieu dans la nuit qui précéda le dernier jour des menstrues.
En août, les deux accès, dont la date est précise, arrivèrent aussi à la fin des époques.
Tous les accès de septembre eurent lieu de cinq à dix jours après la fin de la période menstruelle.
Enfin, en octobre, où mademoiselle D... eut deux fois ses époques, j'observai que, sur neuf attaques, trois survinrent dans la première nuit de la première période , et cinq deux ou trois jours avant la seconde.
Ainsi , le plus grand nombre des accès eut lieu vers le début ou la fin de l'écoulement menstruel.
Le 19 novembre , je conseillai de suspendre tout remède pendant quelques semaines, afin d'apprécier avec exactitude, pendant cet intervalle , la marche et le nombre des attaques, quand la maladie était abandonnée à elle-même. Mais on cessa dès lors de réclamer mes conseils.
Au printemps suivant , on conduisit la malade à Tain , chez M. le comte de Larnage , oii elle prit une seule fois le suc de galium. Cet essai n'eut aucun résultat. Les attaques persistèrent sans s'aggraver ni se rapprocher beaucoup ; mais les facultés intellectuelles continuèrent à lentement déchoir. Le changement toutefois n'était pas bien remarquable, quand, le 5 juillet iSkl , de grand matin , on trouva mademoiselle D... morte dans son lit, probablement à la suite d'une ou plusieurs attaques qui auraient échappé à la vigilance de la personne qui couchait non loin d'elle.
On ne fit pas d'autopsie.
Résumé. — Tante paternelle épilepliquej oncle paternel (à la mode de Bretagne) aliéné j neveu atteint de chorée très intense , affection dont la malade elle-même a
CAS FIEBELLES. 255
été affligée deux fois. Tentative de viol peu avant l'origine de la maladie. Début à vingt-trois ans. Durée de l'épilepsie avant mon traitement, dix ans. D'abord accès incomplets, puis attaques plus ou moins intenses revenant surtout par paroxysmes d'un ou deux jours; quatre à neuf attaques par mois; vertiges en nombre indéterminé. 60 grammes environ d'oxyde de zinc en cinq mois; aucun résultat. Morte épileptique six ans après.
Quoique mademoiselle D... n'ait fait sous ma direction qu'une seule cure , je lui ai assigné un rang assez avancé dans les cas rebelles, parce qu'elle a dû suivre un bon nombre de traitements bien dirigés , ayant vécu pendant de longues années sous le toit d'un médecin dont elle était parente rapprochée. En consentant à la soigner, je n'avais pas donné grand espoir à sa famille.
Trente-si:uèine observation.
Le 29 juin 1842 , je suis appelé pour la première fois auprès de N. John, âgé de cinq ans, blond aux yeux bleus, pâle et assez maigre, d'une stature moyenne et d'une conformation régulière. C'est un enfant mal élevé, très vif, très mobile, très indocile , et téméraire au dernier degré. Son intelligence est fort médiocre.
Le père , originaire du Valais , porte des cicatrices de scrofules ; il a des neveux atteints de cette diathèse. On ne me signale aucune affection nerveuse dans la ligne maternelle ; la mère est bien portante. La sœur cadette de John, pendant le traitement de son frère , a été enlevée en quelques heures par des convulsions dans le cours d'une scarlatine qui paraissait bénigne.
Madame N... a eu de vifs chagrins pendant qu'elle était grosse de son fils ; dans les cinq premiers mois elle était si fatiguée qu'elle s'évanouissait tous les matins.
A l'âge d'un an, John eut une maladie grave , qualifiée d'entérite par le médecin , et dans le cours de laquelle se manifestèrent des selles hémorrhagiques et des convulsions. Cette affection dura trois semaines. Il n'a eu dès lors d'autre maladie que celle qui fait le sujet de cette observation. Depuis l'âge de quinze mois jusqu'à celui de quatre ans et demi, l'enfant a habité la campagne.
Le premier accès est survenu il y a deux ans et demi ou trois ans 5 le second eut lieu quelques jours après. Dès lors la marche des accès aurait toujours offert ceci de singulier, qu'ils seraient extrêmement fréquents depuis le 25 ou le 27 de chaque mois jusqu'au 5 ou 6 du mois suivant, et très rares dans les deux semaines intermédiaires. Pendant le paroxysme i! en aurait tous les jours et quelquefois trois ou quatre par jour j rarement alors une journée se passerait sans accès. Ils surviennent ordinairement dans la matinée, quelquefois à duier (midi), presquejamais plus tard. II est arrivé de temps en temps qu'on l'a entendu dans la nuit faire les mouvements de déglutition qui sont un des symptômes de ses accès.
La seconde crise, décrite par la mère, se borna aux phénomènes suivants: il était assis sur un tabouret j il resta immobile, fit des mouvements bruyants de déglutition et n'eut aucune convulsion apparente; une minute après il était revenu à son état naturel. Ce fut donc un simple vertige. Dès lors les accès ont augmenté lentement d'intensité en môme temps que de fréquence. La tante, qui les a vus fréquemment alors que l'enfant était encore à la campagne, les décrit ainsi : Point de cri, jamais de chute; subite im-
CAS REBFXLES. 257
mobilité, yeux fixes restant largement ouverts et se remplissant quelquefois de larmes • aucun mouvement de la figure ou des membres, seulement de la contraction permanente des doigts; s'il tenait un objet à la main, il l'étreignait fortement; il semblait en outre que quelque chose lui serrait le gosier, il avalait bruyamment sa salive ; elle s'écoulait quelquefois sur les lèvres, mais jamais sous forme d'écume. La tante croit qu'il voyait et entendait pendant la crise; quand on lui parlait, il faisait, dit-elle, des efforts inutiles pour répondre. Les accès étaient forts courts; on avait parfois à peine le temps de les faire observer par les personnes présentes.
Depuis six mois que John est chez sa mère, celle-ci a remarqué diverses circonstances qui indiqueraient que le mal a fait des progrès: s'il est debout au moment de l'accès, sa tête se fléchit en avant, puis se tourne lentement (tout d'une pièce) du côté droit; les membres se roidissent, les avant-bras restant demi-fléchis , les doigts étendus, les jambes légèrement pliées (il n'est tombé qu'une fois, il y a trois jours, et il s'est relevé avant que la crise fût achevée; du moins il avait encore, étant debout, des mouvements de déglutition); il lui est arrivé de lever une jambe et de rester quelques moments en équilibre sur l'autre sans tomber; il y a quelques mouvements des lèvres et l'on entend le bruit de déglutition déjà indiqué; les yeux sont fixes et humides; la figure devient rouge , puis violette; la peau se couvre de sueur; on n'entend pas de râle; il paraît quelquefois sur les lèvres une bulle d'écume. Si, pendant l'accès, on s'approche pour le soutenir, l'enfant s'agite comme pour écarter ce secours ; il fait la même chose après la crise quand on veut l'aborder : il verrait donc ; la mère croit, comme la tante, qu'il entend et qu'il fait parfois des efforts inutiles
pour répondre. L'accès dure au plus trois minutes j à l'instant où il cesse, John se redresse, étend ses membres et reprend l'occupation qu'il avait interrompue: il mange, marche ou joue.
J'ai eu plus d'une fois, pendant le cours de la maladie , l'occasion de contrôler de diverses manières l'exactitude de ce récit. J'ajouterai ici quelques détails recueillis plus tard, pour n'y pas revenir.
On a fréquemment constaté que les jours d'accès , surtout un peu avant les attaques, il était plus capricieux, plus méchant et quelquefois comme fou. Le plus souvent il les sentarriverj quand on lui demande ce qui l'avertit, il montre le devant du cou ; il m'a ajouté plus d'une fois : Quand le mal me prend, il me fait tourner la tête d'un côté et mal aux jambes. Interrogé un jour sur le siège de la souffrance pendant l'attaque, il me répondit: A la bouche et au cou. Dans une attaque survenue à table, il enfonça un jour les doigts dans son gosier comme pour en retirer quelque chose.
A la suite de vertiges il a dit à plusieurs reprises : J'ai voulu prendre mal et la tête me tournait; s'ils étaient plus fugitifs : J'ai voulu prendre mal et je n'ai pas pris.
On a cru remarquer que les attaques de jour étaient plus fortes que celles de nuit.
Je prescris un traitement d'oxyde de zinc.
Ce traitement fut suivi pendant sept mois et trois semaines, du 10 juin 18/i2 au 2 février iSli2>. Pendant cette première période, John prit 151 grammes d'oxyde de zinc administré en poudre mélangée avec du sucre. On ne mit pas toujours dans l'administration du remède une grande régularité; en décembre surtout on fut très négligent. La dose
CAS REHIXLES. 2 59
initiale fut de 50 centigrammes par jour; elle fut portée graduellement jusqu'à I gramme 50 centigrammes, quantité prescrite en octobre et continuée jusqu'à la fm du traitement.
Pendant la cure de zinc, John usa temporairement de quelques autres remèdes : ainsi je lui fis donner en juillet un demi-kilogramme de sirop antiscorbutique, à raison de deux cuillerées à bouche par jour. ïi en prit la même quantité à la fin de septembre et en octobre. Ce médicament fut employé pour combattre une éruption d'eczéma. Plus tard, le 13 octobre, comme il avait rendu un lombric, je pres^ crivis, pour céder à un désir de la mère, 30 centigrammes de calomel, à prendre un soir en une seule dose. Le malade ne rendit aucun ver, mais il fut fatigué de coliques les jours suivants ; et comme le calomel n'avait procuré que deux selles , j'ordonnai, le 17, 30 grammes d' huile de ricin.
A aucune époque et à aucune dose le zinc ne fît éprouver de nausées; à 60 centigrammes il procura quelques coliques; à 1 gramme (en quatre doses), la prise du matin provoquait une selle un quart d'heure ou une demi-heure après son ingestion. Mais ces effets furent momentanés. La santé générale de John s'améliora sous l'influence du sirop antiscorbutique; son appétit devint excellent et il prit de l'embonpoint. La seule indisposition qu'il éprouva dans cette période fut une éruption d'eczéma dont nous avons déjà parlé; elle existait quand je vis cet enfant pour la première fois, mais elle n'occupait alors que l'oreille droite; en juillet elle gagna la joue et le cou, et des vésicules parurent aux deux coudes; mais cette affection guérit en août, après la cure de sirop antiscorbutique. L'éruption reparut au milieu de septembre, et se généralisa encore da-
260 FXPnsiTlON DES FAITS.
vantage que la première fois ; elle fut guérie au milieu de décembre.
Soit que le traitement eût modiBé la marche de la maladie, soit que la mère eût trop facilement généralisé quelques observations récentes sur les intervalles des accès, je n'observai pas pendant cette période la marche régulière qu'elle m'avait indiquée.
En remontant à l'origine du paroxysme au milieu duquel je fus appelé, il y eut :
Du 22 juillet au 10 août, en vingt jours, douze accès, plus une crise isolée le 17 août.
Du 27 août au 12 septembre, en dix-sept jours, sept accès, et une crise isolée le 23 septembre.
Du 16 octobre au 5 novembre, en vingt et un jours, vingtdeux accès, et deux accès isolés le 20 novembre. Du 5 au 8 décembre, en quatre jours, dix accès. Dès lors , les paroxysmes se brisèrent d'une manière très irrégulière, en sorte qu'il est nécessaire, pour résumer la marche des accès, de se borner à en compter le nombre par mois. En les présentant sous cette forme pour toute la durée de la cure de zinc , on obtient le tableau suivant :
En juillet 10 attaques.
En août 6 —
En septembre .... 7 — •
Aucune dans la première quinzaine d'octobre. Dans la deuxième ... 19 attaques.
En novembre .... 5 — En décembre .... 15 — En janvier IG —
J'ai partagé octobre en deux périodes à cause d'une cir-
CAS REDFJ.LES. 261
constance qui me frappa. Le nombre des accès avait très notablement diminué dans les trois premiers mois du traitement, et il n'y avait eu aucun accès dans les deux premières semaines d'octobre. Depuis longtemps on n'avait pas observé un pareil intervalle, et je commençais à espérer une guérison, quand le 13 au soir je me rendis aux instances de la mère de John et je prescrivis le calomel comme anthelminthique. Ce médicament agit faiblement comme purgatif, et procura des coliques qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, continuèrent les jours suivants. Le 16, notre malade eut six attaques, nombre journalier qui n'avait jamais été atteint; chaque accès fut précédé d'une crise de coliques; et, pendant tout le reste du mois, John eut presque tous les jours une et quelquefois deux attaques. L'huile de ricin avait été prise le 18. Il me paraît, en conséquence, très probable que le calomel a 'eu, dans ce cas, une fâcheuse influence.
En résumé , notre malade eut pendant la cure de zinc 0,35 attaques en moyenne par jour,
Dont 0,2 avant le 15 octobre,
Et 0,5 après cette date.
Si en effet John, selon les calculs de sa mère et de sa tante , avait avant le traitement une trentaine d'accès par mois , soit en moyenne un par jour, le zinc aurait modifié la maladie d'une manière avantageuse, surtout dans la première moitié de la cure; mais d'autre part les avantages obtenus dans les premiers mois ne se soutenant pas dans les derniers, je me décidai, comme nous le verrons bientôt, à essayer si quelque autre médicament ne serait pas plus efficace.
La grande majorité des accès eut lieu de jour, plus souvent le matin que le soir.
Les attaques offrirent, dans cette période, quelques particularités qui méritent d'être signalées.
En juillet, contre l'ordinaire, au milieu de la tension musculaire d'un accès, il y eut quelques mouvements clouiques des membres. L'attaque fut très courte ; à peine finissait-elle qu'il s'écria en riant: A/aman,ye n ai plus mal; preuve évidente qu'il conservait sa connaissance dans l'attaque. S'il croit qu'on n'a pas remarqué un accès, il dit : Maman, f ai eu mal.
Le père, qui a été témoin de quelques crises, ne doute pas non plus que l'enfant ne voie et n'entende pendant leur durée. Un jour où la sœur de John l'imitait pendant un accès, il en témoigna, disent ses parents, une indignation évidente.
En août, septembre et novembre, oii le nombre des accès fut excessivement réduit, leur nature et leur durée furent également modifiées: la tension fut moins générale j on ne vit plus d'écume, et les attaques, en tout , ne durèrent qu'une demi-minute. Dans ce même temps son caractère parut gagner.
îi n'y eut qu'une seule occasion où l'on put observer une cause déterminante des attaques : Dans l'un des premiers jours de décembre, il s'était permis à l'école une forte excentricité 3 on le ramena chez lui au travers des rues avec un bomiel d'âne très apparent. Il en fut très vivement mortifié et il eut huit accès dans la nuit suivante; le lendemain il était très malade et fort agité.
Le 3 février 1843, je me décidai à tenter une cure ih valériane.
Ce traitement dura cinquante-six jours, du 3 février au 30 mars. Le médicament fut administré en poudre. On on employa 190 grammes. La dose initiale fut de
CAS PiIîlîJELLES. 263
/[ grammes par jour en trois prises , le maximum de 8 grammes.
La valériane n'eut aucun effet physiologique apparent.
Il y eut, dans les cinquante-six jours de ce traitement, vingt-huit accès j soit en moyenne 0,5 accès par jour : même chiffre que dans la dernière moitié de la cure précédente. La valériane n'agissait pas mieux que le zinc.
Quant à l'heure des accès, leur nature et leur influence sur le moral de l'enfant , cette période fut tout à fait semblable à la précédente. Il continua à être très indiscipliné et quelquefois violent.
Dans ce même trimestre, John eut aussi des vertiges , mais on ne put pas en déterminer le nombre.
J'essayai le sulfate de cuivre ammoniacal le 31 mars. Ce médicament fut continué jusqu'au 20 avril. L'enfant en prit dans ces trois semaines, 20 centigrammes. Le sel fut administré mélangé avec de la poudre de guimauve, à la dose journalière de 12 milligrammes (un quart de grain) en trois prises.
Pendant toute la durée de la cure, le cuivre procura, presque chaque jour, un vomissement au moins; les matières vomies furent tantôt simplement muqueuses, tantôt alimentaires. Les selles conservèrent d'abord leur consistance normale et restèrent journalières, mais elles étaient verdâtres, très fétides et précédées de coliques j plus tard il y eut de la constipation. L'appétit continua quelque temps , mais diminua ensuite. L'enfant prit toujours les poudres avec une grande répugnance. Un furoncle s'étant développé sur le ventre dans les derniers jours, je me décidai à suspendre le remède et j'administrai un purgatif. Huit jours après la cessation de cuivre, les fonctions digestives étaient revenues à l'état normal ; mais
le furoncle, devenu énorme, ne suppurait pas encore.
Pendant les vingt et un jours de ce traitement et la semaine qui suivit, soit pendant vingt-huit jours, i! y eut neuf accès, c'est-à-dire 0,3 par jour en moyenne, à peu près le nombre observé pendant la durée totale de la cure de zinc.
Les attaques eurent lieu presque aussi souvent la nuit que le jour, ce qu'on n'avait pas encore observé.
Les accès furent en général plus intenses que dans les périodes précédentes.
Le cuivre ne pouvait être continué à la même dose 3 il fatiguait trop l'enfant et il n'arrêtait pas les accès j je recourus donc encore une fois à un autre remède.
Je choisis la poudi'e de taupe grillée. Le malade en prit , en onze jours, du 28 avril au 8 mai, 32 grammes, c'està-dire 3 grammes par jour en trois prises.
Ce médicament ne procura aucun malaise. Le furoncle guérit pendant ce temps.
Il y eut, dans cette période, 1,1 accès en moyenne par jour.
Les accès furent plutôt plus intenses qu'auparavant^ en voici une description rédigée à cette époque :
Quelquefois la convulsion tonique débute par le membre thoracique droit, puis la tête se tourne d'un côté ou de l'autre. Il n'y a jamais de cri; le plus souvent il n'y a pas de chute; parfois il se retient à une chaise au moment où la convulsion commence, et il y reste attaché ; mais il lui est arrivé de tomber soit sur les genoux seulement, soit étendu sur le plancher. Les convulsions sont presque toujours exclusivement toniques; les membres restent fléchis et les poings sont serrés ; s'il lient quelque chose, on ne peut pas le lui arracher. Les yeux, largement ouverts, se remplissent
CAS BERILLLES. 265
de larmes. On entend des bruits de déglutition , puis de gargouillement, et l'écume paraît sur les lèvres. Il conserve certainement sa connaissance au commencement de l'attaque; mais, au rapport de ses parents, le plus souvent, dans le cours de l'accès, il y a maintenant perte de l'intelligence. Après l'attaque , tantôt il se frotte le nez et parle , mais très difficilement et en bégayant , tantôt , et surtout après les accès forts et rapprochés, il s'endort profondément. Les accès durent depuis une demi-minute jusqu'à deux minutes.
Après un essai de dix jours de l'usage de la taupe , je regrettai d'avoir trop vite abandonné le cuivre , et j'y revins.
Je poursuivis l'emploi de ce médicament pendant trois mois , du 9 mai au 8 août. Le sulfate de cuivre ammo^ niacal fut administré en poudre , mélangé avec du sucre. La quantité totale fut de 60 centigrammes. En mai et en juin, je ne donnai par jour que 6 milligrammes (un huitième de grain) en trois prises j plus tard, la dose journalière fut de 12 milligrammes.
En mai, les poudres furent quelquefois vomies, mais rarement j le vomissement eut toujours lieu un quart d'heure ou une demi-heure après leur ingestion ; les matières vomies consistèrent en mucosités ou en aliments. En mai et en juin il y eut des coliques avec constipation , mais elles furent plus rares encore que les vomissements; le plus souvent les selles furent naturelles ; l'appétit fut toujours bon. En juillet et août, sauf un peu de constipation, les fonctions digestives furent normales.
11 y eut en juin une nouvelle éruption d'eczéma autour de l'oreille gauche j elle dura une quinzaine de jours. Les accès furent au moins aussi fréquents pendant ce
266 EXPOSITION Dliti FAITS.
temps que dans les semaines qui précédèrent ou suivirent.
Pendant les quatre-vingt-douze jours consacrés au traitement par le cuivre, il y eut en moyenne 1,1 accès par jour.
Ils continuèrent à être plus fréquents dans la journée que dans la nuit 5 mais les accès nocturnes furent moins rares que dans les périodes précédentes.
Le 15 mai , je fus témoin oculaire d'un accès. Je compulsais le livre de notes tenu par la tante, quand elle appela mon attention sur John : il était debout près de moi , la tête un peu tournée à droite, la figure convulsée, les yeux ouverts et fixes, l'avant-bras droit fléchi, le poing fortement fermé j ce membre était agité de petites secousses j le côté gauche était sans tension apparente et sans mouvement; la face était légèrement violette; bientôt l'écume parut sur les lèvres; après quelques secondes, l'état convulsif continuant , il tourna les yeux vers moi, fit deux pas de côté pour s'appuyer sur mon épaule, et quelques secondes après se mit à cracher et à dire : Maman! maman! (elle n'était pas là) de l'accent de quelqu'un qui appelle au secours. La rigidité avait cessé; la figure était pâle et très angoissée. La tante le prit un instant dans ses bras, mais l'abandonna bientôt sur ma demande; il fit alors deux pas vers une table , s'y appuya un peu , prit des joujoux qui y étaient placés et alla s'asseoir un peu plus loin. H avait l'air fort affaissé. 11 vint ensuite se mettre sur les genoux de sa tante, où ses yeux de temps en temps se fermèrent comme de fatigue. La période convulsive avait duré au plus une demi-minute; le pouls, comj)té au moment oîi l'enfant était complètement remis, donna 108 pulsations.
Je demandai à John ce qu'il avait senti dans sa crise : A ma crinc, me ré|)0iidil-il, j'ai eu mal à la (/orge.
D'après la tante, l'attaque dont j'ai été témoin a été semblable à la généralité des accès. Cependant, quelquefois il n'y a pas d'écume.
Dans les premiers jours d'août, les accès étant très fréquents, je pris le parti de revenir à la poudre de taupe dont je n'avais fait qu'un essai fort court.
Ce traitement fut suivi pendant cent vingt-cinq jours, du 9aoùtau 12 décembre, sauf une interruption de treize jours en septembre et quelques autres lacunes plus courtes. La quantité totale employée fut de 250 grammes. Pendant la plus grande partie du traitement, John prit par jOur2 grammes 50 centigrammes de poudre en deux doses ; dans les dernières semaines seulement, il en prit 3 grammes 75 centigrammes en trois doses.
Le médicament n'eut aucun effet physiologique apparent. Mais notre malade eut un catarrhe fébrile en septembre, de temps en temps une petite toux sèche en octobre et une fièvre éphémère le 13 et le ili du même mois. J'eus une fois l'occasion de lui tâter le pouls dans le sommeil , il était à 100 3 je ne l'ai jamais trouvé, dans aucune occasion, au-dessous de ce chiffre.
Le nombre moyen des accès par jour pendant cette période fut de 1,2, identiquement celui observé pendant le traitement par le cuivre. Le maximum de leur nombre en un jour fut de 5 ; il y en eut le plus souvent un seul.
La nature des accès continua à être à peu près la même; cependant j'ai à retracer sur ce sujet quelques particularités.
Plusieurs fois il en signala l'approche. Le 8 novembre, il dit avant l'attaque : Je vais prendre mal. Le 10 du même mois, il descendit rapidement, pour prendre son accès, Tescalier d'une soupente oii il était juché.
Quand il en était atteint assis, les jambes étaient agitées de secousses, les bras restant roides, fléchis et tremblants ; tandis que lorsqu'il les avait debout, les jambes étaient seulement contracturées. La main droite était presque toujours dans l'accès élevée vers la figure , tantôt fermée , tantôt ouverte.
En général, les attaques ne furent pas plus longues, mais plus fortes; elles furent quelquefois suivies de sommeil. Le 3 novembre , à la suite d'un accès (ils avaient été très multipliés les jours précédents) , John eut une sorte de délire , dans lequel il chantolait, dit sa tante.
Quand les attaques ont été répétées , il devient, ajoutait la même parente , un véritable démon de vivacité et d'audace.
On ne me signala qu'un petit nombre de vertiges : le 26 octobre , une attaque fut précédée d'un quart d'heure d'immobilité ; pendant ce temps , le haut du corps était couché sur une table, les yeux étaient humides, et la salive coulait de la bouche j il n'y avait aucun autre symptôme.
Voyant que le zinc , la valériane , le cuivre et la taupe , quoique longtemps continués , n'amendaient en rien la maladie, je voulus tenter l'ammoniaque liquide qui a été préconisée dans l'épiiepsic. Ce traitement ne fut commencé que le 3 janvier 1844. Notre malade n'avait fait aucun remède depuis le 13 décembre j on n'avait point tenu note du nombre des accès pendant les derniers quinze jours de cet intervalle 3 on me rapporta seulement qu'ils furent très multipliés : il en eut jusqu'à huit par jour. Dans les cinq jours , du 13 au 18 décembre , il en avait eu douze.
Le traitement par Vammoniaque dura cinquante-cinq
jours, du 3 janvier au 26 février. Ce remède fut administré en potion. Dans 200 grammes de véhicule, je fis mettre successivement 12, puis 18, puis 24 gouttes d'ammoniaque ; le malade prit d'abord trois , puis quatre cuillerées à bouche de la mixture par jour. La potion qui aurait dû être employée ainsi en trois ou quatre jours ne fut jamais prise dans ce laps de temps , à cause de quelques irrégularités , et parce qu'on ne remplissait pas bien la cuillère. 11 ne fut employé en tout que 100 gouttes d'ammoniaque.
Dans les premiers jours de l'usage de ce remède , John se plaignit d'irritation à la gorge ; je fis administrer un peu d'eau sucrée immédiatement après l'ingestion du médicament et ce symptôme ne se reproduisit plus. Le troisième jour du traitement , il se manifesta des coliques , du ténesme, des selles liquides et muqueuses; quelques jours après, il y eut temporairement de la lienterie, puis des selles blanchâtres. L'appétit augmenta graduellement, et il était devenu vorace vers la fin de la cure ; cependant la langue était blanche, la soif habituelle, et l'enfant maigrit sensiblement. Il se développa en février quelques vésicules d'eczéma sur différents points du corps.
Le 27 janvier, dans la journée , John eut fréquemment , même au milieu de ses jeux, de courtes crises d'orthopnée; le soir elles augmentèrent au point que la figure en devenait violette et qu'on put craindre de temps en temps qu'il ne suffoquât; cependant la nuit fut bonne. Ces accès se reproduisirent plusieurs fois dès lors , mais plus légers. Le S février, en ma présence , il faisait de temps en temps de profondes aspirations, comme convulsives ; cela ressemblait aux efforts de respiration des asthmatiques. L'enfant, du reste, n'en paraissait pas fatigué.
27 0 EXPOSITION DFS FAITS.
Pendant la cure d'ammoniaque , ii y eut en moyenne 1,3 accès par jour, nombre plus fort que jamais.
Ils furent presque aussi fréquents la nuit que le jour.
La nature des attaques changea un peuj sans être plus longues, elles furent plus intenses : il y eut de loin en loin chute et presque toujours des convulsions cloniques ; la respiration fut plus gênée j il y eut quelquefois imminence d'asphyxie; cependant on n'observa que rarement de l'écume , jamais de cri. Après les attaques, les essais pour parler furent ordinairement infructueux. Les accès qui pre-^ naientau lit, même le matin , étaient suivis de sommeil, ce qui n'arrivait jamais de jour.
La témérité de John ne 6t qu'augmenter. J'en puis citer un exemple : le li janvier fut un jour de grand verglas j le matin l'enfant parcourut les toits de trois maisons coU"* tiguës pour aller cacher derrière une lucarne un petit canon qu'il avait dérobé à un de ses camarades. Ces maisons ont quatre étages et la pente qu'il suivit donne sur le Rhône dont la profondeur et la rapidité sont effrayantes dans ce lieu.
Décidément les spécifiques échouaient contre cette triste maladie. Le tempérament lymphatique de l'enfant et la disposition héréditaire aux scrofules m'engagèrent à essayer un traitement antistrumeux. Quelques praticiens, surtout les médecins allemands, conseillent dans l'épilepsic de combattre les diathèses, même avant d'essayer les spécifiques. Je m'engageai dans celte voie.
Je prescrivis donc un traitement de sirop antiscorhutiqué,
en y joignant l'usage d'une décoction de racine de gentiane.
Ce traitement fut continué pendant quarante-neuf jours,
du 27 février au 16 avril. Le malade prit une cuillerée à
bouche matin et soir du sirop, de la tisane fort peu, malgré
CAS RF.BKI.LE.S. 271
mes recommandations. La dose totale de sirop employé fut d'un kilogramme et quart.
Les premiers jours du traitement, il y eut quelques coliques qui ne se renouvelèrent pas pendant toute la cure ; l'appétit fut variable, ordinairement bon, jamais vorace comme auparavant , les selles régulières et normales. La santé générale fut satisfaisante.
Il y eut en moyenne 2,1 accès par jour, c'est-à-dire un nombre bien supérieur à celui qui avait été observé jusque-là.
La répartition en fut à peu près égale entre le jour et la nuit.
Les accès, en même temps qu'ils se multiplièrent, se rapprochèrent davantage des attaques complètes : violentes secousses, coloration violette très foncée, très fort gargouillement.
Pour la première fois , dans cette période, on observa que la rigidité persistait dans les membres droits après les attaques et qu'elle était suivie pendant un quart d'heure d'une sorte de paralysie , plus tard de faiblesse seulement. Quelques heures après il n'en restait pas de trace apparente j cependant John devenait peu à peu gaucher.
Du 17 avril au 13 mai , pendant vingt-sept jours , on ne fit aucun traitement. Dans cette période, il y eut en moyenne par jour 2,1 accès semblables aux précédents, mais peut-être en général un peu moins intenses. Après les plus forts, il ne pouvait se soutenir debout, et, quand on le tenait sous les bras, il s'agitait comme un idiot j il ne pouvait pas parler.
Le lo mai, quelques vésicules d'eczéma parurent sur différents points de la face. L'appétit fut médiocre , le caractère toujours le même.
Malgré l'insuccès du sirop antiscorbutique, je prescrivis un moyen analogue, V huile de foie de morue. Ce médicament fut administré pendant vingt et un jours, du 1/j. mai au o juin. Le malade, devait en prendre deux cuillerées par jour, commencer par des cuillerées à café , et arriver graduellement jusqu'à la cuillerée à bouche. 11 n'en fut consommé en réalité que 250 grammes.
Pendant le traitement d'huile de foie de morue , il y eut en moyenne 1,8 accès par jour.
La dernière attaque de cette période fut plus intense qu'aucune des précédentes ; elle eut lieu le 2 juin , à neuf heures du soir. Elle dura vingt minutes et fut partagée en deux temps séparés par un intervalle pendant lequel il n'y eut pas de suffocation , mais persistance des mouvements convulsifs du bras gauche et du côté correspondant du visage. La dernière partie de l'attaque fut accompagnée d'une telle suffocation, d'une coloration noire si foncée, qu'on crut qu'il allait expirer. Après cet accès , pour la première fois , il pleura beaucoup et eut beaucoup d'agitation dans les membres; il portait surtout le bras droit derrière la tête. Pendant toute la nuit il fut très pâle et très affaissé. Il avait senti venir ses crises, et il n'avait voulu ce jour-là ni sortir, ni faire aucun mouvement trop prononcé , se sentant constamment sous la menace d'une attaque.
Dans aucun des accès il n'y eut d'écume , mais on entendit toujours un fort gargouillement.
Voyant l'insuccès des traitements antiscrofuleux, je revins aux spécifiques, et je conseillai l'usage de la poudre du selin des marais. John en prit pendant vingt-sept jours ,du Il au ÔO juin. La dose journalière fut de II grammes en trois prises. Il en fut consommé en tout 95 grammes. Aucun effet physiologique.
CAS KEBELLES. 273
Pendant cette cure il y eut, en moyenne, 9 accès pai jour. La nature des attaques n'offrit rien de nouveau : il y eut encore quelquefois des crises manquées, comme disait la tante. Ainsi, le 20 juin, à cinq heures du soir, il était à la rue , il remonta très vivement , comme cela lui était arrivé plus d'une fois en sentant les prodromes d'une attaque. Il s'assit sans rien dire sur un fauteuil ; la tète se tourna à gauche, les yeux restèrent fixes, la face se colora j puis l'enfant se remit et s'écria en riant : J'ai voulu prendre mal. Il se leva immédiatement et se mit à jouer.
Il y eut une fois une attaque avec chute , et très souvent, pendant les crises, des urines involontaires. A plusieurs reprises après les accès , dès qu'il eut repris la parole , il lui arriva de se livrer à des rires immodérés , comme un imbécile. Toujours, après les attaques, il resta de la faiblesse dans la main droite.
Depuis le 30 juin ,je ne revis plus John. J'appris bientôt après que les parents avaient eu recours à un autre médecin , et je ne leur en sus pas mauvais gré. Ils avaient persévéré à suivre mes conseils avec assez d'exactitude pendant deux ans entiers , et le mal , loin de se guérir ou de s'améliorer, n'avait fait qu'empirer.
En décembre I8Z1-6, la mère de John , à qui j'allai faire une visite , me raconta la fin de cette déplorable histoire.
M. le docteur Rilliet , qui m'avait succédé , avait soigné infructueusement le malade pendant six mois.
En août I8/1.5, M. le docteur J. Durand entreprit cette cure : il administra l'extrait de belladone qui fit assez rapidement cesser les accès. John n'en avait plus depuis six semaines, quand on l'envoya à la campagne, à quelques lieues de Genève. 11 y fit un séjour d'environ deux mois, et y reprit ses accès , quoiqu'on eût continué le traitement,
mais à doses décroissantes. Ils persistèrent à Genève, où John revint au commencement de décembre. Dans la nuit du 20 au 21 janvier 1 8/i6 , il eut une série non interrompue d'accès, de minuit à six heures du matin. 11 n'en eut aucun le lendemain 21 , mais il avait des mouvements involontaires comme choréiques. La nuit suivante, de une à huit heures, il fut en proie à des convulsions continuelles accompagnées de cris, et il expira le 22, à huit heures du matin.
Résumé. — Père et cousins scrofuleux ; une sœur morte de convulsions. Convulsions dans l'enfance. Début à deux ans et demi. Pendant deux ans et demi , avant le traitement, accès incomplets graduellement rapprochés , portés à trente environ par mois , et survenant surtout par périodes de quinze jours.
151,00gr. d'oxyde de zinc en 238 jours. 0,35 accès en moyenne par jour. 190,00 — de valériane en 56 — 0,5 — —
0,20 — snlf.decuiv.amm. 21 — 0,3 — —
32,00 — de taupe grillée 11 — 1,1 — —
0,60 — snlf.decuiv.amm. 92 -— 1,2 — — quelques vertiges
ou menaces.
250,00 — taupe grillée en 125 — 1,2 — —
100 gouttes d'amm. liq. en 55 — 1,3 — — Id. elaccèsde
dyspnée.
1250,00 gr. de sirop antiscorb. 49 — 2,1 — — Id.
Aucun traitement. 27 — 2,1 ~ — Id.
250,00 — 11. de foie de morue 21 — 1,8 — — Id.
95,00 — de sella en 27 1,9 — — Id.
Accès d'ailleurs de plus en plus intenses et complets. Plus tard , suspension des attaques, pendant deux mois environ, par un traitement d'extrait de belladone fait sous la direction d'un autre praticien. Retour et continuation des attaques. Mort à la suite d'une série de convulsions, dixhuit mois après mon dernier traitement.
Le diagnostic du cas ne peut être l'objet d'aucune contestation ; cependant nous retrouvons ici des accès qui ne rentrent point dans la définition donnée pour l'épilepsie par le plus grand nombre des auteurs. 11 est vrai que la conservation, au moins partielle, des sens et de l'intelligence , n'est pas établie ici avec une certitude aussi rigoureuse que dans la 16^ et la 19^ observation ; mais le fait est appuyé par des signes et des témoignages si concordants, que le doute ne me paraît pas permis. L'absence de chute suffit d'ailleurs pour éloigner l'idée d'une p^^rte complète de la connaissance. Tout semble établir du reste que, dans les accès avec conservation plus ou moins complète de l'intelligence, les convulsions étaient bornées à un seul côté du corps , le côté droit.
Trente-septième observation.
Le 31 août 1846 , on amène à ma consultation le jeune Antoine D..., né en juin 1836 , par conséquent âgé de dix ans. Il est blond, peu coloré, d'une taille au-dessous de la moyenne. Il a le front bas et transversalement cylindroïde, le nez déprimé et étroit à sa base, la bouche grande , ce qui lui donne un peu la physionomie d'un singe dont il a aussi la pétulance et l'agitation continuelle. 11 n'a pas l'air bien intelligent; son éducation élémentaire est fort retardée; il a très peu de mémoire. Son caractère est doux.
La famille maternelle n'a offert aucune maladie des centres nerveux ; la mère, à la suite de la naissance d'Antoine, est morte d'une fièvre puerpérale. L'aïeul et l'aïeule paternels sont morts hémiplégiques à l'âge de soixante-cinq et soixante-huit ans. Le père est d'une belle constitution et jouit d'une bonne santé.
27 6 EXPOSITION DEâ FAITS.
L'enfant , habitant alors le midi de la France, avait été affecté du croup quelque temps auparavant , quand en décembre 1839 il eut sa première attaque convulsive; elle survint à deux heures du soir, et aurait duré trois ou quatre heures : ce fut évidemment une attaque multiple ; l'enfant tomba immédiatement après dans un assoupissement prolongé. On pratiqua une forte saignée.
La seconde attaque eut lieu à Genève un an après , en décembre 1840, à onze heures du soir j elle dura huit à dix minutes.
A dater de cette attaque survinrent des vertiges ou plutôt des accès incomplets qu'on n'avait pas observés entre les deux premières attaques. Ces accès , en 1841 , revinrent tous les mois, par paroxysmes durant quatre ou cinq jours (ordinairement du 15 au 20 de chaque mois), au nombre de trois ou quatre par jour ; dans le reste du mois il n'en existait aucun indice. Ln 1842 et 1843 les paroxysmes , toujours de même durée et comprenant le même nombre d'accès, revinrent tous les vingt jours environ. En 1844, ils se rapprochèrent encore et revinrent tous les quinze jours, seulement il n'y avait quelquefois qu'un seul accès en un jour, ou même aucun 3 mais ils étaient portés parfois à cinq dans la même journée.
La troisième attaque complète arriva le 12 juillet 1844, à quatre heures du soir. Depuis cette époque, on a noté exactement la date de chaque accès incomplet, ce qui n'avait pas été fait jusqu'alors. Leur nombre , dans la seconde moitié de 1844, varia de dix à dix-neuf par mois; maximum, cinq par jour; le plus grand intervalle de huit jours. En 18/|5, le nombre mensuel fut le plus souvent de quinze, au minimum quatre, au maximum dix-sept. Le plus grand nombre par jour fut de quatre, le plus grand
intervalle de vingt-quatre jours. Dans cette même année il y eut cinq attaques convulsives, h quatre, deux et demi, un et un mois de distance ; toutes de jour. 11 est à remarquer que les plus longs intervalles sans crises furent suivis ou précédés soit d'attaques complètes, soit d'accès rapprochés.
Dans les huit premiers mois de l'année actuelle (1846), le nombre des accès a varié par mois depuis huit (en avril où il y a eu deux attaques) jusqu'à vingt-quatre; l'accroissement de fréquence a été assez régulier de janvier à août. Il y a eu quatre attaques dans ces huit mois.
En somme , du 12 juillet 18/i/i au 31 août 18/t6 , il y a eu 366 accès incomplets, soit en moyenne 14 par mois; et douze attaques dont quatre dans les huit derniers mois. La marche par paroxysmes s'est graduellement modifiée en 1844, et a bientôt cessé d'être appréciable.
Il nous reste à décrire la nature de ces diverses crises.
Les parents désignent sous le nom de vertiges deux variétés d'accès incomplets.
Au début du degré le plus fort qui survient, comme les autres genres de crises, sans cause appréciable, l'enfant perçoit une sensation qui part du ventre et de l'estomac pour remonter au cou ; il dit alors : J'ai mal , j'ai mal , puis il se met à mâchiller, et sa bouche se remplit d'eau, malgré des efforts bruyants de déglutition. En même temps les mains et les avant-bras contractures sont fléchis et en proie à des mouvements irréguliers (sans tremblements ni secousses) qui tendent à porter vers la tête les mains ouvertes ou fermées; la face est immobile, tiraillée, pâle d'abord, puis livide ou violette; les yeux sont hagards. Qu'il soit assis ou debout au moment de l'invasion de l'accès, l'enfant ne tombe pas, mais reçoit volontiers un
appui. Il lui est arrivé, dans le cours ultérieur de sa maladie, ayant un accès dans la rue, de continuer à marcher d'abord seul, mais comme un homme ivre, puis soutenu. L'absence de chute n'est pas le seul signe dont on puisse induire que l'enfant ne perd pas complètement connaissance : comme la salive s'écoule des lèvres sur la fin de l'accès , on lui a tendu une fois un mouchoir qu'il a saisi j il a fait des efforts pour s'essuyer, mais ses bras ne semblaient pas obéir régulièrement à sa volonté. Il repousse quelquefois , pendant la crise , les services qu'on veut lui donner; enfin , un jour, au milieu de l'accès , il a répondu quelques mots. Après l'état convulsif qui dure de une à trois minutes, il reste un moment tranquille, puis il est remis. Quelquefois il y a eu des efforts de vomissements dans le cours de l'accès. En résumé , cette variété consiste en convulsions exclusivement toniques bornées aux parties supérieures du corps, avec conservation plus ou moins complète des sens et de l'intelligence.
Dans la variété la plus légère et qui se rapproche beaucoup du simple vertige , il y a immobilité générale , mâchillement, bruits de déglutition , quelquefois légère lividité de la face, mais point de convulsions des membres.
Les attaques proprement dites sont toujours précédées d'un accès incomplet suivi d'un temps de calme qui se prolonge plusieurs minutes, et qui a duré une fois un quart d'heure. Jamais elles ne débutent par un cri; le premier indice est un éloignement ou tremblement des paupières qui dure parfois assez longtemps avant que les autres convulsions commencent; puis il y a rotation de la léte ù droite; les yeux restent ordinairement ouverts, les globes renversés; lu face, les mâchoires et les membres, surtout les supérieurs, d'abord rigides, sont bientôt agités de vio-
CAS IlEBELLKS. 'STD
lentes secousses, la contracture de ces parties ne cessant pas pour celaj la face devient violette, quelquefois noire; la dyspnée est très grande et la respiration quelquefois râlante; jamais l'enfant ne s'est coupé la langue (cela est arrivé plus tard, même dans des accès incomplets); il y a le plus souvent, à la fin , de l'écume sur les lèvres. La perte du sentiment et de la connaissance est absolue. Plus tard viennent la résolution , la pâleur et le sommeil ; dans cette dernière période il y a parfois émission fréquente de flatuosités. Les convulsions durent de une à dix minutes, le plus souvent une ou deux seulement. Le sommeil consécutif se prolonge depuis une demi-heure jusqu'à plusieurs heures. L'enfant reprend ordinairement assez vite son entrain et sa gaieté ; après les fortes attaques , il a quelquefois de la céphalalgie.
Les accès, comme les attaques, ne sont jamais arrivés que de jour; l'enfant étant surveillé de près la nuit, il ne peut pas y avoir de doute à cet égard.
Depuis 18/il jusqu'à oe jour, on a tenté sans succès différents traitements.
Au printemps de i8/il , pendant deux mois , une cure de taupe grillée à assez forte dose.
En avril 1844 , 4 grammes en tout d'oxyde de zinc.
En mai et juin , même année , 80 centigrammes de poudre de noix vomique.
En juillet, 6 milligrammes de nitrate d'argent et des bains de rivière.
En août, nouvelle cure de poudre de taupe.
En septembre , un traitement d'oxyde de zinc.
Puis diverses tentatives de vermifuges.
Enfin, en février 1847, nouvelle cure d'oxyde de zinc à la dose de 10 centigrammes à 1 gramme par jour.
Aucun de ces moyens n'a été suivi d'amélioration, même momentanée.
Malgré les chances défavorables , j'entrepris de traiter Antoine , comptant , et avec raison , comme on le verra , sur la promesse que me firent ses parents de suivre mes conseils avec exactitude et persévérance.
Je voulus tenter de nouveau Voxyde de zinc qui ne me paraissait pas avoir été donné à doses assez élevées et pendant un temps suffisant.
Ce traitement fut suivi pendant quatre-vingts jours, du 2 septembre au 20 novembre. Le remède fut administré en poudre, mélangé avec du sucre. La quantité totale employée fut exactement de 80 grammes. La dose initiale fut de 0,40 grammes par jour en quatre prises. Elle fut graduellement augmentée jusqu'à 2,60. Cette dernière dose ne fut donnée que pendant une semaine, la dernière du traitement. Chaque poudre fut toujours prise une heure après le repas.
Dans les trois premiers jours de la première semaine il y eut un peu de diarrhée, mais l'enfant était sujet à ces dérangements ; il n'y eut point de nausées. Dès lors jusqu'à la fin d'octobre, malgré l'accroissement journalier des doses, le zinc ne procura aucun effet physiologique. A cette dernière date, le malade, prenant 2,0 gr. par jour, eut un soir des nausées, et dans la nuit des vomissements; les jours suivants, il eut encore de temps en temps des nausées, mais il ne vomit pas. Dans la seconde semaine de novembre , où la dose fut portée à son maximum , il survint des coliques et un seul jour de la diarrhée.
Pendant l'usage du zinc, on ne compta qu'une seule attaque complète , mais il y eut en moyenne par jour 0,8 accès incomplets: chiffre exactement semblable au
nombre moyen de ces mêmes accès dans les quatre-vingts jours qui avaient précédé le traitement. Si donc les attaques paraissaient s'être éloignées, le nombre des accès incomplets n'avait pas été modifié par le zinc. Je vis du reste se confirmer dans cette période l'observation déjà faite antérieurement, que le nombre des accès incomplets était moindre avant et après les attaques complètes.
L'attaque et tous les accès eurent lieu de jour.
Les accès furent en général un peu plus forts qu'auparavant : la salive fut écumeuse, la tension convulsive des bras plus prononcée , et il y eut quelquefois des secousses de la tête. On s'assura de nouveau qu'Antoine conservait sa connaissance et ses sens dans ces sortes de crises. L'un des accès offrit une marche insolite : il débuta avec violence; très vite la figure devint violette; mais tout à coup le malade fit un effort de vomissement, et l'accès cessa subitement.
Quant aux accès très légers qui n'étaient presque que des vertiges, ils furent extrêmement rares, ou plutôt ils se convertirent en accès plus prononcés.
On remarqua que l'enfant était plus vif et plus remuant la veille et le jour des accès.
Voyant l'insuccès du zinc, j'eus recours au selin des ma' rais^ qui n'avait jamais été donné à ce malade.
Ce second traitement fut suivi pendant cinquante-neuf jours, du 21 novembre au 18 janvier 1847. Le médicament fut administré en poudre. On en employa 1050 grammes. La dose initiale fut de [\. grammes par jour, en trois prises, une heure après le repas; cette quantité fut graduellement portée jusqu'à 16 grammes.
La santé générale de l'enfant fut très bonne pendant toute cette cure, et le remède ne procura aucun malaise.
Il y eut dans cette période une seule attaque complète, et en moyenne 0,9 accès incomplets par jour; le nombre de ces derniers avait donc un peu augmenté.
Les accès incomplets parurent encore augmenter d'intensité , mais graduellement et d'une manière presque insensible. Ainsi , il y en eut un avec mouvements convulsifs des paupières; une fois il y eut rotation de la tête, et Ton crut voir arriver une attaque ; mais ce symptôme cessa très promptement. Dans un de ces accès, il y eut perte absolue de connaissance.
Le selin n'ayant pas mieux réussi que le zinc, je tentai le sulfate de cuivre ammoniacal.
Ce médicament fut administré pendant cinquante-quatre jours, du 19 janvier au 13 mars; il fut donné en poudre mélangé avec de la réglisse. La quantité totale consommée fut de grammes 3,^5, la dose initiale de 0,016 par jour, la dose maximum de 0,076, en trois prises.
Cette médication ne produisit aucun malaise; la santé générale d'Antoine fut excellente, son appétit plutôt vorace; il y eut deux selles naturelles tous les jours, comme à l'ordinaire ; l'enfant continua à avoir le ventre un peu bouffi ; cette disposition augmenta peut-être, mais cela lui était arrivé à plusieurs reprises , dans des circonstances différentes.
Il y eut pendant le traitement par le cuivre une seule attaque, mais un accès incomplet en moyenne par jour, au lieu de 0,8 et 0,9, chiffres des deux périodes précédentes. On ne signala pas de vertiges.
Les attaques et accès eurent toujours lieu exclusivement de jour.
Les accès incomplets continuèrent à se montrer de temps en temps plus intenses : dans quelques uns il y eut nior-
sure légère de la face interne des'joues ou de la langue; le plus souvent l'enfant ne put pas se soutenir sur ses jambes pendant la durée de la crise.
Ainsi, loin de gagner du terrain, nous ne faisions qu'en perdre; je dus recourir à un nouveau traitement, et je tentai la valériane.
Ce remède fut donné pendant quatre-vingt-cinq jours, du 14 mars au 6 juin ; il fut administré en poudre depuis le ili mars au 15 mai, et en infusion de la poudre à chaud dès lors jusqu'à la fin du traitement; la quantité totale employée fut de 1128 grammes , la dose initiale de k grammes par jour, en trois doses, le maximum de 16 grammes.
Dans tout le cours de ce traitement, la santé générale de l'enfant fut exceltente; il eut un seul jour de la diarrhée; mais nous avons déjà dit que cela lui était arrivé quelquefois en dehors de tout traitement.
Pendant cette cure, Antoine eut deux attaques complètes qui n'offrirent rien de particulier, et, comme dans la période précédente, un accès incomplet en moyenne par jour; ils survinrent toujours dans la journée; un seul fut observé au lit, mais à six heures du matin, le malade étant déjà réveillé.
Ces accès continuèrent à se rapprocher des attaques complètes par leur nature et leur intensité. Ainsi, il y en eut quelques uns avec convulsions cloniquesde la face, d'autres avec chute brusque. Dans tous , lors même qu'il ne tomba pas, il eut de la disposition à chuter. Dans quelques uns il perdit connaissance. Au reste, dès les premiers jours de mai, on avait observé qu'au milieu des accès il y avait toujours perte complète des sens et de l'intelligence, ce qui n'avait lieu ni au commencement ni à la fin de la crise; alors il semblait vouloir repousser les soins qu'on lui donnait. Dans
les forts accès on couchait l'enfant sur un canapé , quand on était à portée; depuis le mois de mai, il chercha dans ce moment à se lever et à s'échapper, il repoussait avec vivacité l'appui qu'on voulait lui donner, et luttait contre les efforts qu'on faisait pour le retenir. Les morsures de la langue furent aussi plus fréquentes.
Comme on vient de le voir, la valériane était restée sans influence et la maladie s'aggravait insensiblement; cependant, soutenu par l'ardent désir des parents, je ne désespérai pas encore et je voulus essayer si je serais plus heureux avec le valérianate de zinc. Il était possible que les deux moyens combinés réussissent mieux que les deux remèdes pris isolément.
Le valérianate de zinc fut administré pendant quatrevingt-trois jours, du 7 juin au 28' août. Il fut donné en poudre mélangé avec du sucre. La quantité totale fut de 71 grammes, la dose initiale de 30 centigrammes par jour en trois prises, le maximum de 2 grammes.
Le médicament passa constamment inaperçu; seulement sur la fin il ne fut pris qu'avec la plus grande répugnance.
Il y eut dans cette période le nombre, relativement très fort, de sept attaques complètes. Encore faudrait-il peutêtre y joindre trois accès incomplets qui, ayant offert des convulsions cloniques partielles, se rapprochèrent beaucoup des attaques complètes.
Mais le nombre des accès incomplets ordinaires fut réduit à 0,5 en moyenne par jour.
Cette réduction des accès , combiné avec un accroissement marqué du nombre des attaques , appuie un fait général que nous avons déjà signalé dans le cours de cette histoire, savoir que les lacunes dans la succession des accès incomplets précédaient ou suivaient les attaques cloniques,
comme si l'intensité des crises sujjpléait à leur fréquence. Le premier mois du traitement par le valérianale de zinc offrit de cette marche un exemple remarquable. Du 7 au 27 juin il n'y eut pas un seul accès , mais il survint trois attaques, nombre qui ne s'était présenté dans aucun des mois écoulés depuis l'origine de la maladie.
Les accès des deux genres continuèrent à avoir lieu exclusivement de jour.
Nous n'avons à signaler dans cette période aucune particularité bien saillante sur la nature des attaques complètes j cependant nous noterons quelques traits. Le 12 juin, une attaque fut précédée d'un court mâchillement ; la convulsion commença par la têtej avant que le malade fléchît , on put le retenir et prévenir la chute. Le 30 juillet, on suivit aussi une attaque dès son début : elle commença par la rotation de la tête de gauche à droite , accompagnée d'un gémissement (on sait qu'il n'y avait jamais de cri) j immédiatement après, rigidité générale, puis convulsions cloniques. Cette attaque fut la plus violente et la plus longue de toutes celles qu'on avait observées. On crut un moment qu'il allait périr asphyxié j déjà, dans deux attaques en juin, la figure était devenue de couleur noire.
Certains des accès incomplets continuèrent à se rapprocher davantage des attaques cloniques. Ainsi, en juillet, on en observa un avec convulsions de toute la face et une véritable écume (au lieu de salive) sur les lèvres. Les morsures furent fréquentes, surtout à la face interne de la joue droite.
Le valérianate de zinc ayant échoué comme tous les remèdes précédents, je me décidai à suspendre tout traitement pendant quelques semaines, pour suivre la marche de la maladie abandonnée à elle-même.
Du 29 août au 2 octobre, pendant trente-cinqjours, Antoine ne prit aucun médicament; il y eut dans cette période, une attaque complète et, en moyenne par jour, 0,8 accès incomplets, c'est-à-dire à peu près le chiffre ordinaire, en balançant le nombre des accès avec celui des attaques j car nous eûmes une attaque en un mois, au lieu d'une tous les deux mois, comme dans les époques qui avaient présenté 1,0 accès par jour.
Les parents étant encore disposés à faire une nouvelle tentative, je les y encourageai ; j'ai appris , en effet, par mes lectures et ma propre observation, qu'il ne faut jamais désespérer d'une manière absolue de la guérisou de l'épilepsie.
J'essayai la ywsgiimme pendant cent sept jours, du 3 octobre au 17 janvier IS/iS. Je choisis la préparation la plus simple de ce médicament : la poudre de la feuille. 11 en fut employé en tout Zi06 grammes. Je commençai par 1,30 grammes chaque jour en deux prises j j'arrivai très vite à 2,60 grammes en trois prises, et je portai graduellement le remède jusqu'à 6 grammes, toujours pris en trois fois. Ce maximum fut atteint à la fin d'octobre j mais je dus alors réduirela dose et redescendre à k grammes, quantité qui fut continuéejusqu'à la fin du traitement.
Du 15 au 27 octobre on s'aperçut (mais on ne me signala pas d'abord ce fait) que, pour lire, Antoine éloignait toujours plus son livre, comme les presbytes^ à la fin, en écrivant il n'alignait plus ses lettres, et les plaçait tantôt haut, tantôt bas, comme une personne qui perd la vue. (Ces circonstances , je les ai observées plus d'une fois à la suite de l'emploi des pilules de Méglin portées à une certaine dose } elles tiennent uniquement à la dilatation de la pupille
produite par la substance vireuse.} Le 26 , quatre heures après son dîner et immédiaîemcnt après l'ingestion d'une poudre de 2 grammes, Antoine fut pris de nausées et bientôt après de vomissements ; il vomit des matières alimentaires et fut saisi ensuite de coliques sans évacuations j le lendemain, le malade rendit une selle liquide et eut encore des nausées 5 on n'avait pas donné de poudre depuis celle qui avait procuré le vomissement. On n'amena pas l'enfant à ma consultation, on me rendit seulement compte des faits. Je fis réduire la dose à moitié, et elle ne procura dès lors aucun malaise. Il continua seulement à se plaindre quelquefois de fatigue des yeuxj mais la vue ne fut pas troublée d'une manière apparente pour ses parents. Antoine était trop peu intelligent pour qu'on put lui faire rendre un compte précis de ses sensations.
Pendant ce long traitement de jusquiame , la maladie n'éprouva pas de modification bien sensible; le nombre des attaques fut de quatre , soit une environ tous les vingt-cinq jours, nombre un peu plus fort qu'à l'ordinaire, si l'on en excepte la période du valérianate de zinc; mais le nombre des accès incomplets ne fut que de 0,6 en moyenne par jour, chiffre inférieur à toutes les autres périodes, sauf celle du valérianate. Ainsi , encore cette fois, chaque attaque semble avoir remplacé un certain nombre d'accès.
Les crises des deux genres continuèrent à se montrer de jour, à l'exception d'un seul accès qui eut lieu à deux heures du matin.
Quant à la nature des attaques, nous n'avons rien à noter de particulier : les accès incomplets, réduits en nombre, s'accrurent un peu en longueur et en intensité.
L'intelligence de l'enfant sembla reculer au lieu de se
développer j mais ce fut à un degré peu notable, et sans perversion d'aucune faculté.
Après tant d'essais infructueux, les parents d'Antoine, qui avaient toujours rais à suivre mes conseils l'exactitude la plus consciencieuse , se décidèrent à tenter encore un traitement par des remèdes secrets sous la direction, par correspondance, d'un médecin de Paris. On me communiqua cette intention j je ne sus pas y mettre obstacle; je recommandai seulement de soumettre les médicaments à l'examen d'un pharmacien habile, pour s'assurer de leur innocuité sur la santé générale de l'enfant.
La maladie d'Antoine ne cessa pas de s'aggraver : les accès devinrent toujours plus fréquents et plus intenses. Enfin, le k août de la même année, il fut pris d'une série non interrompue d'attaques ou plutôt d'un état convulsif continu qui entraîna la mort au bout de soixante heures : l'enfant expira le 6 août, à quatre heures du matin. Le médecin qui fut appelé à lui donner des soins dans cette dernière période de sa vie ne put obtenir l'ouverture du corps.
Résumé. — Mère morte de fièvre puerpérale dans les couches qui suivirent la naissance du malade. Aïeux paternels morts tous deux d'apoplexie avec hémiplégie. Début à trois ans; durée de la maladie , avant mon premier traitement, sept ans. Attaques complètes tous les deux mois environ ; 0,8 accès incomplets en moyenne par jour.
Attaques Accès
dans la période, par jour.
80 gr. d'oxyde de zinc en 80 jours .... 1 0,8
1050 — de poudre de selin en 59 jours 1 o,9
3,Z|5 de suif, de cuiv. ammon. en 5Zj jours. 1 1,0
1128 — de valt'riane en 85 jours . , 2 1,0
CAS «EBKLLFS. 289
Attaques Accès
dans la période, par jour.
71 gr. de valérianale de zinc en 83 jours. . . 7 0,5
Aucun traitement. 35 jours 1 0,8
Zi06 gr. de poudre de jusquiame en 107 jours. . li 0,6
Accroissement graduel de la fréquence et de l'intensité des accès. Mort à la suite d'un état convulsif continu de soixante heures.
Voilà encore un cas oii des accès incomplets d'une nature non douteuse furent souvent accompagnés de la conservation de la connaissance. C'est un fait à ajouter à ceux que nous avons déjà signalés.
Six traitements suivis avec une parfaite régularité , après un assez grand nombre d'autres moyens, justifient bien la place avancée que cette histoire occupe dans le chapitre des cas rebelles.
Trente-huitième observation.
Le 8 juin iSlii , la jeune Toinette T.., se présente à ma consultation. Elle est âgée de quatorze ans, d'une taille au-dessous de la moyenne et d'une bonne conformation j ses cheveux sont châtains, son embonpoint médiocre; elle a très peu d'intelligence et une mauvaise mémoire j elle est susceptible, entêtée et quelquefois violente.
Le père, me dit-on, a toujours joui d'une bonne santé j la mère, vive, alerte, intelligente et laborieuse, est très bien portante. Je n'ai eu aucune donnée sur les autres ascendants. La jeune fille n'a qu'un frère qui est pâle, chétifet grêlé.
A six ans, Toinette a perdu l'usage de l'œil droit à la suite d'une ophthalmie probablement scrofuleuse qui a duré
trois nioisj elle }3orte à cet œil un albugo avec staphylôme delà cornée. Elle n'est point encore réglée.
L'épilepsie a débuté vers la fin du printemps de I8085 la mère l'attribue à la frayeur occasionnée par un chien qui poursuivit un instant Toinette dans la rue. Il y a presque toujours eu deux attaques par semaine., rarement trois et alors deux dans un jour. Le plus long intervalle a été de trois semaines, et cela au début de la cure qu'elle fait dans ce moment. Depuis quelque temps les accès paraissent se rapprocher ; les plus récents ont eu lieu le 27 et le 29 mai, le 3 et le 8 juin (ce matin) ; le 3 il y en a eu deux. Ils surviennent le plus souvent au lit vers la pointe du jour.
Les crises sont de deux genres : attaques et accès incomplets. Nous décrirons d'abord les attaques.
Tantôt il n'y a point de prodrome^ tantôt la malade est avertie par un vertige ou des mouvements involontaires , le plus souvent par une sensation qu'elle ne sait décrire, qui monte et descend plusieurs fois de l'estomac au cou et du cou à l'estomac; ell© cesse de voir; sa tête tourne h droite ou à gauche et elle perd connaissance. Il n'y a jamais de cri. La chute suit la rotation de la tête. Les convulsions cloniques commencent par la face où elles prédominent, tantôt à droite, tantôt 5 gauche; bientôt les secousses deviennent générales; les mains sont parfois ouvertes, d'autres fois fermées ; dans ce dernier cas le pouce n'est pas toujours dans la paume de la main ; la figure n'offre qu'une lividité peu prononcée; il y a du râle larpgé; la salive qui s'écoule des lèvres n'est pas ordinairement écumeuse, la langue a été rarement mordue; le sommeil consécutif a duré quelquefois plusieurs heures; il s'accompagne parfois de stcrtor ; la durée des attaques serait de cinq minutes environ. Trois fois j'ai observé à leur suite un piqueté ecchy-
motique, exactement semblable à des piqûres de puce, sur le pourtour des paupières, sur les deux oreilles et même au cou; ce piqueté a persisté au maximum deux jours. 11 est arrivé de loin en loin qu'après de fortes attaques, la langue, non mordue, a conservé sur tout son pourtour l'impression de la surface interne de l'arcade dentaire et s'est montrée en conséquence dentelée.
Les accès incomplets ont offert, dans le cours de la maladie, différents degrés ; nous décrirons ici la variété la plus commune :
Ils sont souvent précédés d'une sensation de froid et de frissons; ils s'annoncent ainsi quelquefois très longtemps d'avance. Ainsi notre malade, se trouvant un jour dans un village à trois quarts de lieue de son domicile, dit à sa mère qu'elle allait avoir mal ; cependant, pour ne pas avoir un accès en public (c'était un jour de fête), elle réussit à se contenir, à rentrer à pied chez elle et à se mettre au lit avant d'avoir son accès. Cette circonstance s'est reproduite dans d'autres occasions, mais d'une manière moins frappante. L'accès commence par une crampe très douloureuse, accompagnée d'engourdissement des orteils de l'un des pieds, ordinairement du droit ; ces orteils se relèvent dans le sens de l'extension. La crampe gagne successivement la jambe, la cuisse, le ventre et la poitrine, passe aux doigts de la main du même côté dont quelques uns se fléchissent, remonte le long du membre thoracique, atteint l'épaule, le côté du cou, les oreilles, la face et se termine au sommet de la tête. Alors Toinette perd la vue [elle voit tout noir); la tête se tourne ou se renverse et la connaissance disparaît; tous les membres s'étendent et se roidissent; la tête reste fixe ou est agitée de quelques secousses; tout le corps est en proie à un tremblement en général léger; le relâ-
chement survient et la crise est passée. Immédiatement après, tantôt elle est glacée, tantôt elle éprouve des alternatives de chaud et de froid; elle est fatiguée, mais ne s'endort pas, ne sent pas le besoin de se mettre au lit et reprend son ouvrage. Pendant toute la durée de la crampe, la connaissance est intacte; la malade peut boire ce qu'on lui offre ; elle gémit beaucoup et presse successivement de la main ou des mains les parties qui deviennent douloureuses. On pourrait connaître par ces mouvements la marche de la crampe dans les différentes régions, lors même qu'elle ne la décrirait pas. Toinettene peut rien dire de la période de convulsions générales, si ce n'est qu'elle perd connaissance au moment oii sa tête éprouve le mouvement de rotation. Il n'y a, dans cette dernière partie de la crise, ni gêne marquée de la respiration, ni convulsions de la face, ni bruit, ni écume. Le temps de la crampe varie de cinq à dix minutes ; les convulsions générales ne durent pas une minute.
J'ai décrit le trajet ordinaire de cette sorte d'aura, mais elle éprouve dans sa marche d'assez grandes variations. Ainsi il arrive que la crampe débute par la jambe et non par les orteils; elle commence d'autres fois par une main et ne parcourt pas l'extrémité inférieure; ou bien, pendant son trajet le long d'un membre d'un côté , elle se déplace brusquement et passe à l'un des membres du côté opposé, jiour suivre de là sa marche ascendante , etc. La mère croit avoir remarqué que, si elle frictionne les membres pendant la durée de la crampe, la marche de la crise ^est dérangée et que l'accès se prolonge davantage. Les caractères constants de Vaura sont de cheminer toujours de bas en haut dans le môme côté, de n'occuper jamais plusieurs régions à la fois, de se terminer toujours au sommet de la tète, et, ar-
CAS liEBELLES. 293
rivée là, de délerminer le mouvement tonique de cette partie et la perte de la connaissance.
Plus tard , dans le cours de la maladie, la mère me décrivit plusieurs fois un troisième genre de crises , mais d'une marche tellement insolite, que je crus à des accès hystériques compliquant ceux d'épilepsie. Heureusement le hasard me rendit témoin d'un de ces accès, et je pus facilement en déterminer la nature. C'était le JO juin 18/J.7, à midi. Il commença par une attaque ordinaire: sensation à l'estomac remontant au couj rotation de,la tête et des yeux, perte de connaissance, etc. A peine les convulsions avaientelles cessé, que Toinette reprit brusquement connaissance j on l'avait maintenue assise sur un fauteuil; elle se plia en avant pour presser et frictionner successivement, dans l'ordre déjà décrit, les différentes régions du corps envahies par la crampe, depuis les orteils à la nuque; alors la tète se tourna à droite , puis à gauche , sans secousses , le corps se renversa en arrière, les membres étant en même temps en proie à un léger tremblement; l'index droit seul était fléchi dans la paume de la main , et le pouce par-dessus. La durée de la crampe fut de trois minutes , celle de la convulsion générale d'une minute. Il s'agissait donc d'une crise complexe composée d'une attaque ordinaire et d'un accès avec aura, se succédant sans interruption. Deux jours auparavant il y avait eu une crise complexe formée de deux légères attaques successives suivies immédiatement d'un accès avec aura.
En réalité, Toinette éprouve un troisième genre d'accès épileptiques; ce sont le plus souvent des vertiges ordinaires : pâleur subite, imminence d'évanouissement; elle demande un verre d'eau , en prend deux gorgées, et ferme les yeux pendant quelques instants ; bientôt les couleurs reparaissent
et la jeune fille est remise 5 cependant parfois il y a céphalalgie consécutive. Ces vertiges se compliquent quelquefois de symptômes convulsifs, tels qu'un léger tremblement dans les membres d'un seul côté , la déglutition bruyante de la salive, la constriction des mâchoires et Venroidissement d'un côté de la face.
-Ce que nous avons dit de la fréquence et de la marche des accès s'applique aux deux premiers genres réunis. Les vertiges sont rares; on n'en observe le plus souvent que deux ou trois fois par mois.
Toinette a fait usage pendant cent jours, sans aucun succès , des poudres de Neufchâtel [poudre de taupe grillée). Elle en prenait 31 grammes tous les dix jours , à la dose d'un dé à coudre par jour.
Elle prend dans ce moment des poudres hollandaises (?). Elle en a déjà employé soixante-dix. C'est au début de cette cure qu'elle est restée le plus longtemps sans accès; mais, comme nous l'avons vu, ils semblent au contraire s'être rapprochés depuis quelque temps.
Je prescris un traitement d'oxyde de zinc. Cette cure ne dura que vingt-deux jours , du 8 au 29 juin. Le remède fut administré en poudre , mélangé avec du sucre. La quantité totale fut de 8 grammes ; la dose initiale de 30 centigrammes, la dose maximum de liO.
Les poudres , surtout dans la première semaine, procurèrent immédiatement après leur ingestion un état nauséeux qui força souvent la jeune malade à se coucher momentanément; ce malaise avait beaucoup diminué à la (in de la cure ; l'appétit ne cessa pas d'être excellent , et les selles restèrent naturelles.
Pendant cette période , il y eut en moyenne par jour 0,33 accès de l'un 0» de l'autre genre, soit environ deux par
semaine , comme avant le traitement; seulement il y eut plus d'irrégularité dans leur retour. Ils manquèrent la première semaine , il en survint deux dans la seconde, et cinq en trois jours dans la troisième.
Les crises revinrent plus souvent la nuit que le jour.
Les vertiges furent plus fréquents qu'à l'ordinaire dans la première semaine où il n'y eut pas d'accès.
Le chiffre inusité de cinq accès en une semaine me fit renoncer au zinc , malgré la lueur d'espoir que m'avait donnée le début de la cure. Je me lassai trop vite, mais je n'avais pas encore sur l'emjjloi de ce remède l'expérience que j'ai acquise depuis. Je dois ajouter que je fus aussi déterminé à suspendre le traitement par un léger état fébrile qui survint le 5i7 juin et durait encore le 29.
Je substituai au zinc la valériane.
Ce traitement dura vingt-neuf jours , du 30 juin au 28 juillet. La préparation choisie fut l'infusion à chaud de la poudre. La dose journalière de valériane fut de 31 gram.; mais, en raison de quelques négligences, il n'en fut employé en tout que 750 grammes.
Pendant cette cure, l'appétit resta très fort, quoique la langue offrît tantôt un enduit très blanc et épais , tantôt une couleur rose vive, pointillée de rouge; les selles furent ordinairement naturelles, quelquefois relâchées; il y eut rarement de la soif.
Pendant cette période, le nombre des crises doubla; il y en eut dix-neuf, dont six attaques convulsives et 13 accès incomplets j soit en moyenne par jour 0,2 de la première espèce, et 0,/t de la seconde.
Il n'y eut qu'un petit nombre de vertiges.
Les habitudes de susceptibilité et parfois de violence de Toinette furent toujours les mêmes. Elle eut assez habi-
tuellement un léger tremblement qui ne lui permettait pas d'enfiler son aiguille- elle laissait souvent écouler les mailles de son tricot.
Voyant que sous l'influence de la valériane le nombre des accès avait augmenté au lieu de diminuer, je pris le parti de revenir au zinc que j'avais trop vite abandonné.
Cette seconde cure d'oxyde de zinc dura vingt-huit jours, du 29 juillet au 25 août.
Le médicament fut administré en pilules, associé à parties égales d'extrait de valériane. On employa en tout lo grammes de chacun des remèdes. La dose initiale fut de 30 centigrammes, et je ne dépassai pas 50 centigrammes par jour. Le zinc ne donna lieu à aucune incommodité j je dirai un peu plus loin l'état de la santé générale dans cette période.
Il n'y eut, pendant cette cure, en moyenne par jour que 0,2 attaques et aucun accès incomplet. On n'observa que trois vertiges. A tout prendre, c'était encore la période la plus favorable.
Les attaques eurent lieu le plus souvent dans la seconde moitié de la nuit.
Elles furent un peu plus violentes que dans le mois précédent; l'une d'elles laissa sur les paupières et les oreilles du piqueté ecchymotique.
J'étais disposé à continuer encore le zinc, mais la santé générale de Toinette avait éprouvé dans ce mois une altération qui me décida à changer de direction. A la suite d'un léger catarrhe en juillet, notre malade conserva de la dyspnée en marchant et surtout en montant, ainsi que de la fréquence du pouls : 116. A ces symptômes, se joignirent d'abord des coliques hypogastriques et quelques douleurs dans les seins qui prirent d'ailleurs du développe-
ment. Plus tard , il survint de la faiblesse dans les jambes , une grande facilité à se fatiguer, puis des palpitations. Le teint cependant resta bon. Tous ces signes d'approche de la menstruation n'échappèrent point à la mère, et elle me témoigna sa vive espérance de voir cesser la maladie nerveuse par l'établissement de cette nouvelle fonction. Je me décidai donc, sur ses instances , à laisser là le zinc et à entreprendre un traitement emménagogue.
Pendant une période de quarante-neuf jours, du 25 août au 12 octobre, on ne fit aucun traitement spécifique. Je donnai d'abord les pilules Vallet pendant une semaine ; mais, les palpitations et la dyspnée ayant plutôt augmenté, les selles s'étant relâchées et multipliées, des aphthes ayant apparu et la figure s'étant colorée davantage , j'administrai pendant quinze jours la digitale unie à l'opium, La diarrhée ayant cessé et les symptômes d'aménorrhée continuant toujours , je revins aux pilules ferrugineuses pendant les quatre semaines suivantes. La malade consomma en tout 20 grammes de pilules Vallet, 2,60 grammes de poudre de digitale et 0,20 d'extrait d'opium.
Les époques ne se montrèrent point.
Le nombre moyen par jour des accès des deux genres fut de 0,2, dont 0,12 attaques et 0,08 accès incomplets. C'était, sauf la diminution d'intensité , exactement le chiffre de la période précédente.
Les accès continuèrent à être de même nature.
Les époques ne paraissant pas et les symptômes d'aménorrhée restant stationnaires, croyant d'ailleurs moi-même fort peu, et par expérience, à l'utilité de la menstruation pour la guérison de l'épilepsie, je revins encore au zinc, dont l'inefficacité pouvait bien tenir à un emploi insuffisant.
Cette troisième cure d'oœyde de zinc dura vingt et un jours , du 13 octobre au 2 novembre.
Le remède fut administré en poudre mélangé avec du sucre. La quantité totale employée fut de 8 grammes. Je débutai par 0,80 grammes j mais dès les premiers jours les poudres donnèrent lieu , immédiatement après leur ingestion , à de légères nausées , puis à une pesanteur douloureuse à l'épigastre, s'étendant à la poitrine. La malade réduisit d'elle-même les poudres à moitié, et après dix jours, comme elles passaient bien ainsi réduites , elle les reprit entières et les toléra. Les palpitations, la dyspnée, les douleurs hypogastriques et lombaires diminuèrent pendant ce traitement, mais les époques ne parurent point.
Dans cette période de trois semaines, il n'y eut que des attaques complètes, en général fort intenses, au nombre de 0,2/|. en moyenne par jour, un peu plus que dans la période précédente.
Ainsi , aucun amendement dans le nombre général , et accès plus complets. Je renonçai donc au zinc, et je tentai le sulfate de cuivre ammoniacal.
Ce médicament fut pris pendant trente-cinq jours , du 3 novembre au 7 décembre , sous forme de pilules avec poudre de guimauve et sirop simple comme excipients. La quantité totale employée fut de 2,45 grammes, la dose initiale de 0,025, la dose maximum de 0,075, en trois prises par jour.
Pendant les trois premières semaines, le cuivre passa inaperçu : appétit vif, nul malaise d'estomac et selles naturelles. Toinette continua à éprouver des coliques hypogastriques, mais de la môme nature qu'avant le traitement. Cependant, sans augmentation de dose, au début de la quatrième boîte de pilules , la malade fut prise un jour de
coliques intestinales et eut dix selles liquides dans une aprèsmidi. Les jours suivants les selles furent naturelles et l'appétit excellent^ mais il y eut des nausées et des douleurs d'estomac sans rapport avec les repas. Ces malaises cessèrent sur la fin du traitement. Les signes d'aruénorrhée déjà indiqués disparurent presque complètement dans cette période.
On compta pendant la cure de cuivre , en moyenne par jour, 0,26 attaques et 0,17 accès très modifiés: total, 0,43 j on observa en outre trois vertiges. Ainsi, il continuait à y avoir un léger progrès en mal.
La nature des attaques n'offrit rien de remarquable j seulement un jour, après les prodromes d'un accès : froid et frissons , Toinette n'éprouva qu'un tremblement prolongé, sans autre symptôme.
L'état général de la malade ne présenta rien de saillant j cependant la mère me signala quelques symptômes nerveux : des soubresauts des tendons pendant la nuit (elle couche avec elle), et assez fréquemment, dans le jour, un léger tremblement des membres supérieurs.
La racine à'armoise [arthemisia vulgaris) a été vantée par quelques médecins allemands dans l'épilepsie ; je voulus, après tant d'insuccès, essayer ce moyen.
Cette nouvelle cure dura aussi trente-cinq jours, du 8 décembre au 11 janvier 18/i2.
Le remède fut administré en poudre, en une seule dose, dans une tasse d'infusion chaude de mélisse, le soir en entrant au lit. La quantité totale employée fut de 1 25 grammes, la dose journalière de /t grammes; il y eut, comme on le voit, quelque irrégularité , mais elle fut le fait du pharmacien qui manqua un moment d'armoise.
Le médicament, quoique pris au lit et dans une boisson
chaude, ne procura point de sueur; à peine y eut-il quelquefois une légère moiteur. L'appétit sennbla moins vorace; il y eut toujours des coliques hypogastriques et des douleurs lombaires, rarement un peu de douleur épigastrique et toujours des selles naturelles. Le pouls se maintint, comme dans les périodes précédentes, de 108 à 12/|..
Il y eut pendant cette cure, en moyenne par jour, 0,1 /ï attaques convulsives et 0,06 accès incomplet-; total, 0,20, plus 2 vertiges. Il y avait progrès en bien sur la période précédente, mais non sur les antérieures.
Toutes les attaques complètes eurent lieu de nuit. Je dus suspendre le traitement, le pharmacien n'ayant plus d'armoise et promettant de s'en procurer bientôt ; les médicaments étant fournis par un établissement de charité, je n'étais pas libre d'envoyer ailleurs.
En attendant, je prescrivis pendant une semaine la valériane en poudre, à la dose de 4 grammes par jour. Cette cure en miniature ne changea en rien la marche de la maladie. La mère de Toinette, pleine de persévérance et ne renonçant pas à la guérison de sa fille qu'elle amenait avec une régularité admirable toutes les semaines à ma consultation, me demanda avec instance d'essayer un remède contre les vers.
J'ordonnai 0,30 grammes de calomel à prendre le soir, et 32 grammes d'huile de ricin pour le lendemain matin. Comme il n'y eut pas d'accès les jours suivants, je fis réitérer les deux remèdes, et, comme il sembla en résulter une amélioration sensible dans le nombre des attaques, j'y revins à plusieurs reprises. Je fus ainsi, en quelque sorte, entraîné 5 faire faire à ma malade une cure de calomel.
Ce traitement fut suivi pendant une période de cinquantesix jours, du 18 janvier au 15 mars ; et, comme aucun re-
CAS REBKLLKS. 301
mède ne fut donné dans la semaine suivante, je la joins à la période et j'arrive à un laps de temps de soixante- trois jours pour étudier l'influence du traitement sur la marche des accès.
Le calomel fut administré en poudre le soir au lit, trois heures après le dernier repas j on en donna une dose toutes les semaines, c'est-à-dire huit fois; les trois premières fois on fit prendre le lendemain matin de bonne heure 30 gram. d'huile de ricin ; plus tard , le calomel fut donné sans adjonction d'un autre purgatif. Les quatre premières prises de calomel furent de 0,30 grammes chaque fois, les quatre suivantes ou dernières de 0,45. Il en fut donc employé 3 grammes en tout.
Jamais les évacuations ne montrèrent la moindre trace de vers; elles furent toujours en grande partie glaireuses, surtout sur la fin de l'effet purgatif; les selles furent rendues au nombre de sept à dix, lorsqu'on donna l'huile après le calomel; quand ce dernier remède fut administré seul, les évacuations furent réduites à quatre et même à deux, malgré l'augmentation de la dose du sel mercuriel.
L'appétit, pendant ce traitement, resta bon et fut quelquefois très vif; la langue se couvrit, vers la fin, d'un enduit blanc très épais , mais qui se dissipa spontanément; il n'y eut aucune apparence de gengivite et point de salivation. Les selles restèrent naturelles dans les intervalles des jours de purgation.
Il n'y eut, sous l'influence du calomel, que 0,12 attaques en moyenne par jour et 0,05 accès incomplets : c'était le plus petit nombre observé jusque-là, exactement la moitié du chiffre antérieur à nos premiers traitements. Encore les premiers temps de la cure furent-ils bien plus favorables. En effet , si l'on partage la période en trois parties égales de
trois semaines chacune , ii n'y eut que deux attaques dans la première, deux dans la seconde, et dans ia dernière quatre attaques et quatre accès incomplets.
Il est encore à noter que, sur les huit attaques, trois survinrent dans les nuits qui suivirent la prise du calomel le soir.
Les attaques continuèrent à avoir lieu presque exclusivement de nuit et les accès incomplets de jour.
La seule particularité remarquable qu'offrirent les attaques , ce furent des émissions involontaires d'urine qu'on observa deux fois; cela n'était pas encore arrivé.
Cependant la mère de Toinette était sans cesse préoccupée de la non-apparition des époques; elle ne doutait pas un instant que la guérison de sa fille ne fût attachée à cette circonstance ; elle me suppliait de diriger mes vues exclusivement sur ce point: le calomel, qui avait paru réussir d'abord , semblait perdre de son efficacité; je cédai donc et je revins aui pilules de Vallet,
Ce nouveau traitement de fer dura cinquante-six jours, du 23 mars au 17 mai.
La malade prit en tout 31 grammes de masse ; la dose initiale fut de 0,30 grammes par jour, la dose maximum de 0,60.
Cette médication n'eut pas d'influence sensible sur la santé générale; les coliques hypogastriques et les douleurs lombaires diminuèrent sensiblement vers le milieu du traitement, mais elles revinrent plus tard à leur degré antérieur. 11 y eut des altornalives de pâleur et de coloration; le pouls varia de 90 à 112; les époques ne se montrèrent pas.
Le nombre moyen des attaques par jour fut de 0,27, celui des accès incomplets de 0,11 ; en tout, le double de la période précédente.
Rien à noter sur la nature des attaques. Pendant vingt et un jours, du 18 mai au 7 juin, je ne GiS aucun traitement, sauf quelques poudres de bismuth prises pour des maux d'estomac j il y eut en moyenne 0,19 attaques et 0,1 /|. accès incomplets par jour. Ce fut un peu moins d'attaques et un peu plus d'accès que dans la période précédente^ en résultat, une très légère amélioration.
Pourtant je n'abandonnai pas la partie. Je tentai la poudre de feuilles d'oranger pendant vingt et un jours, du 8 au 28 juin.
II en fut employé 63 grammes , à la dose de [i grammes par jour ; comme on le voit , le remède ne fut pas pris très exactement.
La santé générale de Toinette fut bonne pendant ce traitement.
Le nombre moyen par jour des attaques fut de 0,24 , celui des accès de 0,05 3 toujours à peu près le même résultat.
Les pilules Meglin ont été fort préconisées dans l'épilepsiej elles se composent, comme on le sait, d'oxyde de zinc , d'extrait de valériane et d'extrait de jusquiame. Les deux premiers remèdes, employés plus ou moins longtemps dans le cas actuel , avaient échoué j il me parut intéressant d'essayer h jusquiame pour comparer son efficacité à celie des remèdes qu'on lui associe ordinairement.
Celte cure fut la plus longue de toutes; elle dura cent soixante jours , du 29 juin au 5 décembre , avec trois interruptions assez courtes, de sept, onze et six jours. La jusquiame fut administrée eu extrait et sous forme pilulaire, La quantité totale employée fut de 65 grammes, la dose initiale fut de 0,30 en trois prises, la dose maximum de 1 ,00.
30/i EXPOSITION DES FAITS.
Pendant la première semaine de l'emploi de la jusquiame, chaque pilule procura des coliques pendant dix ou quinze minutes après son ingestion. Je fis prendre alors le remède une heure après les repas ; les coliques devinrent de plus en plus légères et finirent bientôt par cesser.
A la fin du premier mois du traitement, il se manifesta une légère inflammation de la muqueuse de la vulve , avec douleur en marchant , mais non en urinant. Cette jeune fille est de mœurs parfaitement pures. Des lotions d'eau de Goulard firent assez promptement disparaître cette irritation.
Au commencement du second mois (août), à l'exception de quelques nausées sans rapport avec les heures des pilules , Toinette jouit d'une très bonne santé : appétit naturel, selles normales , ni coliques, ni douleurs lombaires, pouls de 100 à 108, bon teint, accroissement des forces, caractère plus doux. La malade prenait cependant alors 0,80 grammes d'extrait de jusquiame tous les jours.
Dans le courant de ce même mois , alors que la dose du médicament fut portée à 1,00 gramme, il y eut un état nauséeux plus ou moins habituel , des digestions pénibles et quelquefois des vertiges , mais qui étaient probablement de nature épileptique , car ils ne se distinguèrent pas des vertiges ordinaires auxquels la malade était sujette de temps en temps avant de prendre la jusquiame. Malheureusement je ne m'enquis pas alors de l'état de la vision et des pupilles, ou du moins je n'en tins pas note. Je réduisis la dose journalière à0,/|5, et je ne déj)assai plus dès lors celle de 0,60. Tous les malaises signalés ci-dessus disparurent rapidement.
Le li septembre, la cornée s'enflamma autour du staphylôme. J'ai déjà dit que l'œil droit était atteint de cette
affection, mais dans une étendue assez limitée pour que la vision fût encore possible en dedans et en haut. L'œil devint très douloureux et très sensible à la lumière ; la malade dut porter un bandeau et parut très affaissée ; le pourtour du staphylôme s'injecta. Je cautérisai avec le crayon de nitrate d'argent. On ne me ramena pas Toinette et, par une discrétion exagérée , on ne me fît pas appeler. Huit jours après , m'étant rendu auprès de la malade , je trouvai la Ivératite à peu près dans le même état : l'injection était moins fine et moins étendue; quelques gros vaisseaux gagnaient, de la conjonctive, la partie inférieure de la cornée. Je prescrivis un collyre avec le sulfate de zinc , et le mal diminua bientôt notablement. Cependant il se montra de nouveau à la fin du mois; la conjonctive s'injecta davantage, le staphylôme devint conique; la vue des deux yeux était fort troublée , la pupille gauche très dilatée. Je combattis avec succès ces accidents au moyen d'un collyre au nitrate d'argent. A cette époque , je suspendis momentanément la jusquiame, et la pupille cessa d'être dilatée.
Quelle pouvait être la cause de ces phlegmasies qui se développèrent successivement sur la muqueuse vulvaire et sur la cornée? Je ne saurais les attribuer à la jusquiameon ne l'a jamais accusée de produire de tels accidents. Nous avons vu, dans l'observation qui précède, cette plante administrée, en substance il est vrai, à k grammes par jour, ne donner lieu à aucun effet semblable. Je crois que l'explication s'en trouve plus naturellement dans le trouble qui accompagne quelquefois la première menstruation.
Les époques parurent en effet pour la première fois dans la nuit du 18 au 19 septembre, et se prolongèrent jusqu'au 2o. Elles furent accompagnées de fréquentes coliques et d'un peu de diarrhée. On ne donna pas de jusquiame du
306 EXPOSITION DES FAlTS.
rant la menstruation. Le flux menstruel ne reparut pas pendant le reste du traitement; il ne se montra de nouveau que cinq mois après, en février 1843.
Le reste de la période que nous décrivons n'offrit dès lors, au point de vue de la santé générale, qu'un abcès dentaire qui se manifesta en novembre.
Le nombre moyen des attaques par jour, pendant cet intervalle de plus de cinq mois, fut de 0,13, et celai des accès incomplets de 0,04; chiffres favorables, à peu près identiques avec ceux observés pendant la cure de calomel. Le jour de l'apparition des époques partage en deux parties presque égales la cure de jusquiame. Dans la dernière, le nombre des attaques fut relativement moindre que dans la première. Malheureusement cette amélioration légère ne se soutint pas.
Les attaques survinrent constamment dans la nuit, principalement de neuf à onze heures; les accès incomplets presque toujours dans la journée.
Nous avons peu de détails nouveaux à donner sur la nature des crises. Très souvent (même pour les attaques, ce qui n'arrivait pas autrefois) elle en sentit l'approche. Ainsi, le â août, à dix heures du soir, au moment où elle venait de se mettre au lit, elle avertit sa mère qu'elle allait avoir une crise ; elle demanda de l'eau fraîche , mais elle n'eut pas le temps de la boire , l'attaque étant survenue. Il y eut encore dans cette période des attaques avec urines involontaires.
Le 2 novembre, la malade n'avait pas eu d'attaque complète depuis vingt-quatre jours , quand elle fut grandement effrayée par le tocsin qu'on sonnait pour un incendie; il était dix heures et demie du soir; elle eut dans son lit unefoiic attaque. iMusieurs fois, dans le cours ulté-
CAS liEBLLLES. 3 07
rieur de la maladie , on put observer le même effet de la même cause.
Dans les premiers jours de décembre, je tombai malade et je ne pus reprendre ma clientèle qu'à la fin de janvier suivant (18/i3). Je perdis Toinette de vue, et sa mère cessa la jusquiame le 6 décembre. Je ne revis la malade que le 31 janvier. Je ne pus donc tenir note du nombre et de la nature des accès pendant cette période de cinquante-sept jours. La mère m'affirma qu'il y en avait eu régulièrement deux ou trois par semaine, de l'un ou de l'autre genre, ce qui donnerait approximativement 0,3o en moyenne par jour, comme avant mon premier traitement.
J'ai dit un peu plus haut que pendant la seconde moitié de la cure de jusquiame, c'est-à-dire depuis l'apparition unique des époques, les accès avaient été plus rares; cette remarque, qui n'avait point échappé à la mère, lui fit renouveler ses instances pour un traitement emménagogue. Je cédai encore une fois à son désir; l'exactitude et la persévérance de cette excellente femme méritaient bien quelques égards.
J'administrai les pilules de Vallet pendant soixante-dix jours, du i«»* février au 11 avril, avec une seule interruption de sept jours. La quantité totale employée fut de 28 gram., la dose initiale de 0,30, le maximum de 0,60.
Les époques reparurent le 28 février, après cinq mois d'interruption, et durèrent quatre jours; elles revinrent dès lors régulièrement tous les vingt-huit ou trente jours jusqu'au 15 septembre; elles durèrent chaque fois quatre ou cinq jours; la quantité et l'apparence du sang furent normales. Pendant tout le mois de février, Toinette avait souffert ce palpitations, de dyspnée et de douleur dans les jambes, en marchant et surtout en montant; ces malaises
se dissipèrent bientôt après les époques de la fin de ce mois. La santé générale fut excellente pendant le reste de cette période.
Le nombre des attaques et accès fut assez favorable : Ojlii. pour les premières, 0,3 pour les secondes; total, 0,17. Ce chiffre général fut exactement le même que ceux de la cure de calomel et de celle de jusquiame, que nous avons notées comme les moins chargées; mais il faut remarquer que le mois de février qui précéda les époques fut aussi favorisé que le mois de mars et le commencement d'avril qui les suivirent.
Nous n'avons à signaler de changement ni dans les heures ni dans la nature des attaques.
Évidemment nous ne faisions pas de progrès. Un homme généreux offrit alors à notre malade de lui faire donner gratuitement de la poudre de taupe, si elle voulait essayer de nouveau, sous ma direction, ce médicament dans lequel il avait une grande confiance. Je n'avais pas de motifs, après tant d'échecs, pour me refuser à cet essai.
La poudre de taupe grillée fut administrée pendant quatre-vingt-onze jours, du 12 avril au 12 juillet. Il en fut employé 661 grammes; la dose initiale fut d'un dé à coudre matin et soir, la dose maximum d'une cuillerée à café trois fois par jour.
La santé générale n'éprouva aucune altération dans le cours de ce traitement; il y eut seulement une légère éruption sur la face au début de la cure , et de temps en temps de l'angoisse, de la tristesse, de l'accablement et un léger tremblement des membres; ce dernier symptôme avait déjà été observé.
Le nombre des attaques fut on moyenne de 0,20 par jour, celui des accès incomplots fut de 0,05; chiffres infé-
CAS nEBtLLliS. 309
rieurs sans doute à ceux observés sous d'autres traitements, mais moins favorables que ceux obtenus pendant l'usage du calomel, de la jusquiameet du fer.
On suspendit tout traitement pendant quarante-sept jours, du 13 juillet au 28 août j durant tout ce temps, je ne vis pas la malade. Dans cet intervalle il y eut toujours, au rapport de la mère , deux attaques par semaine , survenues constamment de nuitj elles furent, à ce qu'il paraît, plus intenses qu'auparavant.
Les dernières époques furent moins abondantes qu'à l'ordinaire. Dans les derniers quinze jours, Toinette éprouva presque habituellement des coliques avec des exacerbations durant quelquefois plusieurs heures, une fois même onze heures consécutives. Ces exacerbations furent souvent, pendant le jour, les avant-coureurs d'une attaque dans la nuit suivante. Une potion avec acétate de morphine fit disparaître les coliques, et le 5 septembre nous commençâmes un nouveau traitement.
J'administrai la poudre de selin des marais pendant soixante et onze jours, du 5 septembre au 24 novembre, avec une interruption de neuf jours au commencement de novembre pour une amygdalite qui exigea une application de sangsues. On employa 250 grammes de selin à la dose de trois dés par jour, portée graduellement à trois cuillerées à café.
Sauf l'amygdalite dont je viens de parler, Toinette fut bien portante pendant ce traitement qui ne lui procura aucun malaise.
Je ne vis pas la malade très régulièrement pendant cette période; je ne pus pas toujours noter précisément le nombre et les dates des accès; mais, sur le rapport de la mère, dont je n'ai jamais trouvé l'exactitude en défaut, il n'y en
eut que un ou deux par semaine du 5 septembre au 28 oc-^ tobre. Du 29 octobre au 18 novembre, c'est-à-dire pendant vingt et un jours, il n'y en eut pas un seul. Jamais depuis que je soignais Toinette je n'avais observé un pareil intervalle. Il me donna une lueur d'espoir, mais cette espérance fut bientôt déçue. Du 19 au 24 novembre, en six jours, il y eut sept attaques d'intensité variable. Cette accumulation très insolite compensait l'arriéré.
Depuis le 15 septembre les époques n'avaient pas reparu, nous revînmes aux pilules de Vallet.
Toinette en consomma 16 grammes en trente-trois jours, du 25 novembre au 27 décembre, à la dose de 30 à 60 centigrammes par jour.
Les époques ne se montrèrent pas et il y eut dans cette période 0,2/i. attaques, aucun accès incomplet.
Du 28 décembre au25 janvier 18/t/j., j'administrai Vammoniaque liquide à la dose de 2/|. gouttes dans 180 grammes de véhicule; trois cuillerées à bouche par jour. Le remède fut pris très irrégulièrement et la quantité totale d'ammoniaque employée se borna à 48 gouttes.
Cette médication ne procura aucune incommodité. Les époques , qui ne s'étaient pas montrées depuis le 15 septembre, reparurent le 8 janvier- elles furent normales et durèrent cinq jours.
Depuis le 26 janvier, jour où je prescrivis la dernière potion d'ammoniaque, on cessa de m'amener Toinette, et, comme je l'appris depuis, on n'exécuta pas ma dernière ordonnance. Je le regrettai, car dans les vingt-neuf jours de la cure, on ne m'avait signalé que deux attaques et deux accès incomplets; chiffre très favorable, j)uisqu'il ne donnait que 0,07 pour chacun des deux genres de crises.
Du 26 janvier 1844 au 6 mars 1847, c'est-à-dire pcn-
dant plus de trois ans, on ne réclama pas mes conseils pour Toinette ; mais je m'informai de loin en loin de son sortj elle était toujours à peu près dans le même état.
Le 6 mars 18/|.7, je fus appelé auprès d'elle. Sa mère m'apprit que , dans les trois dernières années , notre malade avait toujours eu en moyenne deux accès ou attaques par semaine , quelquefois un plus grand nombre, mais compensés par des intervalles qui avaient été de huit et même une fois de quinze jours. On n'avait fait du reste aucun traitement.
Depuis le 2 mars au soir, sans cause connue , Toinette avait eu environ cent attaques , savoir : trois dans la nuit du 2 au 83 quatre le 3 et la nuit suivante j dix le k et une dans la nuitj environ quatre-vingts le 5, de trois heures du matin à dix heures du soir, toutes au lit, point dans la nuit; le 6 au matin, elles recommencèrent, et, à ma visite vers dix heures, j'assistai à la quatrième et à la cinquième. Ces attaques, comme celles de la veille, étaient courtes et peu intenses : la malade était dans son lit; tout d'un coup , et sans cri préalable , sa tête et immédiatement après son corps se tournèrent brusquement à droite avec rigidité générale, les yeux étant fermés, la face un peu rouge, la perte des sens et de la connaissance complètes; bientôt, la rigidité subsistant, survint un léger tremblement des membres, un léger bruit de salive, point d'écume; puis arrivèrent la détente , un sommeil d'une minute et, peu après, le retour des sens et de l'intelligence ; le pouls était fréquent, la face un peu pâle.
Je prescrivis un traitement d'oxyde de zinc à haute dose. Pour rendre la tolérance plus prompte en fractionnant les doses , j'administrai le zinc suspendu dans une potion. Dans 200 grammes de véhicule on introduisit d'abord 1,30 gram.
312 EXP05lTl()N DES FAITS.
d'oxyde , puis 2,60 , /|.,00 et enfin 8,00. La potion devait être prise par cuillerée à bouche toutes les heures , mais elle ne le fut pas toujours très régulièrement. Cependant , jusqu'au 30 mars, c'est-à-dire pendant vingt-quatre jours, notre malade prit 84 grammes d'oxyde de zinc , ou 3 grammes 50 centigrammes en moyenne par jour. Du 18 au 23 en particulier, c'est-à-dire en quatre jours, elle en employa 2[i grammes, soit 6 grammes par jour : c'est de beaucoup la plus forte dose que j'en aie jamais administrée.
Il était intéressant d'étudier les effets physiologiques de quantités aussi élevées; je vis la malade souvent et pris note exacte de l'état des différentes fonctions. 11 y eut rarement des nausées; la première cuillerée de la première potion fut d'abord la seule qui en procura; il n'y en eut plus dans les jours suivants; elles reparurent quand la dose fut portée à li grammes par potion ; elles furent en général très tolérables, cessèrent encore au bout de quelques jours, reparurent à 8 grammes et finirent très vite; il n'y en eut pas depuis le 18, quoique la malade prît plus ou moins régulièrement 6 grammes par jour. L'appétit resta naturel tant qu'on n'adjoignit pas d'autre remède au zinc; sur la fin de la cure , le 25 , il était excellent. Il y eut quelques douleurs épigastriques au début du traitement, mais elles se dissipèrent bientôt pour ne plus reparaître.
Les selles restèrent naturelles , sauf pendant deux jours , au début de la plus forte dose, oii elles furent un peu relâchées; en général, il y eut dès lors plutôt deux évacuations par jour qu'une seule, mais de bonne consistance.
Le pouls , qui était à 100 le 9 mars (c'était, comme nous l'avons déjà vu, le taux ordinaire de Toinetle), baissa graduellement jusqu'au 26 où il était descendu à 80.
CAS RLJÎLLLES. 31 S
Le 8 mars, second jour du traitement, les époques parurent huit jours avant leur terme ordinaire.
Le 13, il se manifesta des palpitations assez fortes pour m'engager à administrer la digitale concurremment avec le zinc; la malade en prit 1,30 grammes en quatre jours: il y eut, pendant l'usage de ce remède, inappétence, accroissement des nausées, soif, langue blanche, et bientôt pâleur et faiblesse générale; les fonctions digestives se rétablirent après la cessation de la digitale. La marche décroissante de la fréquence du pouls précéda l'emploi de ce remède.
Le 31, la malade tomba dans un état fort singulier; mais comme il m'a paru se lier bien plus à la maladie de Toinette qu'au traitement , j'en renverrai la description après l'article que nous allons consacrer à la marche de l'épilepsie.
Du 6 au 15 , il n'y eut aucun accès incomplet ; le nombre des attaques fut très variable; elles se montrèrent tous les jours, à la seule exception du ili; mais le 13 et dans la nuit suivante, il y en eut plus de cent; dans les autres jours oii l'on put compter exactement, le nombre varia de dixhuit (le 6) à deux (le 7); il y en eut le plus souvent cinq par jour.
Du 17 mars au 20 , il n'y eut que des accès incomplets , dont trente et un le 17 (après un jour de suspension absolue) et deux les trois autres jours.
Du 20 au 25 , intervalle complet sans crises.
Du 25 au 29, il y eut de deux à quatre attaques par jour, un seul accès incomplet le 28 ; du 30 à dix heures du matin au 31 à la même heure , il survint vingt attaques , puis deux encore dans la nuit du 30 au 31. Dès lors aucune crise jusqu'au 21 avril, c'est-à-dire pendant vingt et un jours.
Ce fut dans cet intervalle tout à fait exceptionnel qu'eut lieu l'affection dont j'ai parlé plus haut.
Déjà, le 21 mars, après les quatre jours d'accès incomplets sans attaques , il s'était manifesté un état nerveux assez extraordinaire : vers sept heures et demie du matin , tristesse , pleurs , puis tremblement général continu qui dura sans interruption jusqu'au lendemain à deux heures du matin ; le tremblement augmenta beaucoup quand Toinette fut levéej elle dut passer toute la journée au lit; il fallut lui porter les aliments à la bouche ; elle bégayait et ses mâchoires claquaient. Depuis deux heures du matin, le 22 , le tremblement cessa d'être continu et fut moins intense; la malade put dormir par intervalles. A ma visite du 23 , le tremblement n'existait plus; je le provoquai en faisant lever Toinette. Sauf de l'inappétence , on n'observait aucun symptôme. La malade dut garder le lit le 22 et le 23. Le 23 , à dîner, elle put commencer à manger, mais très difticilement. Le 2/t, il ne restait plus que du tremblement de la langue, symptôme que j'avais déjà reconnu le 6 , avant qu'elle commençât le zinc.
A part les attaques, Toinette fut bien les jours suivants ; son appétit revint; les selles furent normales; la mélancolie cessa.
J'ai dit déjà que , du 30 au 31, dans l'espace de vingtquatre heures, il y eut vingt attaques complètes. Je fus appelé auprès de Toinette le 31 , à quatre heures du soir.
Vu l'intérêt du fait, je copie ici textuellement mon journal.
Depuis ce matin à dix heures la malade est dans un état comateux dont je ne la tire que très incomplètement; elle ne répond pas; mais après bien des instances , elle fait un effort pour me montrer sa langue, elle ontr'ouvre ses dents , mais ne l'avance pas. Faciès profondément altéré,
véritablement hippocratique; pouls à ilik, large mais mou; respiration courte et fréquente; légère teinte livide; de temps en temps un peu de râle trachéal entendu à distance. Sa mère , plusieurs fois ce matin ^ l'a crue agonisante; elle a uriné toute la journée sous elle, 1° Sur chaque bras un vésicatoire de 8 sur 12 centimètres. 2° Ethar sulfurique , 18 gouttes ; sirop d'écorce d'orange^ 32 grammes ; eau, 160. Une cuillerée à bouche toutes les heures , quand la malade, pourra avaler. Depuis hier elle n'a pas voulu prendre sa potion de zinc.
l^'" avril. — Deux attaques cette nuit : une, forte et une autre légère, mais de même nature. Les époques sont arrivées. Toinette a repris connaissance ce matin ; cependant elle est dans un état de stupeur; elle ne répond que par monosyllabes, elle montre sa langue, mais la laisse tirée; pouls à 132. On n'a pas appliqué les vésicatoires ; elle n'a pu avaler hier sa potion que par gouttes, aujourd'hui elle la prend par cuillerées à bouche. Continuer.
2. — État typhoïde complet. Bouche toujours entr'ouverte et sèche, dents encroûtées; ni taches, ni ballonnement ; point de selle ; les urines , volontaires hier et cette nuit, sont de nouveau involontaires. Léger râle muqueux à distance , toux rare et humide. Elle n'a point eu de sommeil ; yeux presque constamment ouverts , clignements très rares; expression de stupeur; elle ne me reconnaît pas. Je lui demande: Comment es-tu? Elle me répond: Bien et vous. Elle ne peut sortir sa langue, mais elle la remue; pouls à 116. On lui a donné du bouillon et du lait coupé. Je prescris une abstinence complète. Changer de linge, de lit et de chambre soir et matin ; lavages à froid des membres, soins de propreté des orifices muqueux. Tisane de tilleul et de feuilles d'oranger.
St6 EXPOSITION DES FAITS.
3. — Au moment de ma visite : Transpiration abondante, face vultueuse ; la malade vient de beaucoup crier, par le fait d'une hallucination effrayante. Délire continu; elle montre sa langue, mais ne répond pas. Point de selles ; ni taches, ni ballonnement; urines involontaires; pouls à 120. Même toux. Pouls à id. du reste. Thridace, grammes 0,10 ; sirop de framboise, 2>2 ; eau, 160. Une cuillerée à bouche toutes les heures.
k. — La transpiration a duré hier jusqu'à six heures du soir. La journée a été assez calme. Toinette a dormi toute la nuit; ce matin elle est beaucoup plus tranquille qu'hier; aucune réponse; après bien des instances, elle me montre subitement sa langue; point d'agitation, nul délire bruyant, moins de stupeur en apparence, expression calme; pouls à lO/i; peau assez naturelle. Urines toujours involontaires; point de selle; ni taches, ni ballonnement. La potion est prise au tiers; la réitérer. Id. du reste.
5. — Elle a dormi hier tout le jour (elle n'avalait pas la boisson qu'on introduisait dans la bouche); mais elle a gémi toute la nuit, se plaignant de la tête, des lèvres, des jambes; elle avait la peau froide. Ce matin, moins de stupeur, elle tire la langue, sort son bras et répond. Oii as-tu mal? Â la tête, etc.; pouls à 96; peau naturelle; éruption, sur la poitrine, de petits points très nombreux d'un rose pâle. Urines toujours involontaires; point de selle; id. du reste. La potion est prise aux trois quarts; la finir et la réitérer encore .
6. — Nuit agitée: cris, impatience. Retour complet de la connaissance dans la nuit. Urines volontaires; point de selle. L'éruption ne consiste que dans des sudamina; pouls à 92. Les époques persistent; mais, depuis trois jours,
elles se bornent à quelques taches. La potion réitérée est prise au tiers ; bouillons de gruau.
7. — Nuit calme j point de cris depuis hier après midi; grande faiblesse, mais intelligence nette. Point de selle; Toinette ne paraît pas avoir de l'appétit; elle n'a encore rien pris ce matin. Les époques ont cessé aujourd'hui. Pouls à 108. La potion n est pas achevée. Id.
8. — Un peu d'appétit; elle a pris quelques bouillons de gruau, de la soupe et un échaudé. Point de selles; il n'y a ni taches, ni ballonnement du ventre, pas plus que les jours précédents; pouls à 92. La potion est presque achevée; ne pas la réitérer; couper legruau avec du bouillon de bœuf; lavement avec 30 grammes de miel ordinaire. On n'a pas suspendu les moyens hygiéniques.
10. — Très bien: langue rose, appétit; le lavement a amené une selle copieuse, il y en a eu une spontanée hier. Nul malaise, elle me sourit à mon arrivée ; elle a eu un bon sommeil cette nuit. Elle demande à se lever. Aucun 7nédi'> cament; soupes plus copieuses, lait et pain. Elle se lèvera demain pendant une demi-heure.
12. -— Convalescence régulière; pouls à 6/i. Elle s'est levée hier une heure et demie, aujourd'hui une heure. Aucune attaque. Elle commeneeà manger de la viande, etc. Nul médicament.
ik. — Je la trouve levée et travaillant; pouls ù 96. Convalescence rapide; appétit; selles naturelles, etc.