‹ Du pronostic et du traitement curatif de l'épilepsieChapitre 22 sur 80 · SERIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

SERIE GÉNÉRALE

Sexe masculin.

Les chiffres consignés dans ce tableau démontrent d'abord que la différence que nous avons trouvée entre les invasions pour les deux sexes dans la période ordinaire de la première menstruation est loin d'être aussi prononcée qu'elle le sera dans tout le cours ultérieur de la vie, à dater de quatorze ans. Ils établissent ensuite que, avant la puberté , si

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le sexe masculin n'est pas plus disposé que le féminin à l'épilepsie (le rapport inverse de la seconde série justifie ce doute) , tout au moins les deux sexes sont placés alors sur la même ligne; mais que, après quatorze ans, les femmes offrent à cette maladie une prédisposition bien plus marquée que les hommes , et cela dans un rapport qui ne s'éloigne ptas beaucoup du double au simple, comme les relevés comparatifs de la Salpêtrière et de Bicêtre semblaient déjà l'établir (1).

Cette règle, appliquée à évaluer l'une des dissemblances de nos deux séries partielles, montre que l'anomalie que présentait la première, en offrant un nombre égal d'épileptiques des deux sexes, tenait à ce qu'elle renfermait un nombre de jeunes sujets double de ceux de la seconde série.

Pour nous résumer sur ce qui tient à l'établissement de la menstruation et à la puberté, il paraît que, en elle-même, la première circonstance n'a pas une action prédisposante marquée sur l'épilepsie, et que cette action appartient plutôt à l'époque de la puberté dans les deux sexes; cette prédisposition, du reste, se montre à peu près au même degré dans toute la période qui sépare l'enfance proprement dite de la virilité confirmée.

Quant au rôle que la fonction menstruelle peut jouer pour déterminer l'invasion de l'épilepsie, nous y reviendrons en parlant des causes occasionnelles.

Portai (2) dit qu'il n'est pas rare que l'épilepsie sur-

(1) Tissot {puv.cit.,% J2), sans fournir la preuve de cette assertion , fixe à sept ans l'âge où l'épilepsie commence à devenir plus fréquente chez les filles que chez les garçons. La limite de quatorze ans n'a point été , de noire part, une détermination arbitraire; c'est l'époque où, en examinant la proportion année par année, nous avons vu apparaître brusquement la prédominance du sexe féminin.

(2) Observations sur l'épilep'ie.Vàùs, 18 27, p. 237.

vienne aux femmes par suite de leur temps critique. Une légère recrudescence dans le nombre des invasions de quarante à cinquante ans, qu'on a pu remorquer dans notre seconde série (voir le tableau général des âges au début), semblerait appuyer cette opinion; cependant, si l'on pèse au lieu de compter, on verra que ce chiffre n*a point cette signiGcation. En effet, les trois individus atteints d'épilepsie de quarante à cinquante ans étaient bien des femmes : mais l'une d'elles ( obs. 65), un an après l'invasion, n'offrait encore aucun indice qui annonçât l'approche de la ménopause; la seconde (obs. 60) était dans la même situation deux ans après; nous manquons de renseignements sur la troisième. Nous avons eu, il est vrai, un cas (obs. 20), où la première attaque survint quatre à cinq mois après la cessation définitive des époques ; mais ce cas unique peut n'être qu'un fait de pure coïncidence.

h'état civil des épileptiques se lie à des considérations physiologiques et morales dont l'étude a de l'importance. L'influence du célibat, et par conséquent le mariage des individus atteints de cette maladie, méritent un sérieux examen. Voyons si nos faits peuvent jeter quelque lumière sur ce sujet difficile.

De nos 68 épileptiques , 21 avaient, au début de leur maladie, atteint ou dépassé l'âge oîi l'on commence ordinairement à se marier dans notre pays, savoir : vingt et un ans pour les honimes et dix-huit ans pour les femmes. Sur ces 21 malades, 9 étaient des hommes dont: 5 mariés.

!\ célibataires.

(12 appartenant au sexe féminin, dont:

5 mariées.

y célibataires.

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D'où l'on semble en droit de conclure que, chez les femmes, le célibat ou, si l'on veut, la continence dispose à l'épilepsie; presque toutes les personnes appartenante la dernière catégorie du tableau étaient à l'abri de tout soupçon qui puisse altérer la dernière interprétation.

Chez les hommes il n'efi est pas de même ; d'ailleurs le célibat est pour eux, après vingt et un ans, trop rarement synonyme de continence, pour qu'on pût interpréter des chiffres plus concluants, de la même manière que pour nos malades du sexe féminin. Ce qui appuierait encore la conclusion négative pour les hommes, c'est que, deux de nos célibataires s'étant mariés, l'un récemment guéri a rechuté momentanément après son mariage, et l'autre n'a vu cesser ses accès qu'après un traitement prolongé.

Nous ne trouvons dans les auteurs, sur l'état civil des épileptiques, qu'un seul document statistique. Il est dii au docteur Hébreard (1) : sur 162 épileptiques existants à Bicêtre le 31 décembre 1813, 119 étaient garçons, 33 mariés, 7 veufs et divorcés; ce qui donne le rapport d'un individu marié ou l'ayant été, pour 3 célibataires. Mais ces chiffres n'apprennent rien sur la question étiologique, parce qu'ils n'indiquent pas les âges et l'état civil au début de la maladie ; ils peuvent établir seulement, comme l'a fait déjà remarquer M. Valleix (2), que la grande majorité de ces malades ne se marient pas.

Nous reviendrons, dans le livre consacré au pronostic, sur la question du mariage des épileptiques.

Causes hygiéniques. — Il est une circonstance générale qui, comme l'a démontré M. Villerraé, mesure très bien le plus grand nombre des conditions hygiéniques au milieu

(1) Dictionnaire des sciences médicales , art. Epilepsie, p. 523. f5) Guide 414 médecin praticien , ?' édit. Paris, 185J, t. IV, p. 697,

desquelles vivent les individus : c'est leur fortune (1). Presque toutes les causes d'insalubrité se trouvent ordinairement réunies avec la misère ; la richesse présente la situation opposée. Ce sera donc un critérium d'une grande valeur pour apprécier l'influence générale de l'hygiène sur l'épilepsie, que la notion du degré plus ou moins grand d'aisance où étaient placés nos sujets au moment de l'invasion de leur maladie. Dans ce but, nous les avons partagés en cinq catégories entre lesquelles ils se répartissent de la manière suivante :

Appartenant à des familles riches ou dans l'aisance . . 21

Domestiques dans des maisons aisées 3

De familles vouées à l'agricullure 7

Appartinant à la classe ouvrière vivant honorablement de son travail 26

Vivant dans l'indigence Il

La proportion très forte d'épileptiques dans une situation aisée (forte surtout en raison du nombre relativement petit d'individus de cette classe de la société), et le chiffre peu élevé des malades appartenant à des familles agricoles, tiennent certainement bien plus à la nature de notre clientèle qu'à une action puissante du bien-être sur la production de l'épilepsie et à une propriété préservatrice attachée à la vie rustique. Il en résulte, tout au moins, qu'on retrouve cette triste maladie dans tous les rangs sociaux j on sait qu'une couronne n'en met pas à l'abri. MM. Copland (2) et Foville (3) admettent que l'épilepsie est plus

( I ) Aîémoire sur lu mortalilé eu France ilani la clat^e aisée et dans la elassc indigente ( Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1828, 1. 1, p. 51 et suiv. ).

(5) Cité |iar le Compendium de médecine pratique , art. lipilepsie, p. 410.

i3) Dict. de viédecine et de vliirunjii: pralinucs, art. Épilepsib, p. 426.

CAUSKS IJV; l/Él'lLl'PSIE, 3^5

fréquente dans les classes inférieures; nous croyons simplement «]u'elle y est moins dissimulée. Toutefois nous convenons que notre série , sous ce point de vue, peut être considérée comme un peu exceptionnelle.

Parmi les causes hygiéniques ou plutôt antihygiéniques, il n'en est aucune à laquelle on aitattribué une plus grande importance qu'à Vonanisme ; aucune action ne paraît, en effet, plus rationnelle. Nous avons cherché à apprécier cette influence chez nos 'malades j l'observation ne s'est pas trouvée d'accord avec la théorie.

Quoique, le plus souvent, nous n'ayons pas ménagé nos informations sur ce sujet, sur 27 individus ayant contracté la maladie de dix à vingt ans, dont 11 garçons et 16 filles, nous n'avons rencontré qu'un seul fait où cette habitude fût poussée à un degré qui pût faire croire à l'influence de ce vice sur la production de l'épilepsie. Dans plusieurs cas, même pour des jeunes garçons, nous avons reçu l'assurance la plus positive que ce vice n'existait pas, ou du moins qu'il avait échappé à la plus attentive surveillance.

Dans le tableau des causes déterminantes de l'épilepsie, de MM. Bouchet et Cazauvieilh (1), l'onanisme figure dans le rapport de II pour 100; dans le tableau de Leuret (2), le chiffre est de 18 pour 100; dans celui de M. Beau (3), il est de 1 pour 100. Notre résultat se rapproche tout à fait de celui obtenu par ce dernier observateur. Au reste, quand un vice est aussi répandu , la relation de cause à effet est difficile à constater. La réalité de cette influence serait sans doute un bon comminatoire; mais nous faisons ici de la science et non pas de l'éducation.

(1) Mém.cité,p.U.

(2) Mém.ciié,^. 38.

(3) Mém. cité ,T^. 342.

Sur o5 individus des deux sexes, ègés de quinze à soisante-dix-huit ans, nous n'avons rencontré que deux cas d'ivrognerie ; dans deux autres cas, l'usage du vin blanc, quoique pris sans grand excès, a paru exercer une action sur l'invasion de l'épilepsie. La plupart des auteurs ont signalé cette cause qui paraît incontestable; elle figure pour le chiffre élevé de ^0 pour 100 dans les renseignements fournis par Leuret (1) sur les qualités, habitudes, défauts, vices, etc., de ses épileptiques; mais, ainsi qu'il le fait très bien remarquer, il n'a pas pu s'assurer avec exactitude si ces vices avaient précédé la maladie.

Après l'ivrognerie viendrait la gloutonnerie; nous n'en avons rencontré qu'un seul cas; ce qui ne permet pas de conclure sur cette influence.

On a indiqué Vexercice forcé de l'intelligence comme cause d'épilepsic; nous n'avons observé qu'un cas et peutêtre deux, oii cette influence ait pu être réelle, jointe qu'elle était à une vie trop sédentaire.

Quant aux causes morales , envisagées seulement au point de vue de la prédisposition, elles nous ont été signalét?s six fois comme ayant exercé une influence très probable: trois fois chez des enfants, trois fois chez des adultes. Dans un cas, on nous a indiqué des punitions habituelles trop sévères, quoique plus ou moins motivées. Dans un autre, ce fut le spectacle fréquent de scènes de brutalité (le la part d'un père. Dans deux cas , on attribua l'épilepsie à de graves inquiétudes sur les moyens d'existence. Dans deux autres enfin, à des chagrins domestiques.

Nous reviendrons plus tard sur ce môme ordre de causes comme ayant déterminé le mal.

ri) Mém, cj7d,p.312.

CAUSES DE l'ÉPILEPSIE. 3Z)7

En résumé, les causes hygiéniques ne paraissent avoir une action ni bien fréquente ni bien marquée pour produire l'épilepsie, si l'on en excepte l'ivrognerie et les chagrins. Cette dernière cause, qui sévit également sur toutes les classes de la société, ne dément pas la conclusion générale qu'on peut tirer de notre tableau des positions sociales, savoir, que les circonstances hygiéniques jouent un rôle peu important comme cause d'épilepsie.

Causes morbides. — Nous rangerons sous ce chef les maladies antérieures qui, chez nos patients, ont pu se lier avec l'épilepsie par leur nature ou par l'époque oii elles sont survenues, nous réservant de revenir sur ce sujet dans la section des causes déterminantes.

Parmi les névroses ou maladies des centres nerveux , nous avons recueilli les cas suivants :

Aliénation mentale survenue deux fois : cinq et deux

ans avant le début de l'épilepsie 1 cas.

Hydrocéphale aiguë dans la première enfance, suivie pen-

dont quelque temps de paralysie ; début à 25 ans .... 1 — Convulsions dans la première enfance ; début de l'épilepsie

à un mois , 2 ans, 11 .ans et 13 ans à —

Affection paraissant de la nature de Fastlimethymique, ayant

précédé de quelques semaines l'épilepsie 2 —

Cliorée à deux reprises, plusieurs années avant l'épilepsie. 1 — Hystérie ayant précédé l'épilepsie; dans un cas, six mois

avant la première attaque 2 —

Cauchemar vigil la nuit 1 —

Somnambulisme nocturne très caractérisé ........ 1 —

Parmi les autres maladies nous nous contenterons d'indiquer les suivantes :

Scrofules : adénites, ophllialinies et eczéma chroniques, etc. 7 cas. Vers intestinaux 2 —

Jusqu'à quel point ces affections diverses ont-elles joué le rôle de causes dans ces différents cas ? C'est ce qu'il est

difficile d'établir. Nous allons cependant faire quelques tentatives dans ce but.

Notons d'abord que, sur nos 68 faits, il en est 13 où nous manquons complètement de notions sur la santé antérieure des malades, sans compter plusieurs autres oii ces renseignements ont été plus ou moins incomplets. Le chiffre général auquel nous devons comparer celui des cas spéciaux se trouve donc réduit à 55.

L'éclampsie ou les convulsions de l'enfance ont été signalées par plusieurs auteurs comme causes prédisposantes del'épilepsie; nous sommes disposés à admettre cette opinion, non pas seulement par des vues théoriques, mais par le nombre même des cas que nous avons rencontrés. /j. sur 55, ou plus de 7 pour 100, est une proportion qui nous paraît dépasser notablement le nombre d'enfants qui, dans la population générale, ont pu être atteints de convulsions. Ce rapport ressemble d'ailleurs beaucoup à celui de M. Beau (1), qui en a rencontré 12 cas sur 232 malades, soit 5 pour 100.

L'hydrocéphale aiguë doit être à plus forte raison une cause prédisposante.

L'asthme thymique qui finit presque toujours par se compliquer de convulsions épileptiformes, doit aussi jouer un rôle analogue à celui do l'éclampsie des enfants^ notre chiffre de 2, soit [i pour 100, est relativement très fort, vu la rareté de cette maladie.

La grande fréquence de l'hystérie donne, au contraire, peu de valeur aux deux cas que nous avons rencontrés.

Quant aux autres névroses, qui toutes ne figurent que pour une unilé, nous ne saurions, pour nos cas, leur attribuer une valeur étiologique. Nous en excepterons cepen-

(IJ M'jlll. rué , p. 3')2.

CAUSES DE LÉPlLFPSIt:. 5 69

dant l'aliénation mentale, dont l'influence liéréditaire est trop marquée pour qu'elle ne joue pas quelque rôle comme cause prédisposante.

Le chiffre des scrofuleux , qui est de 7 sur 55 ou 13 pour 100 (sans y comprendre les cas où le cachet strumcux était évident dans les familles), nous paraît hors de rapport avec la proportion ordinaire de celte cachexie dans notre population, surtout en ayant égard aux classes de la société auxquelles appartiennent la plupart de nos cas. Nous' serions donc disposé à regarder les scrofules comme exerçant une prédisposition. Ce fait, d'ailleurs, rappelle bien les cachectiques qu'Esquirol signale comme plus prédisposés à l'épilepsie.

Deux cas de vers intestinaux, dont un detrichocéphales, ne nous paraissent nullement établir que les entozoaires jouent ici quelque rôle étiologique.

En résumé, les maladies convulsives de l'enfance et les scrofules paraissent être, surtout les premières, les seules affections qui aient constitué une prédisposition chez nos malades. Les tableaux étiologiques de MM. Bouchet et Cazauvieilh et de M. Beau offrent des résultats identiques avec les nôtres, sauf pour la maladie strumeuse sur laquelle peut-être ils n'ont pas porté leur attention. Leuret signale les scrofules.

SECTION //. — CAUSES ACCmENTELLES OU DÉTERMINANTES,

S'il est quelquefois difficile d'obtenir des malades ou de leurs parents des données sur les causes prédisposantes des maladies, surtout en ce qui concerne les influences héréditaires, morbides ou morales , il n'en est pas de même quand il s'agit des causes accidentelles; alors le patient ousonen-

tourage n'est jamais embarrassé; à défaut d'influence réelle on en donne une imaginaire. Vous demandez à un individu atteint d'un accès fébrile à quelle cause il attribue son indisposition. — A un coup de froid (comrpe on dit à Genève ), répond-il sans hésiter. — Et quand vous ètesvous refroidi? — Hier, j'ai pris des frissons au commencement de la fièvre. — Mais étiez-vous alors exposé au froid? — Non, au contraire. — Quand donc avez-vous

eu un refroidissement? — Je ne sais pas 11 n'est pas

de médecin qui n'ait pris part cent fois à un semblable dialogue.

Les allégations des patients sur les causes déterminantes des maladies ne doivent jamais être admises sans quelque contrôle , si l'on ne veut pas s'exposer, comme cela n'est arrivé que trop souvent, à introduire de bonne foi une foule de notions fausses en étiologie.

Nous avons toujours pris note exacte de tous les faits allégués sur ce sujet par les épilepliques ou leurs parents, mais en nous réservant d'examiner l'action réelle des causes accidentelles qu'on nous signalait.

Sur nos 68 faits, on ne nous a indiqué que 22 fois des circonstances auxquelles on attribuait l'apparition de l'épilepsie. Sur ce nombre, comme on va le voir, l'action éliologique est au moins douteuse dans trois cas.

La frayeur ou une commotion subite nous ont été signalées dix fois.

Cette cause ne peut être méconnue chez la jeune personne ( obs. â5 ) qui , ayant été l'objet d'une tentative de viol, fut atteinte peu de temps après d'attaques nocturnes qu'on ne reconnut pas d'abord. Une circonstance semblable s'est rencontrée chez le sujet de l'observation 52 : Poursuivie par un homme à intentions brutales, elle tomba

Causes de l'iiPilepsie. 351

en arrivant dans l'allée de sa maison , et eut immédiatement sa première attaque. Il ne peut y avoir de doute dans le cas du jeune garçon ( obs. 13 ) qui fut pris d'un léger accès quelques heures après avoir été surpris par un coup de canon parti inoipinément derrière lui; Tissot (1) et d'autres auteurs ont cité des faits analogues.

Mais on peut mettre en doute, sans la nier, l'influence de la frayeur chez la jeune fille (obs. 38) qui fut poursuivie momentanément par un chien qui ne lui fit aucun mal. Il en est de même du sujet de l'observation 58, qui éprouva , un mois avant sa première attaque , une vive frayeur en voyant des bœufs qu'il conduisait emportés dans une descente. Ainsi de l'enfant de l'observation 66, qui serait devenu épileptique à la suite d'une frayeur qu'il aurait éprouvée en tombant de sa hauteur.

Mais la cause invoquée ne peut être admise dans les observations27, 62 et34.Commentsoutenir qu'il existeun rapport entre une frayeur et une attaque séparées par cinq ou six mois d'intervalle, comme dans les deux premiers de ces cas, et à plus forte raison dans le troisième où la maladie débuta par un vertige six mois après qu'un chien eut sauté sur les épaules de l'enfant sans lui faire aucun mal?

Il ne nous reste donc que 6 cas au plus où l'on puisse attribuer l'épilepsie à la frayeur, soit le chiffre de 9 pour 100. Dans le tableau étiologique de MM. Bouchet et Cazauvieilh, le rapport est de 30 pour 100 j dans celui de M. Beau, de 45; dans celui de Leuret, de 37. Mais nous devons faire observer que ces messieurs ont été moins bien placés que nous pour contrôler les détails des circonstances commémoratives; et la frayeur est aux yeux du public pour l'épilepsie ce qu'est le refroidissement pour la

(1) Ouv, cilé, § 86.

plupart des maladies fébriles. On comprend d'ailleurs, pour un mal comme celui dont nous nous occupons, que les parents aiment mieux mentionner une cause accidentelle que de n'en point indiquer, et surtout que d'en avouer quelqu'une qui soit héréditaire ou morbide. Cette disposition nous a frappé souvent. Ajoutons qu'avec le temps telle cause qui n'était qu'hypothétique revêt peu à peu , dans l'esprit du narrateur, le caractère de la certitude.

Dans 6 cas, on nous a signalé un chagrin profond ou de mauvais traitement. Le sujet de l'observation 17 fut abandonné par sa femme, à laquelle il était fort attaché, cinq à six semaines avant sa première attaque et fut livré pendant ce temps à un chagrin qui allait jusqu'à l'extravagance. M. S... ( obs. 22 ) éprouva, peu de temps avant son accès, de si vives émotions et de si cruels chagrins, par le fait de la révolution de Genève en 18Z|-6, que, dans ce cas encore , l'influence de la cause nous paraît incontestable. La malade n° 60 fut très malheureuse d'un second mariage contracté par son père. La troisième rechute du n° 48 fut provoquée par de mauvais traitements, la quatrième parune condamnation pourvoi. Le sujet de l'observationSS éprouva une rude correction de la part de son père , à une date antérieure à sa première attaque, mais qui est restée douteuse; on nous a bien afGrmé que l'enfant n'avait conservé aucun ressentiment de cette punition qu'on disait méritée ; mais il est naturel qu'on cherchât à atténuer ou à méconnaître l'influence de ce fait. Une circonstance analogue s'est présentée dans l'observation 56, mais le fait était plus fréquent, et nous avons indiqué déjà ce cas dans les influences prédisposantes.

Nous aurions eu ainsi 6 épilepsies sur 68 reconnaissant le chagrin pour cause déterminante, soit le rapport de

CAUSES DE l'épilepsie. 353

8 pour 100. Le tableau de MM. Bouchet et Cazauvieilh donne pour cecheflZipour JOOj celui de M. Beau, 7; celui de Leuret , sous la rubrique misère, 2 ; notre rapport est exactement la moyenne de ceux de nos collègues. Il est à remarquer que la date, le degré, et par conséquent l'influence d'un chagrin , sont plus faciles à constater et à apprécier qu'une frayeur qui ne sort pas des incidents ordinaires.

L'émotion procurée par l'arrivée inattendue d'une sœur provoqua la seconde rechute du n° dS.

Un abus de vin blanc, V insolation etune fatigue extraordinaire nous ont été signalés comme ayant précédé de quatre jours la première attaque d'épilepsie du n° 1/|.. Ce jeune homme, habituellement sobre, avait fait souvent des courses au soleil j en sorte qu'il est probable que c'est surtout à la première des trois circonstances qu'il faudrait attribuer l'invasion du mal.

Parmi les causes physiologiques nous n'avons à mentionner que \amenstruation.On ne nous a indiqué cette fonction, comme cause accidentelle, qu'une seule fois, et cependant on sait quel rôle exagéré on est en général disposé , dans le monde, à attacher à la menstruation comme cause de maladie. Chez le sujet de l'observation 6Ù., la première attaque eut lieu à vingt-cinq ans, dans la première nuit d'une époque menstruelle, au milieu des douleurs auxquelles cette malade était toujours sujette dans ce moment-là.

Pour les causes morbides, nous n'avons à mentionner que trois cas : 1° Celui de la jeune personne (obs. 18) qui a offert les symptômes de tubercules cérébraux. Peut-on donner à une influence de ce genre le titre de cause déterminante? 11 nous a paru que, du moment où nous partagions toutes les circonstances étiologiques en deux ordres

seulement, celle-ci ne pouvait être rangée dans les causes prédisposantes. 2° Le sujet de l'observation n" 55, guéri spontanément depuis quatre ans à la suite de la variole, rechuta le quinzième jour d'une coqueluche. 3° On peut soupçonner une intoxication saturnine ou une lésion organique du cerveau chez le n" 59.

Nous avons épuisé l'étude étiologique spéciale de la maladie elle-même; il nous reste maintenant à indiquer les causes excitantes des accès pendant le cours de réjf>ilepsieo Voici celles qui nous ont été signalées : — ^ Frayeur devant une vache échappée (obs. 52).

— Frayeur, sans cause réelle , dans une marche de '«uit(obs. 58).

• — A plusieurs reprises, le bruit du tocsin (obs. 38). ' — Un bruit subit, chez un très jeune enfant (obs. 23). ' — Deux fois, la vue d'un bœuf qu'on assomme (obs. 36).

— La vue du sang qui coule d'une légère blessure (obs. ZiA).

-^ Le pansement, par une jeune fille, d'un énorme anthrax (obs. kk)-

— Plusieurs fois, des punitions trop humiliantes (obs. 36).

— Un accès de colère (obs. 28).

— Une vive discussion (obs. 67).

. — La fatigue (obs. 28).

— Plusieurs fois, l'abus, sans grand excès, du vin blanc (obs. 16, 28).

— Le n° 13 avait toujours ses accès à table; il était gros mangeur.

— Chez un malade ayant déjà des vertiges éj)ilcpliques, le premier cigare amena la première attaque (obs. 29).

— Ce même malade provoquait le retour des accès par i'in.solation de la têlc nue, jointe au froid des pieds.

CAUSES Dlî f.'épilfpsie. 355

— Une chute douloureuse (obs. lil].).

— A plusieurs reprises , le contact de l'anus enilummé (obs. âl).

Quoique cette énumération puisse paraître étendue , le nombre de ces cas est bien limité, si on le compare au chiffre extrêmement considérable d'attaques que nous avons notées comme étant survenues sans cause appréciable. Mais il est une influence physiologique dont l'action est plus fréquente que celle de toutes les autres causes accidentelles réunies. Nous vouions parier des époques menstruelles. L'influence fâcheuse de chaque apparition mensuelle sur la marche de l'épilepsie, dans la grande majorité des cas, est facile à vérifier. Aussi ne nous sommes-nous pas contenté , pour étudier cette influence , des réponses qui nous ont été données par les malades des observations 28, oO, 35, 38, 48, 6/i, 68, qui toutes nous ont affirmé que les accès ou vertiges étaient plus fréquents immédiatement avant , immédiatement après, ou pendant les apparitions mensuelles. Dans cinq cas (28, 30, 35, 38, 6/i), dont ia plupart ont été suivis longtemps, nous avons noté les dates des époques pour les comparer avec la marche des accès toujours soigneusement enregistrée. Le résultat constant a été que le retour des menstrues était marqué par un redoublement de fréquence des attaques ou vertiges. Cette exacerbation avait le plus souvent lieu au commencement où à la fin de la période, et dans les jours qui la précédaient ou suivaient immédiatement.

Maisonneuve, dans plusieurs de ses observations, a indiqué la même coïncidence.

Néanmoins, comme en réunissant les deux sexes et tous les âges, on trouve que ia grande majorité des casd'épilepsie existe en dehors de la période de fécondité des femmes, on

peut conclure des résultats qui précèdent que presque toujours les accès d'épilepsie reviennent sans cause occasionnelle, et par le seul fait du caractère périodique de l'affection ; de même que la maladie apparaît le plus souvent sous l'influence exclusive des causes prédisposantes.

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