‹ Du pronostic et du traitement curatif de l'épilepsieChapitre 32 sur 80 · SECTION /«, — TYPE D'DN ACCÈS D'ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

SECTION /«, — TYPE D'DN ACCÈS D'ÉPILEPSIE

Un individu , en apparence bien portant , sans aucu?i avertissement préalable , pousse un cri et tombe brusque-

ment , privé de ses sens et de rinteiligence. Déjà des convulsions toniques ont commencé par quelque point du système locomoteur j elles s'étendent bientôt à la totalité des muscles volontaires. La contraction , suivant qu'elle est plus énergique dans les muscles d'un côté du corps que dans ceux de l'autre , dans les extenseurs que dans les fléchisseurs , dans les éleveurs que dans les abaisseurs , dans les constricteurs que dans les dilatateurs , etc. , entraîne telle ou telle variété dans l'attitude fixe des membres , du tronc , de la tête , et dans l'expression de la physionomie. De cette immobilité des muscles et de l'occlusion de la glotte résultent , comme l'ont très bien indiqué Van- Swiéten (4) et M. Beau (2), la suspension de la respiration , puis tous les signes de l'asphyxie j nous ajouterons encore , comme conséquence , l'accumulation de la salive dans la bouche par la compression des glandes salivaires , surtout par l'absence de déglutition.

Cette période est appelée tétanique.

Après ce premier stade , aux phénomènes toniques s'ajoutent des convulsions cloniques partielles , puis générales , qui , suivant leur prédominance dans tels ou tels muscles, dans telles ou telles régions, produisent les mouvements les plus désordonnés et les aspects de la face les plus hideux. La respiration , incomplètement rétablie par ces mouvements , s'exécute d'une manière bruyante j on entend des rj\lcs ou gargouillements produits par le passage de l'air au travers des mucosités ou de la salive bientôt expulsée en écume sur les lèvres. Cette écume est quelquefois rougie par le sang des morsures de la langue. Les

(1) Commentaria in H. Boerhaavii aphorismos. Parisiis, 1758, t. IIF, j). 398, Comment. in aph. 1073.

(2) Mém. cité, p. 333.

NATUiiE i)i;s Acci'S. 379

urines, rendues involontairement, humectent les vêtements du malade.

Telle est la seconde phase, celle des secousses.

Le rûle et la rigidité , qui persistent à l'ordinaire après les convulsions cloniques , diminuent, puis cessent plus ou moins rapidement pendant la troisième période. Celle-ci est marquée par le relâchement musculaire, le coma et le stertor. Elle est l'image parfaite de l'état connu sous le nom de commotion cérébrale. La perle de l'intelligence et des sens subsiste • les pupilles sont très dilatées ; tout le corps est dans un état de résolution ; la respiration est lente, profonde, stertoreuse ; la face est moins colorée ; le pouls , fréquent dans les périodes précédentes , se ralentit graduellement.

C'est la période de ronflement, ou comateuse.

Le malade en sort comme d'un profond sommeil, étonné, hébété, horriblement fatigué, la tête douloureuse. Il ne conserve aucun souvenir de la scène qui a ému si péniblement tous les spectateurs , et à laquelle seul il est resté étranger. Il peut prononcer quelques mots ; mais il ne tarde pas à retomber dans un sommeil qui cette fois sera réparateur.

Cette quatrième phase est celle de retour.

La durée de la première période est fort courte , d'un quart de minute environ • chacune des suivantes est à peu près quatre fois plus longue que celle qui la précède immédiatement.

Tel est le type d'une attaque complète d'épilepsie ; tel il résulte , pour moi , des nombreuses descriptions données par les auteurs , de la lecture d'un nombre infini de faits , et enfin de ma propre observation. Mais ce type , comme la plupart des types , est en réalité une œuvre de

généralisation, et il ne faut pas s'attendre à le retrouver rigoureusement reproduit dans la majorité des cas d'épilepsie envisagés chacun en particulier. Sans parier des nuances dues à l'inégale répartition des mouvements convulsifs, aux différents degrés de leur intensité et à la durée plus ou moins grande des accès , ceux-ci présentent des variétés nombreuses, plus nombreuses encore que ne le supposent les médecins qui ne se sont pas occupés de cette maladie d'une manière spéciale.

L'étude de toutes ces variétés n'a jamais été l'objet d'un travail méthodique, quoique quelques auteurs contemporains, et surtout M. Beau, aient porté déjà dans ce sujet le flambeau de l'analyse. Ce travail important, surtout au point de vue du diagnostic , nous le tenterons , mais sans avoir la prétention de le faire complet, car il faudrait pour cela vivre dans un hospice d'épileptiques.

En conséquence, après avoir analysé nos observations (1) au point de vue des prodromes, du début des attaques , de leurs principaux symptômes et de leur terminaison , nous esquisserons les différences qu'offrent les accès d'épilepsie , depuis la plus intense des attaques jusqu'au vertige le plus léger ; et , d'après ce tableau, nous proposerons une nouvelle classification des degrés divers que présentent les accès.

SECTION I[.—DT.H PllODROMES.

On distingue les prodromes en éloirjnés et en prochains, et l'on a rangé dans cette dernière catégorie des manifestations scnsoriales ou convulsives qui , par leur nature ou l'absence d'intervalle de temps, se lient intimement avec

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l'attaque proprement dite. Pour nous , nous décrirons ces derniers symptômes dans une section consacrée au début de l'attaque j tous les autres figureront dans les prodromes, sans distinction de prochains ou éloignés. Une fois la première défalcation faite , il ne nous a pas paru possible de trouver une limite précise entre les deux ordres de signes précurseurs.

Nous n'avons rencontré de prodromes que chez 9 malades sur 35, c'est-à-dire à peine dans le quart des cas. Georget (1) dit qu'on ne les observe guère que dans Il ou 6 cas sur 100. M. Beau (2) donne un tableau d'oïl résulte la proportion de 17 pour 100 pour les prodromes éloignés et 37 pour les prodromes prochains. Mais pour comparer nos chiffres avec les siens, il faudrait ajouter aux nôtres les cas où nous avons classé ces prodromes parmi ceux du début, et prendre en considération le fait qu'ayant eu affaire à des enfants dans une assez grande proportion , certains signes prodromiques ont dû nous échapper; tandis que M. Beau n'a rencontré des individus de cet âge que très exceptionnellement. Avec ces corrections , nous croyons que les résultats sont assez rapprochés, et qu'on peut établir que les prodromes se rencontrent chez un peu moins de la moitié des épileptiques. C'est pour ce motif que, dans notre description d'un accès modèle , nous n'avons pas indiqué de prodromes.

Ceux que nous avons observés ont été de leur nature très variables :

— Changements dans le caractère : irritabilité , turbulence, violences , tristesse ou abattement.

— Agitation, lutte contre l'accès.

{i) ^n. cité, Ç.Î09.

(2) Mém. ciié , p. 337,

— Vertiges.

— Céphalalgie, congestion à la tète, somnolence, fatigue générale.

— Yeux cernés, polyopie.

— Tremblement nerveux.

— Peau brûlante , sensation de froid , frissons , quelquefois pâleur.

— Nausées , douleurs dans les hypochondres.

— Diarrhée, coliques sans évacuations.

La circonstance que la jeune fille de l'observation 30 eut ordinairement ses attaques sur le siège des lieux d'aisances, tenait vraisemblablement à ce que le besoin d'évacuer était le prodrome de l'attaque.

Mais ces prodromes sont loin d'avoir, comme signes , la valeur qu'on serait disposé à leur attribuer. Si le malade est suivi un peu longtemps et les signes précurseurs notés avec soin , on verra que les prodromes manquent assez souvent et que leur apparition n'est pas toujours suivie d'une attaque.

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