SECTION III.— DU DÉBUT DE L'ATTAQUE ET DE VAURA EPILEPTICA
Les cas dans lesquels on peut suivre , dès son origine , une attaque d'épilepsie sont fort rares , surtout dans la pratique particulière. Et , lors même qu'un accès a lieu en présence du médecin , à moins que celui-ci ne soit prévenu, attentif et placé dans des circonstances très favorables, il est difficile de saisir la toute première manifestation. Mais il est heureusement des cas où, les phénomènes ne se précipitant pas , il est jiossible d'étudier la marche initiale de l'attaque , môme sur les renseignements fournis par le malade ou SCS parents. Tel était le début des attaques du
sujet de l'observation 11. Nous commencerons par étudier ce cas 5 il nous servira à éclaircir plus d'un fait.
La première attaque, chez cette jeune personne , débuta par une crampe ou contracture avec flexion des derniers doigts de la main gauche ; elle poussa ensuite deux ou trois cris pendant que sa main se fermait, que l'avant-bras se fléchissait, et que le bras se relevait de manière à porter la main vers l'épaule j ces contractions successives furent très douloureuses j la tête se retourna; il sembla à la malade que la même sensation gagnait tout le corps ; la connaissance se perdit ; enfin , la jeune fille tomba sur le plancher et eut une attaque bien caractérisée. Même marche dans l'accès suivant. Tous ces détails sont authentiques : la narration m'en a été faite par la jeune fille, sans que je la dirigeasse par des questions; les assistants, personnes intelligentes, confirmèrent les faits. Ces phénomènes, du reste, ne présentent rien d'extraordinaire : La convulsion tétanique a débuté par l'extrémité d'un membre, au lieu de commencer, comme ordinairement, par les yeux ou la tête; et les diverses manifestations du début ont été successives, au lieu d'être simultanées ou presque simultanées.
Nous retrouvons une marche parfaitement analogue dans certains des accès du sujet de l'observation 38 : Crampe très douloureuse des orteils de l'un des pieds, crampe qui arrache des gémissements et même quelquefois des cris; les orteils tendent à se relever ; la sensation douloureuse , accompagnée d'engourdissement, gagne graduellement la jambe , la cuisse du même côté , le ventre , la poitrine, passe aux doigts de la main dont quelques uns se fléchissent, remonte le long du membre thoracique , atteint l'épaule , le côté du cou , les oreilles , la face , et se termine au sommet de la tête; alors la malade perd la vue, la tête tourne sur
elle-même OU se renverse, la connaissance disparaît, les membres s'étendent et se roidissentj la fin de l'attaque est très courte et marquée par quelques secousses de la tête.
Tout est semblable dans les deux cas, à la différence de la chute et à cela près du point de départ plus éloigné , et de la plus grande longueur du début qui était de quelques secondes dans le premier cas, et de quatre minutes dans le second.
Quant à la chute , la durée du début permettait toujours de faire asseoir la seconde jeune fille et de la soutenir ; sans ces circonstances elle serait certainement tombée.
Notons que, dans le dernier cas, la crampe débutait quelquefois par la jambe , la cuisse, les doigts, etc., et passait quelquefois d'un côté à l'autre, mais en marchant toujours de bas en haut dans le même côté. Les détails de ce second fait sont aussi vrais que ceux du précédent : Témoin moi-même d'une de ces crises , j'ai pu en vérifier la minutieuse exactitude 3 et je ne sais voir non plus ici qu'une contraction tonique cheminant dans les muscles selon l'ordre d'origine de leurs nerfs, depuis l'extrémité inférieure du cordon rachidien jusqu'à la base du cerveau.
Dans un autre cas (obs. 19), les convulsions ont débuté par le pouce et l'annulaire gauche ( l'enfLint avait montré , immédiatement avant , ces doigts qui étaient durs (contractures) et douloureux ) j elles se sont propagées du même côté à l'avant-bras, nu bras, à l'épaule et à la face, avec rotation de la tête, constriction à la gorge, etc. Au début l'enfant souffrait aussi de l'œil et portait alternativement la main droite au cou et aux doigts convulsés.
Dans l'observation 16, le début , quoique moins bien caractérisé, était de môme ordre : tension, frémissement et rotation de l'œil gauche , contracture dn sforno-miistoi-
dien du même côté , rotation, puis renversement de la tête, suivis d'un accès j)lus ou moins complet , avec perte ou non de connaissance, suivant l'étendue des convulsions; jamais de cri ; chute ou non, suivant la violence de l'attaque.
Dans l'observation 18, nous retrouvons le même début , quoique avec moins de détails ; mais ce cas appartient aux premiers de la série en ordre de date : «Sensation douloureuse au-dessus et en arrière de la région mastoïdienne , qui gagne la tempe et de là les yeux; en même temps la tête se tourne à gauche; la malade pousse un cri, perd connaissance, etc. »
Dans l'observation 29 : « Au milieu d'un état de vertiges, il a eu, deux fois, un mouvement involontaire de rotation de la tête à droite, avec douleur dans le sterno-mastoïdien gauche et en même temps rotation des yeux , sans autre symptôme convulsif et avec conservation de l'intelligence. Il a éprouvé déjà quelquefois ce genre de crises avant ses attaques; s'il n'en arrive pas une immédiatement, elle survient constamment dans la journée. Ces symptômes lui ont permis quelquefois d'avertir les assistants pour qu'on prévienne la chute en le retenant. »
En quoi ces divers débuts , sous le rapport de la nature du phénomène , diffèrent-ils des faits suivants ?
" ïl a senti ses yeux rouler dans leur orbite, sa tête se tourner à droite, il a fléchi sur le côté, perdu connaissance... V (Obs. 28.)
« Louise était debout au moment de son avant-dernière crise; sa maîtresse s'aperçut que ses yeux se renversaient et qu'elle allait tomber, elle se précipita... " (Obs. 20.)
« Quand le mal me prend , il me fait tourner la tête et mal aux jambes. » (Obs. 36.)
Ces dernières variétés de début ne sont pas rares dans
g86 ÉVALUATION DES FAITS.
les observations des auteurs; et je n'ai jamais rien vu ni lu qui fût en opposition avec l'énoncé suivant , que je regarde comme une règle générale : Quand les symptômes du début ne sont pas simultanés , l'attaque d'épilepsie commence par une convulsion tonique , partielle , précédant le cri, la perte de connaissance et la chute. Seulement , comme nous venons de le voir, le point de départ de la convulsion n'est pas toujours le même, et elle commence plus fréquemment par les muscles de la tête que par ceux des parties éloignées.
Parmi les phénomènes de début que nous ont offerts nos malades , il en est quelques uns qui nous paraissent être de même nature que les manifestations que nous venons d'étudier.
Dans l'observation 38, nous voyons que , outre les accès légers précédés de contracture successive, il y avait de violentes attaques dont l'invasion était différente : « Sensation de quelque chose qui monte et descend au creux de l'estomac , puis remonte au cou (elle montre la région hyoïdienne); la tête tourne à droite; alors elle ne voit plus rien et perd connaissance... »
Dans l'observation 13, nous lisons : « La crise a été précédée d'une légère douleur de ventre qui a remonté au cœur (il montre l'épigastre), et de là à la tôle; alors il a perdu connaissance. »
Dans l'observation 37, les acci'S incomplets les plus forts sont précédés d'une « sensation qui part du ventre et de l'estomac pour remonter au cou ; il dit alors : J'ai mal, j'aimai, puisse met à mâchiller. .. »
« C'est une sensation au cou qui l'avertit de l'approche de ses accès. » ( Obs. 36. )
On sait que les muscles viscéraux participent, dans
NATUPE DES ACCÈS. 387
l'attaque, aux convulsions des muscles de relation, témoin les émissions d'urine et les autres excrétions qu'on obser\e au milieu des accès. Qu'y a-t-il d'étrange à ce que la convulsion tonique débute par Jes muscles du canal digestif, comme par ceux de la main ou du pied ?
Tous les genres de début, rapportés jusqu'ici dans cette section, seraient donc de même nature et n'offriraient que de simples variétés dans la première manifestation convulsive.
Nous ne savons si , à la lecture de ces faits , on a été frappé, comme nous l'avons été nous-même en les observant, de leur analogie remarquable avec les phénomènes qu'on a décrits sous le nom d'aura epileptica.
h^aura epileptica ne serait-elle autre chose que la marche de la convulsion ayant son point de départ dans quelque partie éloignée de la tête ? Le phénomène aurait-il été mal décrit par les patients, et ies observateurs auraientils été entraînés ainsi h d'inexactes descriptions? Les médecins eux-mêmes n'auraient-ils point mal traduit les expressions vagues de leurs malades? C'est ce que nous nous sommes longtemps demandé, et nous étions fort tenté de répondre par l'affirmative, en ne consultant que nos propres observations.
Cependant la solution du problème mystérieux de Vaura nous a paru valoir la peine de quelques recherches. Cette solution ne pouvant s'obtenir qu'en examinant avec soin les faits de ce genre qui ont été publiés , nous nous sommes occupé à rechercher dans les auteurs tous les cas à^aura que nous pourrions rencontrer ; nous avons du remonter à Hippocrate et redescendre jusqu'à nos jours. Nous espérons que le lecteur voudra bien nous suivre dans cette pérégrination faite au travers de vingt-trois siècles, pour éclaircir et
résoudre peut-être enfin une question 'qui a occupé tant de place dans l'histoire del'épiiepsie. Le voyage sera, du reste , . moins long que l'étendue du trajet ne le ferait présumer. En rapportant les observations des auteurs, dous nous bornerons à ce qui peut jeter de la lumière sur le point spécial que nous étudions dans ce moment.
Sauf dans un très petit nombre de cas où nous n'avons pu faire autrement , nous avons recouru toujours à la source première, et, toutes les fois que nous avons été réduit à l'érudition de seconde main , nous n'avons puisé que dans des auteurs tels que Schenkius dont nous avons plus d'une fois vérifié la scrupuleuse exactitude dans la reproduction des textes.
Mais avant d'entrer dans le champ des citations, comme nous nous sommes toujours borné à reproduire les détails originaux , ou quelques points des descriptions générales , sans aborder les questions de doctrine , il y a quelque convenance , pour faciliter l'intelligence des textes , à rappeler que les anciens , et même les modernes jusqu'à la fin du siècle dernier (exemple : Tissot) , divisaient l'épilepsie en trois genres.
Dans le premier genre , la maladie prenait son origine dans la tète : Epilepsia ex capite vel ex cerebro.
Dans le deuxième , c'était dans un viscère , principalement de l'abdomen : Epilepsia ex ore ventriculi , ex utero , etc.
Dans le troisième genre, l'épilepsie provenait d'un des membres ou d'une partie extérieure : Epilepsia ex parte externa.
Nous n'avons pas ici h nous occuper du premier genre. Quant aux faits du second genre, une grande partie de ceux cités par les auteurs n'appartiennent pas à l'épilepsie j ce
sont surtout d^ cas d'éclampsie des femmes grosses ou en couches, d'hystérie ou de convulsions sympathiques des enfants. D'autres cas qui sont véritablement des faits d'épilepsie n'ont été rangés dans le second genre que par ce fait, que les attaques étaient précédées ousuivies de vomissements ou d'autres symptômes appartenant aux voies digestives , etc. En un mot , les observations de cette catégorie que j'ai lues ne fournissent aucune lumière sur la nature du phénomène que nous cherchons à étudier. Ce seront donc exclusivement des cas d'épilepsie du troisième genre que nous emprunterons à nos devanciers.
9fédecins grecs,
lîippocrate connaissait déjà les attaques que les patients sentent venir de la tête, des côtés, des mains ou des pieds, et il regarde le pronostic comme plus favorable dans ces cas que dans ceux où il n'y a aucun signe avant-coureur (1) ; mais on ne rencontre dans le père de la médecine aucun détail sur la nature de Vaura.
j4rétée est plus explicite : « il est des individus
chez qui , la cause résidant dans la tête , l'accès débute par cette partie ; chez d'autres il commence par des nerfs éloignés de la tête et en rapport avec le siège primitif du mal : ainsi les premiers doigts ou les premiers orteils se contractent avec douleur , engourdissement et tremblement ; bientôt ces symptômes se propagent vers la tête , et , dès que le mal en rampant atteint cette partie, les malades y éprouvent le retentissement douloureux (TraTayoç) que ferait éprouver un coup de pierre ou de bâton • aussi, quand plus tard ils se relèvent , se plaignent-ils d'avoir été iraî
(0 Prœdicla, lib. II, cap. 21.
treusement frappés ; mais cette erreur ils ne la commettent que dans une première attaque. Ceux que la répétition des accès a familiarisés avec ces sensations, au moment oii le mal saisit un doigt ou toute autre partie habituelle, instruits par l'expérience, appellent à leur pecours les personnes qui ont l'habitude de les aider, et les supplient de serrer , fléchir ou étendre la partie affectée ; eux-mêmes la tiraillent comme pour en expulser le mal. Par ces manœuvres on a réussi quelquefois à arrêter l'accès (1). »
Arétée , le plus grand peintre parmi les médecins de l'antiquité , décrit le phénomène comme nous l'avons observé : Convulsions des doigts ou des orteils avec douleur, engourdissement et tremblement. Dans le tableau de l'angoisse du patient qui, averti par là de l'approche de l'attaque , cherche à en prévenir l'invasion , qui ne reconnaît pas un malade atteint de crampes , et cherchant à les arrêter en serrant , tirant , fléchissant ou redressant la partie qui en est le siège ? Nous reviendrons plus tard sur ce passage d'Arétée, qui , je ne sais par quelle fatalité, n'a jamais été , à notre connaissance du moins , reproduit d'une manière complète par les auteurs qui ont écrit sur l'épilepsie.
Galien s'exprime ainsi sur ce sujet :
« Il est une espèce assez rare d'épilepsie (genre
ou variété, peu importe) dans laquelle le malade sent l'affection commencer par une partie quelconque et de là remonter au cerveau. J'ai vu , pour la première fois, un cas de ce genre chez un enfant de treize ans, un jour où, quoique fort jeune , j'avais été appelé en consultation avec les premiers médecins de l'époque. J'entendis alors le malade raconter lui-même que le mal prenait son origine dans la
(I) De signii el causis aculomm morborum , lib. I , cap. 5. — Dt epilepsid.
jambe , remontait bientôt tout droit à la cuisse , puis aux lombes , de là par les côtés à la nuque , et enlîn à la tête. A l'instant où cette région était atteinte , il y avait perte absolue de connaissance. Comme les médecins lui demandaient ce qu'il sentait monter à la tête, l'enfant ne sut que répondre.
«Plus tard un autre jeune homme intelligent, qui gardait sa connaissance, et pouvait par conséquent raconter ce qui se passait alors, disait que ce qui montait était une sorte de vapeur froide (aupav Tiva (];uypav) ; d'où Pélops , mon maître , concluait qu'il ne pouvait s'agir ici que de la propagation, par continuité, de quelque altération inconnue, ou de la transmission de quelque vapeur aériforme (aupav '7ircpt'Trv£u[j,aTr/,-/iv),» Comparant, en conséquence, la marche de l'accès, dans ce cas , avec celle d'un venin dans l'économie, et considérant que, par la ligature ou la résection de la partie piquée ou mordue , on prévient l'inoculation générale, les médecins , sur le conseil de Pélops, espérèrent guérir le jeune malade , sans préjudice du traitement général de l'épilepsie , « en appliquant une ligature au milieu du membre , au-dessus de la partie affectée la première. On prévint en effet, par ce moyen , le retour des accès , quoique jusqu'alors le malade en eût été journellement atteint (1). »
Ce passage est, pour la solution de notre problème, d'une haute importance ; en effet, c'est ici que pour la première fois il est fait mention à' aura. Notons donc: 1° Que c'est sur la simple assertion, sans détails, d'un jeune malade qui est appelé à rendre compte de la sensation qu'il éprouve au début de ses accès, que s'introduit dans la science la notion de Vaura quœdam frigida; 2° que
(1) De lotis affeclis , lib. III, e. 7.
Pélops, en rapprochant !a marche de la sensation de celle de l'inoculation des venins, ne fait ici qu'une simple comparaison ; 3° que ce n'est que par analogie qu'il prescrit la ligature. Nous appuyons sur ces points , parce que ce fait et le commentaire de Pélops ont eu un immense retentissement dans l'histoire de l'épiiepsie,
Aetius (1) n'a fait que copier Galien.
Alexandre de Traites : «J'ai vu un lecteur, atteint d'épiiepsie, qui disait sentir au moment où il allait être atteint de l'accès U7ie sorte de vapeur froide (a-jpav Tiva ij^u/pav) qui montait de la partie supérieure du pied au cerveau... » Il prescrivit des purgatifs et un exutoire sur le point de départ, qui procurèrent la guérison du jeune homme (2).
Actuarius : « Il est un autre genre d'épilepsie dans lequel une vapeur froide et corrompue, comme le venin des animaux malfaisants, s'élève au cerveau où déjà s'est accumulée une humeur pernicieuse... (o) » Notre auteur ne se contente plus de copier, comme Alexandre Vaura frigida de Galien; prenant la comparaison de Pélops pour une réalité, il ajoute Tépithète de corrompue.
N'ayant rien trouvé sur le sujet dans les médecins latins, nous allons passer immédiatement au xvi^ siècle.
Seizième siècle.
Ali-Rodoham (h) est le seul des médecins arabes qui mentionne le phénomène dont nous nous occupons : « J'ai vu
(1) Conimciœ ex veleribu.i mciUc. teirabilos, Tel. II, sermo n, cap. 13.
(2) De arle medica , lib. I , cap. LS.
(.3) De methodo medcndi, lib. I , cap. lO. — De cerebri , dorsiqne medullce ejfecdbit.i.
(4) Cornm. ad lib. III, lexl. 191, Tcchu. Caleiii. Apud Sclicnkium , (Jbierv. vicd. curioi. Francofurli , cum addit. Laur. Strauss, p. 110.
NATURE DIÎS ACCÈS. 393
une espèce extraordinaire d'épilepsie : Un écrivain sentait, deux ou trois fois par mois, dans le bras droit, monter quelque chose de froidqu'i provoquait, en arrivant à la tète, un léger accès d'épilepsie. » Ici ce n'est plus une vapeur, c'est quelque chose.
C'est exactement l'expression de Champier ou Campegius, qui écrivait quinze ans après : «C'était comme quelque chose de froid qui montait et touchait la région précordiale (1). »
Brassavola : « J'ai soigné et guéri une dame chez qui la matière montait du doigt auriculaire gauche, par le bras, à la tête; quand elle atteignait le cerveau, la malade tombait en épilepsie (2). » La vapeur vénéneuse a pris ici une orme matérielle; c'est une inspiration galénique, car l'illustre médecin de Ferrare n'avait pas vu monter une matière.
« Sylvius a vu, « dit Schenk, » un épileptique qui disait pressentir son accès par une sorte de chatouillement du gros orteil; de là la vapeur (^spiritus) gagnait, par les membres, l'épine et produisait l'attaque en s'introduisant au cerveau (3). » Spiritus est évidemment ici une traduction du mot grec aupa. "
Faventinus (Bened. Vict.) : « Je soignais un vieillard chez qui la vapeur montait du doigt au cerveau et amenait ainsi l'accès d'épilepsie. Je lui prescrivis de lier fortement le doigt au-dessus de l'articulation; et, si la matière s'élevait également, d'appliquer une ligature encore plus serrée en avant du point de départ, afin d'attirer la
(1) Annou ad Itisl. 26, lib. l, Gahni. Apud Schenkium, loc. cil., p. 111.
(2) Comment, ad aplior. 45, lib. II, Hippoc. Apuii Schenkium, loc. cil., p. 110.
(3)JApu(i Schenkium , loc. cit., p. 112.
matière de ce côté. ïl dut aussi dormir la nuit dans un fauteuil, pour que la matière eût moins de tendance à monter et à se vaporiser vers le cerveau. Le malade guérit par l'emploi de ces moyens (1). »
Dovinctus : « J'ai vu un épileptique qui sentait, un peu avant l'accès , une espèce de chatouillement à la lèvre supérieure, et une sorte de vapeur [aura quœdam) qui gagnait graduellement la lêtej le malade jouissait encore de ses sens quand elle montait au cerveau j mais, arrivée là , elle provoquait l'attaque. Il guérit par l'application d'un cautère sur la lèvre même (2). »
L'élégant Fernel , en parlant sans détails du phénomène, copie aussi jusqu'au quœdam âes premiers traducteurs de Galien ; mais il introduit une petite variante : il met frigidior (â) au lieu de frigida.
Donzellini [Hieron.) paraphrase l'expression 5 il dit • Jura quœdam et vapor [h).
Hollier, le premier, a donné sur le sujet une suite d'observations courtes comme celles de cette époque , mais caractéristiques : « L'épilepsie est très souvent sympathique, soit par les causes que nous avons énumérées , soit par le ait d'une aura qui s'élève de quelque partie jusqu'au cerveau. »
a Ainsi , chez un noble Écossais , Jacques de Flamin , jeune homme aux cheveux rouges , l'accès commençait dans le mollet droit , par une crampe ; bientôt survenaient des convulsions générales et l'écume à la bouche. ...»
(1) De medcnil. morb., cap. 5. Apiiri ficlionkium , loc. cit., p. 110.
(2) Apolofj., lib. III, cap 2. Apud SchcnKiiim , loc. cit., p. IlO.
(3, Uiiiveisa niKdicina. Gcneva;, l.')80. — Patliolof)., lib. V, cap. 3, p. 40S. (4) In libro Consiliorum médicinal, Laurenli Scholxii. Ilanoviœ, 1610. In-folio, p. KH.
« Chez un autre jeune homme , le point de départ était le petit doigt gauche j à l'arrivée au cœur, il y avait palpitation ; a l'arrivée à la tcte , chute. La main était convulsée pendant la marche ascensionnelle de Tawî'a, »
« Chez un Écossais de vingt ans , l'attaque commençait par un ^rewô/eme??^ de la main droite qui gagnait le seinj puis survenaient des convulsions avec perte des sens, de la parole et de l'intelligence j sur la fin de l'accès , il pouvait boire et manger, sans reprendre connaissance. »
« Dans beaucoup de cas on observe d'abord duti^e^nblement et des convulsions dans un bras, puis les secousses de la tète. »
« Le 8 mars 1555, un jeune Picard, âgé de quinze ans, eut un accès qui débuta par un engourdissement de la main droite j les trois premiers doigts étaient contractés et l'index fortement étendu ; le bras 5e tordit obliquement , le corps fléchit, et le malade tomba. »
« Dans un autre cas , le mal débuta par l'articulation de l'épaule ; bientôt après il y eut tremblement de tout le bras, puis constriction des mâchoires et chute
» On peut appliquer à ces cas des traitements variés : la ligature au-dessus du lieu d'origine, la saignée de la veine la plus rapprochée , un cautère ou un vésicatoire sur la partie affectée... des frictions pendant le paroxysme... (1).»
Aucun auteur, ni avant, ni après Hollier, Maisonneuve excepté , n'a donné de son propre fonds un aussi grand nombre de faits d'épilepsie , sympathiques externes; il en a même raconté un de plus , mais nous ne l'avons pas reproduit, parce qu'il ne nous a pas paru être un cas d'épilepsie. Ses descriptions, tout en se rapportant à celle d'Arétée ,
(1) Opéra omnia praeiica. Parisiis , 1664, in-folio. — De tnorbis internis, lib. I, cap. 16, scolia, p. lOl-lOg,
sont entièrement conformes à nos faits de même genre. Le jeune Picard en particulier a du rappeler à nos lecteurs plus d'un cas de notre série. Holiier se sert, il est vrai, de l'expression â'au7'a, mais évidemment comme d'un mot générique , car les phénomènes qu'il décrit, tous convulsifs, n'ont aucun rapport avec le vent ou la vapeur froide du malade de Galien.
L'un des scoliographes de Galien rapporte le fait suivant : « Chez un épileptique , la vapeur froide, partant de la partie supérieure du bord interne du pied , amenait l'attaque quand elle parvenait au cardia. Le malade, averti par l'expérience, apprit à se préserver de ia chute en fléchissant fortement le corps en avant , et en interceptant ainsi le cours de Vaura{\). « Nous tirerons plus tard quelque parti de ce fait.
Liéber ou Eraste : « Les médecins ont aussi observé que répilepsie commençait souvent par la convulsion de quelque partie d'un membre , comme les bras, les pieds , les doigts, l'épaule et les omoplates, sans que le malade s'aperçût que rien montât au cerveau (2). » Voilà la première protestation directe contre Vaura, et c'est peut-être la seule qu'on rencontre dans la science avec l'indication de la nature convulsive du phénomène. Évidemment cette protestation a passé inaperçue.
Les passages suivants de Cardan montrent jusqu'où peut conduire la foi aveugle dans la parole du maître : « Il est un troisième genre extrêmement rare d'épilcpsie que je n'ai vu qu'une fois : c'est celui où une espèce de vapeur froide (aura quœdam frifjida) s'élève d'une partie quel-
(1) Scol. ad libr. III- Oe loch affect. Galcrii, libclli in IG forma excusi. 1502. Apud Schenkium, loc. cit., p. 111.
(2) Disput. contra Paracelmm., part. 4. Apud Schenkium, loc. cit., p. 111.
conque du corps , par exemple de la cuisse , et fait contracter le cerveau dès qu'elle y parvient (1). »
« Chez un de mes malades, François Corio, j'ai vu de mes propres yeux la vapeur [flatus) s'élever par la cuisse en telle quantité, qu'on semblait voir une fontaine ou un canal creusé dans ce but par la nature (2). »
Il est difficile d'expliquer cette apparence autrement que par le tremblement du membre et son volume augmenté par la contraction. Dans cette hypothèse, n'y a-t-il pas lieu de s'étonner que l'autorité du maître ait pu entraîner l'excentrique philosophe italien, à traduire d'une manière aussi bizarre un phénomène d'une nature aussi simple ?
Trincavella mentionne, dans un cas d'épilepsie débutant par un pied, l'ascension de quelque chose que l'enfant ?ie savait pas définir (3).
Les savants du nw" siècle, on le sait, s'appliquèrent bien plus à retrouver, à reproduire et à confirmer les doctrines des anciens, qu'à rechercher librement et par l'observation les véritables lois de la nature. Quand ce caractère de l'époque ne se manifesterait pas avec évidence dans les œuvres scientifiques et même littéraires de ce siècle, il ressortirait de cette rapide histoire de Vaura epileptica. En effet, en mettant à part Ilollier, qui s'est borné à retracer les résultats d'une bonne observation , et le rude adversaire de Paracelse, nous n'avons trouvé que des copistes d'une expression à laquelle Galien avait attaché trop d'importance ;
(1) opéra omnia. Lugduni , 1663. In-folio, t. X. — Traciaïus de epilepsiOf p. 389, prima columna.
(2) De cousis, signis ac locis tnorb., pars prima (Apud Schenkium, loc. cit., p. 112.
(3) De raiione curandi pari. corp. hum. affect., lib. II, cap. 6. Apud Schenkium , loc. cit., p. 112.
et il a suffi du mot du maître pour changer, aux yeux de tous, la nature réelle du phénomène.
Dans le xvip siècle, des faits plus explicites laisseront percer plus souvent la lumière ; mais on y retrouvera presque toujours les traditions du siècle précédent.
Dix-septième siècle.
Pour donner un peu plus d'intérêt à notre revue , nous cesserons de suivre pas à pas , dans les deux siècles suivants, l'ordre chronologique , et nous rapprocherons les auteurs suivant la manière dont ils ont décrit le phénomène que nous étudions. Nous commencerons par ceux qui ont vu les faits au travers de la description de Galien , nous terminerons par les observateurs originaux.
Puérari {Daniel) (1), dans l'histoire d'un artisan épileptique chez qui le mal partait d'une cicatrice au pied, ne décrit la sensation que par la phrase sacramentelle : aura quœdam fngida; une ligature fortement serrée faisait éviter l'attaque.
Salmuth (2) cite un cas semblable où la ligature avait le même résultat; seulement il se demande comment il pouvait se faire que la cuisse par oii montait Vaura quœdam frigida parût au malade cinq ou six fois plus volumineuse qu'à l'ordinaire.
Le même auteur (o), sous le titre de Prodromes de l'épilepsie , raconte que « la seule incommodité que ressentait un épileptique , au moment qui précédait l'invasion des accès, outre un tintement dans les oreilles et une certaine
(1) Addila ad Burnet (Thom.). Thésaurus medicinœ praciicœ, lib. V, «ect. 4, snbsccl, 18. Gcrieva;, 1C78, in-12, p. 4013.
(2) OOserv. vtcdiciir. canluriœ 1res, ccnl. l , obs. %. Brunsviga;, lGi8, p. 64 et 65
(3) Op, cil , cent. III, obs. 62.
ardeur, était une rétraction convulsive du pouce dans la paume de la main. » Il ajoute : « Une fille de ma sœur avait exclusivement, mais souvent, ce dernier symptôme. Il céda à un traitement antiépileptique. » Salmuth rentre ici dans l'observation directe.
Tulpius (1), dans un fait analogue aux précédents, parle d'îme vapeur vague et errante s'élevant du gros orteil droit, à^ une matière vénéneuse laissant dégager ses vapeurs j mais il ajoute que celles-ci , en s'arrêtant quelquefois au genou, à l'épaule ou dans quelque muscle du cou, y provoquaient une douleur évidente. Le malade guérit par un traitement très complexe où figure le fer rouge appliqué sur l'orteil, à diverses reprises, jusqu'à l'os.
Le même , dans un cas où le mal avait identiquement la même origine , dit que , pendant l'ascension de la vapeur, le bras était en proie à un fort tremblement. Ce maadle guérit par les moyens employés dans le cas précédent (2).
Zacutus (3) parle également d'un tremblement prolongé du pouce gauche 5 mais le médecin juif de Lisbonne, payant son tribut à la théorie, ajoute : « Dès qu'il cessait (la vapeur vénéneuse montant du pouce à la tète), l'attaque d'épilepsie arrivait sur-le-champ. »
Un anonyme , dans les Ephémérides des curieux de la nature (4), rapporte que, chez un épileptique qui sentait s'élever une sorte de vapeur [velut aura) de la main et du bras gauche à la tête , il en résultait de la douleur. « On apercevait à l'œil la marche de Vaura dans le bras. »
(1) Observ. medicœ, editio sexta. Lugd. Batav., 1739, lib. IV, cap. 2, p. 280.
(2) Op. cit., cap. 3, p. 282.
(3) Praxh medica admiranda. Lugduni, 1637, lib. I, Obs. 19.
(4) £p. Acad. cur. nai., dec. 1, ann. III, obs. 336, sive t. III, p. 472,
ZiOO ÉVALUATION DES FAITS.
Que pouvait-il voir, si ce n'est quelque frémisseiHvent ou quelque contraction musculaire ?
Nous citerons ici , en l'abrégeant , une observation de Tli. Bonet (1), intéressante au double point de vue de rinfluence de la ligature et de la conservation de l'intelligence dans les attaques,
« On a cité des faits d'épilepsies sympathiques tirant leur origine d'un très grand nombre de parties diverses du corps j mais on n'en a publié aucun où l'affection partît de la région inguinale. J'ai observé un cas de ce genre en 1656, sur un M. Rosselet de Neucliâtel , en Suisse, receveur des contributions de la vallée du Locle. C'était un homme de cinquante ans , à cheveux rouges , aimant la bonne chère et fort voué , dans sa jeunesse, au culte de Vénus , comme il le disait lui-même. Par intervalles , il ressentait dans l'aine gauche un gonflement comme un bubonocèle ; de là une sensation de fourmillement descendait lentement dans la cuisse et jusqu'à la plante du pied. Quand elle y était arrivée, une sorte de vent ou de vapeur [vapor quidam, quœvis aura ) remontait rapidement de ce point jusqu'au cerveau , dont elle n'atteignait que le côté gauche, comme on pouvait en juger par ce fait, que les convulsions n'affectaient que le côté gauche du corps et de la figure , qui était déformé par de fréquentes grimaces. Le malade conservait sa connaissance et la parole, mais celle-ci était altérée , la vaj)eur atteignant aussi les nerfs de la langue. Il me disait en balbutiant, au milieu du paroxysme : Ployez, voyez, comme ce mal atroce me tourmente. Il éprouvait en effet en même temps des secousses dans les bras et dans les jambes ; cet état cessait au bout de cinq minutes. » Le ma-
(I) S<pulcliretum, Gpnevœ, 1700, in-folio, l. I; 1. 1, scct, 12. — De epitepsia, Mipcndix, p. 292.
lade auquel Bonet proposa d'appliquer le fer rouge sur le point de départ, et sur divers points du trajet de Vaura, s'y refusa d'une manière absolue ainsi qu'à l'établissement d'un cautère sur l'aine. « Il consentit cependant à employer une ligature au-dessus ou au-dessous du genou, pour intercepter le cours de Vaura. Dès que celle-ci se mettait en mouvement, dès que le malade sentait la démangeaison et la tuméfaction de l'aine , il serrait fortement autour de sa jambe une jarretière qu'il tenait constamment suspendue au bord de son lit. Ainsi, il réussit toujours à arrêter le paroxysme et abandonna tout autre remède. Un soir qu'il soupait avec sa femme et ses enfants , qui avaient poussé la table contre son lit, Ja vapeur se fit sentir j on ne put éloigner assez vite les obstacles qui empêchaient de saisir la jarretière ; la vapeur, devenue d'autant plus violente qu'elle avait été plus longtemps comprimée , s'éleva avec une telle fureur, que cet homme distingué périt dans le paroxysme. »
Quelque extraordinaire que puisse paraître cette histoire, je la crois vraie dans toute son étendue. Si on laisse décote Vaura, qui n'est ici qu'un mot ou une théorie, il n'est rien dans tous les autres phénomènes qu'on ne retrouve dans des observations très circonstanciées et très dignes de foi. Nous verrons plus loin, dans Odier, un exemple assez analogue des suites funestes résultant de la négligence de la ligature , chez un malade qui en faisait dès longtemps le plus heureux usage. Quanta la nature des attaques, elles ressemblent tout à fait à celles de notre 19'' observation.
Schellhammer (1) cite le fait suivant comme un cas d'awa descendante [nescio quis vapor): «Un homme déplus de quarante ans, dans l'imminence de l'accès , sentait tou-
(1) Epk. Acad. nat. cur.yàéc II, anq. VU, obs. 197, sive tom. XIV, p. 374.
/j05 évaluation des faits.
jours quelque chose (aliquid) qui descendait du cerveau dans un bras , et il l'annonçait aux personnes présentes. Puis le malade, conservant encore tous ses sens , sentait et voyait son bras se mouvoir [moveri) ; de là la matière morbifique gagnait le reste du corps; la chute arrivait, et la tète , comme les autres parties, était bientôt agitée d'horribles convulsions. »
Grubelius (1) , après avoir parlé en général de l'horrible venin (truculentum venenum) qui , dans l'épilepsie, se répand d'un point donné dans tout le corps, raconte le cas d'un homme qui, « s'apercevant d'un spasme d'un doigt de la main droite , s'écria à haute voix : Vois comme la crampe me tient ! et à l'instant même il fut saisi de telles convulsions dans tout le corps , que les assistants en furent frappés d'étonnement et de stupeur. »
Dans ces deux faits , la véritable nature du symptôme perce au travers d'une préoccupation systématique.
Le cas suivant; est fort analogue : nous le devons à J.-M. Faber (2). « Un jeune homme qui jouait gaiement aux quilles avec ses camarades fut pris tout d'un coup d'un tremblement qui , alternant d'un doigt à l'autre , le força de lâcher la boule ; il tomba en proie à une attaque d'épilepsie. »
Mercelinus (3) , dans un cas d'épilepsie débutant dans un orteil , dit qu'au début des attaques on voyait le patient « tantôt baiser la partie affectée , tantôt , comme pour arrêter la marche de Vaura à tra^ers la cuisse , la manier et la caresser d'une main légère. » Ces manœuvres ressemblent à celles décrites par iVrétéc.
(1) Epk. Acail. nat. car., ûéc. Il , ann.yiU, obs. 39, .v/ye tom. XV, p. 100.
(2) Efili. ylcad nai. cnr., dér. II , ann. IX, iiddita, sivc loin. XVI , p. 464.
(3) E]ih.Acad. nul. cur., dcc.I.ann. VI et VII, obs. 77, swe torn. V, p. 1J2.
NATfJRK DKS ACCÈS. i03
Nous emprunterons au dernier auteur que nous ayons à citer dans le xvii^ siècle une des observations les plus claires et les plus complètes qui aient été publiées sur le sujet que nous cherchons à élucider : elle est due à Camerarius (1) , et porte pour titre : Epilepsie sympathique. « Un jeune homme de vingt ans, à la fin de février et pendant le mois de mars de cette année (169/|-), souffrait parfois d'un mouvement spasmodique (motus spasmodicus) du doigt médius gauche , qui se propageait rapidement aux quatre autres doigts et à la paume de la main. Ce malaise revenait tous les quatre , cinq ou six jours , sans autre incommodité et sans nul autre symptôme. Le 5 avril, à sept heures du matin, notre jeune homme montrait en riant , à ses frères et à ses sœurs , le mouvement indiqué plus haut, quand survint tout d'un coup une contraction et une tension de la totalité du bras, suivie de la chute du malade et d'une violente attaque d'épilepsie. Dès lors, les accès ont reparu, tantôt tous les trois ou quatre jours, tantôt à un intervalle un peu plus long. Ils sont toujours précédés d'un mouvement spasmodique, d'abord des doigts annulaire et médius, puis du pouce et des autres doigts, ensuite de la main et de l'avant-bras ; de là, la contraction gagne lentement le bras et les muscles du cou; au moment de la rotation de la tête , fa vue se perd , puis l'ouïe , et l'attaque d'épilepsie survient. Entre les accès , le jeune homme jouit d'une bonne santé et n'éprouve aucun malaise , si ce n'est une douleur pongitive, mais supportable, de la main, comme si
elle avait été gelée Des ligatures faites vers le
coude avec une large bande ont prévenu quelquefois les attaques. »
(1) In Wepfer (J.- J.) : Observât, yiiedico-pfaclicœ de affectibus capilis. Scaphusii ,1727, obs. 1 34 , p. 63( ,
tiOll ÉVALUATION DES FAITS.
Cette observation , rapportée par Wepfer, lui avait été envoyée par Camerarius comme mémoire à consulter. On pourrait la croire copiée de notre 11^ observation.
Dix-buitième siècle.
Uaura , qui a joué un si grand rôle dans la plupart des épilepsies sympathiques externes racontées par les auteurs des deux siècles précédents, ne reparaîtra presque plus dans celui-ci, et le quœdam frigida aura disparu pour toujours. Bosquillon, dans ses notes sur Cullen (i), mentionne bien Vaura dans deux observations de son auteur, mais il n'entre dans aucun détail sur la nature de la sensation j l'un des malades aurait guéri par la section du nerf du pouce, l'autre aurait souvent prévenu les attaques au moyen d'un tourniquet placé au-dessous du coude.
M. -A. Mori (2), en parlant d'attaques débutant par la cuisse gauche, dit que la sensation éprouvée par le malade était une espèce de flamme [quamdam veluti flammam).
Gilihert (3) raconte deux cas d'épilepsie où les convulsions étaient bornées à un seul côté du corps. Dans le premier cas, le mal commençait dans le pied gauche par une f/oii/ew^ accompagnée de fourmillement; alors la patiente demandait aux assistants de lui saisir et tirer le pied j si on ne le faisait pas, Tattaque arrivait. Dans le second cas l'accès débutait par un spasme des orteils • la cuisse , le bras, l'œil gauche étaient convidsés.
Stuerlin (Jx) donne l'observation d'une jeune fille qui,
(1) Elémenls de médecine pratique <\<i Vj\i\\Qn , traduction de Bosquillon. Paris, 1787, tom. II. — De l'épilepsie, noies ^ et c du traducteur sur le § 1318.
(2) Ephcm. Acud. uûl.car., cent. I, obs. 80, iive (om. XXVf, p. 150. (.3) yldvcrsaria medico-praclica. Lugduni, 1701, p. 19Get 197.
(4) Ephcm. /jcnd. nat. cur., cent. I, obs. 85, sive tom. XXVI , p. 158.
NATURE DES ACCÈS. LlOb
étant couchée, sentait par intervalles un spasme dans le bras gauche, qui gagnait successivement tout le corps es amenait les convulsions générales. 11 la guérit en la faisant frictionner avec une décoction vineuse de rue.
Boerhaave (1) a vu un jeune homme qui fut atteint d'abord de spasmes et de douleurs dans les pieds et le tendon d'Achille. Ces spasmes montèrent peu à peu, deux ou trois fois par an, pendant deux années consécutives, dans les jambes et les cuisses. Ils finirent par gagner le côté droit et la tète, et amener des'attaques complètes d'épilepsie. Le paroxysme retardait toujours lorsqu'on faisait une ligature à la jambe droite.
Locher (2) parle d'un épileptique qui éprouvait un spasme douloureux au coude droit, toutes les fois qu'il était menacé de son accès. Un vésicatoire entretenu sur le coude pendant un mois et l'usage du quinquina associé au camphre guérirent cette maladie.
Tissot f3) cite brièvement l'histoire d'un cordonnier atteint d'épilepsie, chez qui les attaques commençaient toujours parc?ei/a5 ou troisrudes secousses à la partie intérieure de la cuisse; bientôt le mal montait avec une rapidité étonnante et l'accès arrivait.
Un épileptique, traité par JobBaster (II), éprouvaittoujours, un peu avant l'attaque, une sorte de convulsion ou de spasme dans les tendons des extenseurs des doigts de la main gauche. La ligature, conseillée parBaster, réussit le
(1) Consull. 2, P. G. (Cité par Sauvages, lYosol. meih., classe IV, — Epilepsia pedis symptomaiica , ou Traduction de Gouvion , Paris, 1772 , tom. IV, p. 120.)
(2) Obs. pracl. circa luem veneream , epHepsiam , etc. Vienne, 1762. — Z>e epilepsia, p. 42.) (Cité par Sauvages, ouv. ciié , p. 224).
(3) Ouv. cité , § 35.
(4) Acla physico-medica Acad. naU curios., vol. VIII , obs. 13, p. 51.
plus souvent à prévenir les accès j et le malade finit par guérir au moyen d'un traitement complexe dans lequel figura un cautère appliqué sur le poignet.
Rammazini, d'après Morgagni (1), a vu beaucoup d'épileptiques chez lesquels on arrêtait l'accès qui montait du pied, avec une bande mise autour de la jambe.
Enfin nous terminerons notre revue du xviii^ siècle par deux cas d'épiiepsie guéris par des opérations.
La première est de Short (2); elle ne doit pas être résumée: «Au mois de juillet de l'année 1720, une femme âgée d'environ trente-huit ans, vint me consulter j elle était attaquée depuis douze ans d'épiiepsie.... Les accès revenaient pour lors quatre ou cinq fois par jour, et duraient chaque fols une heure ou une heure et demie, ce qui la rendait triste, stupide et incapable d'avoir l'œil sur son ménage et de prendre soin de sa famille... Ses accès commençaient toujours par la jambe, aux env iléons de la partie inférieure des muscles jumeaux, et dans l'instant la tête se trouvait prise et la malade se laissait tomber; la bouche paraissait alors couverte d'écume et la malade faisait des contorsions terribles des lèvres, du cou et des extrémités.
» Dans le temps que je l'interrogeais, il lui survint un accès qui la renversa par terre; je lui examinai la jambe et je n'y aperçus au(;un gonflement, ni dureté, ni relâchement, ni rougeur, qui rendît l'endroit ci-dessus désigné différent de celui de l'autre jambe: je soupçonnai cependant que la cause de sa maladie devait se trouver à cet endroit, puisque c'était toujours pur lui qu(3 commençait
(I) De sedibus et causis , etc., IratJ. de Uésormeanx, toni. II, p. 22, ou lettre 9, § 8.
[ij Lssais el observations de médecine d' /ùlimboni-tj , lorn. IV, art. 27, j). 623 'obseryatioa nipportée par ïis;ol, o/n . (:iié,<^ 35.)
NATURE DES ACCÈS. tibl
l'accès. C'est pourquoi je lui enfonçai tout de suite un scalpel environ deux pouces, et je sentis un petit corps dur que je séparai des muscles et que je tirai ensuite avec dos pinces : c'était une substance dure et cartilagineuse, ou un ganglion de la grosseur d'un très gros pois, qui était situé sur un nerf que je coupai. La malade revint sur-le-champ de son accès, 5e mit à crier quelle se portait bien, et n'a jamais eu depuis aucune attaque; elle reprit bientôt ses premières forces, tant de l'esprit que du corps. »
Quelque disposé que nous soyons à admettre comme vraies, sous réserve de critique, les observations publiées par des confrères, nous ne pouvons laisser passer sans contrôle l'histoire ci-dessus , et cela d'autant plus que, œuvre d'un médecin inconnu du reste, elle a été fort citée et a eu quelque retentissement dans l'histoire de l'épilepsie. Nous avouerons donc que toute cette narration nous paraît fort suspecte. 11 y a plus que de la naïveté à raconter qu'une femme, qui avait tous les jours (iuatre ou cinq accès d'épilepsie durant chacun une heure ou une heure etdemie^ était incapable de surveiller son ménage. Il a fallu un bonheur inouï, pour tomber juste sur un ganglion dur, cartilagineux, en enfonçant un bistouri à deux pouces de profondeur, sur le soupçon que la cause du mal devait se trouver à cet endroit; surtout quand cet endroit, c'était : les environs de la partie inférieure des muscles jumeaux, il était doué d'une bien grande perspicacité ce chirurgien fui sentit, à cette profondeur, que le ganglion était placé sur un neri , et qui s assura que ce nerf était bien coupé. ^"^-ntin il a fallu , de la part de la malade , une seconde vue pour pouvoir s'écrier, immédiatement après l'opération , avec une certitude que le temps n'a pas démentie : Je suis guérie, ou plutôt : Je me porte bien.
La seconde observation est due à Jacques Carron (1). Maisonneurve la rapporte ainsi (2) : « Un enfant de onze ans, né de parents sains, vint consulter M. Carron, dans le courant de germinal an Vit, pour des attaques d'épilepsie qu'il éprouvait deux ou trois fois la semaine, depuis l'âge de deux ans. L'accès s'annonçait ordinairement par un sentiment de malaise et de froid, qui semblait partir du côté droit. Le malade , excessivement timide , ne put lui donner
d'autres éclaircissements sur son état Après trois mois
d'un traitement infructueux , ayant demandé à l'enfant , qui commençait à se familiariser avec lui, qu'il lui indiquât plus positivement le lieu d'où partait le frisson, celui-ci répondit qu'il lui paraissait venir du bras. M. Carron lui ordonna de porter un nœud coulant à cette extrémité, et de le serrer au premier indice qui présagerait l'accès. Le père vint bientét lui annoncer que le cours de l'épilepsie était arrêté. Alors il ne douta plus que la cause matérielle de la maladie n'eût son siège dans le bras 5 et ayant examiné l'enfant avec beaucoup d'attention , il découvrit, en effet, au pouce une petite tumeur indolente au tact, de la grosseur d'un pois, située un peu profondément dans la partie interne du pouce correspondante à la première phalange. En conséquence , il fit placer la ligature à la main et successivement au pouce, ot elle arrêta l'épilepsie. Un pareil succès et l'exemple de Stork (lisez Short) lui firent prendre le parti de pratiquer sur la tumeur une incision , à l'aide de laquelle il relira quatre petits corps durs de la grosseur chacun d'un grain de millet; ils paraissaient de nature sébacée. 11 obtint par la suppuration la fonte de
(1) llccueit périodique de la Soc'oéli ike médecine de Paris, t. XVIII, 6' année, p. 422.
(2) Vuv. ciié, p. 204.
ce qui pouvait être resté du corps irritant. Trente jours suffirent à la cicatrisation de la plaie , et l'enfant fut guéri si complètement , que depuis il n'a pas épourvé d'attaque épileptique. »
Maisonneuve raconte encore (1), d'après Pontier, un fait d'épilepsie sympathique externe, tiré du même recueil que le cas précédent (2). Il s'agit d'un soldat, au dépôt de la guerre à l'île de Rhé, affecté d'une épilepsie offrant des symptômes si extraordinaires et une marche tellement insolite, qu'elle me paraît avoir été une maladie simulée. Je ne la rapporterai pas, à cause de sa longueur et du peu d'intérêt réel qu'elle offre pour nos recherches sur Vaur'a.
Dix-neuvième siècle.
Nous reprendrons, dans ce siècle, l'ordre chronologique. Il nous montrera les observations les plus claires , impuissantes à percer le voile épais jeté par le temps sur le sujet qui nous occupe.
Maisonneuve, dans son excellent travail, a donné six observations originales , toutes intéressantes , sur la question de ïaura. Nous regrettons que la nécessité d'abréger ne nous permette d'en donner qu'une seule textuellement, et nous réduise, pour les cinq autres , à une brève analyse.
« Marie C..., âgée de douze ans, fut prise tout à coup au pied gauche d'une espèce de crampe qui, se propageant dans un instant du pied à la jambe , de la jambe à la cuisse, à la hanche et enfin au tronc, lui fit perdre l'équilibre, mais non la connaissance. Cette crampe se renouvela cinq
(1) Ouv. cité, p. 207.
(2) Recueil périodique de la Société de médecine de Paris , no 79, germinal, p. 281.
ZllO ÉVALUATION DES FAITS.
à six jours de suite, la faisant tomber à chaque fois si elle n'était soutenue. Depuis ce temps jusqu'à l'hiver suivant (pendant un anj, elle n'éprouva rien de semblable 5 mais à cette époque , elle eut encore trois ou quatre crampes telles que les premières. Un an se passa comme l'autre fois sans nouvel accès... Au mois de nivôse an X, elle fut saisie de ses crampes jusqu'à neuf fois dans le même jour. Trois mois après , entrée à la Salpêtrière, elle y a éprouvé une crampe en messidor, une en thermidor. Les cranr es sont venues depuis ce temps assez fréquemment jusqu'à l'hiver, où elles ont beaucoup augmenté de fréquence et d'intensité, ayant lieu maintenant presque tous les jours, jusqu'à deux fois par jour. La main et le bras gauches partagent aussi l'affection de la jambe gauche depuis ce temps-là. La crampe commence indifféremment à l'un ou l'autre de ces membres. Quand c'est au bras, les doigts se contractent involontairement , l'avant-bras se fléchit avec force sur le bras agité dans sa totalité de mouvements convuisifs très douloureux pour la malade, qui crie et pleure. Bientôt la jambe est prise des mêmes douleurs et agitée des mêmes convulsions; la malade tombe. Cet état cesse au bout de quelques secondes; mais le bras et la jambe restent longtemps douloureux. Quand l'accès commence par la jambe, la petite malade tombe sur-Ic-champ , et le bras partage bientôt les mouvements convuisifs. Dans les deux cas, le visage prend une forte expression de douleur, mais il n'y a point de convulsions dans les muscles, point surtout de perte de connaissance , la malade |)Icurant et criant jusqu'à ce que l'accès soit terminé. Quelquefois il n'y a qu'un membre d'affecti'. On fait cesser constamment C accès en étendant avec force le bras et la jambe. La irequemc et la force augmentée des accès ont beaucoup affaibli la malade depuis
quelque temps. Tout annonce que cette maladie dégénérera en épilepsie sympathique , et que les accès ne tarderont pas à se compléter par la perle de connaissance (i). « Ce cas offre une analogie remarquable avec notre 19« observation et une très grande ressemblance avec la 61^.
Dans un autre fait de Maisonneuve (2), les attaques étaient précédées de mouvements convulsifs du bras et de l'œil droitj ce symptôme s'était manifesté plusieurs fois sans être suivi d'un accès. « Si , dans le moment oii ces convul- » sions commençaient à paraître , on lui tirait le bras forte- » ment ou qu'il se mît à courir de toutes ses forces , alors » elles s'arrêtaient et l'accès était quelquefois ainsi pré- » venu. »
Dans un troisième cas (3J, le malade sentait l'approche des accès, un quart d'heure d'avance , par une convulsion de la main droite, qui s'engourdissait. L'engourdissement montait jusqu'à l'œil droit, qui entrait aussi en convulsionsj alors perte de connaissance, chute. Quand il y avait plusieurs accès par jour, dans les intervalles la main droite était constamment agitée de mouvements convulsifs.
Quatrième cas [li) : début par un éblouissement dans l'œil droit; quelques secondes après, convulsions très douloureuses dans le bras et la jambe du même côté , et un moment après, perte de connaissance, chute... L'éblouissement de l'œil persiste pendant quelques minutes au retour de la connaissance. .. Les convulsions initiales du bras et de la jambe cessent quand on arrive assez à temps pour lui étendre ces membres avec force avant la perte de la connaissance, et l'accès demeure incomplet par ce moyen.
(1) Oui', cité, p. 19.
(2) Ouv. c(/é,p. 189.
(3) Ouv. cité, p. 192.
(4) Ouv. cité, p. 195.
Cinquième cas (1) : début par des tiraillements dans !e bras et la jambe gauches, qui sont à demi paralysés depuis la première attaque d'épilepsie.
Sixième fait (2) ; la malade est avertie de l'approche de ses attaques par une douleur qui s'empare de la main droite dont le bras a été cassé , et se propage ensuite à tout le membre; alors chute, perte de connaissance. « Une chose » remarquable , dit l'auteur, c'est que jamais ses accès ne l'ont prise pendant qu'elle se promenait ; mais toujours quand elle est assise, et surtout lorsqu'elle veut coudre, tricoter, ou même saisir quelque chose avec sa main droite j en sorte qu'elle pourrait rappeler ses accès à volonté. »
Nous avons déjà donné , dans le commentaire de la 18* observation, le sommaire de l'histoire suivante, racontée l^ar Odier[2>); nous la reproduisons ici presque tout entière, parce que ce fait seul , décrit par un excellent observateur, en apprend plus, sur la nature de Vaura, que toutes les observations qui précèdent. Elle renverse en outre toute la théorie des épilepsies sympathiques , et indique la véritable portée de la ligature, comme moyen préventii des attaques.
« Voici un exemple remarquable qui prouve : 1°
2° que Vaura epileptica n'est pas toujours une preuve que la cause irritante est éloignée du cerveau, et que, môme dans les cas où elle dépend uniquement d'une affection organique de la lôte, la ligature peut néanmoins avoir un succès plus ou moins durable. — Un ancien militaire... me consulta, en 1755, pour des crampes qu'il éprouvait assez
(4) Ouv. ci té, p. 19S.
(2) Ouv. cité, p. 200.
(3^ Manuel de médecine pratique, 2» édit, Genève, 1811, p. 180, note.
fréquemment , depuis quelques mois seulement , au [ictit doigt de la main droite. Je lui prescrivis quelques remèdes qui n'eurent aucun succès. Les crampes augmentèrent en fréquence et en intensité. Elles s'étendirent d'abord jusqu'au poignet, puis jusqu'au coude, ensuite jusqu'à l'épaule et enfin jusqu'à la tête, en remontant toujours depuis le petit doigt, comme dans Vaura epileptica. Effectivement, lorsqu'elles arrivaient à la tête, il tombait sans connaissance ^ entrait en convulsions. Cela me fit espérer que si l'on pouvait arrêter ces crampes dans leur cours par une forte compression , on préviendrait peut-être l'accès épileptique. En conséquence de cette idée , je lui fis faire un cordon tel qu'en en tirant l'extrémité , qui demeurait suspendue entre le gilet et la chemise , on serrait fortement le bras en deux endroits, savoir : entre l'épaule et le coude, et entre le coude et le poignet, au point d'arrêter complètement le pouls de ce côté. L'occasion d'en faire usage ne tarda pas à se présenter, et celte première expérience réussit fort bien. L'accès commença , copime à l'ordinaire , par une crampe au petit doigt , laquelle remonta jusqu'au poignet. Le malade tira alors son cordon et la crampe cessa sans passer outre. Quelque temps après, un second accès se manifesta de la même manière et fut aussi arrêté par le cordon j bref, tous les accès subséquents furent pendant deux ou trois ans arrêtés de même. Le malade jouissait du plaisir de pouvoir aller partout, sans crainte d'une attaque. Dès qu'il sentait la crampe du petit doigt, il tirait son cordon, sans que personne s'en aperçût, et les symptômes précurseurs du mal se calmaient à l'instant, sans qu'il en éprouvât jamais aucun inconvénient. Le cordon , son fidèle gardien , ne l'abandonnait pas même la nuit, et s'il lui arrivait d'être réveillé par une crampe, il en arrêtait aussitôt les progrès. Malheu-
hïh EVALUATION DÈS PAlTS.
reusoment , un jour qu'il était à Lyon avec quelques amis j il oublia le régime qui lui avait été prescrit. Il fit une débauche de pâté d'anguille. Il mangea beaucoup et but à proportion. Il eut une forte indigestion, au milieu de laquelle il eut une violente crampe. L'ivresse lui fit oublier son cordon. La crampe augmenta, remonta au coude, puisa l'épaule et enfin à la tète. 11 perdit connaissance et eut une forte attaque de convulsions. Dès ce moment le cordon devint inutile. 11 perdit toute son influence sur les accès, il ne les arrêta plus; ils se succédèrent enfin fréquemment, toujours sous la forme épileptique, et commençant toujours par des crampes au petit doigt de la main droite. »
Nous avons résumé ailleurs la fin de l'observation ; nous la répétons ici encore plus brièvement : paralysie graduelle, attaque apoplectiforme ; plus tard , mort dans un état comateux ; tumeur fongueuse comprimant l'hémisphère gauche du cerveau.
Voici l'opinion d'Esquirol sur le sujet (1) : « Dans un grand nombre de cas, les épileptiques, avant de perdre connaissance, éprouvent un mouvement convulsif, une douleur; ils sentent un froid , une vapeur [aura epileptica) à la tête , à la face , à l'un des bras , aux mains , aux cuisses , aux jambes, aux orteils; ces diverses affections se propagent le long des membres, du tronc , du col , vers la tête, et lorsque cette vapeur est arrivée au cerveau , les malades perdent connaissance : alors tant(H les convulsions sont générales, tantôt partielles; quelquefois elles se bornent au membre primitivement affecté. »
Puis ("i) il parle d'un malade qui prévenait les accès en renversant fortement la tête en arrière.
(1) Diclioiinaire des sciences médicales , art. Kpilepsie, p, 513.
(2) /irt. ailé, p. 524.
Georget (1), après avoir décrit, d'après ies auteurs , les phénomènes de Vaura, et les divers moyens de traitement préconisés contre i'épilepsie dite sympathique, ajoute : « Mais les cas de ce genre doivent être fort rares, car I'épilepsie est une affection fort commune, et sur des réunions fort nombreuses de malades on n'en rencontre point qui offrent cette aura telle que la signalent les auteurs ; on n'en trouve que quelques exemples, presque toujours les mêmes dans les ouvrages. On ne voit point non plus de ces malades qui arrêtent leurs attaques par la compression d'un membre j on n'entend plus guère dire , que des médecins aient guéri des épileptiques par l'amputation du pouce, par l'extirpation d'une tumeur, par la section d'un nerf, par l'extraction d'un corps étranger de l'intérieur de l'oreille, par l'application d'un moxa ou d'un vésicatoire sur le lieu tenu par Vaura, etc. Supposé même que plusieurs de ces opérations eussent réellement opéré des guérisons , celles-ci seraientelles plus étonnantes que celles qu'on dit avoir été la suite de brulares accidentelles et profondes? Mais n'aurait-on point ajusté à des opinions préconçues les faits oii l'on observe certains phénomènes précurseurs ? Attendons de nouveaux renseignements. »
Plus loin (2), sur les épilepsies sympathiques, il dit : « L'épilepsie ne serait pas la seule affection du cerveau qui commençât à se faire sentir sur un point éloigné de cet organe , aux extrémités du système nerveux, dans les membres, etc. )'
Cazauvieilh et Bouchet (3) : « Obs. 88. — K..., âgée de dix-huit ans j menstruation régulière à quinze ans, pen-
(1) Dictionnaire de médecine en 21 volumes, art. Epilepsie, p. 210.
(2) Ari.cilé, p. 215.
(3] Mém.cilé,'^. 26 et 29.
âl6 ÉVALUATION DES FAITS.
dant un an ; alors suppression, manifestation d'une douleur au gros orteil du pied gauche se prolongeant jusqu'à la hanche, intermittence de la douleur; un an après elle se porte jusqu'à la tête ; alors attaques d'épilepsie , vertiges d'une fréquence extraordinaire j cautérisation de l'orteil ; Vaura part actuellement du talon; démence, vertiges devenus plus nombreux depuis la cautérisation.
»Obs. 100. — D..., âgée de vingt-huit ans; épilepsie congénitale; frayeur de la mère pendant la grossesse ; menstruation régulière à dix-sept ans; aura partant du pouce de la main gauche ; attaques très fréquentes jusqu'à vingtdeux ans, suivies de démence; vertiges fréquents ; depuis six ans, point d'attaques ni de vertiges ; affectée de phthisie. »
Portai a vu plusieurs fois des épilepsies qui avaient été précédées par des crampes , des convulsions même, gêné" raies ou partielles (1).
Ailleurs il s'exprime ainsi (2) :
«La crampe d'un ou de plusieurs muscles, subite, douloureuse, et plus ou moins durable, précède souvent les accès d'épilepsie, et elle peut résider dans toutes les partics musculaires de la tête, du tronc et des extrémités, de manière que le malade peut quelquefois les reconnaître et s'en plaindre avant que l'accès survienne. Le médecin peut même s'en convaincre à la vue, ou par le toucher; les douleurs de crampes étant accompagnées de convulsions toniques ou cloniques, pendant lesquelles ces muscles sont violemment contractés, tuméfiés, durcis; les douleurs cessent ou reprennent quelquefois subitement. Toutefois les crampes n'ont pas toujours lieu dans les mêmes muscles, changeant rapidement de siège, soit en montant, soit
(I) Ouv. cité, p. 24, noie.
(2 Ouv. cité, p. 20.3.
NATURE DES ACCÈS. /il7
en descendant de la tête, et d'autres fois dans un sens contraire. »
Ce qu'il y a de singulier c'est que Portai ne paraît pas se douter de la liaison qui existe entre ces phénomènes et ïaura epileptica.
Le même auteur cite quatre cas d'épilepsies sympathiques externes. Dans le premier (1), les attaques commençaient toujours par une douleur à l'extrémité de l'index droit. M. Fabas, durant un violent accès, lia le nerf radial; le malade guérit pour toujours. La compression autour de l'avant-bras avait échoué, comme moyen préventif des attaques.
Chez deux malades (2) oii les accès commençaient, dans un cas au mollet, dans un autre au gros orteil droit, la guérison fut obtenue par des frictions avec un liniment d'huile de Dippel et de teinture d'opium. Dans l'un des cas, il est vrai, la malade fut soumise, outre les frictions, à un traitement de valériane et à l'usage fréquentdes bains tièdes; avant de cesser, les accès se bornèrent, pendant quelque temps, au symptôme initial.
Enfin, Portai renvoie à son Anatomie wef/ï'm/e (3) pour l'histoire d'une femme chez qui les accès débutaient par des douleurs au pouce droit, causées par un durillon dont M. Leduc, l'un de ses disciples, fit l'extraction avec un tel succès que la malade guérit.
MM. Monneret et Fleury(Ji), après avoir tracé l'histoire de Vaura, en font la critique suivante: « Pour prouver la réalité de leurs assertions , les auteurs ont reproduit pendant longtemps , sur la foi les uns des autres, quelques faits que
(1) Ouv. cité, p. 159.
(2) Ouv. cité, p. 161 et 162.
(3) Tome IV, p. 247.
(4) Compendium de médecine pratique , art. Épilepsie , p. 398.
ZllS ÉVALUATION DES FAITS.
l'on voit avec étonnement être enregistrés et acceptés sans discussion par MM. Esquirol et J. Copland; car l'observation ne permet guère aujourd'hui de leur ajouter foi , ou du moins de les interpréter de la même manière. De nos jours , malgré le grand nombre d'épileptiques qui se trouvent réunis à Bicêtre, à la Saipêtrière, à Charenton, on a vainement cherché à constater Vaura epileptica, et l'on n'est point parvenu à prévenir les attaques épileptiques par les moyens que nous venons d'énumérer. Il est à croire que les anciens n'auraient pas été plus heureux que nous , si, plus sévères dans leur diagnostic , ils n'eussent point confondu avec l'épilepsie , l'hystérie et une foule de phénomènes nerveux qui souvent sont accompagnés , dans leur marche et dans leurs symptômes, de circonstances bizarres : ce sont ces dernières qui auront été décrites sous le nom à'aura. »
M. Brierre de Boismont (1) ne fait que mentionner Vaura dans le diagnostic: « L'épileptique est rarement averti de l'approche des attaques j Vaura epileptica ne se fait presque jamais sentir. »
M. Valleix, qui a publié le plus récent des traités généraux de médecine pratique, dans un chapitre sur l'épilepsie, qui est un tableau fidèle de l'étatactuel de la science, s'exprime ainsi sur le sujet (2): «Les prodromes prochains consistent en des sensations toutes particulières : ce sont un sentiment de constriclion dans diverses parties du corps, de gonflement, de pesanteur dans certains organes, la sensation d'un froid glacial dans un membre , cic. — Début. Les diverses sensations dont je viens de parler, et quelques autres qu'il est difficile d'indiquer, tant elles sont variables,
(1) Fabre , Biblioih'equc i!u méilcciii iifuiicicii. Paris, 1849, art. Épilepsie , lom. IX, p. 607.
(2) Guide du médecin praticien, Paris, J86I, lom. IV, p. C99.
NATUP.E DES ACCÈS. Zj 1 9
conslituent ce que Ton a appelé aura epileplica. On pont dire que cette aura epileptica peut avoir son point de départ dans toutes les parties du corps; il serait facile d'en citer des exemples. D'un point plus ou moins éloigné, la sensation qui la constitue se porte rapidement vers l'encéphale, puis le malade pousse un cri, tombe — »
M. Valleix a, tout au moins, le mérite de ne pas nier un phénomène parce qu'il est mal compris; il se contente avec raison de l'indiquer.
Pour recueillir les faits qu'on vient de parcourir, nous sommes loin d'avoir épuisé tous les recueils d'observations et tous les traités de médecine pratique; mais, comme nous avons reproduit ces histoires en les prenant, sans les choisir, dans tous les ouvrages placés sous notre main, nous ne croyons pas qu'un plus grand nombre d'observations éclairât davantage le point en litige. Nous avons été sobre de commentaires , parce qu'il nous a semblé qu'en général les faits parlaient assez d'eux-mêmes. Par ce même motif, nous abrégerons , autant que possible , les conclusions qui nous ont paru découler de cet exposé historique.
Comme nous l'avons vu, c'est sur une simple phrase d'un malade de Galien, que s'est introduite dans la science la notion de Vam^a epileptica. ArétéQ avait déjà décrit, avec sa poétique fidélité, la marche de l'attaque débutant par une partie éloignée ; mais il ne paraît pas que Galien ait jamais connu les travaux d'Arétée.
Les médecins grecs postérieurs et ceux de la renaissance se contentèrent de copier Galien , ou très probablement dictèrent, sans le vouloir, leurs réponses aux malades qu'ils observèrent. La constance de ces auteurs à reproduire textuellement Vaura quœdam frigida en est une preuve suffisante. HoUier fit exception, et la variété même des termes
dans lesquels il décrit le phénomène convulsif dans cinq cas différents établit bien l'exactitude de son observation. Il est remarquable que cette forme spasmodique du début se retrouve dans tous les auteurs qui ont vu un certain nombre de cas d'épilepsie sympathique externe; c'est-à-dire que ceux qui ont été le mieux placés pour étudier le phénomène, l'ont décrit comme un état convulsif; exemple : Hollier, qui en a décrit cinq cas, Salmuth dans les deux derniers de ses trois faits , et surtout Maisonneuve , qui en a donné six observations détaillées. Nous ajouterons que les écrivains qui parlent le plus brièvement du fait sont ceux qui mentionnent l'awî'a, tandis que les praticiens qui sont entrés dans quelques détails indiquent des symptômes convulsifs.
A mesure qu'on avance dans les svii^ et xviii*^ siècles , la notion de la vapeur froide se retrouve de moins en moins fréquemment; et elle est remplacée par les sensations de tremblement, d'impression douloureuse, de spasme, de crampes, de convulsions , de secousses. Bientôt, et surtout dans le commencement du xix^ siècle, Vaura, au moins dans les faits particuliers, n'est plus qu'une expression générique pour peindre la marche du symptôme dont la nature décrite est presque toujours convulsive; puis de nos jours, la critique enfante le doute, et une mauvaise description, pour être devenue traditionnelle , finit par faire nier le phénomène.
De cette marche historique de l'observation, ainsi que des descriptions de faits les plus complètes et les plus récente?, il nous semble légitime de conclure, comme déjà de nos propres observations, que le prodrome décrit sous le nom d'aura epileptica n'est autre chose que la première manifestation convulsive de l'attaque, se produisant dans une partie plus ou moins éloignée du cerveau. Nous avons
dit, au commencement de cette section, ',que ce début n'avait rien de différent des débuts ordinaires , si ce n'est sa moindre fréquence, les convulsions commençant le plus souvent par !es muscles de la face, puis par ceux du cou. Un rapport assez intéressant que fournit l'analyse de nos faits historiques vient encore compléter une loi que nous avons déjà indiquée, savoir que plus une partie estéloignée de la tête, moins souvent elle est le siège des convulsions initiales de l'attaque : Sur 55 cas de début par les extrémités , on en trouve 28 pour les membres supérieurs et 23 pour les membres inférieurs.
En d'autres termes, et pour nous résumer d'une manière définilive sur la nature du phénomène en question :
L altération fonctionnelle des centres nerveux , qui constitue une attaque cVépilepsie, envahit ordinairement ces organes , de la partie supérieure de l'axe cérébro-spinal à sa partie inférieure ; mais elle peut aussi commencer par des points variés de la longueur de ce sy sterne , et même par ses parties inférieures. Ce dernier début est le plus rare de tous.
Comme on le voit, nous faisons, avec tous nos contemporains à peu près, bon marché des épilepsies sympathiques. Si, en effet, le symptôme de Vaura est toujours tel que nous l'avons observé, il en a été de ce phénomène comme de la dent d'or : on a accumulé des chapitres pour ou contre une théorie basée sur des faits inexacts ou mal observés, au lieu d'en vérifier l'exactitude et d'en apprécier la véritable nature.
11 resterait toutefois, nous ne disons pas à expliquer, mais à comprendre ces guérisons durables ou temporaires del'épilepsie, ces attaques arrêtées au moyen de l'extension des membres, des frictions, des ligatures, des sections de nerfs, des cautérisations, des extirpations, des amputations j
[i22 ÉVALCATION DES FAITS.
tous faits que nous sommes disposé à accepter au moins dans certaines limites.
Notons d'abord qu'une attaque peut, sans i'intervention d'un secours quelconque , être bornée à la crampe initiale de quelques doigts ou de quelques orteils.
— Nous avons vu le sujet de notre l'P observation ressentir plusieurs fois par jour, trois ou quatre semaines avant sa première attaque et dans les jours qui précédèrent celle-ci , la crampe qui marqua le début des accès. Ces mêmes crampes se reproduisirent plus tard sans être suivies d'attaques , soit par l'effet de la ligature , soit sous l'influence du traitement spécifique.
— Le malade de l'observation n" 29 éprouvait également quelquefois la convulsion des yeux et du sterno-mastoidien , début ordinaire de ses accès , sans que l'attaque s'ensuivît.
— Il en était de même du sujet de l'observation n° 27.
— Le malade de Boerhaave eut pendant deux ans , et par accès , des spasmes et des douleurs dans les extrémités inférieures, sans autre mal ; plus tard ces symptômes gagnèrent la tête et les attaques furent complètes.
— Dans le premier cas de Maisonneuve, la crampe, partant du pied, gagnait successivement les parties supérieures et amenait la chute , sans perte de connaissance , sans secousses, etc. ; plus tard des convulsions cloniques s'ajoutèrent au spasme tonique.
— Le second malade du môme auteur eut pendant trois ou quatre jours des convulsions bornées au bras droit et à l'œil; plus tard en s'étendant elles constituèrent une attacjuc.
— Le troisième avait, dans les intervalles de ses accès, des mouvements convulsil's de la main droite , point de départ de la convulsion dans les attaques.
— • Le malade d'Odier a offert les mêmes phénomènes.
NATUllK DES ACCÈS. U2t
— L'un des épilejDtiques guéris par Portai vit ses crises, avant de cesser, se réduire au symptôme initial.
Si une attaque peut d'elie-même se borner au phénomène ordinaire du début , qu'y a-t-il d'étonnant à ce que l'art, dans les débuts prolongés, puisse réduire ainsi l'accès? Il doit s'agir seulement d'empêcher l'extension ascensionnelle de la convulsion, ou plutôt de faire cesser celle-ci; or il existe , pour arrêter une crampe locale , trois moyens principaux dont chacun peut facilement vérifier l'utilité. Ce sont : 1° l'extension forcée du muscle convulsé ; 2° la compression du muscle ou des nerfs qui s'y rendent , comme l'emploi de jarretières bien serrées dans les crampes du mollet ; 3° les frictions.
• L'instinct des patients leur a appris, avant Pélops, à chercher ainsi à arrêter les attaques. « Les malades, dit Arétée, qui ont éprouvé plusieurs fois ce genre de début, prient qu'on leur serre , recourbe ou étende le membre où le mal prend sa source; eux-mêmes tiraillent la partie affectée, etc. » — La malade de Gilibert demandait aux assistants de lui saisir et tirer la jambe; si on ne le faisait pas, l'attaque arrivait. — Maisonneuve nous a fourni trois faits semblables.
L'attitude prise par le malade lui-même peut amener le même résultat : — L'épileptique du scoliographe de Galien arrêtait la marche ascensionnelle de Vaura par une forte flexion du corps en avant. — Le malade cité par Esquirol arrivait au même but, en renversant la tête en arrière. — Le sujet de notre 27^ observation rendait ses attaques incomplètes en empêchant au contraire, par un point d'appui , sa tête de se renverser.
C'est de la même manière qu'agissent les frictions , et surtout la ligature, de l'heureux effet de laquelle nous avons cité tant d'exemples,
La section des nerfs doit à plus forte raison , au moins pendant quelque temps, prévenir la crampe initiale.
Si la cautérisation atteint les nerfs , elle aura les mêmes résultats que leur section ; autrement elle n'agira que comme un dérivatif. Au reste, sur ce fait des cautérisations et des cautères , il est bien de faire remarquer que, dans toutes les histoires un peu détaillées de guérison par ces moyens, on trouve qu'à côté des cautères on a employé des traitements variés, capables de guérir à eux seuls l'épilepsie. C'est comme dans les guérisons de Portai par les frictions, oii il administrait en même temps un traitement de valériane.
Quant à l'ablation de tumeurs qui étaient à la fois la cause et l'origine de l'épilepsie , les faits de cet ordre que nous avons lus nous ont paru fort suspects. Nous avons dit quelques mots déjà de l'observation de Short; nous n'avons ajouté aucun commentaire à celle de Carron ; mais , pour dire ici toute notre pensée , nous croyons que les quatre petits corps d'apparence sébacée et de la profondeur d'un grain de millet, que ce praticien retira du doigt de son malade, n'étaient que des granulations graisseuses.
Reste un fait fort cité et incontestable , c'est celui de l'épileptique que Joseph Frank guérit par la castration. Nous n'avons pas transcrit cette histoire parce que , après l'avoir lue avec attention dans l'original , nous n'avons pas été convaincu que ce fût un cas d'épilepsie, et que, en admettant même l'exactitude du diagnostic, ce malade n'offrait aucun symptôme ressemblant à ceux décrits sous le nom d'awm. Les seuls motifs qui décidèrent Frank à faire opérer son patient furent que les accès convulsifs étaient arrivés après une affection traumatique des testicules , et que le scrotum était fortement rétracté dans les accès. Quoi qu'il
en soit, le malade a guéri certainement; mais qu'y a-t-il d'étonnant à voir des accès d'épilepsie cesser à la suite d'une opération , quand nous les voyons être suspendus (et môme pour toujours, a-t-on dit) par une fièvre intermittente, une fièvre typhoïde , la variole (ob. 55), etc.?
Ainsi , l'action des moyens qu'on a employés pour suspendre les accès d'épilepsie à début éloigné , loin de prouver contre la nature convulsive de Vaura, s'explique mieux par ce fait que par l'émission d'une vapeur ou d'une matière morbifique ; et les opérations pratiquées, même avec succès (on ne cite guère les autres), ne prouvent pas davantage en faveur des épilepsies sympathiques contre la réalité d'un symptôme dont la véritable nature est restée si longtemps méconnue.
Nous reviendrons sommairement, dans le livre consacré au traitement , sur la question des moyens préservatifs de l'accès dans les cas de débuts prolongés. Maintenant, après cette longue digression, nous allons reprendre le cours de nos analyses.
Le cri est le second phénomène du début. M. Beau (1), se fondant sur ce fait, que sur [i2 épileptiques qui le proféraient au début de l'attaque , il y en avait 38 qui n'avaient pas de prodrome prochain ou d'avertissement instantané , en conclut qu'on doit considérer le cri comme une expression rapide de surprise de la personne qui tombe, et ne pas le compter au nombre des phénomènes proprement dits de l'attaque , à la tête de laquelle on le place ordinairement. Nous ne saurions partager entièrement son opinion sur le premier point, et nous ne l'admettons pas pour le second.
Un examen attentif des cas à débuts prolongés éclair-
(1) Mém.cUé,it.U9.
cira mieux la question que tous les raisonnements indirects.
— Dans l'observation n° 11 et la description de la première attaque, nous lisons : « Albertine était debout près de la cheminée avec son frère, quand elle lui a montré la contraction de ses doigts; et au moment même elle a poussé deux ou trois cris de douleur, la main s'est fermée, l'avantbras s'est fléchi, etc. » Plus loin : « Albertine m'a raconté plus tard que la contraction du bras avait été très douloureuse, qu'il lui avait paru que cette sensation gagnait tout le corps et que sa tête lui semblait se retourner en arrière quand elle a perdu entièrement connaissance. » Il est vrai qu'au début de la seconde attaque, il n'y eut pas de cri,
— Dans l'observation 38 : « L'accès est quelquefois précédé d'un sentimentde froid et de frissons. Toinette éprouve ensuite une crampe très douloureuse des orteils de l'un des pieds, ordinairement du droit. Ces orteils tendent à se relever dans le sens de l'extension ; la sensation douloureuse, accompagnée d'engourdissement, gagne graduellement la jambe, etc. » Plus loin: » Pendant tout le temps de la crampe, la connaissance est intacte, la malade gémit beaucoup et presse successivement de la main ou des mains les parties qui deviennent douloureuses, etc. »
Ces deux faits pourraient à la rigueur suffire pour prouver que les cris ou les gémissements se lient à la première manifestation convulsive, et que le cri n'est pas seulement l'expression de la surprise. Sans doute la surprise y exerce aussi son action, puisque, dans le premier cas, les cris se sont bornés à la première attaque, et que la jeune fille avait supporté sans cris les crampes qui auparavant étaient restées bornées aux doigts et qui gagnèrent pour la première
fois, lors de l'attaque, les parties supérieures. Dans le second cas, où le début était encore plus lent, la douleur n'arrachait que des gémissements. C'est le fait d'un homme qui, surpris et blessé par derrière, pousse un cri qu'il n'émettrait pas s'il recevait par devant le même coup en prévoyant qu'il en peut être atteint.
Mais la douleur joue évidemment ici un rôîe aussi grand au moins que la surprise. Cela me paraît ressortir encore des trois cas suivants : « Début par des cris ou des pleurs » sans larmes (obs. ili); cris perçants, tension convulsive » générale, etc. Les cris continuent pendant la période w d'extension (obs. 23, 24) ; ils cessent dès que commen- » cent les convulsions cloniques (obs. 23). Début par une n coloration violette du nez et de la face 5 puis deux ou trois » cris entrecoupéshorriblement angoissants (obs. 2/i).>:'Ces cris multiples, remplacés quelquefois par des pleurs, ressemblent-ils aux effets de la surprise et n'indiquent-ils pas bien la nature de la sensation?
Est-il probable que le cri par oii débute une attaque au milieu du sommeil ne tienne qu'à la surprise (obs. 6)? Les épithètes que les parents associent au cri pour en indiquer la nature sont assez significatives : Cri extraordinaire et tel que la mère de la malade prétendait ne lui en avoir jamais entendu pousser de pareil (obs. 9); cris de douleur (obs. 11); cris horriblement angoissants (obs. 2/1., etc.).
Tous ces motifs réunis semblent établir que le cri est à la fois l'expression de la surprise et de la douleur produite par la convidsion.
Au point de vue du cri, 30 malades ayant des attaques complètes ont donné les résultats suivants ?
Cri constant ou à peu près chez 9 épileptiques.
Pleurs ou cri 2 —
Cri n'ayant lieu qu'exceptionnellement . U —
Jamais de cri 13 —
Cas douteux 2 —
Ainsi , le cri se rencontre chez plus de la moitié des épileptiques à attaques complètes ; mais il n'est plus ou moins constant que chez un tiers d'entre eux.
Il est quelquefois remplacé par des pleurs chez les jeunes enfants.
Ce symptôme n'appartient jamais aux vertiges, ni aux accès incomplets ; mais dans ces derniers on peut rencontrer, quoique cela soit rare, des gémissements.
Ce sont presque toujours, d'ailleurs, les attaques les plus violentes qui sont précédées de cri.
Le cri suppose que le sentiment persiste encore , mais il en précède de très près la perte j car, dans les cas où l'invasion a été subite, les malades ne se rappellent jamais de l'avoir proféré. Nous devrions donc parler dans cette section de la perte de connaissance j mais, comme elle persiste pendant toute la durée de l'attaque, nous y reviendrons plus loin.
La chute est le troisième phénomène du début j elle est bien plus fréquente que le cri, sans être pourtant un symptôme constant.
Elle est ordinairement brusque , et le malade, déjà privé d'instinct, ne fait aucun mouvement pour prévenir le choc de la tète contre le sol.
La violence de la chute peut amener la mort sur le coup: telle fut probablement la cause de la fin subite de la malade n' 30.
NATURE DES ACCÈS, Zt29
Elle peut encore entraîner la mort par un autre mécanisme. Ainsi un épileptique de notre seconde série (obs. 58) mourut asphyxié dans une attaque , pour être tombé, la face en avant, sur un tas de balle de blé qui intercepta la respiration.
Le plus souvent il ne résulte de la chute que des ecchymoses ou des throrabus ayant ordinairement leur siège sur le front, les tempes, les pommettes ou le nez. Il ne faut point confondre d'ailleurs ces contusions avec les excoriations produites par le frottement de certaines parties contre le sol au moment des convulsions cloniques.
Quelquefois le malade chancelle (obs. 26), ou pirouette plus ou moins sur lui-môme , avant de tomber (obs. 28, 3i) ; d'autres fois il court l'espace de quelques pas (obs. 33), ou marche en arrière avant de chuter (obs. 3/|.). Quelquefois il cherche à fuir et peut gagner son lit (obs. 15). Dans certains cas de vertiges , il tombe pour se relever aussitôt (obs. 7, 36), ou bien s'assied: tomberait-il (obs. 9, 38)? Dans certaines attaques incomplètes, le patient reste d£bout moyennant appui (obs. 36), ou fléchit les jambes et reste debout (obs. 36, 37), ou même continue à marcher les jambes pliées (obs. 37). Enfin, il est des malades qui cheminent dans la rue, travaillent ou servent à table au milieu du vertige épileptique (obs. 28, 30).
Comme on le voit, nos faits fournissent toutes les nuances possibles depuis la chute comme par sidération jusqu'à la persistance, au moins apparente, de tous les mouvements volontaires.
Et cette variété ne se retrouve pas seulement dans le phénomène que nous venons d'étudier; on a pu constater que les autres symptômes du début, tels que le cri et la marche initiale des convulsions, s'étaient offerts dans notre
k?)Q ÉVALUATION DES FAITS.
série sous des aspects si nombreux, qu'il est peu probable qu'on obtînt des résultats différents d'une suite de faits notablement plus étendue.
Nous aurons achevé cette longue section, quand lious aurons fait connaître quelques rapports qui existent entre la nature du début et l'intensité plus ou moins grande de l'attaque.
Quand la période de crampes ou convulsions partielles initiales est prolongée, l'accès est le plus souvent incomplet ou fort court.
Le cri unique et intense marque, au contraire, le début d'un accès violent.
Plus la chute est brusque, plus ordinairement l'accès est fort.
En résumé: plus le début est long, moins la crise est violente; plus il est instantané, plus l'accès est intense.
SECTION /r. — PHÉNOMÈNES CONVULSIFS DE L'ATTAQUE.
Dans le plus grand nombre des attaques, les convulsions, comme nous l'avons indiqué dans notre accès type, sont d'abord toniques, puis cloniques et générales; nos cas nous en ont fourni de nombreux exemples. Mais, quoiqu'on ait fait deux périodes de ces deux espèces de convulsions, elles ne sont point tout à fait distincles. Dans la seconde période, la tension persiste presque toujours au milieu des convulsions cloniques. Ainsi la tète, quoique agitée de secousses, reste tournée à droite ou à gauche , renversée en arrière ou Iléchieen avant; et le même phénomène s'observe dans d'autres régions du corps. La tonicité persiste même souvent après les secousses.
Des deux genres de convulsions, la première, soit la tension, est la plus'constanlc et subit le moins de modifications.
NATURE DES ACCÈS. /;3l
Les secousses peuvent être peu régulières (c'est le cas le plus fréquent) ou très régulières comme des battements (obs. 19).
Elles sont parfois limitées à la moitié supérieure ou latérale du corps, à la tête, à la face, à un œil (obs. 19, 27, 16, 29, 36, 38).
Les secousses du corps et des membres peuvent être remplacées par un simple tremblement : c'était le cas habituel chez le n° 25 j cela arrivait quelquefois chez les n"* 32 et 38, et s'est présenté dans un accès du n° 26.
Pendant que les convulsions cloniques agitent la tête et la face, elles sont quelquefois remplacées dans les membres par des mouvements irréguliers, accompagnés de tension plus ou moins forte; nous l'avons observé dans quelques accès des n"'' 27, 36 et 37.
Tout l'accès convulsif peutse borner à quelques secousses dans les bras (obs. 18) , et même à une seule : nous avons désigné ce phénomène de secousse unique par le nom de j9ro/e(?^20?2, quand, ayant pour siège le membre supérieur, il consistait à lancer un objet ou seulement son contenu. Au membre inférieur il produisait un choc brusque du pied contre le sol (obs. 28, 29).
Enfin les secousses peuvent manquer complètement et la convulsion se borner à la tonicité. C'est à cette forme qu'appartiennent les variétés suivantes:
Convulsion tonique générale, sans apparence de convulsions cloniques (13, ili, 2/|. et très probablement dans les premiers accès du n° 23).
Convulsion tonique des muscles de la tête, de la face, de la gorge et des bras (obs. 1/t, 37).
Idem bornée à la tête et à la face (obs. 27, 34).
Idem bornée à la tête et au cou (obs. 18).
/4 32 ÉVALUATION DES FAÏTS.
Idem bornée aux yeux (obs. 36).
Idem bornée à quelques doigts (obs. 11, 36).
Aucun mouvement apparent ; seulement dyspnée et coloration de la face ( probablement spasme de la glotte ), (obs. 24).
Les excrétions qui surviennent au début, pendant la durée et à la fin de l'accès , sont le résultat des convulsions des muscles de la vie organique ; elles doivent donc figurer dans la présente section.
L'accumulation de la salive dans la bouche et dans la gorge est un des signes les plus constants des accès d'épilepsie. On le retrouve même dans les simples vertiges. Si le fluide est accumulé en abondance et le pharynx trop resserré pour en permettre la déglutition, il est rejeté au dehors tantôt sous forme d'écume et le plus souvent par jets saccadés, tantôt simplement à l'état liquide. Dans des accès moins intenses, la salive n'est pas projetée au dehors; mais elle donne lieu à un bruit de gargouillement. Dans des accès encore plus légers, on entend seulement des bruits de déglutition. Ces deux derniers genres de bruits sont importants au point de vue du diagnostic, car ils permettent de constater des convulsions du pharynx dans des cas où les convulsions extérieures sont nulles ou échappent aux assistants par leur étendue très bornée. La malade n° 19 indiquait bien la constriction au cou et plus tard l'arrivée de la salive.
Si l'on veut se faire une idée de la répartition, entre les différents sujets, des phénomènes qui concernent la salivation , on le pourra par le tableau suivant (quelques sujets V figurent dans deux ou trois catégories différentes, parce que leurs accès ne présentaient pas toujours de la même manière le phénomène que nous étudions) :
Ecume très abondante chez 2 sujets.
Ecume 16
Ecume en petite quantité 2 — au moins.
Ecume non constante li —
Salive non écumeuse 5 —
Point d'écume, sans autre indication . . 3 —
Gargouillement 9 —
Mouvements bruyants de déglutition , . 5 —
Déglutition à vide 1 —
Mâchillement simple 1 —
Ni écume, ni gargouillement, ni déglutition 2 —
Cas douteux 3 —
Comme on le voit, la sortie de la salive ou les signes de sa rétention doivent être rangés parmi les symptômes les plus constants de l'épilepsie, en même temps qu'ils sont de nature à attirer facilement l'attention des assistants.
Pour suivre les excrétions dans l'appareil digestif, nous parlerons des vomissements. On nous les a signalés chez sept sujets (obs. 16, 20, 21, 25, 26, 27, 37). Le vomissement n'arrivait le plus souvent qu'à la fin de l'attaque j cependant, dans deux cas (obs. 26, 37), étant survenu au milieu de l'accès, il Ta arrêté net ou en a abrégé la durée? Dans un cas (obs. 25), il y aurait eu un vomissement de sang, sans morsure, nihémorrhagie nasale apparente.
Quant aux évacuations alvines , elles ont eu lieu aussi, presque toujours, au commencement ou à la fin des accès (obs. 21, 29, 30, 36) , une seule fois au milieu (obs. 2/i.).
Les selles ont été quelquefois remplacées par des flaiuosités (obs. 9, 24, 37) ; elles paraissaient abréger les crises chez le n° 24.
Il est remarquable, du reste, que ces derniers symptômes : vomissements, selles, vents, ne se sont montrés au milieu des accès que dans des crises fort légères.
hZU ÉVALUATION DES FAITS.
Les urines involontaires sont aussi un signe précieux, comme laissant des traces apparentes après l'attaque ; elles peuvent servir à distinguer un accès épiieptique douteux d'un évanouissement, d'un accès hystérique , etc. Mais ce signe est moins commun qu'on ne le croit; on ne nous l'a signalé que dans six des faits de notre première série (obs. 6, 13, 22, 27, 36, 38) ; plus un cas douteux (obs. 21).
Chez le n" 13, quand il n'y avait pas des urines involontaires pendant l'attaque, elles étaient émises en abondance après.
Si l'on en excepte les larmes et les sueurs qu'il suffit d'indiquer, nous n'avons à mentionner aucune autre excrétion; en particulier on ne nous a jamais signalé d'émission spermatique. Peut-être ce fait a pu échapper au malade ou aux parents ; peut-être aussi nous en a-t-on fait un secret j nous avouons n'avoir que rarement interrogé nos malades sur cette circonstance.
11 n'est pas nécessaire, ce nous semble, d'insister sur la variété infinie qu'a présentée notre série, au point de vue des convulsions externes ou internes; nous passons donc immédiatement à ceux des phénomènes de l'attaque qui résultent des contractions convulsives.
SECTION V. — SYMPTOMES DASPHYXIE.
Comme nous l'avons indiqué dans notre accès type, l'immobilité des muscles respiratoires et l'occlusion spasmodique de la glotte déterminent, pendant l'attaque, des signes plus ou moins prononcés d'asphyxie. Mais à cette cause de congestion veineuse vient s'en joindre une autre , comme l'a remarqué judicieusement M. Beau. Nous voulons parler de la contraction musculaire ; elle jette dans
NATURE DES ACCÈS. hZ5
les veines une quantité de sang qui vient s'ajouter à la niasse retenue par la stase pulmonaire. Cette cause est peut-être plus puissante encore que l'arrêt ou la gêne de la respiration, pour produire la coloration rouge violette, la turgescence de la face et de la langue , et d'autres signes que nous examinerons en même temps que ceux de l'asphyxie; car il n'est pas possible de l'en séparer. Si l'on suit ces divers phénomènes pendant la durée d'une attaque un peu prolongée, on peut voir que, quoique la respiration se rétablisse d'une manière imparfaite au milieu des convulsions cloniques , les lèvres, les paupières et la langue augmentent graduellement de volume, en même temps que le visage se colore de plus en plus.
La gêne de la respiration et les effets de la congestion veineuse sont en raison directe de l'étendue et de la durée des convulsions, surtout des convulsions toniques.
La gêne de la respiration peut être portée au point de faire craindre la mort immédiate par asphyxie (obs. 6, 23, 29, 30, 31). Dans ces cas, outre la coloration violette, on a observé quelquefois une effrayante tuméfaction de la face (obs. 6 , 37) ; ce dernier symptôme est surtout commun dans les attaques multiples et rapprochées (obs. 33). Alors l'individu devient très promptement méconnaissable.
Parmi les signes de l'asphyxie, celui qui frappe le plus les assistants, c'est la coloration de la face. Cette coloration est donc un des meilleurs moyens de juger du degré des convulsions , quand on doit s'en rapporter au témoignage des spectateurs.
La couleur violette peut s'étendre jusqu'aux bras (obs. 24) et même devenir générale : le n° 33 avait quelquefois les ongles violets.
Elle est quelquefois portée jusqu'au noir (obs. 21, 2/i, dans quelques accès).
La coloration peut être rouge ou simplement livide (obs. il, 13, la, 32).
La respiration est parfois peu gênée et la face pâle (obs. 38, accès incomplets).
11 peut n'y avoir aucune gêne apparente de la respiration et point de rougeur (obs. 3/t, dans quelques accès j vertiges des n°* 13, 34, etc.).
Le râle qui accompagne les convulsions vers la fin est quelquefois fort pénible à entendre (obs. 6), très bruyant ou bruyant ( obs. 11 , 12 , 27 , 29, 30, 32) ; il peut être léger (obs. 33) ou même nul (obs. 36, etc.).
L'hypérémie de la peau y laisse quelquefois des taches ecchymotiques (obs. 29, 38 )j ces taches , petites, rosées, assez semblables à des morsures de puce, siègent surtout autour des orbites ou des oreilles ; on les retrouve parfois jusque sur le cou. Elles constituent un signe très précieux d'épilepsie. En effet , si elles sont survenues à la suite d'une attaque nerveuse, ou d'un évanouissement, qui n'a pas eu de témoins, elles sont un cachet qui ne laisse aucun doute sur la nature de la crise. Elles peuvent persister pendant quatre jours (obs. 29).
Les îïiorsures de la langue, quoique étant l'effet immédiat des convulsions, se lient à la congestion veineuse; c'est en effet le volume qu'acquiert cet organe qui en facilite la section. On retrouve quelquefois la langue intacte après l'accès, mais portant sur son pourtour l'empreinte de la face interne de l'arcade dentaire, contre laquelle la congestion l'a fortement pressée. Nous avons rencontré cet asj)ect dentelé de la lancjue dans les observations 33 et 38.
NATURE DES ACCÈS. U'il
Nous avons trouvé des morsures de cet organe chez six sujets (obs. 20, 26, 30, 33, 35, 38).
Le n° 37 se mordait, non la langue, mais la face interne des joues.
Les morsures amènent quelquefois à leur suite un gonllement inflammatoire de la langue , très fatigant pour le malade.
Ces jDlaies sont caractéristiques de l'épiiepsie dans les cas de perte de connaissance sans chute; elles sont donc un signe très utile, quand l'attaque n'a pas eu de témoin, La morsure de la langue ne se rencontre ordinairement qu'à la suite d'accès violents ou multiples , c'est-à-dire dans les mêmes cas où se produit un gonflement marqué de cet organe, qui quelque fois, à la fin de l'attaque, ne peut plus rentrer entièrement dans la bouche.
Est-il besoin, en finissant cette section, de faire remarquer les nuances variées de nos cas, quant aux symptômes d'asphyxie et de congestion veineuse ? Ces phénomènes, conséquence des convulsions, en ont dû suivre les degrés.