SECTION FI.— DES ALTÉRATIONS DES SENS ET DE L'INTELLIGENCE
La perte des sens et de l'intelligence dans l'attaque est un des signes primordiaux et caractéristiques de l'épiiepsie ; mais, quoique la plupart des auteurs classiques aient considéré ce symptôme comme absolu , il offre des variations tout aussi nombreuses que les convulsions, ainsi qu'on en peut juger par l'énumération suivante :
Perte absolue des sens et de l'intelligence pendant plusieurs heures (obs. 6, 20).
Même état, mais de moindre durée, quoique persistant pendant toute l'attaque (22 et peut-être 23 malades).
Cris pendant la période tétanique ; perte absolue de connaissance pendant les secousses (obs. 23).
Quelques gémissements plaintifs au milieu de l'accès (obs. 34).
Perte absolue de connaissance pendant l'attaque; mais conservation de l'intelligence, de l'ouïe et peut-être de la vue pendant la période d'aura, qui est, de beaucoup, la plus longue de l'accès (obs. 38).
Le malade, pendant l'attaque, repousse les gens qui l'approchent; il dit ensuite qu'il souffre du cou pendant l'accès; il a cherché une fois comme à en retirer quelque chose (obs. 36).
Perte apparente de connaissance j cependant le patient a répondu une fois à une question; et il saisit un mouchoir qu'on lui tend. Il y a rarement abolition complète des sens (obs. 37).
Voile jeté sur l'intelligence et les sens; la patiente entend, mais ne comprend pas (obs. 9). Berlues morales; nuages sur la pensée; la malade entend, mais comprend mal (obs. 10).
Perte incomplète de connaissance ; entend , mais ne comprend pas; quelquefois comprend, mais ne peut répondre; quelquefois répond, mais de travers (obs. 30).
Vertige ou trouble intellectuel; yeux convulsés, perte de la vue, conservation de l'ouïe (obs. 16, 29).
Vertige ou trouble intellectuel ; perle incomplète de la vue; entend, pourrait répondre, mais n'ose, de peur de divaguer; reprend immédiatement le (il de la conversation (obs. 29).
Sorte de berlue pendant laquelle le malade ne peut suivre l'enseignement de son maître; léger trouble des sens; il lui semble qu'il n'est pas lui (obs. 32).
NATURE DES ACCÈS. ZjS9
Nuage qui passe devant les yeux et donne le besoin de les fermer (obs. 28).
La malade affirme comprendre, entendre et voir pendant ses accès (obs. 19).
Malgré les exceptions nombreuses signalées dans ce tableau, la perte absolue des sens et de l'intelligence n'en reste pas moins un symptôme qu'on rencontre chez la grande majorité des malades.
Il n'est probablement aucun genre d'accès où il n'y ait quelque trouble daus la perception; mais il peut se réduire à une très légère et très courte perturbation.
Après l'intelligence, c'est le sens de la vue dont l'altération est la plus constante, même dans les crises les plus atténuées ; et nous ne serions point surpris qu'il en fût de la vue comme de la connaissance, c'est-à-dire qu'il n'existât aucun accès où elle ne soit plus ou moins obscurcie. En général, les malades ferment les yeux dans les vertiges.
L'ouïe persiste certainement dans un certain nombre d'accès légers.
L'étude des altérations des autres sens , dans les accès incomplets, exigerait des expériences qui ne peuvent guère être tentées que dans les hospices.
Dans les attaques complètes, la perception de la douleur paraît être la dernière sensation qui disparaît; nous l'avons déjà dit : jamais les malades ne se rappellent qu'ils ont poussé le cri qui précède la chute, quand ce cri est unique.