CHAPITRE II
Nous avons établi, dans le chapitre précédent, qu'un vingtième des cas d'épilepsie se terminait favorablement par les seules ressources de la nature ; que la moitié pouvait guérir sous l'influence de l'art; que près d'un quart pouvait être amélioré d'une manière notable, et qu'en conséquence un quart seulement se montrait rebelle aux remèdes. Nous avons multiplié les preuves pour affermir ces conclusions, et montrer que rien ne s'opposait à ce qu'on jes généralisât pour la pratique particulière. Toutefois, on se tromperait étrangement si l'on croyait que nous attachons une grande valeur à ces déterminations rigoureuses. Ce que nous avons voulu prouver principalement, c'est que, contre l'opinion généralement répandue, surtout parmi les praticiens de nos jours, la médecine intervenait d'une manière efficace dans la grande majorité des cas d'épilepsie. Quant aux rapports numériques, comme appré. ciation exacte des chances de libération ou d'amélioration de celte maladie, nous y mettons peu de prix. En effet, il est bien peu d'affections qui ne présentent pas des degrés très différents au point de vue des chances d'une guérison
plus OU moins prompte ou plus ou moins aisée. Il n'est donc pas difficile de concevoir qu'un certain groupe de cas puisse différer notablement de tel autre, sous le rapport de la gravité. Vouloir appliquer une règle stricte de pronostic général à un groupe quelconque, surtout s'il n'est pas nombreux, c'est une prétention qui ne saurait être admise par des esprits judicieux. L'opposition que nous avons signalée entre le pronostic des médecins privés et celui des médecins d'hospice est une preuve frappante des erreurs qu'entraînerait l'application aveugle d'une semblable règle. A plus forte raison, ce critère serait-il impropre à mesurer la chance réelle de guérison d'un cas particulier.
Le pronostic est un des sujets auxquels s'applique le mieux la distinction entre le numerandum et le perpendendum. On compte seulement pour le pronostic général ; on pèse pour le pronostic particulier. Le pronostic général participe donc de l'imperfection qu'offrent toujours, dans la sphère des faits médicaux, les données qui reposent sur des moyennes, les lois qui supposent égales des unités qui ne sauraient l'être entièrement. Le pronostic, pour être toujours vrai, doit se prêter aux divers degrés de la même maladie, s'appliquer à un cas quelconque aussi bien qu'à un ensemble de faits, ou plutôt ii doit être le critère qui mesure le degré de gravité de chaque cas. Quand il revêt ce caractère, il devient spécial ou particulier.
Au point de vue de la curabilité, qui nous importe spécialement pour répiîepsie , le meilleur moyen , nous l'avons déjà dit, de trouver les règles ou la règle de ce genre de pronostic, nous a paru être de rechercher s'il existait, dans les cas dont l'issue a été heureuse, quelques circonstances qu'on ne rencontrerait jamais ou presque jamais dans les faits où la maladie s'est montrée rebelle, et vice versa. Les
règles (iu pronostic seront d'autant plus utiles que ces circonstances seront plus aisées à saisir, plus faciles à apprécier, et que leur nombre sera moindre. Ce serait la perfection, que de trouver la mesure de la gravité d'une malsidie dans un seul caractère offrant des degtés susceptibles d'ilrië appréciation exacte.
Nous chercherons donc pour l'épilepsie la solution du problème en mettant en regard, dans une suite de tableaux, d'un côté chacune des principales circonstances qii'dnt présentées nos faits avec leurs différents degrés, et de l'autre les diverses issues de la maladie, en réduisant toutefois ces issues aux trois cas de guérison, amélioration, insuccès.
Les circonstances dont nous étudierons la bonne ou la mauvaise influence sont :
L'hérédité.
Le sexe.
La stature.
La conformation ou complexion.
L'âge au début.
Le tempérament.
La menstruation , et occasionnellement l'influence de la grossesse.
Le mariage.
L'état mental.
Le degré d'aisance.
L'ancienneté de la maladie.
La fréquence des accès.
Leur retour de jour ou de nuit.
Enfin, la nature des accès.
éris. i
améliorés.
Rebelles.
Totaux,
§ I. — Hérédité.
Épilepsie dans la famille . .
Aliénation mentale
Névroses diverses
Absence de causes hérédii.
Défaut de renseignements .
Sur 28 cas où la maladie a paru héréditaire , il y a eu 18 guéris, 7 améliorés, 3 rebelles.
Sur 10 cas où le cachet héréditaire a manqué, il y a eu 6 guéris, 1 amélioré. Il rebelles.
Ainsi, la proportion des succès a été beaucoup plus forte pour les cas héréditaires que pour ceux qui ne l'ont pas été. L'hérédité ne peut donc fournir aucune règle de pronostic, à moins d'admettre, ce que nous ne prétendons pas, qu'elle soit une circonstance favorable.
Ce résultat est en opposition positive avec le pronostic de plusieurs auteurs, et en particulier de Bosquillon et de Sennert (1). Le premier dit que l'épilepsie héréditaire est incurable, le second qu'elle ne guérit jamais, ou du moins très rarement. L'opinion de ces écrivains est, comme on le dit, très rationnelle; mais, précisément à cause de cela, n'est-il pas permis de supposer qu'elle a été plutôt dictée par la théorie que basée sur l'expérience?
§ II. — Sexe.
Guéris. Améliorés. Rebelles. Totaux.
Masculin 12 4 8 2Zi
Féminin 16 6 U 26
On ne peut pas tirer des sexes une règle positive de pronostic , puisqu'on les rencontre tous les deux dans toutes
(1) Cité par Tissut , ouv. cil., § 95.
les catégories; cependant, il résulterait de notre tableau que , en opposition avec le pronostic de Scribonius , les femmes guériraient plus fréquemment que les hommes.
§ m. — Stature.
Guéris. Améliorés. Rebelles. Totaux.
Au-dessus de la moyenne. .9 1 » 10
Moyenne U 7 U 15
Au-dessous de la moyenne .13 2 8 23
Non déterminée 2 » » 2
La stature ne fournit pas non plus de règle précise de pronostic, puisqu'on retrouve des guérisons dans toutes les tailles. Toutefois, il est remarquable qu'il ne se soit rencontré aucun cas rebelle dans les statures au-dessus de la moyenne. Cette dernière condition serait réellement favorable.
§ IV. — Conformation et complexion.
Guéris. Améliorés. Rebelle:'. Totaux. Belle conformation ou forte
complexion 5 2 » 7
Bonne conformation .... 19 6 10 35
Complexion très grêle . . , U » » U
Nés avant terme, très chétlfs. » 2 1 3 Atrophie des membres infé-
rieurs
L'influence de la complexion est incontestable, puisqu'on ne rencontre aucun cas rebelle dans la première subdivision, et aucune guérison complète dans les deux dernières. Mais comme les subdivisions moyennes , qui sont les plus nombreuses, ne présentent aucune distinction saillante, on ne peut pas déduire de la complexion une règle de pronostic généralement applicable.
La conformation vicieuse de la tête est d'un fûcheux pronostic, car aucun des deux tas de ce genre (obs. 2/|, 31)
d;; pnoNosTic l'AriTicrjLitr,. 517
ne figure parmi les guéris 5 l'un d'eux, cependant, appartient aux améliorés à traitement incomplet.
§ V, — Age au début.
Guéris. Améliorés. Rebellos. Totaux.
De 0 à 10 ans 5 6 U 15
De 10 à 20 ans 13 3 U 20
De 20 à 50 ans 5 1 3 9
De 50 à 80 ans 5 » 1 6
Des quatre subdivisions d'âge, la dernière est la plus favorisée. Ce résultat est conforme au pronostic de Posidonius : que l'épilesie contractée dans la vieillesse guérit bien mieux que celle qui a débuté dans l'enfance. Sennert paraît s'être trompé ici, comme pour l'hérédité : « Elle se guérit, dit-il, très difficilement chez les vieillards et les décrépits (1). »
Après la vieillesse, vient l'âge de dix à vingt ans, qui est assez favorable, puis l'enfance. Si le nombre des guérisons complètes est relativement faible dans le jeune âge , les améliorés y sont assez nombreux, et cette dernière catégorie renferme ici presque exclusivement des sujets dont la maladie n'a récidivé que par la négligence des parents. L'enfance présente donc des chances moyennes, si l'on compare les succès plus ou moins complets aux insuccès absolus. Sennert et Tissot (1) auraient trop aggravé le pronostic de cet âge ; le premier s'exprime ainsi : « Les enfants qui sont attaqués peu après leur naissance échappent rarement. » Tissot appuie cette opinion en ces termes : « Ce sont peutêtre les seuls dont on n'a pas aggravé le pronostic. » Plus loin il ajoute : « Quand cette maladie attaque depuis quatre ou cinq ans jusqu'à celui de dix ou douze, si l'on s'en
(I) Tissot, ouv.'cit., §§ 95 et 96.
occupe à temps, si on lui donne des soins, elle guérit. » L'analyse de nos cas, de la naissance à douze ans (travail que nous ne donnons pas ici pour éviter les détails inutiles), ne confirme pas la dernière règle de Tissot.
La période de vingt h trente ans est celle qui offre la plus grande proportion de cas rebelles. L'aphorisme (7, section V) d'Hippocrate serait en partie vérifié : « L'épilepsie qui paraît avant la puberté est susceptible de guérison • celle qui survient à vingt-cinq ans ne finit à l'ordinaire qu'avec le malade. »
En résumé , les âges se rangent ainsi dans l'ordre croissant de gravité, la vieillesse, la jeunesse, l'enfance, la virilité.
Toutefois, nous ne trouvons pas encore ici la règle positive de pronostic que nous cherchons.
§ VI. — Tempérament.
Guéris. Améliorés. Rebelles, Totaux.
Lymphatique 8 3 1 12
Nerveux 6 » 3 9
Lymphaiico-nerveux. ... 3 2 5 10
Nervoso-sangiiin U 1 2 7
Lymphatico-sangiiin .... 2 b » 6
Sanguin 3 « 1 II
Mixte 1 » » 1
Non déterminé 1 » » 1
Le nombre des cas dans chaque subdivision est trop restreint pour qu'il soit prudent de généraliser les conclusions <le ce tableau. En voici cependant les résultats : Dans l'ordre croissant de gravité du ])ronostic, les tempéraments se classeraient ainsi : lymphatico-sanguin; — lymphatique; — sanguin ; — ncrvoso-sanguin ; — nerveux ; — lymphaticonerveux.
§ VII. — Menstruation. Grossesse.
L'établissement de la menstruation a-t-elle une influence heureuse sur Tépilepsie , selon une opinion vulgaire aujourd'hui, mais qui a pris son origine dans la science, comme l'établit le passage que nous avons cité de Scribonius : « Pueros et virgines liherari post complexum et deturginationem? » Notre pratique ne nous a jamais montré un seul cas où l'apparition des époques ait amené, non pas la guérison, mais seulement une amélioration de la maladie;. L'expérience de Tissot est sur ce point la même que la nôtre (1).
L'influence fâcheuse de chaque apparition menstruelle sur la marche de l'épilepsie tend d'ailleurs à démontrer l'actiqn peu favorable de cette fonction sur la maladie elleméiïie.
11 est en outre une circonstance qui concourt à la même conclusion : dans les deux seuls cas (obs. 28 et ii8) où nous ayoqs pu constater la marche de l'épilepsie dans la grossesse , tout symptôme épileptique avait cessé pendant la gestation , et cela dans toutes les grossesses de ces deux femmes, pour reprendre ensuite, sauf traitement plus tard, leur piarche ordinaire. D'après Esquirol , toutefois , le fait ne serait pas constant.
§ VIII. — Mariage.
Nous avons vu, dans le chapitre consacré à l'étiologie, que le célibat semble être pour les femmes une cause prédisposante d'épilepsie. Il paraîtrait naturel d'en conclure qu'on doit conseiller le mariage, tout au moins aux filles épileptiques. Mais, pour que cette conclusion fût justifiée,
(I) Ouv. cilé, § 92. ^
il faudrait que l'expérience eût prouvé qu'en effet le mariage peut ou doit guérir la maladie. Autrement, et dans l'intérêt social, il est du devoir du médecin d'employer son influence morale pour prévenir de semblables unions. Du moment, en effet, où il est reconnu que l'épilepsie est fréquemment héréditaire , il serait à désirer que ceux qui en sont actuellement atteints ne la propageassent pas dans leur postérité. D'ailleurs, comme le dit Tissot , autoriser de semblables unions, c'est se jouer du bonheur des intéressés. Il est inutile d'ajouter qu'on ne saurait jeter un blâme trop sévère sur les parents qui marient un épileptique sans faire connaître au conjoint la triste maladie à laquelle est en proie la personne avec laquelle il va être attaché par des liens ordinairement indissolubles.
Mais revenons à la question principale : le mariage estil utile aux épileptiques? Plusieurs médecins ont répondu oui; et nous avons été curieux de rechercher s'il existait, et en certain nombre, des faits sur lesquels cette opinion put s'étayer. Nous n'en avons rencontré que trois , que nous allons reproduire.
En 1691, Lanzoni (Jos.) a publié, dans \es Ephémérides des curieux de la nature (1), l'observation suivante :
« Epilepsia per subsequens viatrimonium curata. Vidua » quœdam annorum 31 , temperie calida et sicca donata, vitae « sédentarise dedita,rarum fluxummensium exporta, vinum- » que in quantitate polaiis, ex improviso in terram cecidit, » spuma ex ore prodeunte, tolum corpus violenter concus- « sum, el membra rétracta fuerunt. In se reversa horum non » rccordalur, et bis saltcni in mcnse hoc affectu corripitur. »Plura niedicamina exhibeo et omnia sunt frustanea.Un de » consului ut sccundas accédât ad nuplias. Quo consilio usa,
(1) Dec. II , ann. 10. obs. 127, ùve lom. XVII , p. 220.
DU PRONOSTIC PAKTIGULIER. 521
» sequenti mense secundum amplectitur maritam, civem sci- » licet Ferrariensem, amicum meum, annorum 28, optima » temperie praeditum. Primo statim mense impraegnatur, et » nullos ampliùs patitur epilepticos insultusj imô gratias Altis- » simo DEO agens nunc sana vivit, et jamjam se accingit ad « partum. » La dernière phrase, qui montre que, au moment où l'observation a été rédigée, la dame n'était point encore accouchée, ne laisse au fait d'autre valeur que celui d'un cas de grossesse pendant la durée de laquelle les attaques ont été suspendues. Cependant cette histoire a été invoquée plusieurs fois à l'appui de l'utilité du mariage j il est vrai qu'on ne l'a pas toujours copiée ou traduite d'une manière complète. Maisonneuve , qui la cite dans son recueil (1) et qui l'a tirée d'Horstius, ne donne précisément pas la dernière phrase : « elle se prépare àdevenir mère, » qui amende singulièrement la précédente : « et fut dès lors exempte de ces attaques. »
La seconde observation appartient également aux Ephémérides (2) j elle est due à Cummius (1684).
« Epilepsia ex retentis mensibus venere et puerperio sa- » nala. Nota mihi est nobilissima quaedam fsemina, quaî cura » virgo adhuc ex mensium retentione epileptica fieret, à » medico persuasa ut se viro substerneret. Inde gravida, feli- » citer peperit puellam : à puerperio autem optimè purgata » prorsiis ab epilepsia libéra evasit. »
Ce fait manque de détails , et spécialement sur la durée de la guérison après l'accouchement, ce qui est une circonstance importante, sans parler du diagnostic sur lequel peut planer de l'incertitude, en l'absence de toute description des accès.
{\)Ouv.cilé,^. 37.
(2) Dec. I , ann. I , obs. 86 , sive tom. I , p. 179.
522 PROiSOSTlG.
Enfin la troisième observation, tirée toujours du même recueil (l) , est due à Ambroise Stegmasin (169/i).
« De epilepsia diuturna virginis post congressum cum » viro suhlala , sed eo denegato posteà in furorem uterinum » mutata. Virgo qusedam Wettinensis , nomine Magdalena » Matzin , per 10 annos praeter propter epileptica, in caeteris » ^utem optimè sana et mentis suse compos. Huic ab era- )) pirico quodam suadetur ut Veneris exercitio, tanquàm » certissimo epilepsiae remedio, uteretur; quo etiani dicto, » citiùs cum milite quodam intendit. Revocato autem milite » ad castra, nielancholiae totam se dédit, et diversis vicibug » ratione omni destituta , nuda quaesivit suum amasium in » hospitio , usque dùm délira periret. >.
Nous avons rapporté ce cas avec le titre que l'auteur lui a donné, mais nous serions fort disposé à ne voir dans ce fait que ces accès hystériques qui précèdent ou compliquent ordinairement la nymphomanie, et dont l'auteur luimême donne un exemple dans l'observation qui suit immédiatement celle que nous venons de transcrire.
Certes ces trois cas, souvent cités , mais non toujours reproduits, ne prouvent guère en faveur du mariage des épileptiques. La plupart des auteurs modernes, et spécialement Tissot (2), blâment sérieusement un semblable usage.
Notre expérience nous conduit à la même opinion.
Nous avons eu trois malades, dont deux filles (obs. 28, 48) et un garçon (obs. 16), qui se sont mariés étant épileptiques. Dans les deux premiers cas, la maladie a persisté; dans le troisième , le mal n'a cédé qu'à un traitement prolongé. Dans un quatrième cas (obs. 26), le malade, récemment guéri, a rechuté quelques mois après son mariage.
(1) Dec. III, ann. I, obs. 12, sive lom. XIX, p. 29.
(2) Ouv. ciié,$ (00.
Guéris.
Améliorés.
Rebelles.
Totaux.
Zl
DU PRONO.STIC PARTICULIER. 52 S
Cependant, si l'on croyait pouvoir compter sur la solidité de la guérison, on trouverait dans nos résultats étiologiques sur le célibat des filles un motif pour conseiller le mariage aux jeunes personnes. Quatre de nos malades, deux garçons et deux filles, se sont mariés plusieurs années après leur guérison, et n'ont pas eu lieu, jusqu'à présent, de regretter d'avoir pris ce parti.
§ IX. — État mental lors du premier traitement.
Intelligence très développée.
— ordinaire. . . .
Inlellig. faible ou très faible.
Aliénation mentale antér. .
Apparence d'idiotisme . . .
Il est impossible de contester, d'après ce tableau, l'influence fâcheuse d'un affaiblissement de l'intelligence, et la conclusion inverse. La règle, toutefois, est d'une application très limitée au point de vue du pronostic individuel; car la subdivision des intelligences ordinaires, qui est la plus nombreuse, offre des cas dans toutes les catégories. L'apparence même d'idiotisme peut laisser des espérances, les deux améliorés de cette division étant des cas à traitement fort incomplet.
§ X. — Aisance.
Guéris. Améliorés. Rebelles. Totaux.
Richesse ou aisance (domestique compris) ...... 13 1 5 19
Classes ouvrière et agricole . 11 7 5 23
Misère Z| 2 2 8
Au point de vue; qui nous occupe, ce tableau ne donne lieu à aucune conclusion ; mais on peut y remarquer la faible proportion des améliorés dans les familles aisées, com-
parée à celle des autres classes. Cela tend à confirmer ce que nous avons dit déjà de nos améliorés , que ce soii't des épileptiques dont la guérison n'a manqué que par défaut de persévérance de la part des malades ou de leurs parents.
§ XI. — Ancienneté de la maladie.
Guéris. Améliorés. Rebelles. Totaux.
1 à 30 jours ........ 8 2 » 10
1 à 3 mois U 1 1 6
3 mois à 1 an 3 2 2 7
1 à 3 ans 5 3 U 12
3 à 10 ans ... 5 1 3 9
Plus de 10 ans 3 1 2 6
Encore un tableau qui ne fournit aucune règle d'une application un peu générale au pronostic individuel, puisqu'on y trouve des guérisons avec toutes les durées de la maladie, et des cas rebelles dans toutes les subdivisions, sauf la première. Il est juste, cependant, de faire observer : i° que les guéris au delà de dix ans de durée n'étaient atteints que de vertiges : run d'eux avait eu des attaques, mais tout récemment j 2" que le cas rebelle de la seconde subdivision n'a subi qu'un traitement de valériane sans direction médicale. Ces corrections faites, il devient évident qu'au-dessous de trois mois de durée les chances de succès sont très grandes, et qu'elles diminuent beaucoup au delà de cette époque. Le pronostic d'Arétée et d'Alexandre, ainsi que les espérances de Fovillc, se vérifieraient donc ici , mais jusqu'à trois mois seulement. Cependant la durée de la maladie ne serait pas un obstacle à une assez forte proportion de guérisons, forte surtout en raison du pronostic le plus généralement admis pour l'épilepsie.
§ XII. — Fréquence des attaques ou accès.
Guéris. Améliorés. Rebelles. Totaux.
7 2 5 IZi
N'ayant eu qu'une attaque Moins d'une attaque par an 1 à 11 attaques par an . .
1 h h attaques par mois. .
1 à 6 attaques par semaine 1 à plusieurs attaques par jour 3 1 2 6
Nous n'avons pas mentionné dans ce tableau les cas où il n'y a eu que des vertiges.
On retrouve encore ici des guérisons dans tous les degrés de fréquence , et des insuccès dans quatre subdivisions sur s'\x; par conséquent, on ne peut pas tirer de ces chiffres une règle d'une grande valeur pour le pronostic. Ils indiqueraient cependant que les attaques très rares sont éminemment favorables ; le seul de nos épileptiques guéri spontanément forme à lui seul la seconde subdivision. D'après les résultats de la première , on réussirait toujours en attaquant le mal après la première attaque. Les cas à accès comptés par an et par mois offriraient une moindre proportion de cas rebelles que ceux à accès comptés par settiaine et par jour. En d'autres termes , le pronostic serait, dans certaines limites, d'autant plus favorable que les atta ques seraient moins fréquentes.
§ XIII. — Retour diurne ou nocturne des attaques ou accès.
Guéris. Améliorés. Rebelles. Totaux. Toujours ou le plus souvent
le jour 17 7 9 33
Toujours ou le plus souvent
la nuit 6 1 2 9
Également le jour et la nuit. 1113 Défaut de renseignem.ents .2 1 » 3
526 pRONostic.
Le retour diurne ou nocturne des attaques ne paraît pas avoir d'influence sur la curabiiité de l'épilepsie. Si les chiffres étaient moins lirnités, on devrait conclure de nos faits que les cas les plus graves sont ceux où les accès reviennent également le jour et la nuit j mais ce serait là une conclusion hasardée.
§ XIV. — Nature des crises.
Nous avons pris le plus souvent, jusqu'ici, le mot d'accès tantôt dans un sens général , comme exprimant l'ensemble des variétés offertes par les crises d'épilepsie, tantôt comme synonyme d'attaque j dans le tableau suivant, nous lui restituerons le sens particulier que nous lui avons donné dans notre essai de classification.
Guéris. Améliorés. Rebelles, Totaux.
Attaques seulement .... 11 7 3 21
Accès seulement 2 » » 2
Vertiges seulement 2 » » 2
Attaques et accès. .... 5 » 1 Q
Attaques et vertiges .... 6 2 6 Ih
Accès et vertiges 1 » » 1
Attaques, accès et vertiges. 112 à
La nature des crises ne fournit pas une règle générale de pronostic individuel, puisqu'on rencontre des guérisons dans toutes les circonstances, et des cas rebelles dans quatre subdivisions sur sept.
Ce caractère n'en fournit pas moins des présomptions de quelque valeur : ainsi , on ne rencontre aucun cas rebelle chez les individus qui n'ont eu que des vertiges, des accès, ou ces deux genres réunis. Ceux même qui ont eu des attaques, mais sans mélange d'autres genres de crises , offrent une proportion très faible d'insuccès complets : un septième.
La combinaison des attaques et des accès donnerait en-
core des cliances très favorables ; mais la réunion des vertiges aux attaques aggrave beaucoup le pronostic, (jui devient encore plus sérieux si les trois getires se compliquent.
Si maintenant nous cherchons à résumer les résultats fournis isolément par chacune des quatorze circonstances dont nous venons d'étudier l'influence sur le pronostic particulier, nous trouvons qu'aucune d'elles ne remplit la condition que nous avons désirée , celle de donner un critère qui serve à estimer d'avance, avec une probabilité s'approch&nt de la certitude, l'issue d'un cas donné d'épilepsie. Il n'est pas en effet une seule de ces circonstances qui se rencontre exclusivement, ou à peu près, soit dans la série des cas guéris ou améliorés, soit dans la catégorie des cas rebelles. Mais si l'on veut se contenter de présomptions plus ou moins fortes, l'examen que nous venons de faire n'a pas été complètement stérile. En voici les principaux résultats réunis sous forme sommaire.
Seraient des circonstances indifférentes :
— L'hérédité.
— Le tempérament.
— L'état civil.
— Le degré d'aisance , sauf pour la bonne exécution du traitement.
— L'heure des attaques.
Seraient favorables :
— Le sexe féminin.
— Une stature élevée.
— Une belle conformation ou une forte complexioii.
— Une intelligence très développée.
— L'âge avancé.
— La grossesse , comme influence temporaire.
— La date récente du début , surtout au-dessous de trois mois.
— Des crises rares.
— Un seul genre de crises.
— Des crises d'une nature légère.
Seraient défavorables :
— Le sexe masculin,
— La naissance avant terme.
— L'atrophie des membres.
— L'idiotisme et une aliénation mentale antérieure.
— L'âge viril, et la période de fécondité dans le sexe féminin.
— Une longue durée de la maladie, surtout au delà de dix ans.
— Des accès très fréquents.
— La complication des attaques et des vertiges.
Le degré de fréquence, la nature des crises, la durée de la maladie , seraient les trois circonstances qui donneraient pour le pronostic particulier les règles les plus générales et en même temps les plus sûres.
§ XV. — Nombre total des crises.
A défaut d'une circonstance unique qui puisse servir de critère certain, recherchons si la combinaison des trois éléments que nous venons d'indiquer comme les plus propres à éclairer le pronostic ne remplirait pas le but que nous cherchons à atteindre.
En combinant la fréquence des accès avec l'ancienneté de la maladii' , on obtient pour produit le nombre total des accès depuis l'origine du mal , et les trois éléments se trouveraient réunis dans un tableau qui contiendrait, pour
DU PRONOSTIC l'AirrrcuLifR. 529
chaque cas , le nombre total des accès de chaque genre éprouvés par le patient depuis le début de l'épilepsie.
Mais, avant de tracer ce tableau, nous présenterons quelques remarques sur les éléments de sa composition,
A quelle époque faut-il solder le compte des crises? Il paraît d'abord tout simple d'en arrêter le nombre au moment 011 l'on a commencé le premier traitement. Pour les cas rebelles, nous avons suivi cette règle, la seule applicable ; mais , pour les cas guéris , il y aurait eu quelque inconvénient à compter ainsi. En effet, pour cette catégorie, que voulons-nous apprécier? Le nombre total des crises auquel on peut parvenir avant d'arriver à l'incurabilité, le terme cil un traitement est encore efficace. Or, dans la manière de compter ci-dessus, et dans le cas où la maladie, ayant résisté à un premier remède, aura cédé à un second, n'estil pas convenable d'ajouter au nombre total antérieur celui des accès survenus pendant la cure infructueuse? Mémo dans le cas d'une seule cure, et par le même motif, peuton ne pas faire entrer dans le compte général un accès survenu le premier jour du traitement et les suivants? Le doute ne nous a pas paru permis ; aussi , pour les malades guéris, nous avons additionné tous les accès jusqu'au moment de leur cessation détinitive ; pour les améliorés, jusqu'au moment où le changement a été évident et fixé.
Nous n'avons, dans notre premier tableau, tenu compte que de la maladie primitive, nous réservant de revenir sur les rechutes.
Pour la classification des crises , nous n'avons pris en considération que les genres, et même nous avons réuni aux attaques certains accès qui, d'abord incomplets, se sont aggravés graduellement de manière h se convertir en atta-
ques , la distinction du chiffre de chaque genre n'étant pas possible dans ces cas.
Est-il nécessaire d'ajouter que les nombres un peu considérables n'ont pas été obtenus par une supputation directe, mais en multipliant le chiffre moyen, hebdomadaire ou mensuel des accès par le nombre de semaines ou de mois exprimant la durée de la maladie? De telle sorte que le chiffre total n'est qu'approximatif, même sans parler des doutes sur l'exactitude de l'évaluation de la fréquence pendant tout le cours de la maladie, doutes exprimés dans les tableaux par un point d'interrogation. Au reste , en dehors de cette dernière source d'erreurs , on peut assez bien limiter les chances d'inexactitude , en ne regardant comme exacts qu'à un dixième près tous les nombres se terminant par un zéro.
Un sujet (obs. 29) figure à double dans le premier tableau consacré à la première série. C'est un malade que nous avons traité deux fois à dix ans d'intervalle j il y avait de l'intérêt à montrer les résultats obtenus aux deux époques.
Une autre malade (obs. 28), ayant depuis longues années des vertiges et affectée plus tard d'attaques, a vu ses attaques cesser et ses vertiges s'améliorer. Dans notre exposition des faits, nous l'avons classée dans les améliorés ; ici, où nous distinguons les deux genres de crises quant à leur influence sur la curabilité, nous avons dû la faire figurer dans les guéris pour les attaques, dans les améliorés pour les vertiges.
DU PRONOSTIC PAFiTICUl lEn.