DE ZINC
La longueur du traitement et la dose totale d'oxyde de zinc à donner pendant ce temps sont à peu près proportionnelles entre elles, si l'on suit la marche que nous avons tracée plus haut.Par conséquent, évaluer la quantité, c'est mesurer, jusqu'à un certain point, la durée. Nous nous occuperons donc de chercher, avant tout, jusqu'à quelle limite il faut porter la quantité totale du remède, circonstance qui doit être plus importante que le temps qu'on consacre à atteindre ce but.
L'étendue à donner à la cure, exprimée surtout en quantité du médicament, doit être étudiée dans deux circonstances différentes :
Quand faut-il s'arrêter lorsque le traitement ne paraît avoir aucune influence utile sur la marche de la maladie?
Jusqu'à quelle dose totale faut-il porter le remède quand,
les crises ayant cessé, on ne le continue que pour consolider la guérison?
Tels sont les deux problèmes que nous allons successivement chercher à résoudre.
Une solution un peu précise de la première question a de l'importance. Sans parler de l'intérêt qu'il y a à ne pas continuer inutilement des soins et des remèdes quand ils ne doivent pas être efficaces, il importe , si nos règles de pronostic particulier sont vraies, de ne pas laisser s'atténuer les chances du malade en perdant du temps à poursuivre l'emploi d'un remède qui ne doit pas guérir. Il faut au contraire, aussi vite que la prudence le permettra, chercher à rencontrer une médication plus fructueuse. D'autre part, en terminant trop promptement la cure, on risque de l'abandonner au moment même où elle allait porter ses fruits. Bien souvent nous avons flotté incertain sur la conduite à tenir alors, ne trouvant dans la science aucun guide pour nous conseiller. Aussi avons-nous dû plus d'une fois faillir, soit par excès, soit par défaut. Nous voudrions éviter à nos successeurs cette perplexité et cesécueils.
Le meilleur moyen, le seul peut-être, pour éclairer cette question, c'est d'étudier dans les différents èges la quantité totale du remède où était arrivé chaque malade au moment où les crises ont manqué. Nous ne disons pas cessée mais manqué; en effet, dans les cas où les accès sont peu fréquents, il y a une différence plus ou moins grande entre ces deux époques. Nous avons choisi, pour limite, le moment où l'accès n'a pas reparu à son temps ordinaire.
Nos guéris se partagent, au point de vue qui nous occupe, en deux catégories : 1° Ceux qui n'ont eu aucune crise dès le début du traitement, et qui ne peuvent par conséquent servir à résoudre le premier problème j 2° ceux dont les
accès n'ont manqué qu'à une époque plus ou moins éloignée du commencement de la cure et qui doivent nous fournir la solution cherchée.
Le tableau suivant donne l'âge et les antécédents de ili malades, dont un cas de rechute, chez qui les accès n'ont pas reparu dès le début de l'emploi du zinc.
No» des observ. Age. Nombre et nature des crises.
U aUaq. et un grand nombre d'accès légers. U attaques ; et vertiges très fréquents, mais
plusieurs fois guéris.
U attaques.
3 accès.
2 attaques.
Nombre et nature des crises. 5 attaques.
2 attaques, 9 accès et vertiges.
1 attaque.
ti attaques et vertiges pendant 10 ans.
Si ce tableau ne peut rien nous apprendre sur la solution du problème cherché, il tend du moins à montrer que la circonstance qui donne au traitement la plus rapide action, c'est, avant tout, le petit nombre d'attaques antérieures. Notre loi sur le pronostic particulier trouve ici une vérification spéciale : après quelques attaques seulement, le mal paraît, en général, tout prêt à céder à la première médication.
Dans le tableau suivant, nous partagerons les malades en catégories d'âges; mais, dans chaque catégorie, nous les rangerons dans l'ordre croissant de la quantité du remède qui avait été prise au moment où les accès ontman-
10 mois.
8 ans.
11 ans.
Ih —
N»» des observ.
■ Age.
Ull
17 ans.
que. Nous n'avons pas tenu compte ici des vertiges ou menaces pour fixer l'époque de la suppression des crises; en effet, nous avons observé plusieurs fois que l'épilepsie pouvait être considérée comme guérie, quoiqu'il se manifestât encore de loin en loin quelques vertiges ; dans ces circonstances, s'ils ne remontent pas à une date fort ancienne, ils finissent toujours par disparaître. Nous croyons qu'il en doit être de même des simples menaces.
Numéros Nombre et nature Quantité totale Durée du
Ages, des observât. des crises. du remède. traitement.
De la naissance à 2 ans.
5 mois. 23 62 aUaques. gram. 2,15 1 semaine.
7 mois. m 9 a», et 60 accès. 2,20 2 —
5 mois. 24 75 aUaques. 3,20 8 —
De 2 à 15 ans.
13 ans. 18 10 att., quelques menaces 5,30 2 —
et vertiges.
2 ans. 50 200 attaques. 111,00 19 —
Au-dessus de 15 ans.
18 ans. 11 2 att. et 19 menaces. 32,50 U —
16 ans. 19 R. 1 att.,lacc. eiquejq.men. 3Zi,00 9 —
73 ans. 6 90 attaques. Zi2,50 12 —
Le résultat le plus saillant de ce tableau est la différence extrêmement tranchée entre la quantité d'oxyde de zinc qui a été nécessaire pour supprimer les accès dans les cas favorables (première catégorie de notre règle de pronostic), et celle qu'il a fallu employer, pour atteindre ce but, dans l'observation 50 , qui appartient aux cas peu favorables (seconde catégorie); si les faits étaient plus nombreux, ce serait là une sanction puissante donnée à notre règle. Au reste , rien n'est plus rationnel que ce résultat; on comprend facilement qu'il faille une bien plus grande persévérance pour détruire une habitude invétérée que pour extirper un mal peu enraciné.
Une autre conséquence qui résulte du rapprochement de ces cas , c'est que la durée du traitement a fort peu d'influence sur la suppression des accès; et que c'est la quantité totale du remède employé qu'il faut prendre en considération. Ainsi, dans les observations 23 et 2/|, les antécédents étant fort analogues, les accès n'ont cédé dans le second cas qu'au bout de huit semaines, tandis qu'ils ont été supprimés en une semaine dans le premier cas; mais la quantité de remède a été fort peu différente pour ces deux malades. Les observations Jl et 19 R. donnent lieu à un rapprochement semblable. La conclusion à en tirer, c'est qu'il faut commencer par la plus forte dose facilement tolérable, et augmenter aussi rapidement que possible, à la condition d'éviter seulement les malaises et le dégoût.
Quant à. la dose totale qu'il faut atteindre avant de renoncer au zinc, le tableau, quoique peu étendu, nous fournit les éléments propres à la déterminer. Puisque les quantités indiquées sont celles où les accès ont été supprimés, il est évident qu'il faut les dépasser, pour s'assurer que le remède reste sans action. D'autre part, ce tableau et le précédent, renfermant tous les cas de guérison par l'oxyde de zinc, et la maladie étant restée rebelle à ce remède dans tous les autres faits , il est clair qu'il est mutile d'en poursuivre l'emploi bien au delà du total mentionné dans les cas extrêmes du tableau. Au reste, il faut distinguer les ûjjes et la gravité du pronostic.
Dans la première année de la vie, qui ne compte ici que des cas à pronostic favorable , les accès seraient supprimés avec moins de k grammes; il semblerait donc inutile de dépasser cette quantité; toutefois nous croyons que, pour cet âge, il est plus prudent de formuler ainsi la règle : Dans la première année de la vie et dans les cas favorables,
il faut atteindre la quantité totale de 5 grammes (Jx scrupules) d'oxyde de zinc, avant d'y renoncer pour recourir à un autre remède.
L'âge de 2 à 15 ans offrant dans le tableau , et précisément en raison inverse de l'âge, des chiffres très supérieurs ou inférieurs à ceux de la catégorie suivante , il paraît peu utile de séparer celte période de la vie des âges postérieurs. Nous réunirons donc nos deux dernières catégories d'âges, et nous formulerons ainsi les résultats fournis par le tableau , suivant la nature du pronostic : Depuis Vâge de 2 ans, dans les cas favorables, il faut administrer /i5 grammes (1 once 1/2) d'oxyde de zinc avant d'y renoncer; dans les cas à pronostic peu favorable, il faut aller jusqu'à 125 grammes (h- onces).
En suivant là marche progressive que nous avons tracée dans la section précédente, une cure d'essai d'oxyde de zinc sera, dans les cas favorables, de six semaines pour la première année de la vie, de deux mois pour les âges suivants; dans les cas peu favorables, le traitement sera, à tous les âges, continué trois mois.
Les règles étant ainsi tracées pour les cas où il ne se manifeste aucun changement avantageux, il est convenable d'examiner la conduite à tenir quand," les accès n'étant pas supprimés, il y a cependant une amélioration, caractérisée soit par leur éloignement, soit par leur atténuation. Alors nous croyons prudent, dans les cas favorables, d'atteindre la quantité fixée plus haut pour les cas peu favorables , et dans ceux-ci de continuer aussi longtemps qu'il y aura accroissement dans l'amélioration.
Cherchons maintenant la solution du second problème. Les accès sont supprimés, mais on ne peut pas affirmer que la guérison est solide, que les accès ne sont pas seu-
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lement éloignés; et, en toute occurrence, il y a à prévenir une rechute, si fréquente dans cette maladie.
On a , en général , conseillé de poursuivre l'emploi du remède pendant un temps assez long, mais sans tracer aucune règle relative à la durée de cette cure complémentaire. Presque toujours on a donné pour direction de diminuer graduellement la dose du remède, et même de ne plus l'administrer que d'une manière intermittente. C'est ainsi que nous avons procédé dans nos anciens faits ; mais nous ne croyons pas avoir eu lieu de nous en féliciter.
Si l'on parvenait à trouver quelques règles de traitement complémentaire qui servissent, au moins dans la majorité des cas, à prévenir les rechutes , ces directions ne seraient pas moins précieuses que celles par lesquelles on aura appris à supprimer les accès.
Nous allons chercher, dans nos cas de guérison par l'oxyde de zinc, en réunissant dans un seul tableau les cas suivis ou non de rechute, si nous pourrons découvrir quelques circonstances auxquelles aient pu se lier les récidives.
Dans ce tableau nous mentionnerons : 1° l'âge des sujets; 2° le nombre total des crises antérieures ; 3° la quantité totale de zinc correspondant à la suppression des accès; h." la quantité qui a été administrée postérieurement, et la durée de ce traitement complémentaire; 5° la marche suivie dans cette dernière partie de la cure, distinguant entre la marche continue et l'intermittente, les doses soutenues et les doses décroissantes; 6° la quantité totale du remède pour la cure complète, avec la durée de celle-ci; 7° enfin, après avoir indiqué si le malade a rechuté ou non, nous tiendrons compte du temps écoulé entre la guérison et la récidive.
Une étude attentive de ce tableau en fait découler les conclusions suivantes :
578 THAITEMENT,
1° La gravité du pronostic tiré du nombre antérieur et de la nature des crises ne paraît pas en général exetcer d'action sur les récidives.
2° La quantité totale du remède employée dans la cure, au moins jusqu'à 70 grammes, paraît également sans influence j en effet, dans un tableau où les cas sont rangés dans l'ordre croissant de la quantité d'oxyde de zinc employée , la seconde moitié des faits offre le même nombre de récidives que la première.
â° La quantité absolue du remède, prise dans la seconde période du traitement, au moins jusqu'à 54 grammes, ne semble pas exercer d'action préventive des rechutes.
/t" Mais il ne paraît pas en être de même de cette dernière quantité comparée à celle employée dans la première période, et de la manière dont elle est administrée.
Sur les 6 récidives, il y a eu 2 cas (obs. 13, 24) où la cure n'a pas duré au delà de l'époque ordinaire du retour des accès; c'est-à-dire où la seconde période de traitement a été nulle. Dans 1 cas (obs. 25), la quantité prise dans la seconde période n'a été que la moitié de celle prise dans la première; et elle a été donnée d'une manière intermittente et à doses décroissantes. Dans un fait (obs. 23) la seconde partie de la cure n'a guère dépassé la première en quantité de remède, et l'on y a consacré un temps double, le zinc ayant été donné à doses décroissantes. Enfin dans les 2 derniers cas (obs. 12 et 16), la quantité préventive a été plus forte que la quantité curativc ; mais le remède a été donné, à la fin, d'une manière intermittente et décroissante ; dételle sorte que, dans un cas, le sujet n'a pris que 54 grammes en 35 semaines; dans l'autre, moins de 19 grammes en 28 semaines,
il résuilcrait de ces diverses circonstances qu'un épi-
leptique guéri a les plus grandes chances de rechuter, quand il n'a pas pris, à dater de la suppression des accès, une quantité de remède plus grande que celle qui a été nécessaire pour atteindre ce premier but; et que ce résultat est fort à craindre, même en employant dans la seconde période une plus grande quantité d'oxyde de zinc que dans la première, si l'on achève le traitement à doses décroissantes et surtout si on ne le donne que d'une manière intermittente. En d'autres termes, une cure complémentaire inférieure à la cure primitive ou intermittente, et terminée en progression décroissante, expose fortement aux récidives.
L'examen de la marche suivie dans la seconde période de traitement chez les sujets qui n'ont pas rechuté vient à l'appui de la conclusion précédente.
Sur les 8 épileptiques qui n'ont pas rechuté, il y en a eu un (obs. 10) chez qui, la seconde période du traitement ayant été nulle, la récidive aurait dû avoir lieu, si la règle énoncée plus haut était absolue; mais nous devons faire observer que cette malade, qui n'avait que de rares vertiges, se trouvait précisément dans les mêmes conditions de pronostic que la malade n° 5 qui a guéri sans traitement. Dans aucun des 7 autres cas on ne rencontre réunies les trois circonstances : d'une quantité de zinc moindre dans la seconde période que dans la première, d'une marche intermittente dans le traitement, et d'une administration du remède à doses décroissantes. Dans 3 cas, il est vrai (obs. 11, 18, 6), il y a eu doses décroissantes; mais en même temps marche continue et administration, dans la seconde période, d'une quantité qui a été au moins le 5/9^* de la cure totale , et qui a été portée dans deux cas aux 6/7" et même aux 7/8". Dans un cas (obs. 50), la quantité complémentaire a été un peu moindre que la quantité primitive ;
mais, dans la seconde période, la marche des doses a été non seulement continue, mais encore ascendante d'abord, puis soutenue au maximum, de telle manière que l'enfant, âgé de deux ans, a pris 84 grammes d'oxyde de zinc en 9 semaines. Dans un cas (obs. ili) le traitement a été continu, les doses soutenues à leur maximum, et la quantité du remède, donnée dans la deuxième période, égale aux 3/5^* de la cure totale. Dans les 2 cas restants (obs. 7 et 8), les accès journaliers ayant cédé dès la première prisedu remède, la cure totale s'est trouvée en quelque sorte toute complémentaire. Ainsi, chez un malade dont les accès ont cédé à une cure d'oxyde de zinc, il fauty pour consolider la guérison et prévenir les rechutes, donner encore, le plus rapidement possible et sa?is interruption, une quantité du remède qui dépasse celle qui avait été ad^ninistrée au moment de la suppression des accès.
S'il a fallu /i5 grammes et deux mois pour supprimeras accès, on devra dépasser 100 grammes, ou compléter notre cure normale de trois mois. Si, dans un cas peu favorable, on a donné, suivant notre méthode, 125 grammes en trois mois, on devra atteindre ou dépasser 300 grammes, faire noire cure de six mois.
En admettant que notre règle de traitement complémentaire n'ait pas toute la portée qui résulte de notre analyse , elle n'en serait pas moins précieuse^ car elle remplace des directions tout à fait contraires, ne s'étayant que sur des appréciations vagues, et données par des auteurs qui ne s'appuyaient que sur un très petit nombre de guérisons. La confirmation de celle règle serait un heureux complément de notre critère de pronostic particulier; en effet, s'il résuite de celui-ci qu'on pourra désormais guérir la grande majorité des épilcptiques, la conséquence de la règle de trai-