DU CHOIX A FAIRL ENTRE LE>S TRAITEMENTS
graphe, a étudié l'épilepsie avec la patience d'un bénédictin, ne fait pas mention de ce médicament. C'est en Courlande, d'après Trinius, qu'on a commencé à l'employer dans l'épilepsie. Schmutziger l'a ensuite préconisé. 11 fut un moment fort en vogue à Genève, il y a bientôt vingt ans , et il y procura des succès mêlés de beaucoup de revers , comme cela est toujours arrivé quand on a expérimenté les antiépileptiques, sans avoir égard au degré de gravité des cas.
Tous les autres médicaments que nous avons essayés ne l'ont été que dans des cas défavorables , et ne nous ont donné aucun succès. Nous n'avons donc rien à en dire de notre propre fonds.
En résultat, d'après notre expérience, l'ordre de mérite de nos quatre principaux remèdes serait :
Le selin des marais,
L'oxyde de zinc,
Le sulfate de cuivre ammoniacal ,
La valériane.
Mais il ne faut point oublier que, pour trois de ces médicaments, la conclusion ne repose que sur un nombre de faits qui, pour chacun , n'est que le tiers ou le quart des cas où a été administré le zinc. L'ordre que nous venons d'établir ne doit être, en conséquence, considéré que comme provisoire.
En cas d'insuccès de ces quatre agents , il en est quatre encore que nous serions disposé à essayer et à conseiller: ce sont le nitrate d'argent, la poudre de taupe, l'extrait de belladone et l'assa fœtida. Peut-être une expérimentation soignée des trois premiers médicaments les intercaleraitelle, dans l'ordre d'efficacité, entre nos quatre remèdes principaux.
Un moyen qui a réussi à de la Ptive dans la moitié
Clii TRAITEMENT.
des cas , pris au hasard , où il l'a employé , doit avoir une grande efficacité. Le nitrate d'argent compte en sa faveur, depuis la fin du siècle dernier , de nombreuses autorités. Si l'on trouvait le moyen d'empêcher la coloration permanente qu'il entraîne quelquefois , nous n'hésiterions pas à en recommander de nouveau l'essai. Qu'il nous soit permis d'émettre, sur le moyen de prévenir cette coloration, une idée qui n'est probablement pas nouvelle , mais qui mériterait peut-être d'être expérimentée. Il y a environ vingt ans, nous entreprîmes avec feu le docteur Dufrêne une série d'expériences sur les animaux , pour reconnaître les altérations chimiques que subissent dans l'estomac certains médicaments. Pour le nitrate d'argent , nous observâmes ce fait déjà connu, qu'on retrouve très vite un précipité de chlorure d'argent, très blanc d'abord , et qui noircit au contact de la lumière. Mais ce précipité était d'une telle ténuité , qu'une certaine quantité passait toujours au travers des filtres. Il est donc très probable que le chlorure, quoique insoluble dans l'eau et les acides, est entraîné dans la circulation, et que, mis en contact avec la lumière, il se dépose, comme une teinture noire, dans le pigmentura des parties découvertes de la peau, et y reste combiné avec les tissus. Jusqu'à quel point l'ammoniaque , qui a la propriété de dissoudre le chlorure d'argent, pourrait-elle réussir à prévenir ce dépôt ou à en procurer la résorption? Ce serait un objet d'expériences intéressantes , et elles doivent être faciles à faire sur certains animaux, comme des lapins blancs , dont on raserait quelques parties des téguments. L'ammoniure d'argent pourrait-il être donné sans danger et préviendrait-il la coloration? Il vaudrait la peine d'étudier cette question et d'enrichir ainsi l'arsenal des médicaments antiépileptiques.
DU CHOIX A FAIRK ENTRE LES TKAITEM KN TS. 615
La suspension des attaques par l'extrait de belladone , obtenue dans un de nos cas les plus graves (obs. 36), peu de temps avant la mort de ce malheureux , et les éloges donnés par MM. Debreyne et Bretonneau à ce médicament, nous ont inspiré des préventions favorables pour ce remède • nous nous proposons de l'expérimenter dans quelques cas rebelles au zinc (1).
La poudre de taupe grillée est un remède emprunté à une époque où l'on donnait, dans une foule de maladies, certaines parties de la plupart des animaux sous des formes très variées. Elle est devenue un remède populaire à Genève; elle l'est depuis un siècle à Neufchâtel : c'est de là que M. Hentsch l'a tirée. Quelques uns de nos collègues ont obtenu par ce moyen des succès durables, et M. Hentsch continue à se féliciter de l'emploi généreux qu'il en fait.
Enfin , Vassa fœtida avait guéri momentanément Tépilepsie congénitale de notre n^ 31 avant l'époque où nous lui avons donné des soins. C'est un moyen commode à employer chez les très jeunes enfants sous la forme de lavement; nous serions disposé à l'essayer à cet âge.
Après avoir fait connaître , d'après les résultats de nos faits, les médicaments qui paraissent mériter la préférence pour le traitement de l'épilepsie; après avoir indiqué ceux
(1) L'extrait de belladone nous a procuré cette année le succès le plus remarquable que nous ayons obtenu dans l'épilepsie. Lorsque le sujet del'observalion 62 vint réclamer nos conseils , cette jeune fille avait eu déjà plus de 1200 attaques, précédées elles-mêmes, pendant cinq ans, de fréquents vertiges qui s'étaient graduellement coriverlis en accès; ceux-ci, qui à leur tour se sont transformés en attaques, ne sont pas compris dans le compte ci-dessus. Pendant une cure de zinc de cinq mois , le nombre moyen des attaques fut exactement de 2 par jour. Aujourd'hui (24 décembre 1851), cette jeune fille, après avoir eu seulement 8 attaques en sept mois , en est complètement libérée depuis plus de quatre mois. A demi imbécile lors de la première visite, elle jouit maintenant de toutes ses facultés.
que leur réputation paraît devoir placer immédiatement ensuite , il nous reste à examiner si notre choix ne pourrait pas se fonder sur d'autres motifs que la valeur absolue et comparée de tel ou tel agent. N'y aurait-il pas, dans les variétés de la maladie ou dans quelques circonstances propres au malade , des raisons pour préférer tel médicament dans un cas et tel dans un autre? En d'autres termes, le choix ne peut-il pas se fonder sur des indications? Nous avons déjà dit ce qu'on entend par cette expression.
Les indications que nous fournissent les annales de la science pour l'épilepsie nous ont paru de deux genres , les unes systématiques, les autres d'observation.
La plupart des monographes ont divisé l'épilepsie en un certain nombre de genres ou d'espèces dont chacune fournirait, selon eux, l'indication d'un traitement particulier. Presque tous ces auteurs ont en outre affirmé que, si l'on ne guérit pas plus souvent cette maladie, c'est parce qu'on néglige de fonder le traitement sur la classification qu'ils ont adoptée. Or on peut facilement vérifier que ces classifications varient avec chaque auteur, et sont par conséquent purement arbitraires. Voir Tissot, Joseph Frank, Maisonneuve et Portai, parmi les plus récents. Ce sont ces indications que nous appelons systématiques. 11 est du reste à remarquer que c'est surtout depuis qu'elles ont été le plus préconisées, qu'on a guéri le moins d'épiieptiquesj car il est incontestable, à nos yeux, que le traitement de cette cruelle maladie a reculé depuis un demi-siècle; on peut en juger par notre courte notice sur l'histoire du pronostic général.
En dehors des indications dont nous venons de parler, on en rencontre d'autres que nous appellerons d'observation, et qui évidemment ont été suggérées aux médecins
i<K EMRK LF.S TRAITEMENTS. 617