CHAPITRE VI
l'église RÉFORMÉE de frange.
Mais c'est assez, nous arrêter à ces considérations générales sur le protestantisme. Nous l'avons cru nécessaire, non-seulement pour les choses mêmes que nous venons de dire, auxquelles, nous l'avouons, il nous est impossible de ne pas ajouter un vif intérêt, mais encore pour faciliter L'intelligence de celles que nous avons à dire sur l'Église réformée de France en particulier. Maintenant nous allons nous occuper de cette Église, chère à notre cœur par ce que nous avons fait pour elle et par ce que nous attendons d'elle. Et si nous nous permettons encore d'aborder quelques objets qui ne sont pas elle, ce sera parce qu'ils la touchent, la modifient ou la menacent.
La situation actuelle de l'Église réformée de France a quelque chose d'extraordinaire et peut-être unique dans les annales du christianisme. Cette Église n'est plus ce qu'elle a été. Elle est ce qu'elle ne doit pas être ; elle n'est point encore ce qu'elle doit être un jour. Son état légal n'est qu'une fiction. Son état réel fourmille d'imperfections et de lacunes. Elle est dans une position gênante et équivoque, dont elle doit tâcher de tirer le meilleur parti, mais dont elle ne saurait assez tôt sortir.
Nous destinons les sept chapitres qui suivent à considérer l'Église réformée de France dans son origine, dans son organisation actuelle, sous la loi du 18 ger-
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minai an x et sous la Charte. Les autres seront consacrés à développer d'autres vues , à envisager le protestantisme sous d'autres rapports. Ceux-ci , comme on le voit, s'attachent à l'Église réformée de France considérée comme corps social , ayant son organisation , son existence extérieure et ses lois.
Cette partie de notre travail est la plus difficile peutêtre de celles que nous avons à parcourir. Elle l'est d'autant plus que le sujet qu'elle embrasse n'a point encore été traité dans toute son étendué. Nous avons à nous frayer une route , et nous devons craindre de voir nos opinions rejetées par des hommes, dont nous admirons les talents et dont nous vénérons la droiture. Aussi, est-ce avec une extrême défiance de nous-même que nous allons les exposer. Nous croirons n'avoir pas pris une peine inutile , si nous réussissons à appeler l'attention des hommes éclairés sur un objet pour lequel nous ne saurions avoir trop de zèle et trop de vigilance.
Peu de protestants réfléchis en France sont à se dire encore que ce qui existe dans la situation extérieure et dans le gouvernement de leur culte , n'est point ce qui devrait exister. Mais bien peu , sans doute , ont poussé leurs réflexions assez loin pour arrêter définitivement leurs idées sur ce qu'il faudrait atteindre. Nos remarques pourront les diriger dans cette recherche , et si nous ne parvenons pas à leur faire partager nos opinions , ce à quoi nous n'osons aspirer, nous leur aurons fait sentir, du moins , où gît la difficulté , et fourni quelques moyens pour arriver à la résoudre.