CHAPITRE X
CE QUE PEUT FAIRE LE PROTESTANTISME EN FRANCE, DANS LA SITUATION OU IL SE TROUVE PLACÉ.
Telle est la législation qui nous régit. Que pouvonsnous faire avec elle? Tels sont les droits qu'elle nous laisse. Comment pouvons-nous en user?
Cette partie de mon sujet m'a inspiré la plus juste défiance de moi-même. C'est ici que j'ai ressenti le plus d'embarras et le plus d'incertitude. La situation est nouvelle. Les idées ne sont point assises. Les opinions ne sont point uniformes; elles ne sont pas même formées. Les difficultés sont grandes; elles viennent du dedans et du dehors. Les erreurs peuvent être fâcheuses. Les vérités peuvent paraître audacieuses et entreprenantes. Il faut parler des choses; il faut aussi parler des personnes. 11 faut ébranler des intérêts que l'habitude a rendus chers, et troubler une sécurité dans laquelle on aime à dormir. Je puis donc m'écrier, avec une conviction que partageront avec moi tous ceux qui réfléchiront sérieusement à la situation actuelle du protestantisme : Incedo per ignés.
Et cependant, pourquoi ne parlerais-je pas? Pourquoi me plairais-je à dissimuler les besoins et les dangers d'une Église qui m'est chère, non-seulement parce que je la sers et qu'elle me nourrit, mais encore parce que je la regarde comme l'amie des lumières et de la vérité, comme la conservatrice de la simplicité et de la pureté évangéliques, et, s'il m'est permis de le dire, comme
un puissant contre-poids à cette tendance fâcheuse qu'un grand nombre de prétendus amis de la religion semblent vouloir donner autour de nous à leurs efforts? Le pire de tous tes dangers, c'esl le sommeil de mort dans lequel les protestants ont été plongés pendant trop longtemps; c'est cette profonde indifférence pour leur vie religieuse intérieure et pour leurs intérêts extérieurs, que leurs amis les plus dévoués n'ont pu s'empêcher de reconnaître en eux depuis près de trente ans. 11 est temps qu'ils se réveillent. L'époque devient décisive, et le moment de voir, de sentir, de prévoir, de parler est venu.
Le premier conseil qu'on puisse donner aux protestants, c'est de tirer le meilleur parti de leur position et de leurs moyens légaux, pour améliorer leur existence, et se donner une partie de ce qui leur manque.
Et ce qu'ils doivent sentir avant tout, c'est que, dans une position semblable, la tolérance et la douceur sont pour eux un devoir impérieux, dont l'accomplissement tient de bien près aux bases mêmes de l'existence. Dans l'état actuel des choses, leurs dissensions intestines, quelle qu'en soit la nature, lorsqu'elles ont pris une certaine consistance, ne peuvent être terminées que par l'intervention du gouvernement. Or chacun sent combien cette intervention est fâcheuse pour tout ce qui n'est pas purement administratif, pour tout ce qui tient au fond des idées religieuses et à la vie intime de l'âme. 11 faut donc éviter, autant que possible, d'y avoir recours pour autre chose que pour les intérêts matériels. Et je crois dire beaucoup, en disant : autant que possible. Car, quand on se fera des idées justes de la tolérance chrétienne, du besoin de liberté religieuse, qui est inhérent à l'âme humaine, et des heureux effets qu'elle exerce sur le développement du sentiment religieux ; quand on n'aura pas la manie de tout niveler, qui, au fond, n'est guère autre chose que celle de tout
étouffer, je crois fermement que ces mots autant que possible ne diront ni plus ni moins que le mot toujours. C'est dans notre propre sein, dans les conversations fraternelles et dans les accords libres des pasteurs entre eux ; c'est tout au plus par les avis paternels des consistoires, que ces choses-là doivent se terminer. Chaque pasteur, plein du sentiment des difficultés et des. ennuis où il jetterait l'Église par une conduite légère, ou par une obstination fâcheuse, doit se faire une double loi d'user pour lui-même de la plus grande prudence, de la circonspection la plus attentive, et pour les autres de la tolérance la plus complète et la plus franche. Courir après la chimère de l'uniformité dans les croyances religieuses est toujours une entreprise pleine de dangers, dont le résultat ne peut manquer d'être d'abord le trouble, puis l'esclavage de la pensée, enfin le dégoût ou la mort. C'est l'erreur du catholicisme. Mais courir après l'uniformité, quand nous ne possédons aucun moyen d'y atteindre ; quand toutes les tentatives pour l'obtenir ne peuvent qu'amener pour nous des discussions désagréables, devant un tribunal incompétent, en présence de nos ennemis, sans jamais nous conduire au but, même en apparence; car ce que nous condamnerons ici sera préconisé peut-être à quelques lieues plus loin comme étant la vérité ; courir, dis-je, après l'uniformité, dans de telles circonstances, c'est porter gratuitement l'inquiétude dans les âmes ; c'est appeler et envenimer ces discussions mêmes auxquelles nous voudrions mettre un terme; c'est préparer à notre Église des maux sans nombre et dont il est impossible qu'il résulte jamais aucun bien. Ceux qui, dans notre position, croient pouvoir suivre les errements du xvne siècle, sont donc dans une grande erreur. Avant la loi du 18 germinal an x , on aurait pu regarder l'entreprise comme praticable encore. Et pourtant, même alors, je crois qu'elle eût été hérissée de difficultés. Aujourd'hui tout
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est changé. Les difficultés qui existaient avant la loi se sont accrues. El la loi en a créé que je regarde comme insurmontables. Elle a fait disparaître les avantages; elle a centuplé les inconvénients et -les dangers.
Si mes lecteurs, amis de la liberté religieuse, n'ont pas oublié les réflexions que je leur ai proposées sur les formes de cette liberté; s'ils se rappellent qu'elle ne peut exister qu'autant qu'on se supportera mutuellement dans la même Église, ou qu'on se séparera en autant de sectes dissidentes qu'il se manifeste d'opinions diverses; je leur dirais : Vous voyez que vous ne pouvez plus adopter la forme des Églises dissidentes. Vous êtes casés, contenus, cloîtrés par la loi qui vous gouverne, par les habitudes qu'elle a fait naître, par les besoins qu'elle vous a donnés, par les avantages qu'elle vous confère, par les dangers dont elle vous entoure. Vous êtes une Église nationale, légale, qui ne se régit plus par ses propres lois , et n'est plus libre de suivre ses mouvements intérieurs. Il ne vous reste donc pas d'autre parti que celui d'adopter l'autre forme, si vous voulez conserver en même temps la liberté religieuse et la paix parmi vous : ces deux biens sont à ce prix. Vous sentiriez-vous le courage de sacrifier l'un ou l'autre? Et lequel oseriez-vous abandonner? Mais si vous sentez que la tolérance des opinions religieuses diverses, sous les liens du christianisme et du culte, est la seule forme qui puisse vous sauver du danger, il faut l'adopter avec franchise, l'appliquer dans sa plénitude, et en accepter sans regret toutes les conséquences. Par ce moyen, dont l'emploi nous rendra plus franchement protestants, et par ce moyen seul, nous conserverons, des discussions religieuses, ce qu'elles ont de vivifiant et de bon ; mais nous n'aurons plus de querelles sérieuses et envenimées pour le fond des choses ; ou, si nous en avons encore quelques-unes, elles ne viendront que des fanatiques et des brouillons. Nous ne nous arracherons
plus des décisions dogmatiques, pour nous en faire des armes contre nos amis, nos collègues et nos frères. Nous n'aurons recours au gouvernement que pour les choses d'administration extérieure et d'existence sociale, qui sont en effet de son ressort. Si nous sommes obligés de provoquer la destitution de quelque pasteur aprèsy avoir bien mûrement réfléchi , ce sera pour quelque négligence matérielle dans l'accomplissement de ses devoirs rigoureux ; ce sera pour quelque vice de caractère ou "de conduite, en opposition avec la morale universelle, et qu'on peut dénoncer partout. Tout le reste devra se passer en famille, et se traiter avec la plus parfaite douceur.
Ne nous y trompons pas, la première condition de cette forme de liberté religi'euse, qui maintenant est seule à notre usage, c'est de laisser dormir les règlements ecclésiastiques et dogmatiques, qui furent conçus dans d'autres circonstances et dans un autre esprit. Nous voulons la liberté religieuse ; et ils furent dirigés contre elle. Nous la voulons dans la seule forme, où il nous soit possible de l'obtenir ; et ces règlements furent pris précisément pour rendre cette forme impossible. Nous la voulons malgré notre union au gouvernement civil, dont l'alliance gêne tous nos mouvements; et ces règlements furent adoptés dans une complète indépendance du gouvernement civil et comme manifestation de la liberté. Et, pour tout dire, nous la voulons, parce que nous en avons besoin; parce que nous sommes aussi divers dans nos croyances, qu'unanimes à nous refuser aux sévérités de la discipline : ces règlements furent proclamés, parce qu'ils exprimaient la croyance et la volonté de tous. La loi du 18 germinal an x a bien reconnu la discipline de nos Églises et leur confession de foi ; mais deux siècles écoulés ont singulièrement modifié les idées sur un grand nombre de décisions qui s'y trouvent contenues. La rigueur de plusieurs
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usages et règlements s'esl considérablement affaiblie dans la pratique, et plusieurs sont toul à fait tombés en désuétude. Convenons-en ; ils s'immiscent trop dans la vie privée; ils sont empreints d'un esprit trop inquisiteur et d'une rigueur trop puritaine, pour être ressuscites dans un siècle, pour lequel la liberté individuelle est le premier de tous les besoins, même en affaire cfe religion, et la famille un sanctuaire, dont nulle autorité sur la terre ne doit avoir la libre entrée. Le siècle est plus fort que nous. Une discipline créée comme moyen d'attaque et de défense, dans un moment d'exaltation dont le mouvement chaleureux emportait toutes les résistances et commandait tous les sacrifices ; dans un moment où la religion occupait dans la vie extérieure la même place qu'occupe aujourd'hui la politique ; une telle discipline ne va plus à une époque où la religion s'est réfugiée dans l'âme ; où l'on veut l'étudier, la croire, la pratiquer pour soi, mais où Ton répugne par-dessus tout à laisser pénétrer autrui dans ce sanctuaire de l'âme ; où même tout ce qui est extérieur en elle , tout ce qui met l'homme en scène, est descendu dans l'opinion jusqu'à devenir indifférent ; où les hommes tiennent avant tout à séparer la religion de tous les actes de la vie sociale; en un mot, où chacun veut prendre librement dans la religion la part qui convient à son âme, mais ne veut pas souffrir qu'on la lui impose. Ces règlements ont produit leur effet au siècle où ils furent donnés. Ils ont réuni fortement le corps dans l'intérêt de sa défense. Ils l'ont sauvé peutêtre. Mais aujourd'hui quelle est leur force ? Sont-ils vivants au milieu de nous? En les ressuscitant, produirez-vous l'ordre, ou bien l'étonnement, le désordre et le scandale? — -, De même, plusieurs dogmes, auxquels nos ancêtres tenaient beaucoup, sont peu à peu l'entrés dans l'ombre, soit que de nouvelles lumières aient éclaire les esprits, soit qu'une longue cessation de la dispute
ait permis de les envisager avec plus de calme et de leur assigner une moindre place. Dans la situation actuelle de nos Églises, avec l'esprit qui anime la presque totalité de leurs membres, la remise en vigueur de la discipline et de la confession de foi serait donc une véritable innovation, une révolution radicale, qui occasionnerait les plus graves inquiétudes et les troubles les plus sérieux. Dans quelques circonstances on a fait des tentatives adoucies. Je ne crois pas que les hommes impartiaux aient envie d'y revenir. Mais quand l'activité de l'esprit humain et la chaleur de l'âme se reportent vers les sentiments religieux et vers les vérités du christianisme, n'est-il pas naturel d'attendre que ces dogmes et ces usages, auxquels la plupart ont renoncé, trouveront néanmoins quelques partisans très -chauds, qui mettront tout leur zèle à les reproduire ? Et ces hommes ardents, doués d'un esprit rigoriste, puisqu'ils reviennent aux documents que cet esprit avait dictés, négligeront-ils de faire valoir la conformité de leurs principes, avec ceux des règlements anciens, pour s'autoriser à se dire les vrais membres de l'Église? N'avons-nous pas vu déjà dans plusieurs endroits des exemples non équivoques de ce procédé? Dans quelles inextricables difficultés ne se trouvent pas placés le gouvernement et les consistoires dans les questions de cette nature et quels moyens pour en sortir?
Parler d'exhumer notre antique discipline dans de telles circonstances, c'est donc, je ne crains pas de le dire, parler d'anéantir notre religion. Qui voudrait, je ne dis pas l'embrasser, mais la conserver à ce prix? — Mais avant de nous plaindre avec amertume de cette tendance des temps modernes, qui rend impossible le retour de nos vieux usages, demandons-nous sans prévention quel mal elle nous fait, et voyons si c'est nous qui devons la redouter davantage. Oui, sans doute, la religion se réfugie dans les [consciences, et l'on ne la
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laisse sortir de ce sanctuaire qu'avec uni' sorte de pudeur. Oui, sans doute, chacun veut prendre librement dans les idées religieuses la part qui lui convient, et ne veut pas supporter qu'on la lui impose. Notre ancienne discipline en souffre sans doute ; car elle prétendait intervenir dans cette vie privée, que maintenant chacun veut murer. Mais, au fond, que sont tous ces gens qui veulent taire leur part, et qui ne veulent pas la prendre toute faite ; tous ces gens qui veulent choisir dans la religion ce qui répond à leurs besoins et à la situation de leur âme ; tous ces gens qui veulent conserver intacte leur individualité, au milieu des institutions les plus antiques et les plus fortes ; tous ces gens que nous rencontrons partout, dans les salons, dans les ateliers, dans les camps, dans les tribunaux, dans les écoles, dans les églises, dans les chaires, dans les parlements, sur les trônes? Ce sont des protestants, et pas autre chose. Est-ce à nous à nous alarmer ?
Sous d'autres rapports, la force des choses a rendu notre situation meilleure que ne l'avait faite la loi du 18 germinal an x. Le gouvernement semble avoir perdu la méfiance dont plusieurs articles de cette loi sont Fouvrage. En général, et jusqu'à ces derniers temps, il s'est mêlé le moins possible de nos affaires intérieures. Il a montré une extrême répugnance à intervenir dans tout ce qui concerne les sentiments et les dogmes. La liberté intérieure, la liberté religieuse n'a jamais été plus complète dans nos églises, que depuis quelques années, bien que la loi qui les gouverne semblât faite dans le but de tout arrêter et de tout figer. Cette liberté a déjà produit du bien : il faut s'y tenir.
Le principe est excellent. Presque partout il est admis. Ce sont les conséquences qui surprennent et qui embarrassent. Ce sont les applications qui font fourvoyer parfois les plus chauds amis de la liberté. Ce n'est pas ici seulement que cette inconséquence se montre. On en
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pourrait citer ailleurs des exemples récents et fameux.
Des prédicateurs étrangers, des missionnaires moraves, wesleyens, withfieldiens , malanistes, continentaux, ont paru en France, après le retour de la paix. Ils ont prêché ; ils ont même inquiété les consciences. — La question difficile était de savoir la conduite qu'il fallait tenir, soit à leur égard, soit à l'égard de l'autorité1 civile. — On a été surpris, indécis, troublé. Et, pour tout dire, dans beaucoup d'endroits, on a agi d'une manière imprudente et intempestive. La question est si grave, que je ne puis m'empêcher de m'y arrêter quelques instants.
Un concours de circonstances peut retarder plus ou moins longtemps l'apparition des conséquences qui résultent de la position d'un individu ou d'un corps. Mais ces circonstances ne peuvent pas toujours durer. Elles doivent tôt ou tard être remplacées par d'autres ; et les effets qui sont dans la nature des choses doivent enfin se montrer. — Tant que les circonstances favorables durent , on s'endort volontiers dans la sécurité. Mais il n'appartient qu'à l'irréflexion et à la légèreté de ne pas voir que cette sécurité ne repose pas sur des fondements solides, et que des circonstances inévitables viendront tôt ou tard la troubler.
Pendant plusieurs années après la restauration religieuse, les protestants étaient contents d'exister sous la protection de la loi, et de reprendre leur culte simple, tel que l'avaient exercé leurs pères. Ils marchèrent tout uniment dans les sentiers frayés par l'habitude. Les secousses violentes, qu'ils avaient reçues comme tous les autres, avaient détourné leur attention des méditations religieuses. Le défaut de connaissances acquises, triste conséquence de la position dans laquelle on les avait placés, rendit pendant longtemps ces méditations trèsdifficiles. 11 y eut donc parmi eux peu de vie religieuse, et par conséquent peu d'occasions à des discussions et
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à des troubles intérieurs. Chaque pasteur restait à sa place; peu s'inquiétaient de ce que faisaient leurs voisins. Les affaires temporelles étaient réglées et garanties par le gouvernement ; et l'on ne se doutait pas qu'il pût , au premier moment , s'en présenter de plus -raves que celles-là. I ne organisation supérieure était bien promise, mais elle ne fut jamais que sur le papier. Et l'état de calme intérieur dans lequel ils vivaient partout rendit les protestants très-peu ardents à en demander l'exécution.
Ainsi l'on vécut plus de quinze ans sans presque s'apercevoir qu'on était dans une position fausse et chancelante. Mais cela ne pouvait toujours durer. Et, si j'ose le dire, il n'était pas à désirer que cela durât toujours.
L'intérêt pour les idées religieuses s'est ranimé. On a commencé à réfléchir» L'état religieux du reste de l'Europe nous a été révélé. Des manières de considérer le christianisme assez diverses ont été mises en circulation. La vie s'est réveillée ; avec elle le mouvement et par cela même l'inquiétude.
Cette inquiétude a été plus grande, lorsque quelques personnes ont répandu des opinions qu'on a crues nouvelles. Elle a augmenté encore chez quelques-uns, lorsqu'on a vu paraître des étrangers appartenant à des sectes particulières, ou envoyés par elles. — Elle est devenue très-sensible, lorsque ces personnes ont formé des réunions souvent nombreuses et donné des prédications, dans ou hors le temple, avec ou sans le consentement du pasteur du lieu.
Or, je dis que ces choses-là sont une conséquence naturelle de notre position religieuse et politique. Si des circonstances extraordinaires et en partie fâcheuses en ont retardé l'apparition pendant quinze et vingt ans, ce n'était pas une raison pour qu'elles ne parussent pas dès que les circonstances seraient autres.
Elles résultent de notre position religieuse ; car, il faut bien se le dire, pour les réformés, la liberté des consciences et des cultes ne doit pas être seulement dans les livres. Ils ne doivent pas blesser le sein qui les a nourris. Ils ne doivent pas attaquer et repousser les principes en vertu desquels non-seulement ils existent , mais encore ils ont droit d'exister.
Elles résultent de notre position politique ; car chaque Église étant isolée et n'ayant de force exécutive que par la volonté de l'autorité civile, les pasteurs et les consistoires, dans des circonstances semblables, sont naturellement timides. Ils ne savent quel parti prendre, parce qu'il n'y en a aucun de bien bon.
Il doit résulter de cette position une autre conséquence, qu'on avait rarement observée, mais qui a fini par se présenter ; c'est que l'autorité civile est intervenue dans ces affaires délicates, et a dû même intervenir.
Une inquiétude se manifeste ; des prédications irrégulières ont lieu hors des temples, hors des heures ordinaires du service divin, dans les jours consacrés au travail, dans la nuit même. Elles attirent un concours nombreux d'auditeurs ou de curieux. Les maires font un rapport : c'est leur devoir. Quelques pasteurs, inquiétés par ces circonstances, se plaignent peut-être à l'autorité supérieure. Que celle-ci prenne des informations et ne se montre pas impassible, ce n'est pas un empiétement de sa part. Ces réunions peuvent intéresser l'ordre public. Il n'est pas impossible qu'il s'y traite de choses dont une bonne police ait droit de prendre de l'ombrage. Demander des renseignements aux pasteurs, faire inspecter, s'il le faut, la réunion par le maire et par le commissaire de police, ce n'est point une gêne superflue à la liberté de conscience, c'est un devoir de position.
Quelques-uns ont été surpris que les circonstances dont nous parlons se soient présentées ; ils ont eu tort.
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Ouelques-uns ont été surpris que les préfets en aient pris connaissance et même en aient écrit aux consistoires; ils ont eu plus de tort encore. Les choses ne devaient pas se passer autrement.
Les prédicateurs, (fui croient utile au bien de la religion de porter la parole devant le peuple, comme le dit saint Paul, en temps et hors de temps, font bien, tant qu'ils sont approuvés par leur conscience. C'est sur le même principe que la réformation s'est opérée, qu'elle s'est conservée au milieu des persécutions et des danger et qu'elle pourra s'étendre. Le préfet , qui demande des informations sur ces prédications irrégulières, fait bien, et nul ne peut l'en blâmer, puisqu'il doit faire la même chose pour toutes sortes d'assemblées irrégulières. Les pasteurs et les consistoires, qui ont été frappés et qui regardent la chose comme trèsgrave, font bien. Il ne pouvait pas s'en présenter de plus grave que celle-là ; là est toute la réformation ; là est toute notre existence ; là, surtout , est toute la difficulté de notre situation politique en France.
Là est toute la réformation. Car la question dans la réformation n'a pas été de savoir s'il fallait admettre ou rejeter tel ou tel dogme particulier. S'il n'y eût eu que cela, elle aurait rendu fort peu de services à l'esprit humain et au christianisme. La question était de savoir s'il fallait croire d'après les décisions de l'autorité religieuse ou d'après celles de la conscience et de l'Écriture sainte; s'il fallait permettre l'examen ou exiger la soumission ; en un mot, si la pensée religieuse serait libre ou esclave. La réformation décida la question en faveur de l'Écriture sainte, de l'examen et delà liberté. Le catholicisme s'en tint à ses décisions humaines et à son autorité. Ceux qui, de nos jours, instruisent et prêchent ne demandent pas plus que n'ont demandé les réformateurs. 11 faut donc le dire, parce qu'aussi bien on ne manquerait pas de le dire pour nous : ils sont
dans l'esprit de la réforme. Dans la question qui s'élève à cause d'eux est donc toute la réformation. Cette question est prise dans les entrailles mêmes de notre existence religieuse ; et dans la manière dont nous la résoudrons, nous avons à prendre garde de ne pas condamner notre propre existence comme chrétiens réformés.
Là aussi est toute la difficulté de notre situation politique en France.
Nous sommes reconnus, protégés, payés en France ; mais par le fait même de cette reconnaissance et des circonstances qui l'accompagnent, nous sommes reconnus bien plus comme Église réformée , c'est-à-dire comme un corps casé et limité par ses formes, par son organisation et par ses règlements, que comme chrétiens indépendants et purement évangéliques. Voilà pourquoi deux communions protestantes sont reconnues avec une organisation différente. Ce qui sort de ces deux communions, ce qui ne fait pas corps avec elles ni avec le catholicisme n'a point d'existence reconnue, point de contrat avec le gouvernement. Libre par la Charte, il n'est point protégé. Heureux si ses rapports avec l'administration se bornent à n'en recevoir aucun secours !
Dans leur situation actuelle et par leur contrat, les deux communions protestantes de France sont donc obligées d'exister dans la forme et avec l'organisation sous lesquelles elles ont été reconnues par le gouvernement. Peu importe le fond sans doute, mais les formes sont importantes ; c'est par elles que chacune des deux Églises doit former un corps distinct et constant.
C'est de là que naît une des difficultés de leur position, dans les circonstances où une fermentation intérieure s'opère dans les idées religieuses, et où les opinions d'un grand nombre tendent à prendre de nouvelles nuances, si ce n'est de nouvelles déterminations.
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Cependant, en l'envisageant de près, cette position, en ce qui regarde nos rapports avec l'autorité civile, n'est point aussi difficile qu'elle le parait au premier abord.
Si les prédicateurs dont on s'inquiète et ceux qui aiment à les suivre déclarent ne vouloir point se séparer de l'Église protestante réformée, il faut qu'ils se soumettent à tous les règlements établis dans cette Eglise. S'ils prêchent ou s'ils s'assemblent pour entendre prêcher, ce sera dans le jour et dans l'heure du service divin ordinaire, sur l'invitation du pasteur du lieu qui offrira sa chaire, et avec l'assentiment tacite ou exprimé du consistoire. Le prédicateur aura l'institution sacerdotale, que nous exigeons de nos prédicateurs et surtout des pasteurs français. Alors la chose devient ordinaire et commune. C'est un pasteur étranger, c'est un recommandé, c'est un ami auquel on offre la chair sans difficulté quand on le croit compatible avec l'édification de son troupeau.
Si ces prédicateurs et leurs amis ne demandent ni n'attendent la permission des pasteurs réguliers et des consistoires; si même ils s'assemblent et prêchent lorsque cette permission leur est formellement refusée, alors, par ce fait même, ils n'agissent plus comme membres de l'Église protestante réformée. Les pasteurs et les consistoires n'ont plus rien à faire avec eux ; ils n'ont plus à se mêler ni à se plaindre des assemblées qui peuvent se former ainsi. Les personnes qui les forment usent de la liberté des consciences et des cultes que les réformés reconnaissent et en vertu de laquelle ils existent. La chose devient une affaire de simple police civile, dont les consistoires ne sont en riert responsables. C'est à l'autorité civile à voir le parti qu'elle doit prendre sur ces assemblées irrégu litres. Les consistoires ne sont pas même obligés de les dénoncer puisqu'elles sont hors de leur sein ; pas plus qu'ils ne
seraient obligés de dénoncer des assemblées de jansénistes, s'il s'en formait dans quelques lieux à l'insu des évêques. Les uns ne leur appartiennent pas plus que les autres. Ils ne sont point obligés de les dénoncer; je dis même qu'ils ne le doivent pas, s'ils veulent être fidèles aux principes de tolérance dont ils ne peuvent se départir sans cesser d'être protestants.
Le devoir du gouvernement, quand il est informé de l'existence de pareilles réunions, est aussi simple que celui des consistoires. Nous l'avons assez clairement exposé dans le chapitre précédent, pour n'avoir pas à y revenir envers ceux qui nous auront voulu comprendre.
Mais jusqu'où les pasteurs et les consistoires doiventils étendre la latitude qu'ils se donnent d'offrir la chaire à ces prédicateurs venus du dehors ? C'est une question toute différente, qui n'a rien de politique, qui est tout intérieure et privée, et dans la solution de laquelle la prudence et les localités doivent influer encore plus que les principes. Tout ce qu'on peut dire de plus général, c'est qu'à cet égard la sévérité est plus nuisible que l'abandon, l'exclusion plus voisine des troubles que l'admission. Tant qu'on n'excite pas à des divisions formelles, tant qu'on ne viendra pas dans la chaire que vous aurez offerte, vous injurier et votre consistoire avec vous, laissez faire. Seulement, restez pasteur; mais soyez activement et solidement pasteur. Évitez l'abus; faites votre devoir, et fiez-vous au temps pour calmer l'enthousiasme. D'ailleurs, que pouvez-vous faire de plus?
Une autre particularité de notre situation politique se montre ici singulièrement nuisible, parce qu'elle rend cette situation tout à fait fausse et boiteuse.
Les consistoires font partie de l'Église réformée de France, puisqu'ils ont une organisation commune et un régime commun. Mais l'Église réformée de France
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n'existe pas, puisqu'elle n'a aucun lien d'union, aucune représentation légale, aucun moyen de s'exprimer et d'agir. Dans les circonstances qui intéressent la communauté, les consistoires ne peuvent pas agir, puisqu'ils ne sont qu'un individu qui ne peut sortir de sa sphère, et cependant la communauté n'agit pas non plus, parce qu'elle n'a point d'organes.
Dans toutes les circonstances qui sont d'un intérêt général (et celle dont nous parlons est la plus grave de toutes), l'embarras des consistoires est donc extrême. Ils ne veulent ni ne peuvent se détacher du grand corps, puisqu'ils n'ont point une existence indépendante ; niais ce grand corps de l'Église, ils ne savent où le trouver, puisqu'il n'est point représenté et qu'il n'a point d'organe pour se faire entendre.
Comment faut -il envisager ces prédications faites par des pasteurs étrangers? Sont-elles dans l'esprit de l'Église réformée de France? Sont-elles conformes à sa discipline? Contribuent-elles à l'édification, à l'union des fidèles, à la véritable piété? Faut-il admettre ces prédicateurs comme des frères? Faut-il leur refuser la chaire? Faut-il instruire le peuple contre eux? Faut-il, au contraire, les recommander comme des gens qui peuvent réveiller les oreilles blasées et la dévotion assoupie? Voilà des questions que les consistoires sont obligés de résoudre, dans l'état actuel des choses, et pour lesquelles ils sont absolument incompétents. Car ces questions intéressent le corps entier des protestants. Elles doivent donc être résolues d'une manière uniforme. Si chaque consistoire les résout, chacun les résoudra à sa manière. Ce qui sera permis ici, sera condamné plus loin, et de ces divergences naîtront peut-être des divisions durables et fondamentales. Constituée comme elle l'est, et formant nécessairement un corps, l'Église réformée de France se trouve donc dans une position tout à fait fausse, aussi longtemps qu'elle
ne possède pas, autrement que sur le papier, une représentation centrale. Et jamais l'embarras de cette position ne paraît dans un plus grand jour, que dans les questions soulevées par les harangues irrégulières des prédicateurs ambulants.
Dans l'état actuel des choses, les consistoires ont donc raison d'éprouver un extrême embarras à l'égard des affaires de cette nature. Et pourtant, malgré cet embarras, il faut bien s'en occuper. 11 faut bien se camper sur la conduite que l'on doit tenir, ne fût-ce que pour écarter d'avance, par des réflexions faites avec calme, la tentation fatale d'aller chercher du secours là où nos principes, les droits des consciences et nos vrais intérêts nous défendent d'en requérir.
Convenons-en néanmoins : depuis quelques années, ces circonstances n'ont pas l'air de s'aggraver. La première fermentation est passée, le premier effet est produit. Loin d'aller croissant, il s'affaiblit et s'éteint. Mais si ces circonstances devenaient plus graves, elles embarrasseraient tellement les consistoires et le gouvernement, que la nécessité d'une ou de plusieurs assemblées supérieures aux consistoires, pour les diriger dans toutes ces perplexités, en ressortirait plus claire que le jour.
Ce sont là des inconvénients attachés à notre position. Nous ne pouvons pas la changer. 11 faut les supporter. Je dis plus : ce sont des inconvénients attachés au protestantisme. Ils reparaîtraient sous une autre forme, si nos relations avec le gouvernement venaient à changer de nature et notre organisation à se compléter. Je dis plus encore : ils reparaîtraient, quand même nous serions aussi intolérants que Rome, si la force du bras séculier nous était refusée. Sachons donc nous y résigner de bonne grâce, et gardons-nous de croire tout perdu , dès que nous en apercevons les premiers symptômes.
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Quand on supporte la mort religieuse, où quelquesuns sont tombés et qu'ils répandent autour d'eux, leur indifférence profonde et leur complète apathie, on peut bien supporter les inconvénients d'une liberté religieuse plus réelle et plus large, si ce sont en effet des inconvénients. II n'y a rien de pire.
Oui, cette mort morale est le plus grand des maux dont nous sommes affligés. C'est contre elle que nous devons diriger nos plus constants efforts. Si ces divergences auxquelles tant de gens sont tentés d'appliquer les moyens de rigueur peuvent servir à la faire cesser , comme l'expérience le prouve avec la dernière évidence, sachons les supporter sans murmure et nous y prêter de bonne foi ; et si l'inexécution partielle de la loi du 18 germinal an x nous prive de quelques-unes de nos ressources les plus efficaces pour remédier à nos maux, pour diminuer notre isolement et pour ranimer dans notre sein la vie religieuse, profitons du moins des ressources que nous laisse la loi commune. Si nous ne pouvons pas encore nous réunir en assemblées délibérantes, voyons-nous du moins comme amis et comme frères dans des réunions sans autorité, sans éclat, qui n'aient point d'autre but que celui de nous animer les uns les autres par le contact, par la communication des idées et par cette vie indéfinissable que les hommes prennent presque toujours dans le concours de leurs amis et dans la communication franche des mouvements de leur cœur. Que les conducteurs des églises, que ceux qui mettent quelque intérêt à leur prospérité se voient plus souvent entre eux ; qu'ils se communiquent leurs pensées; qu'ils s'interrogent sur leurs travaux, leurs vues, leurs difficultés, leurs plaisirs, leurs peines, leurs succès, leurs revers, et la froideur fera bientôt place à l'intérêt et à la vie. Les formes différeront beaucoup encore , mais le fond sera certainement devenu meilleur. Et les formes en religion , à quoi
servent-elles, si ce n'est à soutenir et à perfectionner le fond? En nous réunissant ainsi sans prétention, sans autorité, mais avec charité et dans le désir de faire le bien, nous nous aimerons et nous nous estimerons davantage, parce que beaucoup de préjugés seront dissipés. Ce n'est pas tout : par ce contact mutuel, par cette action réciproque, nous deviendrons rapidement plus clignes d'être aimés et estimés. Heureux si, dans ces réunions fraternelles, nous avons la prudence de nous souvenir que nous sommes des amis et des frères, qui venons mettre en commun nos lumières et nos sentiments pour en profiter ensemble, et non des assemblées délibérantes réunies pour exercer une puissance illusoire et travaillant de prime abord, non à nous faire du bien à nous-mêmes, mais à inquiéter les autres ! — Voilà . le danger que quelques têtes exaltées peuvent rendre grave et pressant. — Et pourtant, par le concours des hommes sages et modérés, ce danger même pourrait être surmonté ; beaucoup de bien pourrait se faire pour réchauffer le zèle et ranimer l'activité.
Ainsi l'opinion fera au milieu de nous ce que ne font point les synodes et ce que ne peuvent faire les consistoires; elle réprimera beaucoup de désordres; elle donnera de puissants encouragements; elle deviendra en quelque sorte un grand jury qui prononcera des arrêts justes et presque toujours respectés. La force dont elle est armée vaut bien souvent plus que la censure d'un corps peu nombreux que l'amour-propre se plaît à regarder comme dirigé parla passion. Elle deviendrait ainsi un puissant contre-poids contre la sécurité funeste et la négligence coupable où plus d'un pasteur est conduit par l'idée de l'inviolabilité dont il se croit revêtu par ses rapports avec le gouvernement.
Les dangereux effets de cette sécurité et une foule d'autres maux graves seraient également prévenus avec une grande efficacité par l'habitude que prendraient les
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consistoires de faire eux-mêmes leurs propres affaires. Dans notre position actuelle, rien dans l'Église n'est [également au-dessus des pasteurs, si ce n'est les consistoires.' Mais si les consistoires ne s'occupent pas de leurs affaires, s'ils se réunissent rarement ou presque jamais', s'ils se reposent aveuglément sur leur président pour tout jugër, pour tout décider, pour tout administrer, pour tout faire, alors les pasteurs se sentent tout à fait indépendants; et, si ce sentiment les conduit à la négligence de leurs devoirs, si, par l'effet de l'habitude, ils en viennent à ne plus craindre le blâme de leurs paroissiens, alors le mal n'a plus de remède. Le corps n'ayant plus de vigueur, aucun des individus qui le composent n'ose hasarder une attaque isolée dont il ne prévoit que du désagrément pour luimême. Le consistoire se trouve concentré peut-être dans celui-là même contre lequel il serait urgent de le faire agir. Ce qui est vrai de ces affaires délicates l'est aussi d'un grand nombre d'autres.
Ces inconvénients n'existeraient pas, ou du moins ils ne seraient pas sans remède si les consistoires prenaient en main leurs propres affaires, exerçaient sur toutes les parties de l'Église une surveillance active, s'assemblaient à des époques rapprochées et ne laissaient émaner d'eux aucun acte qui n'eût été délibéré en commun. La négligences des consistoires est encore une de nos plaies; mais celle-là du moins, il ne tient qu'à nous de la guérir.
L'institution des consistoires part d'une profonde sagesse. Seule, elle pourrait faire cesser encore une multitude de maux. Elle unit le sacerdoce avec le reste de la société. Sous ce rapport, elle lui rend un éminent
1. Cet état de choses s'est amélioré depuis l'époque où Samuel Vincent écrivait : « L'arrêté ministériel du 10 septembre 1852 prescrit aux conseils presbytéraux et aux consistoires de se réunir au moins une fois tous les trois mois, n
service. Le sacerdoce , livré à lui-même, échapperait rarement à ce double écueil, ou de perdre toute son influence avec sa dignité, en se confondant avec le reste de la société dans la poursuite des intérêts et des plaisirs de la vie, ou bien de se séparer totalement de la société par des habitudes, des opinions, des principes, des manières de voir, des goûts et des répugnances qui lui seraient propres ; de devenir ainsi tout à fait une caste à part, qui ne jugerait plus des choses par ellesmêmes, mais par leurs rapports avec son esprit, peutêtre avec ses préjugés. Des exemples, faciles à trouver dans le sacerdoce de tous les pays et de tous les siècles, expliqueront ma pensée beaucoup mieux que je ne puis l'exprimer. Les consistoires sont là pour prévenir ce double inconvénient. Et s'ils s'occupent avec intérêt de leurs affaires, ils suffiront pour empêcher qu'il y ait jamais, dans l'esprit sacerdotal, autre chose qu'un zèle éclairé pour l'amélioration religieuse et morale des chrétiens évangéliques. Pris dans l'élite de la population, ils en connaîtront les besoins. La seule influence de leur autorité suffira toujours pour fondre le sacerdoce dans la société, pour tout réunir dans un même esprit, et pour prévenir sans efforts toutes les exagérations, toutes les méprises, dans lesquelles l'ignorance du monde fait si facilement tomber un homme religieux et bien intentionné.
C'est en s'occupant ainsi diligemment de leurs affaires, c'est en se réunissant avec intérêt et souvent , que les consistoires exerceront une immense influence sur l'amélioration de l'Église qui dépend d'eux, et se rendront respectables aux yeux de l'administration civile. Quand les consistoires n'existent que sur le papier ; quand toute leur autorité, toute leur action est concentrée dans la personne du président ou du pasteur qui les mène, quelle influence peuvent-ils exercer? quel crédit peu vent-ils avoir aux yeux de l'Église, aux yeux du sacer
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dqçe lui-même, et surtout aux yeux de l'administratioq, à laquelle ils ne pourront jamais dérober I»' spectacle de leur faiblesse et de leur nullité réelles? Mais si les consistoires s'assemblent, délibèrent, agissent, exécutent, en un mot, conduisent eux-mêmes leurs affaires, alors ils acquièrent de l'importance aux yeux, du peuple, témoin de leur activité pour tout ce qui tient aux intérêts de l'Église, aux yeux des pasteurs auxquels ils imposent, et dont ils savent tirer beaucoup plus que lorsque les pasteurs font tout; aux yeux de l'administration, qui ne peut plus voir dans leurs délibérations le v<eu de quelques pasteurs ignorés, mais la pensée de ce qu'il y a de plus respectable et de plus éclairé parmi quinze cent mille citoyens disséminés dans toute la France. Et c'est quand ils seront environnés ainsi d'une considération méritée, autour d'eux et au-dessus d'eux, qu'ils pourront travailler eriicacement à perfectionner ou à étendre les institutions confiées à leur garde, de manière à les porter enfin au niveau des besoins réels. S'ils ne font rien par eux-mêmes, qui sera leur organe auprès du gouvernement, de l'Église, ou des pasteurs, pour obtenir ces précieuses améliorations ? Le gouvernement a déjà exaucé tant de justes prières, qu'on doit le croire disposé à exaucer également toutes celles qui se présenteraient à lui revêtues du même caractère. 11 est prouvé, par exemple, que les Églises réformées de France auraient besoin de deux fois plus de pasteurs qu'elles n'en possèdent aujourd'hui; pourquoi ne pas en demander dans tous les endroits où l'on a de justes motifs à faire valoir?
Si les consistoires faisaient leurs affaires, les choses n'iraient point ainsi. Les besoins seraient sentis, et les organes ne manqueraient pas pour les exprimer au gouvernement, quand ce serait lui qui devrait y satisfaire. Combien d'occasions favorables ont été manquées, combien de dispositions bienveillantes ont été perdues,
pour nos plus chers intérêts, parce que les consistoires ne sont point sortis de leur apathie, attendant toujours des chefs, auxquels ils ont tout livré, un signal qui n'est point venu ! Tout ne se ferait pas à la fois sans doute, mais les besoins seraient connus, et peu à peu l'on se mettrait en mesure d'y satisfaire. Mais les sujets manquent déjà, et ils manqueraient bien davantage, si le nombre des cures était augmenté. Eh bien! il faut en faire. Plusieurs départements ont fait des fondations dans ce but ; il faut en demander partout où les protestants sont assez nombreux. Il nous manque des temples; c'est par la vigilance, la continuité des efforts, le zèle et surtout les sacrifices que nous pourrons les obtenir des églises souvent dispersées, des communes souvent pauvres, et d'un gouvernement bienveillant, mais presque toujours surchargé. Qu'on y songe, qu'on s'en occupe, qu'on profite de toutes les ressources du dedans et du dehors, et l'on verra bientôt consacrer des temples dans des lieux où l'on désespère encore aujourd'hui d'en voir jamais poser la première pierre. J'en dis autant de bien d'autres établissements, dont tant d'églises supportent la privation en silence, sans chercher de quoi y pourvoir, ni dans leurs propres ressources, ni dans celles d'un gouvernement paternel. Établissements d'instruction , écoles primaires, secours dans les hôpitaux, maisons d'asile pour les orphelins \ dispensaires pour les malades, parts dans les aumônes communales, premières nécessités du culte le moins dispendieux et le plus simple, nouveaux secours aux facultés pour en fortifier certaines branches, collèges préparatoires : combien de choses dont nous manquons en plusieurs endroits, et qu'il ne tiendrait qu'à nous de nous donner, en nous créant dans notre propre sein de
1. Un grand nombre d'orphelinats ont été fondés depuis lors à Nîmes, Orléans, Crest, Castres, Saverdun, Strasbourg, etc., et des écoles préparatoires à la théologie, notamment à Paris et à Nîmes
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nouvelles ressources, ou en réclamant une juste participation dans les ressources qui existent ! (J)
Et ce n'esî pas seulement auprès du gouvernement qu'un consistoire actif parviendrait à se rendre respectable, ce serait auprès de l'Église qu'il est cens»'' gouverner et des fidèles qui la composent. Si les Églises ne sentent pas toujours assez leurs besoins, pour se décider à s'imposer, afin d'y pourvoir, des sacrifices nécessaires, c'est presque toujours parce que leurs conducteurs, clercs ou laïques, ont négligé de les leur rendre sensibles. Les pasteurs seuls ne peuvent presque rien dans ce but; car, comme il faut qu'ils vivent de l'autel, leur position rend suspects tous les conseils qu'ils peuvent donner pour l'amélioration des ressources et du matériel des églises. Mais les consistoires sont là parfaitement à leur place. Leurs membres sont désintéressés comme individus, et ils sont les intermédiaires naturels entre les pasteurs et le troupeau. Si les fidèles ont besoin d'être stimulés pour tout ce qui tient aux établissements charitables, instructifs ou édifiants, c'est le consistoire qui doit se montrer, qui doit agir, et dont la voix peut seule être efficace. L'esprit de corps s'est trop affaibli parmi les protestants ; et cette circonstance leur a ravi beaucoup de moyens de se ranimer et de se donner ce qui leur manque. Dans ce moment, la seule voie pour leur rendre de cet esprit ce qui est bon, c'est que les consistoires commencent à le ranimer entre eux, à se donner une existence autre que sur le papier. Bientôt cette vie, qu'ils exciteront dans leur propre sein, se répandra au dehors, et gagnera de proche en proche la plus notable portion de l'Église. En particulier, après une crise d'irréligion, dans laquelle la masse entière fut emportée, il est resté à beaucoup de membres des églises une grande froideur pour les intérêts purement religieux. Cela est vrai même dans les églises qui ont de l'importance. Cela est vrai non-seulement du peuple,
» il
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mais des chefs. Vous trouverez beaucoup d'intérêt pour tous les actes de la bienfaisance, très-peu pour les progrès du culte; et quelques-uns regarderont connue perdu tout ce qui se fait dans ce but. Cependant les consistoires sont corps religieux, avant d'être bureau de bienfaisance, et si pendant quelques années le flot de la popularité se détournait des intérêts du culte et de la société chrétienne, ce ne serait pas pour eux une raison de le*s abandonner. Ils doivent conserver le dépôt pourries temps plus heureux. Qu'ils vivent, qu'ils agissent au sein de l'Église ; bientôt l'Église vivra autour d'eux.
Et combien cette action constante et forte des consistoires ne sera-t-elle pas efficace pour maintenir les pasteurs dans l'ordre et dans l'activité ? Quelques imperfections que ces corps présentent encore dans leur état d'isolement, on ne peut pas nier pourtant que la pire de toutes, c'est leur inaction. Les consistoires paraissent nuls presque partout, surtout à l'égard de leurs pasteurs. Et cependant, il ne dépend que d'eux de ne pas l'être; et ils doivent ne pas l'être. Un peu d'esprit de corps ferait de leur présence et de leur action un stimulant nécessaire pour engager les pasteurs à tirer tout le parti possible d'eux-mêmes. Il faudrait n'être pas homme, pour agir avec la même chaleur, jusqu'à la fin de ses jours, quand rien ne réagit, quand rien ne répond aux efforts, quand les actes de toute une vie se perdent sans se réfléchir vers celui dont ils émanent, comme les accents de la voix se perdent sans retour sur les solitudes de l'Océan. — Tel pasteur, parlant tous les dimanches à cinq cents personnes, a toujours prêché dans le désert, au moins quant à lui-même, car il ne lui est jamais rien revenu des résultats de son travail. 11 a fini proaiptement par ne plus se réfléchir lui-même. Un consistoire qui aurait fait corps avec lui, qui lui aurait prêté sa force, Trairait préservé de ce danger, en lui rendant la con-
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fiance en toi-même et le dirigeant vers ce qui pouvait faire du bien.
Il n'est pas (hmicux que l'institution des présidents perpétuels a contribué fortement à jeter lés consistoires dans l'état d'insouciance et d'immobilité où nous les voyous presque tous. Tout passe par les mains des présidents. Les consistoires ne sont convoqués que par eux, ne reçoivent que par eux la communication de la correspondance administrative, n'exécutent leurs délibérations que par eux. Pour peu que le président ait la manie de gouverner, et qui ne l'a pas un peu? il prend sur lui tous les jours davantage; il convoque plus rarement le consistoire; et, dans l'intervalle des séances, il va de l'avant comme si le consistoire avait parlé. Ainsi le consistoire arrive promptement à se centraliser, et, pour ainsi dire, à se condenser en lui. Il finit par ne convoquer cette assemblée qu'à de longs intervalles, et seulement pour lui demander en quelque sorte un bill d'indemnité pour tout ce qu'il a fait sans sa participation. Tel est aujourd'hui l'état où sont réduits les trois quarts des consistoires de France. Et encore je ne dis point assez. C'est là la règle générale; les exceptions se comptent. Et si l'on considère d'un autre coté que les présidents des consistoires sont les plus anciens des pasteurs, c'est-à-dire, presque partout les plus âgés, on trouvera dans cette circonstance une des causes de l'inactivité dans laquelle sont plongées la plupart des Églises, et, pour tout dire, de la nullité de leur influence. Les présidents sont tout, et les consistoires rien ; et ces présidents sont des hommes très-honorables sa:is doute, mais qui dès longtemps ont passé l'âge de Pactivité; qui ont jeté leur feu; qui ne soupirent qu'après le repos; qui redoutent tout ce qui est nouveau en fut et en pensée; qui tremblent à l'idée du moindre mouvement capable de les compromettre; qui se sont fait un train mécanique des affaires courantes, et qui
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ne veulent pas en sortir. Pour que les consistoires puissent reprendre de la vie et de l'influence, la première et la plus indispensable condition, c'est qu'ils déchargent leurs présidents d'une grande partie des affaires dont ils sont chargés; c'est qu'ils fixent à des intervalles rapprochés et réguliers l'époque de leurs assemblées; c'est que leurs membres se tassent une loi de s'y trouver; c'est qu'ils prennent la peine de pénétrer dans le fond des affaires, pour être aussi bien en état d'en juger que-leurs présidents et leurs pasteurs; c'est qu'ils surveillent attentivement toutes les parties du service, pour voir ce qui peut y manquer encore, les développements qu'il convient d'y apporter; les établissements qu'il faut faire pour assurer les progrès du peuple dans les lumières, dans la civilisation et dans la piété ; les demandes qu'il faut adresser au gouvernement pour en obtenir les secours auxquels on peut avoir droit. Et comme, dans l'intervalle des assemblées, beaucoup de choses ont besoin d'être exécutées qui pourraient être négligées, les consistoires doivent nommer dans leur propre sein des commissions, afin d'y tenir la main. Des registres de correspondance doivent être ouverts, afin que le consistoire puisse toujours se faire représenter les lettres qu'il a ordonné d'écrire ou celles que l'on a écrites en son nom. De cet;e manière, toutes les ressources, tous les talents et toute l'activité des membres du consistoire se grouperont autour du président pour l'aider, pour le soutenir, pour l'éclairer, et s'il le faut pour l'exciter. Et lui-même à son tour se sentira fort dans toutes ses démarches, parce qu'il sera l'homme et le représentant de toute sa compagnie. Les affaires de l'Église, si importantes en général et quelquefois si graves, ne seront point abandonnées à la pensée d'un • seul homme, sujet à tant d'erreurs, à son activité, si prompte à se lasser des détails, à sa force physique et moraie, si facile à plier sous le poids. Ici, comme par-
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tout ailleurs, se renouvellent les heureux effets de la division du travail. Pour aider le président et les pasteurs, et pour s'aider lui-même, le consistoire, après avoir nommé dans son sein plusieurs commissions, peut confier* à chacune un genre d'affaires particulier, dont elle lui rendra compte. Chacune de ces commissions à son tour peut s'aider, dans ses travaux, des lumières et de l'activité des membres de l'Église, qui n'appartiennent point au consistoire. Ainsi des forces précieuses, qui dorment maintenant dans l'abandon el dans les ténèbres, peuvent être mises en Oeuvre, el produire les effets les plus bienfaisants. Et qu'on me comprenne bien : ces remarques ne sont point un reproche adressé aux présidents des consistoires. Jusqu'à ce jour, ces corps les ont presque abandonnés. Dès lors ils ont fait ce qu'ils ont pu pour y suppléer. Si ce réveil des consistoires, que nous provoquons comme moyen de salut, peut devenir pour quelques-uns une source d'ennui, nous ne doutons point qu'il ne devienne, pour le plus grand nombre, la cause d'une véritable joie, qui consolera leur vieillesse. Toujours est-il que, dans toutes les Églises où le président est tout et le consistoire rien, tout languit, rien ne s'améliore, aucun perfectionnement n'est recherché, aucun établissement utile n'est fondé, aucune vie ne se manifeste, ni dans le consistoire, ni dans l'Église, à moins que quelque circonstance imprévue ne vienne jeter la division parmi les pasteurs, et signaler la faiblesse ou plutôt la nullité du consistoire. Dans les Églises en trop petit nombre ou les consistoires font eux-mêmes leurs affaires, tout marche avec activité, tout est suivi avec plus de persévérance; il y a de la vie dans les chefs et dans le peuple; les établissements utiles se fondent et se soutiennent; le caractère du président, son esprit particulier, ses opinions, ses vues, ses préjugés même demeurent à peu près sans importance, parce que c'est le corps qui
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fait tout, et qu'il n'y a que sa voix. En un mot, l'expérience, d'accord avec la raison, nous atteste que tes affaires de l'Église n'iront bien que quand les consistoires voudront les faire eux-mêmes, et ne s'en reposeront plus uniquement sur les soins de leurs présidents. Ils doivent toujours se grouper autour de leur chef; s'il est faible, pour le soutenir ; s'il est entreprenant, pour le contenir et pour le brider.
Mais, tout en profitant de nos moyens naturels et légaux pour améliorer notre situation actuelle, n'oublions pas que ce qui presse avant tout, c'est d'en sortir.
Nous en avons signalé les inconvénients avec assez de soin pour en faire sentir le danger. Mais comment en sortir?
Le moyen qui se présente d'abord, c'est une exécution plus complète de la loi du 18 germinal an x.
Le gouvernement du roi nous a pris comme il nous a trouvés. La machine était montée ; il ne fallait que continuer l'impulsion qu'elle avait reçue et tenir les pièces en état de réparation. Le gouvernement du roi s'est acquitté fidèlement de cette tâche; il a môme augmenté le nombre des roues, et, depuis la restauration, il a fait beaucoup plus sous ce rapport, que celui de Bonaparte, pendant quinze ans qu'il a duré. Mais il n'a rien changé à la nature et aux ressorts de la machine. Pendant longtemps les circonstances ont été graves. Le clergé catholique lui-môme n'était qu'imparfaitement constitué; et peut-être le gouvernement a-t-il pu croire qu'il nous était facile d'aller comme nous allions, parce qu'aucun consistoire respectable n'avait témoigné du contraire. Mais maintenant que le clergé catholique s'assied sur une base plus large ; maintenant qu'il obtient tout ce qu'il regarde comme nécessaire, non-seulement pour durer, mais pour durer avec écfat, n'est-il pas naturel d'attendre que, si nous demandons ce corn-
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plément d'organisation, que la loi nous accorde et que tous les consistoires de France sont unanimes à regarder comme indispensable, nous l'obtiendrons enfin, nonseulement comme un acte de justice, mais encore comme un trait de cette bonté paternelle Qti\ veut le bonheur de tous ses enfants, et de cette haute sàgëèëè qui voit surtout ce bonheur dans la vertu, dont la religion seule est la source ?
Et ne doit-on pas concevoir de bonnes espérances à cet égard, quand on voit un gouvernement ami de son pays ne plus s'effaroucher de la discussion publique de tous les intérêts généraux, établir des enquêtes, et appeler de partout les informations et les lumières? Quand on en est là, qu'a-t-on à craindre des représentants, éparpillés sur tout le royaume par escouades de dix, de quinze cent mille protestants qui ne demandent que le bon ordre et la paix ? Établissez un comité d'enquête sur les besoins, les ressources et les espérances des Kgiises réformées. Pour avoir leur avis et non l'écho du vôtre, laissez-les vous envoyer leurs délégués. Écoutezles, pour prendre ce qu'il y a de bon dans leur dire ; laissez-les s'entretenir librement entre eux de cette multitude de choses qui les intéressent , et où vous n'avez aucun intérêt à vous immiscer; vous aurez fait une chose extrêmement utile et pour vous et pour eux. Vous aurez eu le synode religieux, comme vous venez d'avoir le synode commercial.
Et si je mets quelque prix à l'obtention de ces assemblées, que la loi nous donne et que toutes les Eglises désirent , ce n'est point pour les occupei\aussitot à bâtir des déterminations dogmatiques, et à condamner à droite et à gauche, pour des opinions spéculatives. Si tel devait être leur esprit , je les tiendrais pour beaucoup plus nuisibles qu'utiles, et je regarderais comme funeste à 'nos Églises le jour qui les verrait s'y former. Si je les désire, c'est parce que j'y vois un moyen de
s'entendre et de 3'exciter mutuellement au bien; parce que j'y trouve une garantie morale qui manque aux pasteurs et aux Eglises dans leurs rapports mutuels; c'est parce que j'y trouve le moyen de remédier à la négligence, aux abus et aux scandales, qui sont la mort de la religion , et non celui d'amener une uniformité chimérique, qui est l'ennemie des lumières, qui conduit si facilement au fanatisme, et dont la poursuite n'a jamais produit que l'inquiétude, la division et la haine, au lieu de l'uniformité. Si je désire ces assemblées, c'est parce que j'espère qu'elles seront dirigées par un esprit de sagesse, de modération et de charité; qu'elles accueilleront les lumières; qu'elles tendront à réunir et à éclairer plutôt qu'à étouffer et à diviser; qu'elles verront la religion dans la vie religieuse et non dans de vains formulaires. S'il devait en être autrement, je souhaite qu'il n'y en ait jamais.
J'en ai dit assez ailleurs pour faire sentir que, même dans l'exécution littérale de la loi du 18 germinal an x, notre Église serait loin de trouver tous les rouages et tous les ressorts qui lui manquent. Il y aurait donc des changements considérables à faire dans les attributions de ces assemblées et dans leurs rapports avec le gouvernement. Ii faudrait qu'elles eussent plus d'indépendance, et qu'il y eût au-dessus d'elles quelque lien suffisamment fort pour les réunir dans un même esprit. Il faudrait qu'elles se tinssent à des époques déterminées et qu'elles pussent décider un grand nombre de choses, proprio motu. En un mot, il faudrait qu'elles eussent, dans leurs attributions, toute la partie spirituelle de notre administration , et que le gouvernement n'en conservât plus que la partie temporelle, c'est-à-dire la confirmation des personnes et le règlement des intérêts.
Mais, quand aurons-nous ces compléments d'organisation sans lesquels notre marche sera toujours boiteuse et rencontrera partout des obstacles? Quand la vie reli-
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gieuse pourra-t-elle se développer librement et fortement dans notre sein?
Les questions sonl graves. Ceux qui nous - hum mis suivi peuvenl pressentir la réponse.
\u tond, où se trouvent les plus grands embarras de notre position? Qu'est-ce qui nous gêne dans nos mouvements? Qu'est-ce qui nous t'ait redouter le développement et les progrès, précisément parce qu'ils sont mouvement ? Qu'est-ce qui nous fait éprouver une sorte de pudeur, lorsqu'il se manifeste dans notre sein l'apparence de la vie ?
Toujours la même cause.
Que serions-nous si cette cause venait à cesser?
Je n'aurais point épuisé mon sujet ; j'en aurais laissé de côté la partie la plus vitale, si je ne traitais cet'.e Question. Je dois donc en courir le risque, puisque je me suis imposé le devoir de dire la vérité.
Mais cette question particulière au protestantisme n'est qu'un cas d'une question beaucoup plus générale, qu'il faut nécessairement éclaircir pour bien comprendre le cas qui -nous intéresse.
Je suis donc conduit a traiter la question que je regarde comme la plus importante pour la France, maintenant que les droits politiques des Français sont fondés et clairement définis. C'est celle des rapports entre l'Église et l'État.