‹ Du protestantisme en FranceChapitre 24 sur 43 · II, p. 9. Le grand Cuvier · texte numérisé non relu

II, p. 9. Le grand Cuvier

2. Décret du 26 mars 1852. Art. 7 : « Lorsqu'une chaire de professeur de la communion réformée vient à vaquer dans les facultés de théologie, le conseil central recueille les votes des consistoires et les transmet avec son avis au ministre. »

Le ministre décide souverainement.

avec raison qu'un grand nombre d'Églises s'imposent quelques sacrifices, pour aider oel établissement précieux à se donner ce qui lui manque. Ces sacrifices sont pas encore assez abondants, ou plutôt ils ne son pas assez universels. Les protestants de Kranee ne sauraienl mieux placer leur argent.

s'il manque à Montauban quelque chose du coté des moyens d'instruction, il est juste de remarquer que beaucoup est suppléé par les conséquences mêmes d'une localité plus étroite et d'un établissement plus borné. La différence peut s'exprimer en un seul mot : la faculté de Montauban est plus paternelle. Elle voit les jeunes gens de plus près, les suit jusque dans leurs relations domestiques, s'approprie à leur état intellectuel, les presse, les encourage, les excite. Elle est moins propre peut-être à pousser jusqu'aux dernières limites de la science un esprit transcendant, mais elle est éminemment propre à tirer tout le parti possible des esprits ordinaires. Elle est ce qu'il fallait qu'elle fût pour recevoir les sujets qui lui sont envoyés par la plupart des Églises, et pour les leur renvoyer convertis en bons pasteurs et en théologiens éclairés.

Au fond, et malgré les importantes améliorations qu'ils réclament encore, et que le temps leur apportera sans doute , nos établissements spéciaux d'instruction remplissent leur but, et il s'en faut beaucoup que ce soit la partie la plus imparfaite de notre existence extérieure.

C'est un principe consacré dans l'université de n'admettre aux fonctions de l'enseignement (pie des Français. Je crois le principe funeste aux progrès des sciences dans tout pays qui l'adoptera. Que l'on n'admette que des Français aux emplois civils et militaires, je le conçois. C'est en quelque sorte la matière soumise à la consommation: et il est avantageux de la tirer de la France. Si ces emplois sont un bénéfice, il est juste de l'accorder aux Français, puisque c'est la Fiance qui

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paie. Mais les professeurs ne sont pas la matière soumise à la consommation; ils sont la graine qui doit la produire. Est-il de l'intérêt d'un État d'en interdire l'entrée ? Les idées qui circulent dans notre pays nous auront toujours assez de monde pour les enseigner. Mais si nous voulons n'être pas en dehors du mouvement européen , si nous ne voulons pas nous enfermer dans un île hors de laquelle nous ne verrons rien, ce qui nous importe, c'est d'avoir aussi des hommes' qui nous communiquent les idées des autres peuples, qui nous remettent à chaque instant au niveau de leurs progrès dans toutes les branches des connaissances humaines. Que dirions-nous si le Languedoc s'avisait de ne vouloir dans son enseignement que des Languedociens, et la Provence que des Provençaux? La généralité de la science et le privilège des progrès ne sont pas plus renfermés dans la France que dans le Languedoc ou dans la Provence. La France ne doit pas plus repousser de son enseignement les savants des autres pays, qu'elle ne repousse les étalons des races, les graines des plantes, ou les modèles des machines, qui enrichissent les autres peuples et leur donnent la supériorité sur notre propre industrie. La France a plus souffert, qu'elle ne pense de son mépris anticipé pour tout savoir étranger.

Mais, quand la règle serait maintenue pour l'Université prise en masse, je crois qu'il serait urgent de provoquer des exceptions pour nos professeurs en théologie. Il y a sans doute parmi nous quelques hommes d'un vrai mérite ; il peut se trouver aussi des talents cachés ou des hommes qui ont travaillé dans le silence; mais ce qui se voit, ce que nous avons senti, quand l'occasion s'est présentée, c'est l'extrême rareté parmi nous des hommes propres à l'enseignement approfondi de la théologie chrétienne; c'est l'énorme distance qui nous sépare encore sous ce rapport des

L'I.NSTKUCTION PUBLIQUE.

nations protestantes qui nous entourent; c'est l'insurmontable difficulté qui entoure encore pour les Français diverses branches de ces études, la privation des secours les plus indispensables, l'éloignement des sources, etc. Dans de telles circonstances, se taire un point d'honneur de repousser les étrangers, c'est se taire tort à soi-même; c'est se complaire dans sa médiocrité : c'est vouloir la rendre perpétuelle. Loin de seconder la répugnance de l'Université, lorsqu'il s'agit de l'admission des professeurs étrangers, les consistoires devraient donc faire tous leurs efforts pour la vaincre.

J'en dis autant de la permission accordée aux can- . didats de faire leurs études dans l'étranger. Qu'on ne prenne des pasteurs que parmi les Français, rien de mieux. Mais que, dans l'état de pénurie où nous sommes encore après un long sommeil, une véritable séquestration, nous nous interdisions de faire étudier nos jeunes gens dans l'étranger, que nous réclamions contre cette permission quand elle est accordée, c'est ce que je regarde comme une déplorable erreur, ou plutôt comme une sorte de suicide.

Avec nos ressources actuelles pour l'instruction de nos ministres, jusqu'ici nous n'avons pas manqué de sujets, surtout depuis quelques années. On peut même dire qu'ils surabondent. Il est vrai que notre établissement n'est pas en proportion des besoins du service. Quelque jour peut-être il sera renforcé; ou plutôt il l'est tous les jours, quoique avec lenteur. Par cette circonstance ou par toute autre que nous ne pouvons prévoir, les sujets pourraient nous manquer encore. Si jamais ce cas venait à se réaliser, le remède serait bien simple. Etablissez une faculté dç théologie à Nîmes, au sein d'une population agglomérée de quinze mille protestants, à une lieue de La Vanage, où s'en trouve un plus grand nombre, au pied des Cévennes industrieuses et protestantes, et, par ce seul fait, vous tiercerez, vous

doublerez peut-être le nombre de vos candidats au ministère évangélique. C'est une ressource qui n'est pas nécessaire pour le moment, mais dont l'effet est sûr au besoin. La consistance de cette Église, ses ressources d'instruction, sa position centrale la désignent naturellement pour un établissement de cette nature. J'en voudrais un autre à Paris.

Je suis loin d'avoir tout dit sur ce sujet important, mais il me faudrait sortir des bornes que je me suis imposées dans cet écrit. — Je passe à un autre article d'un intérêt plus universel.

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