III. Instruction prhnaire
Comme chrétiens et protestants, nous ne pouvons nous empêcher d'attacher une haute importance à Pin-* struction primaire; car ce n'est qu'au moyen des connaissances élémentaires dont elle est la source, que les classes industrielles peuvent être mises en état de puiser des idées religieuses à leur véritable source, c'està-dire dans la Bible. Depuis quelques années, f intérêt pour l'instruct ion primaire s'est donc sensiblement accru parmi nous, dans la même proportion que l'intérêt pour la religion et pour l'Évangile. D'un autre côté, le gouvernement s'est attaché lui-même à donner par moments une nouvelle impulsion à l'instruction primaire. Il a rendu plusieurs ordonnances, donné plusieurs instructions, dont quelques-unes furent un bienfait, dont quelques autres furent un malheur. Du moins, au fond de toutes ces révolutions, dont les unes ont étendu hors de toutes bornes le pouvoir sacerdotal sur l'instruction populaire; dont les autres ont eu pour but de le restreindre, il y a eu mouvement, activité. L'attention publique s'estéveillée. Des amours-propres ont été compromis; et l'instruction primaire, mieux secondée par les vœux du peuple, a reçu d'importantes améliorations. A quel degré les concessions du gouvernement et leurs propres efforts Font-ils portée pour les protestants français?
Les efforts des églises et des consistoires pour étendre
et pour améliorer l'instruction primaire dans leur ressort, ont été, en général, constants et soutenus. Dans plusieurs endroits , des hommes religieux et éclairés ont formé des associations pour aider les consistoires dans la surveillance et la direction de ces institutions précieuses. Dans les églises populeuses, on s'occupa des moyens de rendre l'instruction primaire accessible, même aux classes indigentes. En général , on crut atteindre ce but au moyen de la méthode de l'enseignement mutuel, qui commençait à être connue en France et qui s'y présentait déjà sanctionnée par une expérience longue et décisive chez nos voisins d'outremer. Des écoles d'enseignement mutuel furent fondées à Paris, à Nîmes, à Bordeaux, à Montauban, à Montpellier, à Saint-Hippolyte, à Ganges, à Àlais, et dans un grand nombre d'autres villes. Le gouv-ernement en favorisa l'érection, et l'institution descendit bientôt jusque dans les campagnes. Dans les villes de quelque étendue, où les protestants éclairés ont bien voulu s'occuper de la direction et de la surveillance de ses écoles , elles se sont parfaitement soutenues et ont répandu l'instruction la plus salutaire, avec sûreté, avec économie, avec célérité. Non-seulement elles ont mis les enfants en état de mieux comprendre les instructions religieuses . qui pouvaient leur être données dans la suite par les pasteurs, mais encore elles ont déposé dans leur âme, immédiatement et par la nature même de la matière de l'instruction, une foule de connaissances et d'impressions religieuses, propres à porter les plus heureux fruits dans la vie active et sociale. Ainsi sont réfutés par le fait ces reproches vagues d'irréligion , que l'on n'a pas craint d'adresser aux écoles d'enseignement mutuel. La méthode n'est qu'un mécanisme singulièrement ingénieux, qui s'appliquerait à l'enseignement de tout ce qu'on voudrait. Par elle-même, elle n'est donc pas plus impie que la méthode ancienne de l'enseignement indi-
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vi(luel,ou que la méthode de l'enseignement mixte simultané, adoptée par les frères de la Doctrine chrétienne.
Les écoles d'enseignement mutuel se soutiennent donc bien dans les villes protestantes. Dans les campagnes, en général, la réussite n'en a pas été aussi complète, et, dans quelques endroits, elles sont tombées. Mon expérience particulière m'en a fourni deux raisons, qui suffisent pour expliquer ce mauvais succès: 1° l'ignorance et La mauvaise volonté des parents, qui n'ont pas voulu se prêter à l'adoption de cette méthode, sous le prétexte bizarre qu'ils envoyaient leurs enfants à l'école pour apprendre et non pour enseigner. J'ai vu l'enseignement mutuel tomber dans plusieurs endroits pour cette seule raison ; 2° l'impéritie des maîtres et le défaut d'hommes éclairés pour surveiller les écoles. Des maîtres connaissant imparfaitement la méthode, ou doués d'un caractère faible et mou, ont bientôt laissé pénétrer le désordre dans des établissements qui ne peuvent se soutenir que par la plus parfaite régularité , la discipline la plus sévère. Personne n'étant là pour redresser cette négligence, les écoles n'ont bientôt plus offert qu'une scène perpétuelle de tumulte et de confusion. Les progrès ont été nuls, et les écoles sont tombées, il faut que les circonstances changent, que les villageois eux-mêmes s'éclairent, pour qu'on puisse songer à les l'établir.
Dès l'époque où Louis XVIII eut songé à donner une plus* grande extension à l'instruction primaire et à faire entrer pour beaucoup la religion dans la matière de l'enseignement, il se souvint de ses sujets protestants , et fit leur part avec équité. L'ordonnance du mois de février 1816 établit des comités cantonaux pour l'institution et la surveillance des écoles, et, en les organisant pour le culte catholique, sous la présidence des curés, elle organisa des comités semblables pour le
culte protestant sous la surveillance des pasteurs. C'est sous ce régime équitable que furent établies la plupart des écoles qui existent aujourd'hui. Dans l'application de cette ordonnance aux écoles des campagnes, on craignit, dans plusieurs endroits où les deux cultes sont professés, de ne pouvoir suffire aux besoins des maîtres, si l'on établissait une école protestante et une école catholique dans chacun des villages mi-partis. On tacha donc de s'entendre. Les deux comités cantonnaux se réunirent pour se concilier, et dressèrent , en commun, un tableau des communes où devait être établi un instituteur catholique, et de celles où on placerait un instituteur protestant. Cet arrangement fut assez fidèlement observé pendant quelques années, et, quoiqu'il laissât beaucoup à désirer aux deux partis , il satisfaisait aux premiers besoins. Cependant je ne puis m'empêcher de croire qu'il aurait bien mieux valu laisser à chaque comité le soin et la puissance de pourvoir à l'instruction de ses coreligionnaires, sans être gêné par l 's opérations de l'autre comité. Ainsi l'on aurait prévenu des difficultés de plus d'un genre ; l'on n'aurait point imposé une gêne inutile aux maîtres, ou forcé les enfants à parcourir une longue distance, pour chercher une école de leur communion.
Mais bientôt, non-seulement la religion entra pour beaucoup dans la matière de l'instruction, mais encore la direction suprême des écoles passa, par le fait, des mains de l'Université dans celles de l'Autorité ecclésiastique, qui l'exerça d'une manière formelle par l'influence qu'elle prit sur les personnes, et par les règlements authentiques qu'elle publia. Entre autres règlements, celui de placer un crucifix dans les écoles et de faire dire aux entants certaines prières, équivalait à une exclusion pour les protestants, dans les lieux mêmes où l'on était convenu que les enfants des deux cultes pourraient être admis dans la même école. Dans le temps où les évêques
avaient la direction suprême des écoles primaires, j'ai publié une lettre émanée «le l'archevêque d'Aix, qui ordonnait de conduire les entants protestants à la messe et à vêpres (K)1 11 semble qu'à mesure que ces changements notables s'opéraient d'un côté, il devait s'opérer de l'autre un changement équivalent, qui aurait consisté à mettre purement et simplement les écoles protestantes sous la direction des consistoires. En effet les choses se sont passées ainsi dans plusieurs endroits, parce que c'est ainsi qu'elles devaient se passer. Les convenances et la raison sont une force qui résiste longtemps, même à la volonté de s'y soustraire. Mais, à l'époque où le changement dont nous parlons s'opéra dans la direction des écoles catholiques, il parut, pour les écoles protestantes, un règlement supérieur, qui, tout en maintenant en plein exercice les comités cantonaux protestants, en changeait complètement la nature, en y adjoignant de droit le juge de paix du canton et un membre du conseil académique, qui sont presque toujours catholiques, et le dernier même prêtre. Ce règlement a causé aux protestants la plus sensible douleur, et seul il suffirait pour faire tomber les comités cantonaux en désuétude, ou pour les rendre une occasion de trouble et de dégoût, s'il était rigoureusement exécuté. Ce règlement porte l'empreinte d'une défiance, que notre conscience nous dit hautement être injuste, et par cela même il serait propre à l'inspirer. Mais la pratique, à cet égard, est déjà bien loin d'être uniforme, dans les diverses académies, ainsi que nous 'nous en sommes convaincus. Quelques consistoires ont formellement réclamé de M. Cuvier la suppression formelle de ce règlement singulier. Tout porte à croire que cet administrateur impartial ne la fera pas longtemps attendre. Peut-être cet acte de justice contribuera-t-il à réveiller les comités cantonaux de leur déplorable torpeur.
â?6 L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
Je viens de nommer une des plaies, etla plus grande peut-être, qui affligent nos écoles. Avec les maîtres que nous avons aujourd'hui et probablement avec tous les maîtres, les écoles primaires ne produisent de bons et durables effets que lorsqu'elles sont surveillées. Quand elles ne le sont pas, il arrive d'abord que les maîtres sont mal choisis, parce qu'ils le sont au hasard : dès lors l'école languit; les parents se dégoûtent ; les plus persévérants envoient leurs entants au dehors et les autres les laissent polissonner dans la rue. Heureux si la nullité de l'école est le seul inconvénient qui résulte du mauvais choix des maîtres ! iMais supposons que ce choix n'ait point été malheureux, le maître, se sentant privilégié et presque inamovible, et d'un autre côté n'étant pas surveillé, se relâche bientôt. Il remplit mollement sa tâche, car quelque facile qu'elle soit, elle demande un exercice de force et d'attention dont l'homme est bientôt lassé quand rien ne l'excite et ne le soutient ; il se divertit à d'autres fonctions, à d'autres entreprises, et ne songe à son école que par manière d'acquit. Nul perfectionnement n'est introduit ; au contraire, tout se détériore et se perd. L'école se dépeuple, et les enfants n'apprennent rien. Comme personne ne surveille ; comme ceux qui souffrent ne sont point aptes à parler, et comme ceux qui le sont ne souffrent pas et ne parlent pas, le mal dure des années. En attendant, les générations arrivent à l'âge d'homme dans un état complet d'ignorance et de brutalité. La civilisation s'arrête ou rétrograde, et notre peuple demeure le plus reculé de l'Europe , après celui de l'Espagne. Le seul remède à tant de maux est une surveillance active des personnes éclairées sur les écoles de leur voisinage. C'est un devoir de patriotisme qu'elles doivent mettre en première ligne ; par nul autre moyen elles ne peuvent faire autant de bien à leur pays.
Les comités cantonaux peuvent-ils remplir cette
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lâche? Oui sans doute, s'ils le veulent; niais en général ils ne peuvent pas le vouloir. Composés d'hommes honorables, mais avancés dans la vie et chargés d'affaires, ils ne peuvent déployer ce zèle infatigable, relie activité chaleureuse, qu'exigent d'aussi al lâchantes, d'aussi minutieuses fonctions. Aussi, dans presque tous les lieux nont-ils qu'une existence nominale. Jamais ils ne se sont rassemblés, jamais leurs membres n'ont paru dans les écoles. Tout se réduit à quelques vaines formalités remplies par le président, à quelques certificats donnés, souvent sans connaître les individus. Je connais une grande ville où existent des écoles importantes et nombreuses, et où le comité cantonal ne s'est pas réuni une seule fois depuis son institution.
Disons-le franchement : ces fonctions, pour être bien remplies, doivent être données à qui veut les prendre, et non'à des notabilités très-estimables, mais incapables de s'en acquitter. Ce sont des associations volontaires, composées principalement de jeunes gens, et se recrutant elles-mêmes par l'adjonction de tous les Sommes de bonne volonté, qui peuvent seuls exercer une surveillance active et efficace. Avec une association de cette nature, les maîtres sont continuellement excités, les bonnes méthodes sont appliquées, ies inconvénients et les défauts sont corrigés, parce qu'il s'y trouve toujours des jeunes gens, qui possèdent l'activité et l'ardeur nécessaires pour chercher partout les améliorations, et pour les appliquer avec fruit. Le recrutement se faisant librement et sans contrôle, les membres que 1 âge ou leurs atïaires rendent inactifs sont continuellement remplacés dans la surveillance, par les membres plus jeunes que le temps amène chaque année. Dans la même ville où le comité cantonal fut toujours inerte, un comité de volontaires, comme je viens de le décrire, a changé la face de l'instruction primaire, Ta fait l . a..;;,, a oisj/vî et perfectionné
US L'INSTRUCTION FUBLÎQL'E.
l'enseignement mutuel, nécessairement tombé partout où de tels comités ne l'ont point soutenu.
Je sais qu'il serait difficile de former de telles associations dans les villages. En général la matière manque, et pourtant on pourrait les y former, et le bienfait serait immense. Dans une section pastorale, si le pasteur voulait s'en donner la peine, il trouverait facilement quelques personnes qui auraient assez de capacité pour surveiller les écoles primaires, et assez de loisir à y consacrer. Tout consisterait à échauffer un peu leur zèle, à les intéresser à la chose, à savoir les exciter en les rapprochant. Quant à la connaissance et à l'application des méthodes, à la recherche des maîtres, en un mot à tout ce qui sort de la localité, ces comités ruraux entreraient facilement en communication avec les comités des villes, d'où ils recevraient de bons renseignements et d'utiles directions. Mais, pour cela, il faudrait que ces comités ne fussent point paralysés par les interminables lenteurs de l'Université ; il faudrait qu'on ne leur jetât point à la traverse une multitude de formes, dont l'effet le plus visible est d'anéantir le fond; il faudrait que les comités cantonaux ou persévérassent dans leur inertie actuelle, ou n'en sortissent que pour venir prêter main-forte aux comités vraiment actifs.
Le règlement qui interdit le mélange des deux sexes dans la même école, agit d'une manière funeste dans les campagnes. C'est là une de ces idées qui plaît dans la théorie. 11 semble que l'on arrête un désordre choquant. Mais comment un village, qui peut à peine entretenir une école, même en y admettant les deux sexes, pourra-t-il en soutenir deux, si vous voulez les séparer? A quoi cela sert-il dans les communes rurales ? Pourquoi de petits garçons et de petites filles, qui sont ensemble tant qu'ils veulent dans les champs, ne pourraient-ils pas l'être devant le maître? Cette division,
jointe à celle des cultes, qui vient en doubler les effets, rendrait toute instruction primaire impossible dans presque tous les villages, surtout dans les villages mixtes, si la force des choses et le bon sens même des inaires n'étaient là pour y remédier. Heureusement, cette partie des règlements n'est point exécutée partout où elle ne peut pas l'être, et cette prétendue négligence des maires sauve encore l'instruction de l'enfance dans une foule d'endroits qui sans elle en seraient privés.
Mais faut- il s'étonner, au fond, que l'instruction primaire languisse? Que fait-on pour elle? des règlements, toujours des règlements, et rien que des règlements. Et, la main sur la conscience, quels sont les effets de ces règlements? Pas autres que de rendre l'instruction primaire plus lente et plus difficile, d'accorder des privilèges, d'imposer des gênes, et de jeter dans les plus fâcheux embarras les parents qui voudraient faire donner quelque instruction à leurs enfants. On est servi par les maîtres d'école privilégiés, comme on le serait par des boulangers ou par des cordonniers privilégiés. Si le maître d'école ne vaut rien, il faut le garder. Si le cordonnier sert mal, on le quitte. Et pourtant, on ne tiendrait pas moins à bien instruire ses enfants qu'à les bien chausser. Établir une école nouvelle est toujours un travail énorme, dont la patience la plus persévérante ne peut se flatter de venir à bout. Profiter des facilités qu'on a sous la main , se servir des ressources qu'offrirait l'enseignement mutuel des membres de la société entre eux, est une chose impossible. Si un homme doué de quelque instruction veut la communiquer à ses amis ou aux enfants de ses amis, c'est un desordre auquel on ne manquera pas de porter remède. C'est plus facile que de trouver un autre moyen pour foire donner avec autant de fruit la même instruction. On peut dire que les maîtres d'école ignorants et privi-
légiés, dont sont couvertes les campagnes, sont presque partout autant d'argus qui surveillent tous les conduits par où pourrait arriver l'instruction, pour empêcher que rien n'y passe. Les règlements sont bons pour diriger ce qui existe, mais ils ne créent rien. Or, il faut le dire, en fait d'instruction primaire, presque tout est à créer. — Il faut d'abord créer des maîtres. Nous n'en avons point. Des gens incapables de gérer leurs affaires, des hommes à qui le défaut de toute ressource a fait songer qu'ils savaient un peu lire, ne sont pas des maîtres. Il faut savoir sans doute, mais avant tout il faut savoir enseigner. Il faut donc des écoles normales pour former des maîtres, pour leur enseigner ce qu'ils doivent enseigner eux-mêmes, et quelque chose au delà, pour leur inculquer les bonnes méthodes, pour leur faire pratiquer l'art, en un mot pour leur apprendre leur très-difficile et très-important métier. Une école de ce genre, dans chaque chef-lieu de département, ferait plus de bien à l'instruction primaire, que n'en ont fait tous les soins de l'Université depuis son institution. — Il faut ensuite créer de l'emploi pour ces maîtres. Le mal est si grand que le malade ne le sent point. L'ignorance du peuple est si profonde qu'il ne sent pas le prix de l'instruction, qu'il n'est disposé à faire aucun sacrifice pour en obtenir. Devez-vous voir cela de sang-froid? Si vous pouvez y porter remède, comment emploierez-vous mieux votre argent? Au lieu d'étouffer par vos lenteurs ce désir lorsqu'il se manifeste, n'épargnez rien pour l'exciter, partout où il dort encore ; et vous aurez bien mérité de l'instruction primaire, du monarque et de la patrie. Vous accordez des primes à la fabrication du sucre de betterave, à celle du fer et à bien d'autres : accordez-en une fois à la fabrication du savoir utile, jusqu'à ce qu'il trouve assez d'amateurs pour se suffire à lui-même. Vous voulez rendre l'éducation nationale : qu'elle le soit en effet,
non point par les entraves que le gouvernement lui impose, par les règlements stériles auxquels il la soumet sans cesse; mais par les secours efficaces qu'il lui prête, par les bons maîtres qu'il place et qu'il aide à doter, dans tous les coins de la France. — Encourager les communes à voter des fonds dans ce but, en fournir du trésor public pour aclrever l'œuvre , et former de bons maîtres, voilà ce que devrait faire l'Université pour faire tourner au bonheur de la France le monopole ddnt elle s'est emparée; et voilà justement ce à quoi elle n'a point songé encore. Aussi, elle administre : mais la matière à administrer manque encore presque partout. La Suisse, la Hollande, presque toute l'Allemagne, ont une éducation nationale, autre part que dans de stériles règlements. Aussi tout le monde y sait lire. Tous les arts y sont en progrès, et les livres, que notre public éclairé trouve encore trop forts pour lui, se trouvent chez les artisans et les journaliers. L'Encyclopédie et la Revue d'Èdimbourg, qui ne pourraient pas se tirer à mille exemplaires, si on les imprimait à Paris, sont lus jusque dans les chaumières et les chalets de l'Ecosse et de l'Amérique ; voilà le but auquel il faut tendre. Voilà l'instruction vraiment nationale, car elle couvre le pays; voilà ce que le gouvernement peut seul nous donner , car le peuple ne le sent ni ne le désire encore. Et pour nous le donner, il faut des fondations, encore plus que des règlements (L).
Jusqu'ici toutes nos écoles sont sacerdotales. Pour nous, les comités cantonaux qui les provoquent et les surveillent, n'existent que dans leurs présidents. Et pour les catholiques, malgré les derniers règlements, l'avantage se trouve encore du côté des prêtres. Enfin, tous les règlements universitaires conservent pour les écoles primaires la distinction entre écoles protestantes et écoles catholiques. Tous les bons esprits sont frappés de la gêne insupportable que cette seule distinction a fait naître,
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dans ces derniers temps, pour tout ce qui regarde l'érection et l'administration des écoles. Ils ont soupiré après l'indépendance de l'instruction primaire, surtout après son indépendance du pouvoir sacerdotal. Pour nous, qui possédons un clergé que l'on a vu presque partout à la tête du mouvement favorable à l'instruction et à tous les; moyens de la répandre, nous avons peut-être moins de raison de nous plaindre de ce qui existe; dans quelques localités même nous aurions sujet d'en redouter le changement. Et néanmoins, pour les protestants en masse, l'éducation nationale et point sacerdotale serait un immense bienfait. Disséminés sur toute la face de la France, agglomérés dans un petit nombre de lieux, c'est rarement que les protestants sont assez nombreux sur le même point pour entretenir une école à eux*. Ils sont obligés d'envoyer leurs enfants dans les écoles catholiques. La tolérance de M&r l'archevêque d'Aix a marqué nettement à quelles conditions ils peuvent y être reçus. — Que tous les enfants des Français soient Français et reçoivent à ce titre une éducation nationale et commune. Que le sacerdoce les reçoive pendant et après leur instruction civile, pour leur donner la sienne : c'est le seul moyen de conserver à la nation, au gouvernement et au sacerdoce, une indépendance complète, et de leur assurer le pouvoir de marcher librement et fortement vers le but qu'ils doivent atteindre.
ïi La Société pour l'Encouragement de l'instruction primaire parmi les protestants de France, fondée en 1829, a pour but de soutenir les écoles existantes et d'en établir de nouvelles dans des contrées où les protestants sont trop peu nombreux ou trop pauvres pour pourvoir eux-mêmes à l'entretien de leurs écoles. .
En invoquant l'art. 268 de la loi du 15 mars 1850, les autorités locales, dans l'intérêt des mœurs publiques, ont souvent fait opposition à l'ouverture d'écoles protestantes, et on a vu à côté de 1" église ouverte, remplie, l'école fermée !
Les écoles sont un moyen de* civilisation très-puissant. Le sacerdoce en est un autre peut-être plus puissant encore. Il est de plus le moyen le plus efficace de répandre l'instruction religieuse, sans laquelle la civilisation se matérialise et bientôt se perd. Examinons ce qu'est le sacerdoce dans l'Église réformée.