LE SACERDOCE RÉFORMÉ
Je pense que tous ceux qui observent avec attention les mouvements opérés dans les esprits conviendront avec moi que, dans les temps modernes, et surtout depuis le milieu du xvme siècle, l'intérêt qu'inspire la religion est tout à fait indépendant de celui qu'inspirent ses ministres. Dans le fort du mouvement antireligieux qui a signalé cette époque remarquable dans l'histoire du genre humain, les deux choses avaient été confondues dans une même proscription. Depuis que l'on est revenu à examiner le cœur humain et le christianisme avec moins de partialité, la religion commence à reprendre sur l'âme humaine l'empire qui lui appartient et qu'elle ne perdra jamais pour longtemps. Un mouvement général s'opère en faveur du christianisme; mais, en général, les ministres de la religion ne sont ni les instruments ni le but de ce mouvement. Il s'opère» sans eux, et, suivant la direction qu'il prend et les formes qu'il revêt, il s'opère souvent malgré eux. Pour exprimer ce phénomène moral en deux mots, on peut dire que, si le siècle présent revient en effet vers la religion, il ne revient pas vers les prêtres. — En employant ce terme, je ne prétends désignef ceux d'aucune secte particulière. On verra bientôt l'idée que j'y attache.
Les causes démette disposition ne sont pas difficiles à trouver. Quand deux choses ont été longtemps unies par les circonstances ou par l'habitude, l'unë bonne, l'autre
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indifférente ou mauvaise: l'une fondée sur la raison et la vérité, l'autre sur la coutume et le préjugé, si quelques circonstances graves les ébranlent, elles tombent a la fois; mais il est presque impossible qu'elles se relèvent ensemble, telle qui a la vérité pour appui refleu rit bientôt soutenue par cette force éternelle; mais celle qui ne tire sa puissance. que du préjugé se trouve sans vigueur dès que le charme est rompu, et ne saurait reconquérir dans l'opinion une place que les lumières el la vérité lui ont fait perdre.
Je me hâte de préciser ma pensée. Dans cette généralité, elle serait susceptible de fausses applications.
Il s'est fait dans l'opinion générale de l'Europe sur les ministres de la religion un changement fondamental. Le ministre de la religion, le prédicateur et le défenseur de l'Évangile a conservé la place qui lui est due dans l'estime et dans la vénération de tous les amis de la religion ; le prêtre a perdu la sienne.
Tant que les hommes ont envisagé la religion comme une affaire extérieure à l'homme, comme un hommage rendu à Dieu, comme un service, qui remplissait son but uniquement parce qu'il était accompli et dans cette forme, le ministre de la religion était prêtre, et le prêtre était un homme fort important dans la société; il était même le plus important de tous; c'était, si je puis me servir de ce terme, le chambellan obligé de la divinité: nul ne pouvait être admis que par lui. Le salut était une affaire de rites; et ces rites ne pouvaient être accomplis que par le prêtre. L'Église avait un véritable sacerdoce dans le sens que toute l'antiquité donnait à ce mot, et les hommes le regardaient et le respectaient comme tel.
Ainsi, Jésus crucifié descendait dans le pain de la cène à la voix du prêtre. Ainsi les péchés, même les plus graves , étaient effacés et pardonnés dès qu'ils étaient confessés au prêtre, expiés suivant son ordon~
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nance, et absous par lui. Ainsi le mariage devenait indissoluble, parce que le prêtre avait prononcé sur lui les paroles sacramentelles. Ainsi le malade, après l'onction sainte opérée par le prêtre, mourait sanctifié, et la dernière prière prononcée sur sa tombe par le prêtre assurait le repos de son âme. Ainsi le peuple, imbu de ces principes, se contentait d'un culte en langue inconnue. La religion n'étant pour lui qu'une sorte d'enchantement, il y croyait d'autant plus que les paroles étaient plus mystérieuses. Les cérémonies religieuses étaient pour lui non le moyen, mais le but. Elles sauvaient purement et simplement par cela seul qu'elles étaient accomplies, opère operalo; et le -prêtre, qui avait seul le v droit et le pouvoir de les accomplir, avait pour lui quelque chose de supérieur à l'humanité.
Sous ce rapport, le changement qui s'est opéré dans les opinions des hommes depuis le milieu du siècle dernier est complet, et je pense irrémédiable. On ne voit plus, dans les cérémonies religieuses, qu'un moyen d'édification ; on ne leur reconnaît plus aucune force intrinsèque pour sauver. C'est l'influence qu'elles exercent sur lé cœur qui en fait toute l'utilité. Par cela seul, le prêtre qui les accomplit a perdu toute son importance comme prêtre. Le ciel est ouvert sans lui; les prières sont bonnes sans lui; le repentir d'une âme humiliée fléchit la justice divine sans lui; l'Évangile nourrit, élève, console, sanctifie sans lui. Et l'on n'estime son ministère qu'autant qu'il agit sur l'esprit, sur le cœur, par la force de l'exemple, de la persuasion et de la vérité.
Tel est l'esprit du temps. Il règne seul dans les classes supérieurès. Dans les classes inférieures mêmes, il souffre fort peu d'exceptions. C'est là un fait qu'il ne faut jamais perdre de vue pour comprendre aujourd'hui la situation des hommes par rapport à la religion, et de la religion par rapport à eux. Ne nous hâtons pas de nous
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m plaindre. D'autres peut-être onl des raisons pins solides de craindre et de se plaindre que nous.
De ces rémarques il résulte que, si le ministre de la religion s'obstine de nos jours à vouloir rire prêtre, et à n'être que cela, il n'es! rien, Il est comme une ruine au milieu d'une cité populeuse. Il atteste l'âge passé , mais il ne sert plus à l'âge présent.
Ce changement dans les opinions populaires est-il une réforme? Est-il une corruption? Cette question est trop importante, pour être traitée en passant. Elle revient à celle-ci que nous livrons à la méditation de nos lecteurs : Qu'est le sacerdoce dans le christianisme ?
Quelque réponse que l'on fasse à cette question , l'on remarquera sans peine que le pasteur réformé est, de tous les ministres de 'la religion, celui qui a le moins à perdre dans ce changement de l'opinion publique sur le sacerdoce. L'esprit de la réforme étant un esprit d'examen, et plaçant toute la religion dans l'intérieur de l'homme ; ses cérémonies étant peu nombreuses , n'étant considérées comme salutaires qu'en proportion de leur effet moral sur celui qui les reçoit, il est évident que dans son sein le ministre de la religion conserve fort peu du prêtre ; et si , pendant assez longtemps, il en a conservé beaucoup dans l'opinion, quoique fort peu dans la réalité, cela vient de ce que les changements dans l'opinion se font avec une extrême lenteur, même quand il y a rupture ; car, dans ce cas le plus favorable à une réforme fondamentale , tout ne part jamais à la fois, et ce n'est qu'à la longue qu'on s'aperçoit du défaut d'harmonie dans ce qu'on a conservé.
Mais si les ministres de la religion ne sont plus prêtres, que sont-ils donc ?
Ils sont les interprètes et les prédicateurs de l'Évangile. Ce sont eux qui doivent lui frayer une route dans le cœur des nommes, et les conduire par le christia-
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nisme à la vérité et à la vertu. Ce sont eux qui doivent consacrer leur vie à nourrir leur âme des grandes vérités que l'éternelle sagesse a jugées assez importantes pour nous les révéler avec tant d'éclat, afin de pouvoir transmettre cette précieuse nourriture aux autres. Pour exercer toute son influence et pour atteindre à toutes les classes de la société, il faut que l'Évangile soit prêché. Son fondateur lui-même l'a senti. Il faut qu'il soit approprié , dans ses formes, à l'esprit du temps et aux besoins moraux de tous les chrétiens. Il le fut dès son origine par ses prédicateurs inspirés ; et ces documents écrits, qui sont encore notre règle, sont fortement empreints des circonstances au milieu desquelles ils furent composés. Ce travail du pasteur est indispensable et se renouvelle sans cesse ; il tient toujours en haleine celui qui veut fidèlement s'acquitter de ses fonctions; et rarement les travaux de sa jeunesse pourront lui servir sur la fin de sa vie sans être de nouve-au digérés. Le christianisme, sans prédicateurs, perdrait bientôt son influence, et ne serait plus connu que d'un petit nombre de littérateurs et de curieux.
Autant le christianisme est bienfaisant pour l'homme, autant il favorise le perfectionnement de l'espèce humaine et le bonheur de chacun de ses membres; autant le ministère évangélique est nécessaire, même . quand ceux qui le professent ont réellement cessé d'être prêtres. On le sent partout, et partout il est reçu avec plaisir; partout l'opinion publique le favorise, comme ministère d'instruction, d'exhortation et d'exemple. Mais, dans ce nouvel ordre de choses, le ministre est plutôt en tête du troupeau que hors du troupeau. Il n'a pas d'autre autorité que celle de l'Évangile qu'il explique et de la vérité qu'il annonce. Il n'a point le privilège d'être infaillible; chacun de ses auditeurs a les mêmes moyens que lui d'arriver à la vérité ; et il y arrive souvent sans le prédicateur, ou même avant lui.
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L'avantage irrécusable du ministère évangélique est donc de tenir sans cesse ['attention ('veillée sur ces grands intérêts de l'humanité, et d'empêcher que rien ne se perde de ce qui fut dit pour leur défense. Dans la situation actuelle (les esprits (situation qui parait être, à cet égard, la même que du temps des apôtres), les ministres de la religion ne peuvent donc dire autre chose, sinon : «Vousavez de l'intelligence ; jugez vous-mêmes de ce que je dis. » Le pasteur ne peut pas aller plus loin , puisqu'il n'est pas inspiré ; et les hommes ne souffrent pas aujourd'hui qu'on leur tienne un autre langage, dette disposition est dans l'essence du protestantisme, et, par conséquent, elle ne pouvait manquer de devenir un jour générale parmi les protestants. Mais, sous ce rapport , les catholiques eux-mêmes leur ressemblent, tant l'esprit d'examen a gagné de proche en proche. Ce qui distingue aujourd'hui le catholicisme du protestantisme, dans l'application, c'est la dépendance hiérarchique des prêtres entre eux, et la sorte d'unité d'enseignement qui en résulte ; et non les rapports du peuple aux prêtres, que les progrès des lumières ont rendu les mêmes partout. On peut remarquer, au contraire, que la force de l'organisation qui lie les prêtres entre eux et aux dogmes de leur église, est toujours en raison inverse de la confiance personnelle qu'ils inspirent et de l'influence qu'ils exercent. Moins on leur suppose de liberté dans le choix de leurs croyances , et moins on reçoit leurs enseignements avec docilité.
Toute la question se réduit donc à ceci : Sous quel point de vue les hommes envisagent-ils aujourd'hui la religion , et que doit être celui qui veut la leur faire adopter et la leur rendre aimable?
La tendance générale de notre siècle par rapport à la religion , est de l'envisager comme une affaire de cœur, encore plus que comme une affaire de forme et de discipline. Pour avoir accès auprès de ceux qui pensent
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ainsi, il faut donc que le pasteur montre, par l'ensemble de sa vie , que la religion est pour lui une affaire de cœur; qu'elle règne sur son âme; qu'il en parle d'après la conviction la plus profonde , et que toutes ses affections, comme toutes ses pensées , sont à l'œuvre dont il s'est chargé. Et cette sincérité de sa croyance et de sa vertu ne doit pas seulement se manifester par le langage. Le pasteur doit être non-seulement le docteur, mais encore le modèle du troupeau. Les modifications qui se sont opérées dans les opinions des hommes relativemeut au sacerdoce rendent cette condition plus rigoureuse que jamais. Quand le ministre de l'Évangile est considéré comme prêtre, il est encore prêtre, même après avoir mérité de graves reproches; mais quand il n'est plus considéré que comme le prédicateur de l'Évangile et le guide du troupeau , il n'est plus rien, dès qu'il n'est plus entouré de vénération et de confiance.
Dans le prêtre , l'homme s'efface ; dans le ministre de la parole , il demeure tout entier.
Et c'est pour cette raison que le pasteur doit chercher à relever en lui l'homme , autant que le permettent son temps, ses moyens naturels et ses circonstances personnelles. Il faut qu'on respecte en lui l'homme bien plus que la place. Et si, dans toute autre chose, on le trouve faible, ignorant et borné , on n'aura pas en lui grande confiance , même dans les choses qui tiennent immédiatement à la religion et au culte.
Un des besoins les plus prononcés de notre siècle est celui de la civilisation. Tout ce qui tend à la développer et à l'étendre est assuré d'avance d'exciter un vif intérêt. Le mouvement imprimé à cet égard est aussi sensible, qu'il peut être bienfaisant s'il est constant et bien dirigé. D'autres époques ont compté des hommes aussi marquants, qui ont fait d'aussi grands progrès dans tout le domaine de la pensée ; mais jamais le besoin des lu-
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mières, l'intérêt pour tout ce qui peut perfectionner l'homme, développer ses facultés morales, étendre ses ressources, alléger ses travaux, soulager ses peines, augmenter son bonheur, dans les deux périodes de son existence ; jamais, dis-je, ce besoin et cet intérêt, t'avaient été aussi fortement et aussi généralement sentis que de nos jours. Ils se sont répandus dans toutes les classes. Ils s'égarent parfois sans doute, niais ils existent, ils se manifestent partout. Et ce n'est pas une conséquence de la révolution, comme ses ennemis cherchent à le faire croire, car ils existent au plus haut degré en Angleterre, en Allemagne , où la révolution n'a point pénétré. Cette tendance part d'un principe généreux; et quand elle sera bien dirigée, elle sera éminemment bienfaisante.
Le pasteur rend à la religion le plus mauvais service, quand il donne à entendre que la civilisation est son ennemie, et quand il s'emporte sans cesse contre elle. La religion et la vraie civilisation ont le même but ; le perfectionnement, le bonheur de l'humanité. Livrée à elle-même, la civilisation n'embrasserait que la moitié de l'existence humaine. La religion va plus loin ; mais il ne doit point y avoir d'opposition entre ce qui perfectionne l'homme sur la terre et ce qui le prépare pour le ciel. Les lumières comme lumières, les arts comme arts, les sciences comme sciences, ne doivent point être un danger pour la religion ; ou il faut convenir que la religion courrait des dangers auxquels elle ne saurait longtemps résister. Dans l'état actuel de la société, c'est donc faire à la religion un tort irréparable, que de représenter ses intérêts comme distincts de ceux de la civilisation générale, ou même comme opposés.
Le pasteur doit donc se montrer à la tête et non à la queue de la civilisation moderne; et c'est ainsi qu'il conservera toujours assez d'influence pour la diriger vers le bien. La civilisation marchera toujours; mais si
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elle marche sans lui et même malgré lui , il ne sera plus dans la société que comme .un corps étranger, dont la présence ne causera jamais que de la gêne et de l'embarras.
Tout cela peut s'exprimer en quelques paroles : si le pasteur ne peut plus se faire valoir comme prêtre, il est d'autant plus obligé de se faire valoir comme homme et comme chrétien.
Le mariage est une circonstance grave qui incorpore le pasteur beaucoup plus intimement avec la société, et fait qu'il en devient un membre actif, qu'il y a des relations nombreuses , des intérêts compliqués , en un mot, qu'il est dedans, et non dehors. Nous pensons que c'est un avantage; carie pasteur peut ainsi connaître de plus près la situation et les besoins des esprits sur lesquels il doit influer. 11 peut observer avec plus d'exactitude les opinions qu'on se fait du christianisme, pour les répandre ou les redresser. Membre de la société , il peut y déployer toutes les vertus sociales, que le chris-^ tianisme recommande, et sans lesquelles il n'est point de vrai chrétien. Il peut être bon citoyen , bon époux . bon père ; et montrer ainsi dans sa personne et dans sa maison comment le christianisme, qu'on accuse d'être contemplatif, s'allie fort bien avec une vie active et avec les affaires du monde ; en d'autres termes , comment la piété, qui a les promesses de la vie future , est aussi la voie la plus sûre , pour arriver à la paix , au contentement et au bonheur dans la vie présente. Il a une maison et une famille, il peut faire voir que la religion qu'il recommande est toujours une bénédiction pour la maison et pour la famille qui l'adoptent avec franchise et avec chaleur.
Ces considérations doivent servir de base pour résoudre cette question délicate : Jusqu'à quel point le pasteur peut-il être homme du monde ? Tout est pur pour les purs. La première condition, c'est donc qu'il
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soit pur en effet, et que le sentiment de sa pureté se répande sans affectation autour de lui comme un délicieux parfum. S'il paraît dans la société, il faul qu'il puisse y paraître avec honneur et sans gêne; que son caractère y soit toujours respecté, et pour cela qu'il le respecte lui-même. \\ee ces conditions , la société devient pour lui un moyen de mieux connaître les hommes, et d'exercer sur eux insensiblement une influence plus immédiate et plus irrésistible.
Ces réflexions me conduisent naturellement à d'autres non moins importantes. Si, pour atteindre au rang qu'il doit tenir dans la considération publique, et pour donner à ses fonctions cette dignité sans laquelle elles seraient privées de toute influence, le pasteur doit, avant tout, se distinguer comme homme, et marcher à la tête de la civilisation ; il est évident qu'il ne doit point demeurer étranger aux progrès des sciences et de la littérature, qui constituent la branche la plus importante de toute civilisation, ou plutôt le tronc qui pousse et nourrit toutes les branches.
Le ministère évangélique est un état éminemment littéraire, et qui demande un esprit très-cultivé. Nulle science n'a des rapports plus nombreux que la religion. Elle tient à tout. Il faut avoir les idées très-étendues pour la comprendre et pour l'enseigner. Et si le prêtre chrétien veut ne savoir que la théologie, il ne saura pas même la théologie.
Le ministre de l'Évangile doit enseigner la religion de l'Évangile. Il doit l'enseigner de la manière la plus avantageuse et la plus efficace. Sa position même le mel en contact avec toutes les branches des connaissances humaines, car la religion est leur centre commun. Le besoin de la prêcher fait de lui plus qu'un savant; il en fait un littérateur et un écrivain.
Par sa nature, la religion tient étroitement à toutes les sciences humaines. La philosophie doit lui fournir
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des bases et des critères ; la science de la nature lui donne des faits, et proclame l'existence , la sagesse et la bonté du créateur. L'histoire a des rapports étroits avec le christianisme, qui est essentiellement historique. L'étude des langues anciennes est la clef de l'intelligence du texte sacré. Ainsi, tout se tient; mais, dans ce vaste système des connaissances humaines , dont les moindres parties sont unies entre elles par d'indissolubles liens, la religion occupe un des points culminants, si elle n'est pas le sommet lui-même.
C'est faire preuve d'un esprit étroit, que de déclamer contre les études préparatoires auxquelles on soumet les jeunes théologiens. S'il faut déplorer une chose, c'est qu'elles ne soient pas plus fortes. Sans elles , le pasteur sera toujours faible dans son état, et peut-être avili dans la société.
Si les sciences naturelles fournissent à la religion quelques-unes de ses premières bases, et celles de ses preuves qui font le plu£ d'impression, parce qu'elles parlent à l'imagination et au cœur, en même temps qu'à l'intelligence, il ne faut pas oublier qu'elles fournissent aux ennemis de la religion et du christianisme des objections spécieuses, qu'on a fait valoir quelquefois avec beaucoup de dextérité. Le ministre de l'Évangile, le défenseur né de la religion, doit connaître ces sciences, non-seulement pour y puiser les arguments et les beautés qu'elles fournissent, mais surtout pour ne pas ignorer les objections qu'on en tire, et pour se préparer à les repousser. Ce que je dis des sciences physiques peut se dire aussi des sciences spéculatives et historiques, et en général de tout le domaine de la pensée humaine.
Les mathématiques n'ont-elles pas fourni le fameux calcul sur la diminution progressive de la force du témoignage traditionnel , calcul par lequel on a voulu prouver que le christianisme, déjà considérablement
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affaibli, n'avait plus que quelques années à courir pour n'être plus qu'une fable ?
La physique et la chimie, l'histoire naturelle et l'astronomie, où l'ami de la religion puise de si grandes idées, ont fourni aux incrédules et même aux athées un arsenal toujours ouvert, où ils ont trouvé des armes que leur adresse a souvent rendues meurtrières.
La physique a fourni l'indestructibilité prétendue de la matière, et par conséquent, l'éternité du monde. On est parti de l'inertie de la matière pour prouver qu'elle ne pouvait être mise en mouvement que par la matière, ùt l'on a nié l'esprit. Un peu plus de physique et de philosophie aurait appris que cette propriété prouve, au contraire, qu'en dernière analyse la matière n'a pu être mise en mouvement que par l'esprit.
L'astronomie a fourni contre quelques-unes des idées que l'on fait entrer dans le christianisme des objections graves, que le docteur Ghalmers a essayé de résoudre 4.
La chimie a fourni à quelques esprits avides de chasser Dieu de ses ouvrages , les moyens de reculer encore le moment où ils ont décidément besoin de lui. Il faut bien avoir parcouru les éléments de cette science, pour leur montrer que ce moment n'en arrive pas moins avec certitude, et qu'on ne fait pas la nature au fond d'un creuset , quoiqu'on puisse y apprendre à la mieux connaître.
L'histoire naturelle et la physique réunies fournissent à la religion la belle théorie des causes finales, si savamment développée par W. Paley. Mais les philosophes et les physiciens ont fiait leurs efforts pour anéantir celle preuve. Les uns ont fourni des observations de détail pour l'affaiblir, les autres la théorie des chances pour l'annuler. Ainsi, l'on a voulu faire retomber la religion
] . Chalmers a écrit un volume de serinons qui porte ce titre : Discours sur la Révélation chrétienne considérée en harmonie avec l'astronomie moderne. Ces sermons ont été traduits en français.
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dans le système corpusculaire d'Épicure. Ainsi , Button a prétendu que, parce qu'il y a dans le pied du porc un osselet dont nous ne comprenons pas l'usage, il était absurde de chercher dans l'univers des traces d'une cause intelligente. Dans un siècle où les écrits qui présentent les sciences physiques par ce côté, sont partout répandus, et se reproduisent sous mille formes, c'est ne rien savoir, que de savoir l'argument des causes finales comme les théologiens ont coutume de le présenter.
La physiologie a produit dernièrement en France une école nombreuse de philosophes, qui ont vu tout l'homme dans l'organisation . Bichat et Cabanis sont à la tête de cette école antireligieuse , dont les ramifications commencent à s'étendre même en Angleterre. L'esprit de cette école règne aujourd'hui dans nos livres de médecine les plus répandus. Le docteur Broussais vient de le ranimer encore par la publication de son fameux livre de l'Irritation et de la Folie, beaucoup plus fameux en effet qu'il ne mérite de l'être. Dire le mal qu'il fait à la religion chrétienne , c'est une chose presque impossible. Faut-il que le pasteur se promène au milieu de cette peste, qui renverse les résultats de ses travaux, sans se douter de son existence?
La science nouvellement créée sous le nom de géologie s'est aussitôt mise en contact avec le christianisme, et a fourni de graves objections à ses adversaires. Elle a fait voir, à la surface de la terre , des couches successives de roches et de terrains , dont la formation a exigé des milliers de siècles, et au4ïiilieu desquelles se trouvent des débris d'êtres vivants. La chronologie qu'on tire des livres de Moïse est à l'instant compromise par des faits patents. 11 faut, ou expliquer la Genèse autrement qu'on ne l'a fait jusqu'ici, ou changer quelque chose à notre théorie de l'Ancien Testament. Le pasteur sera -t- il le dernier à ignorer ces
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choses, quand tout le monde s'en occupe cl les sait autour de lui?
Volney, dans ses Ruines, a tiré de la politique, contre toute religion' positive, des objections que la presse vient de répandre encore dans toutes les classes. Tou1 le monde sera imbu de cet esprit, et ces pensées germeront sourdement dans toutes les aines : le pasteur sera-t-il le seul à ignorer leur existence et leur nature?
Dupuis a tiré de la mythologie des arguments antichrétiens, qui ont trouvé une grande faveur. La mythologie, qu'on tourne contre l'Évangile, sera-t-elle étrangère au pasteur ?
Mais c'est l'histoire surtout que le pasteur doit connaître, car c'est là que se trouvent les preuves du christianisme. Et si le christianisme tient, la religion natu-% relie ne risquera pas grand'chose. Les preuves du christianisme se trouvent principalement dans des faits ; et si l'histoire les corrobore, elle fournit aussi d'autres faits, qu'on n'a pas manqué de faire tourner avec adresse contre le système chrétien. Quel parti Gibbon et Fréret(si c'est lui) n'ont-ils pas tiré de l'histoire contre le christianisme? Il faut la connaître comme eux, ou pour détruire leur système , ou pour modifier le nôtre d'après des données que nous aurons reconnues pour bonnes.
La dispute avec les catholiques a pris depuis quelque temps une tournure philosophique et politique. Pour la soutenir avec avantage, il faut donc n'être pas étranger aux grandes questions de gouvernement et de haute politique. En elle-même, la question est principalement historique, et ne pourra manquer, tôt ou tard , de reprendre cette couleur. 11 faut être en état de la soutenir sous l'un et l'autre point de vue. 11 faut se créer des armes et des ressources pour l'un et l'autre champ de bataille.
La littérature sacrée ne peut être bien approfondie
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que par la connaissance des langues anciennes et de l'antiquité. Le pasteur doit donc posséder les langues savantes. Autrement il sera toujours obligé de voir par les yeux des autres. Il est une foule de questions trèsimportantes sur lesquelles il ne pourra jamais avoir que des idées confuses.
Ces connaissances littéraires sont très-vastes sans doute. Aussi, faut-il bien se dire qu'il n'est point d'état qui exige plus de temps et d'application que le ministère évangélique; point de science qui mette en jeu plus de facultés que la théologie. Assurément, on peut se rendre très-utile, quoique homme médiocre, avec du zèle et de la piété; mais on ne peut pas faire tout, et le christianisme et le protestantisme ont besoin d'autre chose.
* Qu'on imagine la pauvre figure cjue fait un pasteur, lorsqu'en chaire ou dans la conversation il déploie avec confiance des preuves qui ne sont pas des preuves ; des sophismes qu'un peu d'esprit philosophique aurait réduits à leur valeur, et dont tous les bons esprits sentent le vide ; lorsqu'il fait valoir en faveur de sa thèse des absurdités physiques, dont l'expérience a fait justice, ou des faits con trouvés, dont il continue à se servir par habitude ou par ignorance, et dont il est peut-être le dernier dans son auditoire à connaître la fausseté.
Mais c'est sous un point de vue plus haut encore que l'étude des sciences, de la philosophie et de la littérature, est un besoin pour le pasteur. C'est la tendance de cette étude à élever l'âme, à agrandir les vues, à étendre les moyens de comparaison, à nourrir et fortifier la pensée, en un mot, à exercer l'intelligence humaine, et la porter dans une sphère plus haute, où elfe a plus de dignité, plus de force et plus d'entraînement. C'est là un avantage que l'on n'a jamais disputé à ces nobles études. Elles font de l'homme un être supérieur ; et celui dont l'état est d'agir sur les hommes en masse,
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doit devenir un être supérieur. Si l'on a remarqué que cette étendue de connaissances et cette hauteur de pensées ne s'allie pas toujours avec une plus grande force dans la moralité, il faut pourtant ne pas oublier qu'elle est un puissant contre-poids à l'action des objets terrestres et sensuels, source la plus féconde des tentations et de l'avilissement.
Sans ces études, le cercle des idées du ministre de l'Évangilé ira toujours se rétrécissant. Il finira par n'avoir plus que quelques idées favorites. Il ne comprendra pas la société, parce qu'il aura affecté d'en sortir pour se faire un monde intellectuel à lui seul. Et son influence, se resserrant toujours avec le cercle de ses idées, se bornera bientôt à quelques amis, peut-être à lui-même.
De toutes les branches des sciences humaines, celle qui tend le plus directement à donner de l'étendue aux idées et de la force à l'intelligence, c'est la philosophie. La philosophie est la science mère, dont les autres ne sont que les rejetons ou les branches. C'est surtout la science qui a des rapports les plus immédiats avec la théologie, qui, dans ses hautes théories et ses principes fondamentaux, se confond tout à fait avec elle. C'est par la philosophie que l'homme apprend à voir de haut. Même dans les branches particulières des sciences, toutes les «généralisations, toutes les discussions des principes ne sont que de la philosophie. Sous ce rapport, la théologie a beau faire , elle a beau avoir des ressources supérieures à la raison humaine, il suffit qu'elle parle à l'esprit humain, qu'elle s'adresse à l'homme tel qu'il est, pour rentrer dans le domaine de la philosophie, et pour être obligée de reconnaître la suprématie de cette science, qui , sous ce point de vue, n'est au fond que celle du bon sens, étendu et perfectionné.
Nous disons f la philosophie ; mais on parle de diverses philosophies. La philosophie, dans le sens le plus général,
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est une comme la vérité. Il n'y a pas proprement plusieurs pbilosophies. Mais l'esprit humain n'arrivant ordinairement à la vérité qu'à force de tâtonnements, et cette vérité même prenant toujours la couleur de l'esprit qui la cdnçoit , il en résulte qu'il y a, dans le monde, un grand nombre de systèmes de philosophie. Rien n'est plus intéressant que l'histoire de ces systèmes. C'est celle de la génération de nos idées ; c'est celle de l'esprit humain dans ses plus vigoureux efforts. Après les méditations philosophiques elles-mêmes, rien n'est peut-être plus propre à étendre la sphère des idées et à donner de la force à l'intelligence que l'étude de l'histoire de la philosophie. C'est elle seule qui peut nous empêcher de nous tfaîner péniblement dans une route déjà depuis longtemps battue, et peut-être depuis longtemps abandonnée avec raison. C'est elle qui peut faciliter et rendre sûr notre choix entre les divers systèmes de philosophie aujourd'hui connus dans le monde.
En étudiant la philosophie, le ministre de l'Évangile doit donc surtout avoir pour but d'étendre la sphère de ses idées, et de se mettre en état de présenter le christianisme d'une manière propre à faire impression sur les meilleurs esprits. Il doit étudier la marche générale des idées , de manière à bien apprécier et à bien connaître les besoins du temps. Le pire de tout serait de se faire une philosophie de commande', calculée, non sur la nature des choses et les progrès de l'esprit humain, mais sur les besoins réels ou imaginaires du système dogmatique que l'on a choisi. Ces philosophies de séminaire sont inutiles le plus souvent , même à celui qui les étudie, et elles le sont toujours à ceux sur lesquels il doit agir, parce qu'elles sont accompagnées du ridicule et du mépris. Pour travailler d'une manière utile, le ministre de l'Évangile doit étudier avec soin les idées philosophiques qui ont cours afin de les bien connaître, d'être en état de les dominer, et par conséquent
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de les diriger et de les combattre, pour le profit de la cause du christianisme! Assurément êe n'est pas la philosophie qui court le monde que le théologien doit choisir pour en faire la hase de la sienne; niais s'il ne connaît pas la philosophie qui court le monde, la sienne ne le courra pas. — On a beaucoup trop oublié cette vérité; et l'on a fait, en plusieurs endroits, des prédicateurs de l'Évangile une sorte de caste totalement distincte des autres, qui a non-seulement ses principes et ses opinions , mais encore sa raison et son bon sens à part. — Dès lors il n'y a plus de langue commune et plus de moyen pour s'entendre.
Si les philosophes français, qui ont illustré le siècle passé, n'occupent pas, dans l'Europe savante, un rang très-distingué, sous le rapport du fond de leur philosophie, ils en occupent un très-haut et à juste titre, sous le rapport des formes dont ils ont su la revêtir et des charmes dont ils l'ont entourée. C'est ce qui les rend si séduisants et qui leur conservera longtemps une très-grande influence sur un grand nombre de lecteurs. Le ministre de l'Évangile ne doit jamais oublier que ces adversaires, quoique morts, sont toujours devant lui par leurs œuvres mille fois reproduites et répandues jusque dans les chaumières; qu'il marche toujours sur . un terrain qu'ils ont miné, et à travers les épines et les ronces qu'ils ont semées. Il faut qu'il les étudie, nonseulement pour découvrir leurs erreurs et démasquer leurs sophismes, mais encore pour s'emparer de leur art, et pour s'assurer le secret difficile de prêter à la vérité les mêmes charmes qu'ils savaient prêter au mensonge.
On a peine à se figurer l'importance qu'on donne en France à la rédaction et au style. Un livre mal écrit est un livre perdu, quelque mérite qu'il ait d'ailleurs. Les préjugés à cet égard s'élèvent si promptement et avec tant de force, que la bonté des idées n'a pas le temps
LE SACERDOCE
d'être connue avant la chute du livre. C'est un livre mal écrit : on n'eij revient pas ; tout ce qu'il peut avoir de bon est déjà condamné d'avance. La forme emporte le fond. Jamais cet axiome ne fut plus vrai que parmi nous. Il n'en est point ainsi ailleurs : on pense aux choses avant de penser au style; mais en France, c'est tout le contraire ; et il faut y a? oir égard, sous peine de nullité.
Cette observation, toujours vraie en France, est aujourd'hui d'une vérité qui saute aux yeux. Cette disposition a réagi sur elle-même. La grande habitude de lire des livres bien écrits, et d'entendre bien parler dans le monde a rendu très-communs les hommes en état d'écrire avec esprit, élégance et correction. L'art d'écrire court les rues. Qui n'écrit pas bien aujourd'hui? Nous n'avons pas de plus grands génies qu'autrefois, et nous ne faisons pas de plus belles choses ; mais les secousses imprimées aux esprits et les progrès de la civilisation, qui descend toujours plus bas, ont multiplié les lecteurs à l'infini, et les écrivains se sont multipliés au même degré pour leur présenter avec grâce une nourriture facile. On n'est plus supporté à mal écrire. — Le pasteur s'expose donc à se couvrir de ridicule et à compromettre la considération dont il doit être entouré, lorsqu'il néglige le soin de son style, et l'extérieur de son langage, au point de demeurer au-dessous du médiocre.
Point de style de métier, encore moins de secte. Toutes les idées religieuses peuvent s'exprimer dans le langage ordinaire des hommes. Si vous en sortez, pour prendre le langage de l'école, qui vous suivra? Et si vous choisissez le langage de prédilection d'une classe ou d'une secte, vous n'êtes plus le pasteur de votre troupeau ; vous ne l'êtes que de cette secte. Vous parlez à tout le reste une langue inconnue, et vous renforcez les barrières qui vous en séparent. Point de schibboleth
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dans la chaire ni dans la conversation. Le pasteur doit être tout à ions, et parler la langue vulgaire. Il y en a beaucoup qui ne s'en doutent pas et qui auraient quasi besoin de l'apprendre.
Le plus grand danger peut-être de ce style de secte ou de métier, c'est de tromper les hommes sur leur véritable état, de détourner leurs pensées du fond, qui est seul vraiment important, pour les occuper de la forme. Les adeptes de cette espèce entendent prononcer des mots auxquels ils ne comprennent rien, et attachent toute leur piété à ces vains sons. Si on leur traduisait tout cela en langue vulgaire, ils ne s'y reconnaîtraient plus, et crieraient peut-être au scandale. — C'est par la même raison qu'en évitant ce que j'appelle style de secte ou de métier, on éloigne beaucoup le danger des dissensions religieuses. L'on a souvent observé qu'elles tiennent bien plus aux mots qu'aux choses; et quand, de part et d'autre, on veut consentir à parler un langage clair et commun, il est beaucoup moins à craindre qu'on se divise.
Le pasteur doit cultiver toutes ses facultés d'une manière harmonique; car il a besoin de toutes. En cultivant son esprit, il doit donc prendre garde d'étouffer son imagination et d'émousser sa sensibilité. Ces deux nobles facultés sont trop importantes en elles-mêmes et trop essentielles à ses succès, pour qu'il ne fasse pas tous ses efforts afin de leur conserver leur vie et leur fraîcheur. C'est sous ce rapport que nous osons proposer la lecture des poètes et des ouvrages qui parlent au cœur. Mais, par les poètes, j'entends vraiment les poètes, ceux qui ont de la poésie, et non pas ceux qui font des vers. Autrement, je ne connais rien de plus propre à émousser le sentiment, à tuer l'imagination, à rapetisser l'âme, que la lecture d'un grand nombre de ces écrivains auxquels, en France, on donne le nom de poètes.
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La carrière du prédicateur de l'Évangile est si vaste; elle a besoin de tant de ressources ; les intérêts religieux sont aujourd'hui si compliqués; le mouvement des esprits, dans toute l'Europe, est si varié, si communicatif, qu'un homme peut à peine prétendre à une vie supérieure s'il ne connaît que sa langue. Les ressources qu'ouvrent les langues modernes au jeune théologien sont immenses, et les peines qu'il peut s'épargner en les apprenant sont infinies. Quand on a fait des études classiques, apprendre une ou deux langues modernes c'est fort peu de chose ; et pourtant on s'ouvre en quelque sorte un nouvel univers. C'est en sortant des particularités, regardées par l'ignorance comme la nature, que l'esprit s'étend, et qu'il parvient à se faire des idées en même temps grandes, justes et libérales. C'est ainsi qu'il arrive, en sortant d'un système de philosophie «pour en comparer plusieurs, d'un site agreste et montagneux, pour parcourir des plaines vastes et fertiles. Les littératures et les nations ne font pas exception à cette règle. Quand on a appris plusieurs langues et connu plusieurs littératures, en les jugeant avec candeur, on est tout surpris de voir que ce qu'on prenait pour l'éternelle nature, n'était qu'un individu, avec ses qualités et ses défauts, ses particularités et ses caprices (M).
Nous ne pousserons pas plus loin ces réflexions, dont nous sentons vivement l'insuffisance. Nous donnons des aperçus et non un traité. Pour être approfondi, chacun de nos chapitres, et en particulier celui-ci, exigerait un volume et un écrivain accompli (N).
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Ici se termine ce que nous avions à dire sur l'Église réformée de Franco, considérée comme corps, dans son existence extérieure, — Mais nous ne saurions nous résoudre à poser la plume sans parler de quelques sujets graves, qui tiennent de près à sa vitalité. Nous ne pouvons tout dire : nous choisirons les plus importants.