‹ Du protestantisme en FranceChapitre 29 sur 43 · I II Ê0L0G1K · texte numérisé non relu

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hommes à un plus haut degré de civilisation, de perfectionnement moral et de véritable piété; comme ils ont observé aussi, avec non moins d'évidence, que la gêne ou la suppression de cette liberté a toujours entraîné après elle la barbarie, la dégradation morale, l'impiété ou le fanatisme, et la misère, ils aiment bien mieux se résoudre à supporter ces divergences, que de renoncer à un système qu'ils croient fondé sur le christianisme, et auquel ils attachent, avec raison, les destinées du genre humain. Ils sont donc essentiellement tolérants, non-seulement, comme tant de gens l'entendent, envers les membres des autres Églises, mais envers ceux de l'Église même dont ils font partie. Et si quelques-uqs d'entre eux croient quelques règlements nécessaires pour conserver la paix intérieure et pour prévenir des disputes, nuisibles à l'édification quand elles sont portées jusque clans la chaire, ils les veulent extrêmement doux, peu détaillés, réduits à un petit nombre de points, et dans ces points mêmes laissant une assez grande latitude ; ils les veulent transistoires et non perpétuels, et quelques-uns d'entre eux les voudraient tacites et non écrits. En particulier, ils sentent vivement combien notre confession de foi est peu en harmonie avec le temps où nous vivons et avec les besoins de notre siècle. Ce n'est donc pas d'eux que l'on verra partir ces réclamations imprudentes pour la remise en vigueur de cet acte , antique monument des opinions et de l'esprit de nos pères, mais qu'il est impossible aujourd'hui de regarder autrement que comme un monument vénérable d'un temps qui n'est plus. Ils comprennent trop bien que la lancer au milieu de nous, sous le prétexte de l'union et de la paix, ce serait allumer infailliblement la plus effroyable guerre et nous rendre la risée de nos ennemis, sans aucun profit pour nous-méme. C'est chez eux que l'on trouve encore l'esprit de recherche et le goût des bonnes études. Le plus

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grand nombre d'entre eux se trouve dans toute la force de l'âge, et ne demanderait pas mieux que d'employer avec fruit, pour son perfectionnement intellectuel et moral, un temps précieux. C'est dans cette classe que sont principalement accueillis les travaux utiles , qui tendent à mettre à notre disposition des idées nouvelles et de nouveaux moyens d'instruction. C'est dans cette classe que l'on trouve un grand nombre de pasteurs zélés, qui ont accueilli, favorisé, soutenu, propagé plusieurs établissements utiles, sans partager les exagérations et les vues souvent étroites de ceux qui les avaient d'abord proposés. Les pasteurs qui composent cette classe ne sont pas tous arrivés au même degré de développement; mais en eux il y a de l'activité, de la vie. Ils mettent à profit les ressources souvent trop bornées dont ils ont pu s'entourer, et ne demanderaient pas mieux que de pouvoir les étendre. La plupart cherchent à mettre en œuvre avec fruit les acquisitions qu'ils ont déjà faites, pour les faire tourner au perfectionnement religieux et moral du troupeau qui leur est confié. Ils mettent à ce travail un zèle, une activité, une chaleur naguère bien rares parmi nous. Nous pensons que c'est sur cette classe que doivent reposer les espérances et les vœux de l'Église réformée de France. C'est elle qui pourra nous faire du bien et de l'honneur, et nous n'hésitons pas à dire que c'est surtout pour elle que nous avons écrit.

Après ces deux classes, qui composent la grande majorité du clergé protestant français , vient la classe encore peu nombreuse de ceux qu'à tprt ou à raison l'on appelle méthodistes, parce qu'en effet les premiers qui ont paru parmi nous étaient les élèves ou les envoyés des sectes méthodistes anglaises. Quoique peu nombreux encore, ils commencent à former un parti notable, parmi ceux dont les travaux et les opinions peuvent influer sur les progrès de la théologie au milieu

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de nous*. Ce n'est pas que, dans les deux classes précédentes, el surtout dans la seconde, il ne se trouve un grand nombre de pasteurs, dont quelques opinions, et surtout dont la vie intérieure n'aient de grands rapports avec ce que les méthodistes viennent nous prêcher ; car ces choses-là sont à la portée de tout le monde ; et l'on ne réfléchira pas longtemps avec intérêt sur l'état de son àme et sur les enseignements du Christ, sans rencontrer ces idées et sans se former une opinion à leur égard. Mais les méthodistes ont cela de particulier, qu'ils forment entre eux une association trèsserrée, où ne sont admis que ceux en qui se rencontrent tous les schibholeths de l'ordre, et dont les membres se reconnaissent au premier mot. Je parlerai plus tard de ce parti, de l'esprit qui l'anime, de la prise qu'il trouve sur les ames, et de l'avenir qui l'attend. Quelques mots suffiront ici. Au premier coup d'œil, on serait tenté de confondre ceux qui le composent avec ceux que j'ai rangés dans- la première classe. Même attachement aux grandes bases de l'orthodoxie, même peur des innovations, même appel aux anciens règlements. Mais, pour peu que l'on pénètre plus avant, on voit que les deux classes n'ont aucune ressemblance entre elles. C'est, presque sous les mêmes termes, une. autre tendance, un autre esprit, je dirais presque une autre religion. Que l'on compare les discours d'un de nos anciens pasteurs les moins soupçonnés d'hétérodoxie, avec ceux de nos jeunes prédicateurs que je pourrais nommer, et • l'on sentira de suite la différence, encore mieux qu'il ne me serait possible de l'exprimer. Leur manière de procéder en théologie est bien simple. Ils partent du principe de l'inspiration immédiate, absolue et complète de la Bible. C'est pour eux, dans le sens le plus direct, la parole de Dieu. Puis ils en groupent les passages détachés sous certains chefs. Ils en forment comme des centons, où tout semble se tenir, et être plein du même

esprit. Mais comme, dans ce travail, les observations historiques manquent en général de profondeur, cet esprit est bien plus celui de la secte, que celui de la Bible. On choisit quelque point saillant, autour duquel on bâtit tout le système du christianisme. Pour les uns, c'est la prédestination; pour les autres, c'est la grâce; pour les autres, c'est la rédemption, ou, pour mieux parler leur langage, la satisfaction (atonement). Tous les passages viennent se grouper autour de ce point central, et y former comme un inextricable réseau, d'où Fesprit semble ne pouvoir échapper. Assurément, rien n'est plus permis qu'un tel procédé, quoiqu'il ne puisse pas conduire au fond des questions importantes. Mais, comme ce travail ne vient qu'après une conviction forte, qui s'est emparée de la vie, il arrive que l'on tient à ses résultats avec une ardeur souvent impatiente. On les lie immédiatement à l'œuvré et même à la possibilité du salut. On est conduit insensiblement à l'axiome du catholicisme : Hors de l'Église point de salut. Ce système, pris chez les sectes anglaises, où rien n'est plus aisé que la séparation, dès qu'on ne pense plus dans une entière conformité, peut et doit même amener des irritations, des gênes funestes, des embarras de plus d'un genre, dans un pays où il faut vivre en commun sur lé même fonds, sans avoir la possibilité de se séparer. Sous ce rapport, la tendance du parti que nous avons en vue, à provoquer la remise en vigueur de la confession de foi, ou la rédaction de formules nouvelles, me paraît une tentative grosse de tempêtes, et destructive des progrès et de la liberté de tous, et d'eux les premiers. Je crois qu'il y a maintenant beaucoup de gens qui sont disposés à leur accorder la liberté au milieu de nous ; non-seulement la liberté matérielle, mais cette liberté sociale, plus précieuse encore, qui vient des égards et de la bonne volonté, pourvu que cette liberté soit mutuelle, et ne soit

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