‹ Du protestantisme en FranceChapitre 30 sur 43 · TU É0L0G1E · texte numérisé non relu

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pas payée par de la roideur, par d'amères disputes, peut-être par des outrages.

Quelque activité que les personnes animées de cel esprit mettent dans leurs poursuites religieuses, il ne faut donc pas trop en attendre pour les progrès de la bonne et franche théologie. L'exemple des sectes anglaises, dont elles ont revêtu l'esprit, est là pour nous donner la mesure des travaux auxquels elles peuvent se livrer, et des résultats qu'ils doivent nécessairement amener.

A côté de ces trois classes agissantes se trouve la classe peu nombreuse, mais malheureusement trop nombreuse encore des : Que m'importe! Ce sont ces gens qui ne voient dans leur ministère qu'un gagnepain et qui ne remplissent leurs devoirs que par manière d'acquit. Ils ont appris justement ce qu'il fallait pour débiter le dimanche un mauvais sermon ; ils n'en demandent pas davantage. Ils ignorent tout ce qui se passe, ou feignent de l'ignorer. Ils n'écrivent que le moins qu'ils peuvent, et ne lisent jamais. Quand la pile de leurs sermons, souvent fort mince, est épuisée, ils prennent dessous, et ne craignent pas de les répéter encore, lorsqu'il leur arrive de les savoir par cœur un peu moins bien que leur auditoire. Ils craindraient de se compromettre, de troubler un repos qui leur est si cher, en s'occupant des affaires, des intérêts et des idées qui captivent tous les amis du christianisme et de la réformation. Ils s'occupent, pour la plupart, de leurs propres intérêts et de leurs propres affaires, et n'ont pas le temps de songer aux progrès de la religion et au salut des âmes. Pourvu que le trimestre arrive, peu leur importe. Ce gouffre de vapeurs étourdissantes, dont l'exemple a rendu les bords plus glissants , a déjà englouti de bien beaux talents, et je dirai presque de nobles caractères. Puissent mes paroles retentir fortement aux oreilles de ceux qui sont encore assez jeunes

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pour les entendre, et réveiller en eux un reste d'énergie et de vertu, dont l'Église et la religion ont également besoin parmi nous.

Après avoir parlé des personnes , parlons des rfessources. La première et la plus importante, c'est sans doute une bonne tête, un esprit méditatif, accoutumé à mettre de l'ordre et de la suite dans ses idées, et fortifié d'avance par ces études préparatoires, sans lesquelles il est presque impossible de devenir un homme distingué dans aucune branche des connaissances humaines. C'est une âme élevée, exempte de préjugés, qui soit prête à recevoir la vérité, de quelque côté qu'elle vienne, et capable de la sentir et de l'aimer. C'est un amour du travail , qui ne se rebute pbint des recherches et -des fatigues dont les accès de la vérité sont entourés. C'est un cœur aimant et pur, qui soit capable de sentir tout ce que le christianisme dit à l'homme, et qui vivifie parfois les arides recherches de la théologie spéculative par les mouvements d'un sentiment noble et élevé. Avec cela et la Bible, qui se trouve entre les mains de tout le monde, on peut faire beaucoup sans doute. L'âme humaine et la Bible sont un fonds qui n'est pas encore épuisé et qu'on n'épuisera jamais. Mais si ce fonds peut suffire à quelques êtres privilégiés pour les conduire à la religion, il est clair qu'il est insuffisant au pasteur pour le conduire dans les profondeurs de la théologie, qu'il doit enseigner aux autres. Il faut donc d'autres ressources. Dans un grand nombre de ses parties et des plus essentielles, la théologie est une science positive et de faits. Or, les faits ne s'inventent pas; il faut les apprendre. L'application de la philosophie aux faits primitifs du christianisme, a fourni aussi un grand nombre de grands et beaux résultats, dont quelques-uns sont déjà éprouvés par le temps, et qui sont propres à jeter sur la religion ces éclats de lumière, qui groupent tout à coup les objets,

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les présentent sous des tonnes et des couleurs plus frappantes, leur marquent une place dans l'esprit et les gravent à jamais dans la mémoire. Le jeune homme qui veut faire de véritables progrès dans l'étude de la théologie, qui veut profiter de son temps et avancer d'un pas rapide, ne peut donc pas se contenter de la réflexion et de la Bible; il faut qu'il s'appuie sur les faits. Il faut donc qu'il possède les ouvrages de ceux qui les ont recueillis. Pour ne pas perdre en recherches probablement infructueuses un temps précieux, il faut qu'il lise et qu'il médite les auteurs qui ont porté, dans leurs recherches sur le christianisme, le flambeau d'une haute raison et toute la vigueur d'une âme vraiment philosophique.

Malheureusement, si nous sortons de ces généralités pour entrer dans quelques détails, nous verrons que ces ressources, qu'un jeune théologien pourrait se figurer immenses , se réduisent à fort peu de chose. Tout se borne à peu près à nos vieux théologiens et aux théologiens catholiques du siècle de Louis XIV, Fénelon, Pascal, Bossuet. Mais nos anciens auteurs sont aujourd'hui presque impossibles à lire, par leur style et par leurs formes; et cette circonstance, dont on ne tient pas assez compte, a dégoûté plus d'un bon esprit de l'étude de la théologie. D'ailleurs, ils ont écrit pour leur temps et pour leur pays. Leurs livres sont remplis d'une multitude de discussions pour le moins inutiles de nos jours, et qu'il faut pourtant dévorer pour arriver à quelque chose d'utile. Ils n'envisagent presque jamais les objets que dans leurs rapports avec la controverse contre l'église romaine. Leur dogmatique, leur morale, leur critique , leur histoire ecclésiastique, ne sont écrites que dans ce but, et tout ce qui n'y va pas est tordu ou mis de coté. Leur philosophie a vieilli ; elle n'est plus au niveau de nos connaissances actuelles: elle est souvent pleine d'erreurs; «et souvent on est

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affligé de leur voir soutenir de grandes et éternelles vérités, par un mélange informe d'absurdités et de paralogismes. D'ailleurs, il est douloureux de consumer son temps et ses forces à se traîner sur des travaux imparfaits, quand on sait que les travaux des plus fortes têtes , pendant un siècle et demi , ont répandu sur toutes les questions de nouvelles lumières , découvert de nouveaux faits, et quelquefois changé totalement la face de la science. C'est donc dans les livres modernes qu'un jeune homme peut espérer de trouver de véritables ressources et d'utiles secours. Mais ces livres sont extrêmement rares en français. Le catholicisme sort très-peu de sa vieille ornière ; les philosophes n'ont cherché qu'à démolir; le protestantisme ne forme point un public et ne facilite point la publication des livres à son usage. De cette triple circonstance , il résulte que nous avons en français bien peu de livres modernes, qu'un jeune homme puisse consulter avec fruit pour aller en avant dans ses études théologiques. Mais nous en avons pourtant quelques-uns qu'il ne faut pas dédaigner, car plusieurs sont d'un grand mérite. Quelques-uns sont originaux, mais ils sont en fort petit nombre. Ceux de mon excellent ami, M. Cellérier fils, sont, je pense, entre les mains de tous ceux qui s'occupent en France de théologie. Nous en avons bien peu où tant de connaissances s'unissent à tant de talent , où tant de franchise s'allie à tant de modération. D'autres sont très-légers , et dans presque tous on a sacrifié le fond à la forme. Un plus grand nombre sont traduits, et ce sont en général les meilleurs. Les ouvrages de Paley, de Chalmers, de Michaëlis, deHug, de Reinhard, et quelques autres d'une moindre importance , renferment une foule de matériaux et de raisonnements du premier mérite. Ce n'est pas tout; c'est même bien loin d'être tout ce qu'il fait, mais c'est pourtant quelque chose ; et si l'on joint à ces ressources, quoique

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bornées, les livres écrits en latin dans l'étranger, on aura les moyens de l'aire des progrès véritables. J'ai constamment taché, dans les Mélanges de Religion, de Morale et de Critique sacrée 1 d'augmenter cette masse de faits , d'étendre ces moyens d'instruction, de l'aire circuler quelques idées génératrices, et surtout de créer le désir et le besoin de pousser plus loin les recherches. J'ignore si j'ai réussi.

Mais pourquoi un jeune homme se plaindrait-il de l'extrême rareté des guides et des matériaux, quand , dans le fait, il en est entouré de toutes parts? l'Angleterre et surtout l'Allemagne fourmillent de livres admirables, où toutes les parties de la science théologique sont approfondies avec ce soin et cette impartialité que l'on ne trouve plus guère, si ce n'est dans ce dernier pays. Tous ceux qui ont quelque connaissance de l'état des choses conviennent aujourd'hui qu'on ne peut approfondir la théologie sans apprendre l'allemand, et, quand on sait l'allemand, l'anglais est une bagatelle. Autrement , on s'expose à se donner beaucoup de peine pour faire mal des recherches et des travaux, déjà faits depuis longtemps, et sur lesquels on n'aurait eu qu'à monter pour aller plus loin. Des parties importantes de la science, entre autres la critique sacrée, n'ont été cultivées avec fruit que dans ces derniers temps et dans les pays étrangers. Beaucoup de pasteurs, en France, ne se doutent pas même de ce que c'est. Si donc un jeune homme a sérieusement à cœur de faire des progrès dans la théologie, il faut qu'il ne redoute point le léger travail d'apprendre la langue allemande. Six mois d'étude, à deux heures par jour, le mettront en état d'entendre couramment les livres des théologiens : la lecture et l'habitude feront le reste. Et par ce léger sacrifice, il se sera approprié des travaux admirables, qu'il

1. Revue mensuelle publiée par Samuel Vincent «le 1820 à 1824.

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n'était pas en sa puissance de faire aussi bien, et qui auraient consumé sa vie. Se refuser à ce travail , se priver de cette ressource, c'est une faiblesse indigne d'un jeune homme qui se sent du talent et de la santé.

Aidé de ces ressources bien choisies, un jeune homme peut se livrer à l'étude de la théologie, avec l'espoir, non-seulement d'y faire quelques progrès pour luimôme, mais encore d'étendre et de perfectionner la science, au moins parmi les Français. Mais ces mots, de perfectionner la théologie, ont , je ne l'ignore pas, quelque chose de très-effrayant pour un grand nombre de personnes, et je ne dois pas aller plus loin sans leur donner des explications propres à dissiper leurs craintes. Leur erreur vient d'abord de ce qu'elles confondent la science de la théologie avec ses objets. Les objets de la théologie sont immuables ; c'est Dieu, c'est l'âme humaine, c'est Jésus-Christ, c'est l'immortalité; et par conséquent, si l'on parle des objets de la théologie, c*est une folie de prétendre les perfectionner. Mais la connaissance que nous en avons est imparfaite et bornée : par conséquent elle est susceptible de s'étendre. Si nous la tirons de nos propres ressources, nous sommes sujets à l'erreur : le temps et la réflexion peuvent éclairer notre marche et redresser nos méprises. Si nous la tirons d'une source surnaturelle, à nous ouverte par la bonté de Dieu, alors la révélation devient un objet d'étude. Il faut s'en faire une théorie, en savoir l'histoire, en compulser les documents, séparer ce qui lui appartient de ce que les siècles barbares y ont introduit. Ces travaux sont susceptibles d'être plus ou moins bien faits; les matériaux, disséminés dans des recueils immenses, peuvent être plus ou moins bien classés et jugés. En sorte que les objets de la science restant les mêmes, la science peut faire des progrès continuels, et en a fait réellement de très-considérables. Jésus-Christ lui fît faire un pas immense lorsqu'il vint parmi les

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hommes mettre en évidence la vie et l'immortalité par son Évangile; il l'assit sur des hases éternelles, ou plutôt il la créa pour nous. Les réformateurs, après toutes les erreurs et la barbarie des siècles ténébreux du moyen âge, révivifièrent et épurèrent la connaissance de la théologie par le moyen des livres saints. Les livres saints eux-mêmes durent être l'objet de grands travaux et d'utiles recherches, qui sont bien loin d'être terminées. On a donc proféré une grande absurdité lorsqu'on a dit des réformés qu'ils prétendaient perfectionner Dieu même : non pas lui, sans doute, mais la connaissance que nous avons de sa nature, de ses actions et de ses desseins.

D'autres personnes, qui ne seraient pas susceptibles de se laisser prendre à un piège aussi grossier, laissent pourtant percer la crainte que les progrès de la théologie ne mettent en danger sur quelques points le système reçu. C'est bien aussi ce que disaient Léon X et le cardinal Cajetan. Nous ne ferons qu'une seule réponse à cette objection : c'est que, si le système reçu ne pouvait se soutenir que par l'ignorance ou par le mépris des faits, il n'y aurait rien de plus pressé que de l'abandonner.

11 y a pourtant ici une observation importante à faire : c'est de ne pas confondre, comme on le fait presque toujours, la religion et la théologie. La théologie est une science qui a des principes fondés sur sa nature, et des faits sur lesquels elle s'appuie. Elle s'adresse à l'esprit ; elle ne doit avoir pour but que la vérité absolue. Comme science, elle a beaucoup plus de rapport qu'on ne croit avec les sciences naturelles, qui recueillent, classent et jugent les faits, en les expliquant par des hypothèses ou des théories. Mais la religion est tout autre chose. Elle est le commerce de l'âme humaine avec son créateur; elle en veut bien moins à l'esprit qu'aux sentiments et aux affections ; elle prend, dans

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les matériaux de la théologie, tout ce qui est simple, tout ce qui est vivant, tout ce qui touche, tout ce qui élève; elle en fait un assemblage très-borné, mais trèsefticace, dans lequel elle met sa vie. Pour elle, Dieu n'est pas l'Être nécessaire de Léibniz, entouré d'un fatras métaphysique auquel personne peut-être n'a jamais rien compris ; c'est le père, c'est le bienfaiteur, c'est le juge. Pour elle, Jésus-Christ n'est point l'être abstrait sur lequel on s'est disputé avec tant d'acharnement dans presque tous les siècles de l'Église ; c'est le Dieu visible, qui a mis à notre portée l'excellence et la bonté, que nous cherchions à voir dans les cieux ; c'est le sauveur, c'est l'ami qui est mort pour nous sur la croix. Pour elle, l'avenir n'est point ce champ immense de la dispute où les docteurs se sont si souvent frappés dans les ténè- I bres; c'est l'endroit où Jésus-Christ est allé nous préparer une place ; c'est l'endroit où nous serons avec lui et où chacun recevra selon ses œuvres. Or, je demande en quoi ces choses peuvent être compromises par les progrès^ de la théologie, par la connaissance plus approfondie des livres saints, et si l'on veut pousser les choses à l'extrême, par l'épuration complète des principes et des sources? Et pour tout dire, enfin, quand il serait aussi vrai, qu'il me paraît l'être peu, que les progrès de la théologie devraient exercer quelque influence sur le fond de la religion pratique, je dirais encore hardiment qu'il faut s'y soumettre, sans se presser; car ces progrès feraient des progrès dans la vérité, et la vérité doit être la base de la religion pratique, comme elle doit l'être de tout ce qu'on veut rendre durable, bienfaisant et salutaire.

Laissant donc de côté toutes ces craintes exagérées, venons à l'objet que nous avons principalement en vue. En quoi peuvent consister les progrès de la théologie, j'entends de la théologie chrétienne? A faire reposer cette science sur sa véritable base, et non sur une base

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fausse; à l'établir sur des faits certains, H à appliquer à ces faits des principes avoués par la raison et par le bon sens. Il y a donc ici deux branches principales d'étude : l'une historique, c'est l'examen des faits ; l'autre philosophique -, c'est l'examen des principes qu'on y applique et des théories qu'on en déduit.

La grande remarque qui doit diriger sans cesse tout travail utile et bien fait dans la théologie, c'est que ce ne sont pas les théories qui doivent nous servir de base dans la recherche des faits, mais ce sont les faits qui doivent nous servir de base pour la composition des théories. Dans la théologie, comme dans les sciences naturelles, il faut commencer par voir ce qui est, avant de chercher à l'expliquer. Les faits sont les bases réelles, les données positives, fondement de toute vérité. Les théories ne sont bonnes que pour les lier et les expliquer. Par conséquent, elles ne doivent point précéder les faits, mais les ♦suure. Une théorie sans faits, ou contraire aux faits, est une chimère, le songe d'un cerveau creux. Les faits sont le fonds de la science ; la théorie n'est qu'une forme qui la rend plus facile à saisir par l'esprit humain. Cela est vrai de la théologie, comme de tout le reste. Si vous venez à l'étude des faits avec une théorie arrêtée, avec un système formé, il est clair que vous suivez une marche inverse de celle qui pourrait vous conduire à la vérité. Vous voyez les choses, non pas comme elles sont, mais comme vous voulez les voir. Vous arrivez entouré de préjugés qui obstruent votre intelligence et souvent ferment tout accès à la vérité. Vous n'accueillez qu'une partie des faits, ceux qui vous sont favorables; vous tordez et vous défigurez tous les autres. Vos opinions, déjà arrêtées, deviennent le lit de Procuste , sur lequel vous étendez les faits qui vous sont donnés, les rognant ou les allongeant pour les rendre justes. Signaler cette source d'erreurs, c'est signaler la cause de l'état sta-

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tionnaire dans lequel a été longtemps la théologie ; des faux principes d'après lesquels on a si longtemps interprété nos livres saints; des erreurs palpables qu'on a si longtemps soutenues comme l'éternelle vérité; des scènes violentes qui ont divisé les théologiens, et du mépris dans lequel leur science est tombée auprès d'un si grand nombre d'honnêtes gens.

Ce principe est fondamental. Nous prions qu'on le médite avec quelque attention. Mais l'on en sentira mieux la force, la justesse et l'étendue par les détails où nous allons entrer sur les différentes branches de la théologie, sur la nature des faits qui leur servent de base, et des principes que l'on doit y appliquer.

L'ordre dans lequel on doit ranger les objets qui entrent dans l'étude de la théologie n'est pas indifférent, quand on a pour but suprême d'arriver à la vérité, et non d'établir ou de défendre un système donné. Quel que soit l'arrangement d'après lequel les idées sont exposées dans les livres et dans les traités, voici en général l'ordre dans lequel elles se sont succédé dans la tète du plus grand nombre des écrivains : premièrement, un système dogmatique donné ; secondement, une apologétique dirigée de manière à soutenir ce système ; troisièmement, une théorie des livres saints qui les rende propres à servir d'appui pour ce système. Quand on voudra lire avec impartialité la plupart des livres de théologie que nous avons entre les mains et qui nous sont encore recommandés, on verra que c'est là la plus simple expression de la marche suivie par l'esprit humain en les rédigeant. Or, je dis que cette marche est précisément l'inverse de celle qu'il faudrait suivre; qu'elle n'est propre qu'à égarer, à remplir l'esprit de préjugés, à déguiser la vérité, à corrompre même les sources, et à inspirer un dogmatisme trèsvoisin de l'intolérance. Il faut se souvenir que nous ne parlons pas ici de la théologie naturelle, mais de la

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