‹ Du protestantisme en FranceChapitre 3 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

VUE GÉNÉRALE

Une ère nouvelle commence pour les protestants français. Solidement établis sur les bases mêmes de la constitution de l'État; protégés par un roi religieux mais tolérant ; possédant déjà les principaux établissements nécessaires à leur culte; pouvant légitimement espérer que les autres ne se feront pas longtemps attendre ; voyant des temples s'élever partout et de nouveaux pasteurs accordés à leurs églises, les protestants, rassurés sur leur avenir, peuvent et doivent reprendre cette vie intellectuelle et religieuse que tant de persécutions avaient arrêtée. Jamais, depuis l'édit de Nantes, époque ne parut plus favorable, pour les tirer de l'espèce d'abaissement où ils étaient tombés, et les replacer, dans la considération de l'Europe, au rang honorable où leurs pères s'étaient si longtemps maintenus.

Les obstacles sont grands ; le chemin à parcourir est encore immense ; les institutions sont imparfaites ; les

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ressources pour l'instruction rares et bornées ; la machine religieuse est boiteuse; à côté d'un gouvernement paternel, règne une rivale adroite et jalouse ; nous portons encore les marques des temps de frivolité et d'irréligion que nous avons traversés; et des ferments de discordes intérieures sont semés çà et là par le mouvement religieux, auquel nous devons d'être réveillés enfin de notre longue léthargie.

Tout s'agite dans le monde intellectuel et moral. De nouvelles idées fermentent dans les têtes ; une nouvelle philosophie, plus vivante et plus élevée, remplace enfin le matérialisme qui meurt ; le besoin d'esprit, de vie et d'avenir, inextinguible dans l'âme humaine, longtemps dissimulé, comprimé, trompé, se réveille encore avec une nouvelle énergie ; la civilisation prend un nouvel élan pour seconder ce noble mouvement des âmes par un bien-être physique plus également répandu ; le passé se relève, sous la baguette magique du talent, avec toutes les formes de la vie ; il intéresse, il instruit, mais il guérit du désir de le voir se réaliser une autre fois ; et la clarté plus vive, sous laquelle il apparaît à nos yeux, dissipe, pour un grand nombre, beaucoup d'illusions dont ils aimaient à se bercer encore. Nouvelles idées, nouvelle philosophie, nouvelle littérature, nouvelles institutions, nouvelles mœurs, nouveaux besoins, nouveaux arts, nouvelles espérances, et, pour achever, nouvelle religion. Voilà ce que présente notre pays depuis cinq ans. Voilà ce que chacun sent, quoiqu'il ne ne s'en rende pas compte. C'est bientôt un fait si patent, qu'il serait absurde de le nier.

Le protestantisme est en dedans de ce mouvement, quoique ce ne soit pas lui qui l'imprime, ni lui peutêtre qui l'éprouve au plus haut degré.

C'est dans un tel moment que nous nous décidons à parler du protestantisme. Lui-même, assurément, a besoin de se retourner et de se rasseoir, car tout remue,

Y UÊ (i tH ÉR A LE.

tôùt change âlltCUr1 dé lûi 61 en liiî-métttê. Nous nous exprimerons avec une franchise parfaite. La cause du protestantisme est la plus chève à notre cœur. Nous croyons qu'après le cnristianisïttë , c'est sur lui que reposent les bases les plus solides du perfectionnement intellectuel et du bonheur futur de l'humanité. Le principe de sa vie dans le monde me paraît un principe de force, d'activité, de liberté. Mais, dans l'application, je suis loin de penser que tout en lui soit également digne d'intérêt. De principe, il est devenu fait, c'est-à-dire, borné, incomplet, thélarigé, combattu, méconnu, affaibli, outré. Il a partagé le sort de toutes les choses qui passent de la conception à l'application; c'est quasi dire, du ciel à la terre. Je ne dois pas taire ce que j'y trouve encere d'imparfait, parce qu'après tout, malgré ses imperfections, le protestantisme me paraît encore l'œuvre la plus grande, la plus belle et la plus féconde des temps modernes. C'était, à mon sens, la condition fondamentale de la civilisation européenne. Il fallait qu'elle s'accomplît pour vaincre la barbarie, la féodalité, l'ignorance, et pour rendre au christianisme son influence et sa dignité. Aussi, quand elle éclata, était-elle plus qu'à moitié consommée. Les âmes étaient depuis longtemps travaillées du pressentiment ou du désir de cette immense révolution. Elles étaient prêtes à la recevoir ou à l'opérer. Un grand nombre l'avaient subie en silence, et les premiers réformateurs ne furent en quelque sorte que les enfants perdus de la réforme. Ils rompirent la glace-, ils exprimèrent les premiers ce que tout le monde sentait. Ils réformèrent et eux-mêmes, et leurs disciples, et leurs propres persécuteurs. La révolution qu'ils opérèrent sera comptée dans l'avenir comme un immense bienfait, et les imperfections inévitables, dans l'application des principes qu'elle consacra, ne doivent pas nous rendre ingrats pour tout le bien que nous tenons d'elle. Pour moi, je sens ces im-

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perfections sans doute : mais je sens aussi ces bienfaits avec un profond mouvement de reconnaissance et de respect.

Traçons à grands traits le tableau du protestantisme en France, à l'époque où nous écrivons. Ce tableau ne sera pas sans intérêt en lui-même; il nous servira de point de départ, pour bien comprendre ce que pourrait être le protestantisme, les obstacles qui s'opposent à ses progrès, et ce qu'il y aurait à faire pour les vaincre. *

Dans aucun temps, le protestantisme n'a eu plus de consistance en Europe et dans le monde qu'au moment où j'écris ces feuilles. Il a triomphé de toutes les accusations qui lui furent adressées dès son origine, et la voix irrésistible de l'expérience l'a pleinement justifié près des hommes impartiaux et des amis de l'humanité. Les États qui l'ont embrassé n'ont eu rien à craindre de l'anarchie , et ils marchent aujourd'hui à la tête de la civilisation du monde entier. Les lumières et les arts y ont fait des progrès immenses, et avec eux s'y sont accrus tous les éléments de prospérité. L'Angleterre, les deux tiers de l'Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas, les peuples du Nord sont essentiellement protestants. L'Amérique boréale est en quelque sorte une pépinière d'États fortement attachés au protestantisme. Les nations nombreuses, que le siècle prochain verra se former dans tous les coins de l'univers, depuis les Indes jusqu'en Afrique, depuis la Nouvelle-Hollande jusqu'à Owyhée, seront en entier protestants. La Russie n'est pas catholique. Dans tous les pays où règne encore quelque liberté, l'ultramontanisme perd tous les jours. La balance de l'Europe est entre les mains des protestants, et si le monde, pris en masse, gagne beaucoup en protestants, il gagne Encore plus en protestantisme.

L'expérience a prouvé que la politique n'avait rien à

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craindre de la réforme religieuse. Les mouvements religieux, surtout quand on leur résiste, peuvent occasionner des troubles comme tous les grands mouvements des masses. L'établissement de la réformation n'en fut pas exempt sans doute; mais, au demeurant et dans leurs principes même, les peuples réformés ne sont pas plus turbulents que les autres. Le crêpe funèbre de Louis XVI a jeté dans l'ombre, pour nous, l'échafaud de Charles 1er, beaucoup moins innocent que lui; et les révolutions du Piémont, de Naples, du Portugal et de l'Espagne font oublier celle de la Hollande précédée de la violation de tous les droits et d'un danger certain pour tous. Quelqu'un songe-t-il à regarder le 9 thermidor comme une révolte, et les malheureux soustraits au glaive comme des révolutionnaires? Les États protestants n'ont pas été les moins calmes depuis la réforme, et l'Angleterre est un exemple à peu près unique du degré de prospérité où peuvent conduire une religion épurée et une sage liberté. Ces deux choses si décriées ont fait de YuUlma Thule la reine du monde. Le christianisme et les mœurs n'ont pas plus souffert de ce changement. Quoi qu'on nous répète tous les jours de l'anarchie religieuse, des doutes, du chaos des opinions et de je ne sais quels autres fantômes dont on se plaît à composer le cortège du protestantisme, c'est, il faut bien le dire et le redire, c'est dans les pays protestants que se trouvent le plus de foi, le plus de christianisme, le plus de vie religieuse, le plus de mœurs, le plus de dignité morale, le plus de conscience et le plus de piété au sein de la plus haute civilisation. J'en appelle à l'Europe entière.

Si la tolérance est le protestantisme réduit à ce qu'il a de plus distinctif, le monde chrétien est aujourd'hui protestant; et les individus plus encore que les États. Il y a, dans cette harmonie de toutes les pensées et dans ce besoin de tolérance qui a pénétré chez toutes les

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sectes, même les plus dominatrices, une force et une fixité qui triompheront de toutes les petites passions et et de tous les petits intérêts.

Jamais, on peut donc le dire, les protestants n'ont pu regarder l'avenir avec plus de sécurité. Jamais leur existence n'a reposé sur une base plus large et plus inébranlable. Elle n'est plus un objet de contestation ni de lutte. Elle est partout sentie, partout reconnue; on ne la redoute plus. Et, dans son ensemble, elle est au-dessus de toute atteinte , si quelqu'un avait encore la faiblesse de la redouter.

Les protestants de France font partie de cette masse imposante. Ses lumières sont leurs lumières, son esprit est leur esprit, et, nous devons oser le dire parce qu'aussi bien tout le monde le sent, sa force est aussi leur force.

Cette vérité n'a rien de séditieux ni d'offensant. Elle ne suppose ni menées, ni coalition, ni correspondances. Elle est dans la nature de la chose, dans le fait seul de la ressemblance des idées, de la position, du but et des intérêts. Elle existerait, sans communication, sans secours mutuel, sans le moindre effort de part ni d'autre. L'échange journalier des lumières suffit, et n'est pas même indispensable. Ce qui le prouve, c'est que cette force existe, qu'elle est sentie, sans qu'il y ait eu la moindre communication, pas même celle des lumières, qui n'a jamais été moindre que depuis quarante ans.

Le sceptre remis entre les mains des descendants de Henri IV ; la liberté des cultes posée avec les fondements de nos plus chères institutions ; une douce expérience nous prouvant tous les jours que ce qui est bon et juste, n'est pas vainement réclamé, tout nous offre de nouvelles garanties , nous inspire une nouvelle sécurité, et nous pénètre de plus tendres sentiments.

Condamnés longtemps à une- existence précaire, les protestants sont accoutumés à peine à l'état de franchise et de liberté auquel ils se7 sont élevés. Ils ne com-

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prennent point encore leur position politique; il leur reste beaucoup trop de la timidité, de la défiance et de ['hésitation (1rs temps d'oppression et d'intoIéVance. N'ayant point une longue habitude de voir, dans ua gouvernement équitable et paternel, leur protecteur, leur ami naturel, la source de Leur sécurité, le dispensateur de leurs ressources et le garant de leurs droits, ils n'agissent pas toujours envers lui dans leurs besoins avec cette ouverture, cette netteté, et je dirais même catte fermeté, qui conviennent à leur position ; et cette gêije qu'ils éprouvent, sans pouvoir la justifier et avec la conscience qu'elle n'est point légitime, rend leurs démarches souvent incertaines et par cela même infructueuses. C'est une disposition non raisonnée qui leur fait un tort réel ; triste , mais inévitable héritage des circonstances déplorables par lesquelles ils ont passé! ils ont été si longtemps persécutés, qu'ils en *>nt assez, ce semble, de se persuader aujourd'hui qu'ils sont tolérés ; tandis qu'au fond, ils sont beaucoup mieux que cela. Leur intérêt est de le sentir, pour se conduire en conséquence.

Nous le répétons donc avec confiance, jamais la perspective du protestantisme ne fut plus belle ; jamais ses espérances ne durent être plus étendues et sa sécurité plus parfaite. Toutes les difficultés de sa position, dans quelques lieux particuliers, rendent la prudence et les efforts nécessaires, mais n'autorisent ni la crainte ni le découragement.

Les lumières plus répandues, les communications plus libres, le rétablissement des bonnes études, les langues vivantes plus généralement comprises, l'esprit de tolérance et de liberté plus universel, tout promet de nouveaux développements à la bonne théologie, de nouveaux succès au pur christianisme, un nouvel empire à la religion pratique et vivante. Le protestantisme a tout à attendre et rien à craindre de ce mouvement,

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qui devient toujours plus général. 11 doit le favoriser et non l'éteindre, parce qu'il y reconnaît son essence et le premier élément de sa vie religieuse, sociale et politique. 11 a besoin de le diriger, pour qu'il ne s'égare pas. — Mais il doit bien se garder de le redouter et de l'étouffer, puisque tôt ou tard ce mouvement ne peut manquer de tourner à son profit. De la vie de l'âme, du choc des opinions, des discussions libres, naîtra toujours le protestantisme. 11 n'est donc pas prêt à mourir.

Le protestantisme marche maintenant à la tête de la civilisation européenne, et son influencé bienfaisante sur le développement de l'esprit humain se fait sentir dans les pays mêmes où ses principes sont repoussés. Mais en France, la situation du protestantisme, sous le rapport intellectuel, est loin d'être aussi brillante. Un siècle s'est écoulé, où tous les livres consacrés au développement %et à la défense des principes du protestantisme, ont été sévèrement proscrits ; où les protestants ont été obligés de vivre sur leur littérature religieuse du xvie et du xvne siècle, dont les monuments devenaient tous les jours plus rares et moins appropriés au temps; où les pasteurs peu nombreux n'avaient ni loisir ni repos à consacrer aux bonnes études ; où nulle académie, nul séminaire ne pouvaient former de jeunes ministres par des instructions solides et un travail régulier; où une philosophie audacieuse avait discrédité, auprès de la classe la plus élevée, tout ce qui tenait de la religion et du christianisme. Qu'un tel siècle ait laissé parmi nous un grand vide, quoi de plus naturel ? Que les études religieuses soient retardées, les ressources peu abondantes, les lumières peu répandues, ne fallaitil pas s'y attendre? L'Europe a marché en avant, et nous sommes restés stationnaires, ou plutôt, nous avons rétrogradé; car, il faut en convenir avec simplicité, les lumières, dans toutes les branches, sont infiniment moins avancées et moins disséminées parmi nous an-

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jourd'hui , qu'elles ne Pétaienl avant la révocation de l'édil de Nantes. Le savoir n'y a plus la même profondeur; les têtes y sont moins réfléchies et moins exercées : et si le corps des pasteurs est loin de la force et de l'instruction de ses devanciers, la différence est bien plus grande encore entre les laïques de nos jours et ceux qui furent représentés par les Sully et les Mornay, quoiqu'il y ait de brillantes exceptions.

Cette circonstance est d'autant plus déplorable, elle exige un remède d'autant plus prompt, que nous sommes entourés d'ennemis qui ne demandent pas mieux que d'en tirer avantage, et qui sont en mesure d'y réussir. Aujourd'hui , comme aux premiers jours de la réforme, nous nous trouvons en face d'une religion rivale, que ses principes conduisent à un prosélytisme ardent; qui regarde les nôtres comme dangereux et même impies, et qui , dans cette conviction , ne néglige aucun moyen de s'opposer à leur libre propagation. Nous pouvons donc nous attendre à voir se reproduire une polémique toujours infatigable, vigilante, adroite; quelquefois prévenante et douce; souvent impérieuse et amère. Nous pouvons nous attendre à voir de grands talents entrer en lice ; de grandes ressources de savoir, de raisonnement et d'éloquence se déployer contre nous. L'esprit d'exclusion, qui caractérise l'église contre laquelle nous avons eu toujours à lutter malgré nous, loin de s'être affaibli dans ce siècle de tolérance, semble avoir pris un nouveau degré d'exaspération. L'Église gallicane abandonne les maximes libérales qui faisaient d'elle une barrière formidable au despotisme pontifical , pour professer et défendre les maximes opposées. Telle est la tendance que prend visiblement la nouvelle vie qui se manifeste en elle. Elle sera donc exclusive, autant que jamais. Et, par conséquent, elle emploiera toutes ses ressources et tout son crédit, pour diminuer notre importance, affaiblir notre nombre, resserrer nos privi-

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léges, et même restreindre nos droits. Nous pensons que, loin de prendre ceci pour une injure, ceux qui sont en première ligne, dans cette église restaurée, le regarderont plutôt comme l'expression d'un devoir ; et voilà pourquoi nous n'avons pas craint de le dire avec franchise.

Et, voilà la source des seules difficultés graves et réelles que paraît devoir présenter notre situation politique. Nos libertés religieuses sont clairement définies, et généralement on les trouve encore suffisantes. Il ne manque à quelques-unes que de passer enfin dans l'exécution, comme elles sont dans la règle écrite. Nous avons tous les droits des citoyens; nous professons notre croyance avec honneur et sécurité, et, comme nous contribuons pour notre, part aux frais de l'administration et aux dépenses du culte, notre cuite à son tour est rétribué et soutenu par l'État. La loyauté du monarque est une sûre garantie que ces droits seront respectés au même degré pour tous. Mais la puissance de l'Église catholique et les maximes qui la dirigent, sans pouvoir compromettre les principes et l'ensemble, rendent plus difficiles et même plus incertains les détails. Elles tendent à reproduire cette guerre sourde, qui fut le caractère de la situation des protestants depuis l'édit de Nantes jusqu'à sa révocation. Cette guerre est dans la nature des choses ; on peut la dire inévitable. Il en doit résulter sans cesse un certain embarras dans nos relations avec une aûtorité bienveillante, mais gênée par ses rapports étroits avec une église dominante et jalouse. Et, comme il nous reste encore beaucoup à créer, ce travail important doit rencontrer là des obstacles, dont il ne faut point être surpris, mais dont la force ne saurait être calculée. Sans doute, depuis quelque temps, ce danger s'est beaucoup affaibli , et il s'y connaît. Mais oserait-on dire qu'il est entièrement dissipé, et qu'il ne saurait plus reparaître?

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D'autres circonstances attirent depuis quelque temps l'attention de l'observateur.

Un mouvement religieux s'opère en France, et chez les protestants surtout il est sensible et bien dirigé. Le peuple commence à sentir le besoin de la religion ; et la religion ne manque pas d'amis éclairés qui cherchent à la lui rendre aimable. Des institutions, dont la propagation du christianisme est le but, se forment de toutes parts, et sont l'objet d'une bienveillance générale. Voilà le bien. Mais une sorte d'exaltation se manifeste en même temps dans quelques têtes ; le mysticisme et l'exagération se montrent en quelques endroits ; l'esprit de secte et d'exclusion les accompagne parfois. La division peut naître et troubler les âmes. Voilà le mal qu'il faut prévenir. Nous sommes visiblement à l'entrée d'une ère nouvelle pour le christianisme. Que ce soit une ère de piété, d'élévation, de lumière et de charité !

Mais, si ce mouvement religieux doit fixer le premier l'attention des amis du christianisme et de la foi protestante, pour l'activer et le diriger, les restes du philosophisme et de l'incrédulité du siècle dernier ne doivent point être laissés dans l'oubli. C'est là, si je puis me servir de cette comparaison, une masse sans vitalité, mais dont la force d'inertie tend à tout arrêter, à tout paralyser, dans le développement du sentiment religieux. Cette malheureuse disposition ne gagne pas dans la génération qui s'élève ; elle perd tous les jours, malgré les efforts des physiologistes pour la relever ; mais elle tient fortement encore dans la génération qui s'en va. Le prodigieux succès qu'obtiennent les réimpressions des ouvrages publiés par les coryphées de cette philosophie antichrétienne, pourrait donner la mesure de l'intérêt qu'elle excite encore et du nombre de ceux qui l'adoptent, si l'on n'était assuré que, chez la plupart, cet engouement imprévu n'est que l'effet d'une opposition politique aux prétentions du sacerdoce et au ministère

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qui voulait s'en faire un appui. Le protestantisme, comme christianisme, est vivement intéressé à s'opposer aux progrès de cet esprit d'incrédulité ; et ceux qui croient qu'il le favorise et s'en réjouit, lui font une grossière injure.

D'un autre côté, l'Église réformée de France manque de lien. Elle ne saurait avoir d'ensemble dans ses opérations, d'unité dans sa tendance, car toutes les parties qui la composent sont isolées entre elles. Chaque église consistoriale fait un corps à part, qui n'a presque rien de commun que le nom avec les autres églises du royaume. Cet état n'est point sans de graves dangers ; et lés inconvénients qu'il entraîne sont visibles à tous les yeux. Impuissance pour réprimer les abus ; indépendance des pasteurs et négligences qui en résultent ; ignorance des droits et des devoirs réciproques des pasteurs et des consistoires ; inquiétude qui naît de la conscience de l'isolement et du défaut d'unité dans l'administration et dans la tendance ; incertitude dans les attributions du gouvernement et des consistoires; tout fait de cet état un état de gêne, qui n'est point dans la nature, et qui réclame de prompts remèdes. Quels sont ces remèdes? Comment les appliquer? Quels inconvénients faut-il prévenir en les appliquant? Rien ne touche de plus près à nos intérêts les plus chers et à notre existence elle-même, que la réponse à ces questions délicates et difficiles. C'est la grande question, si longtemps débattue, des Églises indépendantes et des Églises réglées par l'État. L'Église protestante n'est pas seule intéressée à la résoudre. Elle s'agite sourdement au sein de bien d'autres , et peut-être non loin de nous.

L'Église réformée de France a donc beaucoup à faire en elle-même, pour devenir ce qu'elle doit être. Elle a beaucoup à faire autour d'elle. Elle a besoin de mouvement et de vie, de force et d'intelligence. Mais d'où partira ce mouvement ? Où sera le premier foyer de cette

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activité, de cette vie nouvelle? Où se feront sentir les besoins d'une Église encore dans l'enfance et quels seront ses organes pour les exprimer? Où prendra-t-elle une voix pour se détendre? Les pasteurs doivent marcher sans doute en première ligne. Ils sont les gardiens et les organes de l'Église. Sa gloire est leur gloire et son bonheur est leur bonheur. C'est par ses ministres que l'Église prend un corps, parce que c'est en eux qu'elle trouve le lien qui l'unit. C'est par eux qu'elle est avertie du besoin, et c'est par eux qu'elle peut y satisfaire. C'est par eux qu'elle pense et qu'elle agit. Ils sont sa tête et sa main. Mais les pasteurs ne peuvent tout faire. S'ils sont isolés, s'ils ne sont portés par le flot de la considération publique, et je dirai presque de la faveur populaire, ils ne sont rien ; ils ne peuvent rien. C'est donc à tous les amis éclairés du protestantisme, je dis plus, à tous les amis de la liberté religieuse, à se rapprocher de lui, à faire quelques efforts pour le mieux connaître, à l'entourer de leur force et de leurs lumières, à le populariser davantage par leur attachement et par leur respect. Ces feuilles sont destinées à leur communiquer à tous quelques idées, sur lesquelles peut-être leur attention ne s'était point arrêtée encore, ou qu'ils ne trouveraient point ailleurs réunies en un seul faisceau.

C'est notre amour pour l'Église protestante qui seul est notre mobile. Nous allons exprimer nos vues, avec franchise et simplicité. D'autres sont mieux placés que nous pour bien voir. S'ils avaient parlé, nous nous serions tu. Et maintenant encore nous sommes prêt à redresser nos opinions sur les avis qui nous seront donnés avec bonne intention et sincérité. Quand on écrit pour le bien, et non pour le bruit, on accueille toujours la vérité, qu'on n'a pas aperçue le premier; et l'on corrige avec joie les erreurs, dans lesquelles la bonne foi n'empêche pas toujours de tomber.

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