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dans la manière dont les apôtres conçoivent et expriment les vérités de la religion.
Ce travail, bien fait, deviendrait en même temps la base et le commencement d'une exposition purement historique du développement et des progrès des opinions religieuses dans les différents siècles de l'Église chrétienne jusqu'à nos jours. Appliqué au christianisme , appliqué à la Bible, et précédé de tout ce qui peut l'éclairer, il offre le seul moyen d'arriver à la vérité sur le contenu des révélations chrétiennes.
On a souvent posé en principe qu'il faut expliquer la Bible par elle-même. On sentira sans peine que ce principe n'est pas d'une application très-sûre, quand il s'agit des recherches historiques sévères dont nous venons de parler. En général, dans son application, ce principe conduit à prendre pour base certaines doctrines que l'on a tirées de quelques passages, et à interpréter par elles tous les autres. Il est certain que, par ce procédé, on rend impossibles les contradictions; on a bientôt mis tout d'accord, parce qu'on permet à peine les nuances. Mais, cet accord, on le met plutôt qu'on ne le trouve ; par conséquent, il a bien peu de valeur aux yeux de la sévère critique et de l'amour éclairé de la vérité. Il semble, au contraire, que, dans ces recherches purement historiques, la bonne manière soit de rechercher simplement la doctrine de l'auteur dans l'ensemble de ses idées, dans le temps, dans le lieu, dans les circonstances, dans le but, dans les sources où il a puisé, etc. C'est par là seulement qu'on peut parvenir à savoir précisément ce qu'il a voulu dire d'une manière complète et certaine. Et quand on aura fait ce travail, avec une conscience historique, par rapport à deux auteurs différents, s'il se trouve en résultat qu'ils n'aient pas enseigné précisément la même chose par rapport aux mêmes points, il ne faudra pas violenter l'un pour l'attirer malgré lui dans les enseignements de l'autre ;
il faudra seulement en conclure qu'ils n'ont peut-être pas la môme importance comme documents de la révélation. Il faudra laisser les hébreux hébreux, les juifs juifs, et les chrétiens chrétiens ; il faudra laisser à chaque chose, à chaque époque, à chaque doctrine sa couleur, et ne pas s'empresser de lui donner la sienne propre. Et si, par hasard, après avoir fait ce travail avec impartialité, avec sévérité ; après avoir reconnu et apprécié des différences même profondes, on trouve encore, dans ces éléments hétérogènes, quelque grande pensée qui les unit, quelque grand plan qui les traverse, ce spectacle n'en fera pas moins une impression vive et profonde, pour être dégagé d'une multitude d'ornements étrangers dont le clinquant n'avait pas séduit les hommes indépendants et réfléchis.
Ceci nous conduit à dire quelque chose de l'emploi de l'Écriture sainte dans la dogmatique, quand on veut véritablement prouver. Il ne suffit point, comme on le fait presque toujours, d'entasser sur un sujet une foule de passages, dont la réunion semble bien dire ce que l'on veut, mais dont aucun peut-être ne le dit dans l'écrit d'où il est tiré. Employer la Bible de cette manière, c'est s'en jouer, c'est en faire comme l'on dit, un nez de cire, que chacun peut retourner comme il veut. Avec de pareils centons, on bâtira des échafaudages qui ressembleront aussi peu à la simple doctrine biblique, que le centon ordurier d'Ausone ne ressemble à la pureté de Virgile. 11 n'y a donc pas d'autre ressource que d'examiner scrupuleusement ce que signifie le passage à sa place, dans le temps, dans le lieu, dans les vues où il fut écrit, le vrai sens des termes, les allusions qu'il peut contenir, etc. Par là, sans doute, on verra que les passages décisifs en dogmatique sont moins nombreux qu'on ne l'avait cru, mais aussi ceux qui prouveront, prouveront bien, et ne craindront pas l'examen de la critique éclairée.
Les travaux que nous avons décrits jusqu'ici sont cer-* tainement les plus importants de tous. Ils fournissent toutes les données, el quand on les aura faits avec conscience, l'on saura déjà à quoi s'en tenir sur les points les plus essentiels. Mais, par leur nature, ils présentent des résultats isolés, et l'esprit humain, qui a besoin de liaison dans ses idées, cherchera bientôt à les réunir pour en former un système. Cette dernière opération, quoique secondaire en elle-même, n'est pas sans quelque importance. Le succès avec lequel on pourra la faire influera puissamment sur l'action morale du christianisme dans l'âme et sur les effets que l'on obtiendra en le prêchant aux autres.
Jésus est le maître. Il semble que, pour systématiser le christianisme, il faut tout coordonner aux enseignements de Jésus. Il convient donc de les prendre pour base et d'y rapporter tous les autres d'une manière historique et non dogmatique.
L'action de systématiser emporte celle de grouper les idées autour d'une idée principale. On sent dès lors combien est important le choix de cette idée même, et quelle différence de couleur il peut imprimer à tous les résultats.
Les deux principaux objets de la théologie sont Dieu et l'homme. Le besoin d'unité dans les systèmes a conduit alternativement à tout grouper autour de Dieu, ou autour de l'homme, ou autour de certains rapports entre Dieu et l'homme. Les systèmes qui rapportaient tout à l'action des trois personnes dans la Trinité, ou le système renouvelé de nos jours, qui prend la prédestination pour centre et pour base, sont de la première classe. Les systèmes qui voient dans le christianisme la révélation des destinées éternelles de l'homme et l'indication des moyens par lesquels il peut les réaliser ; les systèmes plus récents encore qui groupent tout autour du sentiment de la loi morale, appartiennent à la
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deuxième classe. Le système des deux alliances, que Cocceius mit en vogue en Hollande, et qui jusqu'à ces derniers temps a dominé parmi les protestants français; le système des supra-naturalistes modernes qui groupent tout autour de la rédemption de l'homme par Jésus-Christ, appartiennent à la troisième classe.
Si l'on est venu au christianisme, surtout à cause des faits moraux qu'il récèle; si on l'a embrassé, parce qu'on a trouvé expliqué par lui quelque grand fait de conscience, que tout, hors lui, avait laissé dans le vague, il est tout simple que ces faits moraux, que ce grand fait de conscience, deviennent le centre autour duquel viendra graviter et se coordonner tout le reste. Et c'est par là que le système, trouvant des points d'appui dans l'âme, y devient vivant, et se change en une religion active et entraînante. Mais nous ne parlons point ici de la religion; qu'on y prenne bien garde. La religion est un phénomène beaucoup plus compliqué que la théologie. Elle aura sa place plus tard. Nous parlons de la théologie ; et, dans la théologie, de ce qui peut conduire à bien entendre les documents de la révélation chrétienne, pour en tirer un système dogmatique parfaitement conforme aux faits bien observés. J'espère que mes lecteurs m'auront assez compris pour ne pas confondre les deux choses. Ce sont deux domaines distincts. Il ne faut repousser ni l'un ni l'autre. La théologie éclaire la religion et lui choisit des matériaux éprouvés. La religion à son tour anime la théologie.
Les faits de conscience ou les grandes idées philosophiques que l'on pourrait mettre à la base d'un arrangement systématique de la théologie chrétienne sont de la plus haute importance. La religion n'est rien pour nous que par ses rapports avec nous. Quelque sublime que soit la révélation chrétienne, il faut donc qu'elle ait un côté par lequel elle touche l'homme tel qu'il est, tel qu'il se sent, et tel qu'il doit être. C'est là la philosophie
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du christianisme. C'est là le couronnement de l'œuvre. C'est par là que tous 1rs éléments épars et incohérents peut-être que l'on aura recueillis par le procédé purement historique, prendront une forme saisissable, une vie communicalive, une grande unité, que notre âme sera capable de sentir et de recevoir. Ce sera là le souffle de l'esprit, qui viendra ranimer ces squelettes. Mais, pour qu'il ne s'égare pas dans le choix des formes qu'il emploie, avant de les animer, et pour qu'il puisse les animer, il faut que ces formes soient celles où la vérité divine a voulu se renfermer, quand elle s'est montrée à nous dans le temps; il faut que cette matière, qu'il doit systématiser et vivifier, soit bien celle qui lui est donnée par la source des révélations, et non le produit des imaginations et des erreurs des siècles accumulés.
Philosophez tant que vous voudrez sur le christianisme ; mais ne confondez pas ce travail avec celui de l'entendre purement et simplement dans les documents qui le renferment, de savoir même ce qu# c'est que ces documents. Les rapports delà philosophie à la théologie et au protestantisme en particulier sont trop importants et trop graves pour être traités en passant. Nous en ferons un chapitre à part.
Le mérite du système dépend donc en grande partie du mérite philosophique de l'idée mère et de la justesse avec laquelle on peut tout lui subordonner.
L'histoire de la religion chrétienne vient naturellement à la suite de ces graves recherches. Comme histoire d'événements extérieurs, elle est extrêmement curieuse et importante : c'est vraiment l'histoire des temps modernes ; car c'est la religion qui a imprimé à la plupart des événements leur véritable couleur; et son influence sous ce rapport ne paraît pas près de finir. Elle tient à tout. Elle nous présente l'homme dans quelques-uns des rapports les plus importants de son
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existence sociale. Vous ne comprendrez ni l'homme en général, ni la société moderne, ni les constitutions politiques au milieu desquelles vous vivez, ni les usages auxquels vous êtes soumis, ni les opinions que vous avez sucées avec le lait , ni le passé , ni le présent, ni l'avenir, si vous n'avez pas étudié l'histoire de la religion. Et je ne comprends point encore la bonhomie de ceux qui ont prétendu éliminer cet élément du milieu des affaires humaines. Il saura bien se faire fendre justice pour l'avenir; naturam expellas furcâf mais pour le présent et pour le passé, il n'en a certes pas besoin : les faits sont là. Il n'est pas plus possible de faire une histoire de l'Europe depuis Dioclétien sans le christianisme, qu'il n'est possible de faire une histoire du califat sans l'islamisme. Loin d'être un hors-d'œuvre, c'est la clef de tout. L'étude approfondie.de l'histoire du christianisme et de l'Église chrétienne est donc, au fond, également intéressante pour le philosophe, pour le publiciste, pour l'homme d'État, pour le théologien et pour le chilien . — Ce qui peut-être a contribué plus que tout le reste à détourner les hommes de cette étude curieuse, c'est que, il faut en convenir, elle trompe beaucoup d'espérances, et présente l'homme sous un point de vue qui n'est pas toujours honorable pour lui. Il est vrai que l'on pourrait opposer à toutes les infamies et à toutes les atrocités qui souillent l'histoire de la société chrétienne, le tableau des effets intérieurs et consolants du christianisme sur les âmes, effets qui furent plus grands qu'on ne le pense, quoique l'histoire en ait dit fort peu de chose. L'histoire est pleine des grandes disputes, des violences inhumaines, des prér tentions ambitieuses des conducteurs de l'Église. Elle ne dit rien du bien immense que faisait la religion dans le peuple, parce qu'il se faisait dans l'ombre. Mais ce qui importe le plus au théologien , dans l'histoire de l'Église, c'est le développement progressif des idées et
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des dogttiés, leur origine, leurs modifications, leurs ramifications diverses, leur enchaînement , les disputes qu'ils uni excitées, les arguments par lesquels on les a défendus, les décisions qui les ont rendus sacrés et celles qui les ont abrogés. Celle étude complète celle delà dogmatique ; elle rend les idées plus claires, elle étend les vues, elle met les choses à leur place, elle dissipe beaucoup de prestiges et dispose l'esprit à la vérité. Elle avait été très-négligée autrefois; Basnage s'en était occupé, mais dans des vues entièrement polémiques. Aujourd'hui, on poursuit cette étude pour elle-même, et l'on y a fait des progrès très- remarquables.
Je n'ai point parlé de la morale , quoique ce soit une partie très-importante de la théologie. Elle peut être étudiée précisément de la même manière et sur les mêmes principes que nous venons d'indiquer pour les dogmes. Quand on veut la présenter d'une manière systématique, il est très-important de bien choisir le principe sur lequel on la fonde. Le principe de l'intérêt personnel, ou de l'épicuréisme raffiné, est aujourd'hui généralement décrié. Je me suis permis récemment d'en proposer un autre, que je crois utile dans l'application, mais incomplet. La manière dont les philosophes de l'école de Kant ont présenté la morale a excité un cri général d'admiration et opéré une révolution qui commence à gagner en France. Elle élève l'âme, lui rend sa dignité, et la prépare très-bien au christianisme.
Voilà, je pense, quelques directions, dont l'observation conduira l'homme studieux et réfléchi à ce degré de lumières, dans lequel on peut se faire à soi-même des opinions raisonnées et solides. Et si l'on se trompe encore, après les avoir suivies, on pourra du moins se rendre le témoignage d'avoir choisi la voie qu'indiquaient le bon sens et la raison ; d'avoir fait usage des facultés que Dieu nous a données pour juger et pour
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nous conduire, dans toutes les situations où il lui plaît de nous placer. Nous aurons fait notre devoir : il sera juge du reste.
Ce chapitre est déjà bien long, et cependant je n'ai fait qu'effleurer les graves sujets qu'il traite. Ils me tiennent beaucoup au cœur; et si je n'y avais pris garde, ce chapitre aurait avalé tout mon livre. Tel qu'il -est, il peut être utile, et contient des vues avec lesquelles les amis de la religion en France ont besoin de se familiariser. — Je me hâte de quitter la théologie pour parler de ce qui en est le but, et qui vaut mieux qu'elle : la religion.