CHAPITRE XIX
MÉTHODISME
Incontestablement , c'est ici l'affaire la plus sérieuse du protestantisme , peut-être pendant toute une génération. Elle va au cœur. Elle touche en même temps et de bien près à la religion et aux intérêts matériels. Elle évoque le passé ; elle agite le présent ; elle met en question l'avenir. Elle jette tout le monde dans une situation nouvelle , imprévue , inquiétante pour laquelle on n'a ni précédents ni principes. Les erreurs peuvent être fatales ; la proximité du danger peut troubler les intelligences; la passion peut intervenir et conduire l'injustice. De part et d'autre, la forme peut être invo quée afin d'emporter le fond. La guerre , le scandale peuvent être les premiers résultats d'un mouvement qui peut s'exagérer et s'égarer sans doute, mais qui doit contribuer à rappeler près de nous le sentiment e la vie.
J'ai la ferme résolution de dire la vérité et de rendr justice à tout le monde. Mais , enveloppé moi-même dans le mouvement que je veux décrire, compté pou ami ou pour ennemi, je sens combien il est facile qu je me trompe à mon tour et que ma position religieus m'empêche de voir simplement et nettement le vrai Je sens surtout combien il m'est difficile de vaincre les défiances, de résister aux exigences et de faire accepte la vérité qui viendra de moi. Je veux pourtant la dire non pour exciter et pour troubler, mais pour rappro cher et pour calmer; non pour exagérer les différences
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mais pour indiquer les ressemblances; non pour signaler des motifs de rancune, de défiance ou de crainte, mais pour indiquer des nécessités auxquelles il faut se soumettre, ou pour signaler un bien véritable qu'il faut savoir accepter de bonne grâce. Je dirai sans crainte ma pensée aux deux partis, parce que je crois qu'il y a erreur, exagération et passion de part et d'autre. Lt quand je l'aurai dite, je l'abandonnerai aux réflexions libres de ceux à qui elle s'adresse, sans prétendre en faire les bases d'une dispute, qui doive occuper longtemps le public. Si j'ai mal vu, qu'on me redresse. Si j'ai bien vu, qu|on profite en silence de mes réflexions , et qu'on arrive à la paix, par la paix et par la liberté.
Le phénomène qui nous frappe et qui nous agite n'est point nouveau. Il s'est reproduit à plusieurs re prises dans l'histoire du genre humain. 11 a son fondement dans la nature de la religion, considérée comme existant au dehors dans une société religieuse. Il a son fondement encore plus caché dans la nature intime de l'âme humaine.
Je dis qu'il a son fondement le plus apparent et le plus prochain dans la lutte qui finit toujours par s'établir entre la forme et le fond de la religion.
Des qu'une société religieuse est établie, elle se donne des règles; elle pose des principes en harmonie avec les opinions et les vues de ceux qui furent ses fondateurs. Pour atteindre son but, elle crée des formes que 1' même esprit anime.
Dans cette première période de son existence, la société religieuse est pleine de vie. Créée par un sentiment religieux profond, et par le besoin de le communiquer qui l'accompagna toujours ; n'ayant de formes que celles qui sont jugées indispensables pour nourrir ce sentiment religieux et pour vivifier ces communications des âmes , elle est pour tous un appui et non une entrave, une jouk,sance et non une vexation, un
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principe de vie et non un principe de froideur, de sommeil et de mort.
Mais, à mesure que ce premier mouvement des âmes s'affaiblit ; à mesure que ceux qui l'ont éprouvé euxmêmes et qui l'ont communiqué dans la première chaleur du zèle, sont remplacés par ceux qui ne l'ont reçu que par habitude et ne le suivent qu'avec mollesse, les formes perdent une grande partie de l'esprit qui les animait. Elles n'ont plus cette force entraînante qu'elles exerçaient sur les âmes. Elles sont désenchantées , et ceux qui les manient sont étonnés de leur impuissance. Pour suppléer à leur faiblesse , ils en multiplient le nombre; ils en augmentent l'éclat. Plus on avance dans ce travail, et plus l'esprit se retire. En attendant , la partie purement administrative de la société religieuse a pris toujours plus d'importance. Elle a multiplié ses règlements. Pour conserver les anciens, dès longtemps en désaccord avec les besoins du temps, elle en crée de nouveaux , qui bientôt auront le même sort. Le tout ensemble compose un édifice auquel beaucoup de gens tiennent par habitude; auquel se rattachent peut-être les plus puissants intérêts, mais où l'esprit religieux jette à peine quelques étincelles. Si un mouvement intestin ne vient pas lui rendre la vie et l'activité , il faut que tôt ou tard l'esprit religieux, qui ne peut jamais s'éteindre complètement parmi les hommes, se réveille enfin; qu'il se renouvelle; qu'il sente la gêne de ces forces, ou faites pour d'autres temps et d'autres besoins , ou modifiées par des circonstances qui ne sont plus. L'esprit religieux est un esprit de liberté. II part de ce qu'il y a de plus intime et de plus profond dans l'âme. Quand il se réveille avec force, il est presque impossible qu'il rentre dans les anciennes ornières et qu'il ne sente pas tout le poids des anciennes chaînes. II se réveille. Ceux qu'il a gagnés se cherchent et se trouvent, Jls. se réunissent; ils s'échauffent mutuel-
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lèmettt; ils prennent en pitié l'ancienne Église, dans laquelle ils ne voient que de vaines formalités sans religion vitale. Ils veulent communiquer la chaleur qui les anime, les idées auxquelles ils attachent leurpropie salut et celui des autres; l'esprit de prosélytisme les gagne. Fortement saisis dans ce qu'il y a de plus intime e:i eux-mêmes , ils mettront leur vie dans la défense d'un intérêt aussi cher; ils fouleront aux pieds, s'il le faut, non-seulement les convenances, les usages, les opinions des hommes, mais les affections les plus douces. Ils voleront au martyre, si le martyre leur est offert.
A côté d'une Église constituée, qui compte un ou deux siècles d'existence, il est donc à peu près impossible qu'il ne se forme pas des associations composées des âmes profondément religieuses, qui ne trouvent plus dans L'Église l'aliment dont elles ont besoin, et qui se réunissent pour se nourrir mutuellement de leurs émotions. Ces associations cherchent à s'étendre par tous les moyens en leur pouvoir, jusqu'à ce qu'elles s'asseyent, qu'elles réglementent, qu'elles multiplient leurs formes, qu'elles s'éteignent, ou qu'elles deviennent, à leur tour, une Église établie et chargée de formalités. Si elles prennent assez de consistance pour en venir là, c'est une réformation.
L'introduction du méthodisme en France n'est pas autre chose que le fait général que nous venons de décrire.
Mais le méthodisme a des racines plus profondes encore, dans les rapports de la religion avec l'âme humaine.
Quand il vient à la religion, l'homme est conduit naturellement à s'envisager sous différents points de vue, qui sont d'une très-haute importance.
Dans chacun, il remarque une opposition, une anti- . thèse, qu'il doit pouvoir concilier. Mais la tendance de son esprit vers l'absom le conduit souvent à ne voir
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que le côté qui s'en rapproche davantage, et le rend par cela même exclusif et exagéré.
Je signalerai les trois principales de ces antithèses.
La première se trouve entre l'idéal de l'homme et sa réalité ; entre l'homme de la conscience et celui de l'expérience; entre l'inflexible sainteté de la loi morale, et l'imperfection, la faiblesse, la misère et la corruption des actions humaines. C'est la lutte de la chair et de l'esprit, du devoir et de la sensualité, dans laquelle l'athlète le plus noble ne l'emporte pas toujours sur son adversaire, et reçoit à chaque chute une profonde, peut-être une irréparable blessure. Cette lutte ne se passe point au dehors. Nous n'avons pas besoin de la contempler dans le monde qui nous encoure. Elle se passe en nous-mêmes, et chaque jour la voit se renouveler.
Ceux en qui le sentiment de cette lutte mortelle s'est fortement réveillé peuvent arriver promptement à ne voir qu'un des termes de cette antithèse : la sensualité, la corruption; et à laisser dans l'oubli, à nier peut-être l'autre terme : l'inaltérable pureté de la conscience, et la sainteté du devoir fortement sentie clans le fond de l'âme. Ils sentent si bien la résistance du mauvais principe, qu'ils finissent souvent par ne voir que lui. Et pourtant, c'est parce qu'il a une conscience sainte et pure ; c'est parce que le devoir est profondément gravé dans son âme ; c'est parce qu'il porte en lui l'incorruptible idéal de ce qu'il doit être, que l'homme est capable" de sentir l'imperfection, l'abaissement et le vice de ce qu'il est.
Une autre antithèse , non moins frappante , se trouve entre la puissance, l'immensité de Dieu, et la faiblesse, les bornes étroites de l'homme.
Quand il se considère dans l'univers où Dieu l'a placé, l'homme est frappé du spectacle d'une grandeur qui l'accable, d'un pouvoir auquel il ne peut rien opposer,
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Tout est Hè dans un plan dans lequel il est enve-* loppé tuî-ritëïïie : un piah qu'il n'a point couru ; un plan qu'il ne peut changer. L'intelligence et la force qui s'y manifestent se présentent à lui comme irrésistibles, absolues. Qu'il suive cette ebaîne d'idées, qu'il se laisse emporter par cette sorte d'instinct qui le pousse à tout généraliser, Dieu sera tout et lui-même ne sera rien. Il perdra de vue, et la place qu'il occupe dans l'univers, et les facultés admirables dont il est doué, et ce principe d'activité propre, cette noble liberté morale, qu'il sent en lui-même aussi clairement qu'il sent le monde et son auteur, et la puissance de sa volonté sur la direction de sa vie, et la responsabilité qui pèse sur sa tête. Il ne verra que Dieu et son action , à laquelle il s'abandonnera sans efforts et sans énergie.
S'il combine cette antithèse avec la précédente, il se verra dans un état de perdition , auquel il n'apercevra d'autre issue qu'un acte à peu près arbitraire de la seule volonté qui peut tout.
Une troisième antithèse, dans les idées religieuses, se trouve entre le présent et l'avenir, entre la brièveté, la misère de la vie actuelle, et la durée éternelle, la ravissante perspective de la félicité des cieux.
Rien n'est plus vrai des deux parts que cette antithèse. L'explication et le complément de la vie présente ne peuvent se trouver que dans les cieux. La conscience déclare hautement que tout pour l'homme ne peut pas se terminer à la mort, et qu'une existence d'ordre et de bonheur doit être réservée à la vertu. Elle y transporte l'idéal de là perfection et de la félicité humaine ; elle rétend à l'éternité; elle le peuple d'affections immenses. Devant de telles espérances, il est certain que les réalités terrestres font une bien pauvre figure, et qu'une vie contemplative de cet avenir, une vie où régnent d'avance les affections qui doivent le remplir, a d'irrésistibles attraits.
♦ Et pourtant l'homme n'est point fait pour une vie uniquement contemplative. Les intentions du Créateur à cet égard sont déclarées par un langage qu'il n'est pas permis de repousser. Et si l'homme persévère à le méconnaître, l'imperfection relative dans laquelle il demeure ; plusieurs de ses facultés les plus nobles oblitérées faute d'exercice ; son âme sortant de la vie terrestre moins préparée pour le ciel , parce qu'elle aura méprisé la discipline à laquelle son créateur avait voulu la soumettre dans ce lieu d'épreuve et d'éducation; sa place mal occupée pour les autres et pour lui, dans cette chaîne si précieuse que nous appelons le genre humain ; tels seront à la fois les conséquences et les châtiments de son erreur.
Le méthodisme, le mysticisme, sous leurs diverses formes, ne sont pas autre chose que l'âme humaine, ne voyant que le côté absolu de quelqu'une de ces antithèses. i
Le méthodisme n'est donc pas un accident; il est un résultat inévitable de la nature des choses. La réflexion religieuse finira toujours par le produire dans un grand nombre d'esprits. Il naîtra toutes les fois que les hommes s'occuperont avec intérêt de religion. Il naîtra même tout à coup, quand ils l'auront longtemps oubliée ; car le premier élan qu'ils feront pour la ressaisir ne peut manquer de les jeter dans quelque extrême. Il s'est montré; il a été combattu, étouffé; il s'est relevé plein de vie, dans tous les siècles de l'Église chrétienne. Il n'est pas inconnu des peuples qui ne connaissent point le Christ. L'antique Orient eut en grand nombre ses mystiques et ses méthodistes. La religion de Mahomet n'en a jamais manqué. Ne soyons donc point étonnés de leur apparition parmi nous. Pour cette fois, ils nous sont venus de dehors; mais, s ils ne nous avaient pas été donnés, nous en aurions fait nous-mêmes.
Après la Révolution, les protestants de France étaient
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arrivés à un repos protond qui ressemblait beaucoup à l'indifférence. La religion n'occupait qu'une bien faible place dans leurs idées, comme dans celles du plus grand nombre des Français. Pour eux comme pour beaucoup d'autres , le xvme siècle durait encore. La loi du 18 germinal an x, en les dispensant eux et leurs pasteurs de toute sollicitude pour l'entretien de leur culte , était venue consolider ce repos , en écartant la cause la plus prochaine du trouble, et par conséquent du réveil. Les prédicateurs prêchaient, le peuple les écoutait, les consistoires s'assemblaient , le culte conservait ses formes. Hors de là personne ne s'en occupait, personne ne sen souciait; et la religion était en dehors de la vie de* tous. Cela dura longtemps et n'est encore changé qu'en partie. C'est pendant cette période que l'on vit d'abord paraître, de distance en distance , quelques hommes qui avaient puisé des croyances et surtout des émotions religieuses plus profondes dans les sociétés des frères moraves répandues en Allemagne. C'étaient en général des gens paisibles et inofïensifs , qui dogmatisaient peu, qui plaçaient la religion dans l'amour, surtout dans l'amour pour Jésus , qui se réunissaient en petit nombre , sans éclat, sans prétention, avec un prosélytisme très-doux et très-modéré, qui ne cessèrent jamais de se joindre au culte de notre Église, et qui n'affectèrent jamais d'en dire du mal. Dans leurs réunions, ils suivaient quelquesunes des formes du culte morave ; ils chantaient les cantiques de cette société , où le défaut le plus apparent est de faire parler à l'amour céleste le langage de l'amour sensuel, et de s'arrêter au médiateur, sans oser, ce semble, s'élever jusqu'au père. Beaucoup d'endroits ont possédé de telles sociétés sans en avoir connaissance, ou du moins sans en éprouver ni trouble ni inquiétude. Le bien qu'elles produisaient était borné sans doute, mais il faut dire aussi que le mal, s'il y en avait, était à peu près nul, et le danger bien peu prochain. La secte
était empreinte de l'esprit contemplatif et doux du pays qui l'avait vu naître.
Mais , dans un autre pays , où la contemplation a dès longtemps cédé la place à l'action ; où tout se traduit promptement en affaire de fait et de pratique; où par conséquent la croyance, elle-même plus positive, plus déterminée, plus matérialisée, si je puis me servir de cette expression , conduit immédiatement à l'action , des sectes s'étaient élevées à côté de l'Église dominante, pleines de l'esprit du pays , entées sur les dogmes les plus mystérieux du christianisme, conçus eux-mêmes dans le sens le plus mystérieux et le plus sévère. Sur les trois antithèses que j'ai signalées tout à l'heure, elles avaient pris le côté le plus absolu et avaient exclu tout le reste comme faiblesse et corruption. Manquant de bases historiques assez profondes , leurs idées sur la Bible étaient empreintes d'un dogmatisme commode dans l'application , mais propre à conduire à l'exclusion , à l'intolérance, au moins à l'égard des opinions religieuses. Fortement saisies par la pensée qu'elles possédaient la vérité, et qu'à cette vérité seule était attaché le salut du genre humain, elles travaillèrent de tout leur pouvoir à la propager partout. Non-seulement les peuples païens furent l'objet de leur sollicitude, mais les peuples chrétiens eux-mêmes y eurent une grande part. Pour elles, en effet, ils n'étaient pas plus avancés que les autres. Une longue guerre avec la Grande-Bretagne nous avait caché ce mouvement des esprits, et nous nous figurions ce pays comme au temps de Hume et de Gibbon , lorsque les communications rouvertes par la paix nous le montrèrent animé d'un mouvement religieux très-profond et très-actif, quoique rendu tout à fait paisible et inofïensif par une entière liberté.
Le mouvement intestin qui agitait ces sectes était trop fort et leur ardeur de prosélytisme trop grande, pour qu'elles ne missent pas à profit l'ouverture des
communications, afin de sonder les divers pays de l'Europe e( de chercher à y prendre pied. Les premières tentatives sur la France furent trop infructueuses pour être aperçues. La première explosion se fit à Genève. Elle fut violente. L'intolérance dogmatique s'y montra dans toute sa roideur. Le clergé de cette ville se vit entouré tout à coup d'accusations subites et de menées secrètes. Celui du canton de Vaud se joignit aux dissidents pour l'accuser et rendre sa position plus embarrassante, lui qui bientôt allait les voir de près et déployer contre eux une rigueur que ni la religion, ni la politique, ni le protestantisme ne sauraient justifier aux yeux de l'Europe étonnée et des protestants affligés. L'éclat fait à Genève, les écrits publiés à cette occasion, réveillèrent l'attention des protestants français. Les anciens préjugés dogmatiques contre le clergé genevois donnèrent de la faveur aux plaidoyers méthodistes, et ouvrirent l'accès aux hommes et aux doctrines auprès de beaucoup de gens. Les hommes ne manquèrent pas. Çïous vîmes paraître, sur divers points de la France, des envoyés de plusieurs sociétés anglaises , qui parurent d'abord comme simples voyageurs, mais qui bientôt prolongèrent leur séjour dans les lieux où ils trouvèrent un plus facile accès, y revinrent plus souvent pour donner plus de consistance à leur parti et quelquefois finirent par s'y fixer; tantôt prêtant secours, tantôt faisant concurrence au pasteur du lieu; tantôt se présentant comme simples missionnaires libres , tantôt profitant de quelques circonstances favorables pour s'introduire dans les fonctions ecclésiastiques de l'Église réformée, sans rompre leurs liens avec la société qui les envoyait. Partout ils forment des associations, des réunions pieuses, dans lesquelles ils introduisent nonseulement les idées, mais la discipline et les formes de la secte qui les envoie.
Quoique l'on confonde tous ces envoyés sous le nom
de méthodistes, ils ne viennent pourtant pas de la même source ; ils ne sont pas de la même école. Ceux que nous avons vus nous viennent de deux sources principales, et forment deux écoles bien distinctes.
Les missionnaires titrés qui ont paru parmi nous, nous sont venus de la Société des missions continentales, qui ne forme pas une secte, mais se soutient par les contributions d'hommes religieux pris dans différentes sectes; ou bien de la Société wesleyenne, qui forme bien véritablement une secte ou une Église à part. Il semble que c'est des premiers que l'on devait altendre l'esprit le plus conciliant et la conduite la plus modérée. Il semble que c'est des derniers que l'on aurait pu craindre le prosélytisme le plus ardent et la fougue la plus imprudente. Il n'en a rien été . Les choix de la Socjété des missions continentales ont été singulièrement malencontreux. Des hommes privés de tact et de lumières, pleins de fougue et de passion, médiocrement considérés dans le pays, pouvaient jeter beaucoup de trouble et d'inquiétude, pouvaient compromettre le protestantisme auprès des hommes sages et même auprès de l'administration'; mais le bien était hors de leur portée ; ils ne le concevaient pas assez nettement pour l'opérer. Tels ont paru parmi nous les missionnaires de la Société continentale. Météores menaçants, ils ont à peine fait luire quelques étincelles; ils n'ont excité que la crainte; ils ont passé comme un nuage sombre, et n'ont laissé après eux qu'un peu de fumée. Soit par la nature de leur doctrine, soit par la supériorité de leurs lumières, soit par leur caractère personnel , les missionnaires wesleyens ont montré beaucoup plus de prudence, beaucoup plus de modération, et, s'il/aut le dire, beaucoup plus d'adresse. Ils ont évité, avec beaucoup plus de soin, tout ce qui pouvait heurter et blesser les pasteurs. Ils ont mis plus de persévérance et plus de patience à se justifier, à se faire connaître, à dissiper les. préjugés que
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Ton pouvait avoir contre eux, à profiter de toutes les circonstances favorables qui pouvaient s'offrir à leur zèle. Ils ont éprouvé moins de résistance. Aussi , les résultats de leurs travaux ont-ils plus de consistance et présagent-ils plus de durée.
Mais il est inutile que je m'arrête plus longtemps à ces données historiques, que chacun sait aussi bien que moi. Pour les approfondir, il me faudrait entrer dans des détails trop particuliers et parler des individus. C'est ce dont je veux m'abstenir. D'ailleurs, quelles que soient ses causes occasionnelles, le méthodisme existe en France; il y a pris pied; il a planté des jalons sur un grand nombre de points; il compte partout quelques amis et quelques défenseurs. La semence est déposée. 11 a reçu, je crois, à peu près tout ce qu'il peut recevoir du dehors. C'est maintenant sur le sol français que se trouvent les éléments de ses progrès ou de sa chute. Il y a les idées, qui ne changent pas, et assez d'hommes pour le faire valoir tout ce qu'il vaut.
Mais, quelle que soit leur origine, quelle que soit la société dont ils sont ou dont ils ont reçu les missionnaires, ceux que l'usage permet aujourd'hui d'appeler méthodistes se distinguent en deux grandes classes. Les uns sont calvinistes rigoureux, les autres se disent arminiens. Les uns mettent à la base de leur édifice religieux la prédestination, l'élection sans condition, avec toutes ses conséquences. Les autres n'admettent point ce dogme dans sa rigueur, quoique leur doctrine sur l'incapacité absolue de l'homme et sur l'action de la grâce le ramène presque en entier. Les calvinistes rigoureux ont paru principalement à Cenève et dans le canton de Vaud. Le mouvement méthodiste qui s'est opéré dans ces pays est tout à fait dans ce sens. La rigueur inflexible d'un calvinisme conséquent et complet a effrayé môme le clergé du canton de Vaud , qui s'enorgueillissait de sa fidélité constante à l'orthodoxie.
Quelques disciples très-clair-semés sur divers points de la France se sont aussi déclarés pour les mêmes opinions. — Les autres ont paru principalement dans le midi de la France et sur quelques autres points. On croirait que les hommes distingués, qui, dans ces derniers temps, ont manifesté une vie religieuse très-ressemblante à celle du méthodisme, appartiennent aussi à la même classe. En général, partout où le calvinisme a paru, il a montré plus de violence et un esprit exclusif plus prononcé que le méthodisme arminien. Sa manière d'attaquer était propre à faire des blessures, à exciter des craintes et même des rancunes, dont il n'a pas tardé à sentir les conséquences.
Mais, quelles que soient les nuances qui les distinguent, ces deux classes ont pourtant des ressemblances fondamentales, qu'il est impossible de méconnaître.
Elles dépeignent avec les couleurs les plus sombres le péché ; elles en font l'apanage inévitable et commun de tout le genre humain ; elles méprisent et laissent dans l'oubli la conscience, ce glorieux privilège de l'homme, sans lequel il serait impossible de le convaincre de péché et de l'élever à rien de bon.
Elles portent si haut l'action de la grâce, et ravalent si bas tout résultat de l'activité humaine, que l'homme en est anéanti. Les mots de justice et de vertu sont rayés de leur dictionnaire, et l'on a vu, dans une brochure publiée par un de leurs partisans', cette phrase : « Que faut-il donc faire pour être sauvé? Rien. » On dirait quelquefois qu'ils veulent renouveler le dualisme des Persans. A force de frapper l'âme humaine d'incapacité pour le bien et d'anéantir son action devant celle de Dieu, on dirait presque qu'ils en viennent à la frapper d'une égale incapacité pour le mal , et qu'ils attribuent le péché à l'action de Satan séduisant et trompant les hommes. En sorte que l'âme serait une arène dans laquelle deux êtres, d'une nature opposée, se feraient
une guerre à outrance, où la victoire serait bien rarement pour le bon droit .
Enfin, dans l'opposition entre la vie (le la terre et celle du ciel, c'est à la dernière qu'ils rapportent tout, anéantissant ainsi la valeur sensible de la vie humaine, après en avoir anéanti la valeur morale par leurs dogmes précédents. Mais cet avenir, auquel ils rapportent tout, ayant à son entrée l'arbitraire de la prédestination ou dn moins celui de la grâce, ne satisfait plus aux besoins de la conscience. Ce monde nouveau n'est plus un monde moral ; il ne répond plus aux tendances naturelles et irrésistibles de l'âme humaine; il affaiblit donc, il détruit peut-être les fondements les plus solides de la croyance en un ordre moral , et par conséquent en un Dieu et en l'immortalité. Il est, si je puis m'exprimer ainsi , trop dogmatique et trop sensuel pour ne pas avoir ce danger.
Le méthodisme prenant dans chaque question vitale le côté le plus absolu , il en résulte qu'il est très-absolu lui-même. ïVétant arrêté par aucune limite, gêné par aucune restriction, il va de l'avant avec cette force, cette activité presque irrésistible que donne toujours une persuasion profonde et entière. Il est sûr de posséder dans ses dogmes le secret de la destinée humaine, destinée d'une importance incomparable, puisque sa nature est un bcmheur ou un malheur immense et sa place l'éternité. Il tient donc à ses croyances avec une inflexible fermeté. Il les regarde comme l'indispensable condition de tout salut pour l'homme. L'expérience et la raison l'ont convaincu que ces grands intérêts ne s'avancent point par la gêne et par la violence. Il professe donc une tolérance civile parfaite, mais il professe une intolérance religieuse absolue. Il renouvelle du catholicisme, avec une rigueur plus inflexible encore, ce dogme: « Hors de l'Lglise point de salut, » qui jadis excita tant d'indignation parmi les protestants.
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Les moindres différences sont pour lui fondamentales, et il qualifie du titre de mondains ou d'ennemis de Jésus des gens qui luttent de toutes leurs forces contre le sensualisme, et par qui le nom de Jésus n'est jamais prononcé sans une émotion profonde, mélange délicieux de respect, de confiance et d'amour. Ce sont toutes les allures d'une secte en minorité, qui tient que hors de son sein il n'existe que corruption, mort et incrédulité.
Si, indépendamment de la croyance intime de l'âme et du besoin naturel de l'épancher au dehors, on se demande quel est le but immédiat que se proposent les prédicateurs du méthodisme , je dirai qu'il faut distinguer. Je ne crois pas qu'il soit possible de douter que, surtout parmi les étrangers, plusieurs n'aient eu le dessein d'établir en France des Églises méthodistes, formées des débris de l'Église réformée. C'est ce qu'ils ont fait à Genève ; c'est ce qu'ils ont tenté en Suisse. Et si en France cette tendance est moins manifeste, c'est qu'ils ont trouvé moins d'appuis et plus d'obstacles. Cependant jusqu'à preuve plus évidente du contraire, je persiste à croire que ce but est celui du plus petit nombre, parmi ceux que je crois pouvoir appeler les méthodistes nationaux. Je crois que la plupart veulent rester membres de l'Église réformée, se ménager dans des réunions privées les sources d'édification que cette Église ne leur fournit pas suffisamment à leur gré, mais ne point rompre avec elle, vivre en elle et surtout agir en elle. Pour les uns, c'est une affaire d'habitude et de raison : ils ne veulent pas former une secte et croient pouvoir se suffire sans en venir à une telle extrémité. Pour les autres, c'est une affaire de politique et de calcul. Tout leur déplaît dans l'Église réformée. Le culte est pour eux sans vie; les prédications inutiles, quand elles ne sont pas blasphématoires, la discipline relâchée et pervertie; les consistoires faibles,
mondains, peut-être impies. Mais elle est établie; elle a ses réunions régulières; ils en sont membres, peutrire pasteurs; elle leur fournit l'occasion d'être reçus sans défiance, de parler librement et avec autorité ; elle éloigne le danger de paraître avec une doctrine, une religion nouvelles; elle couvre même à l'égard de l'autorité civile et de ses lois inquisitives. On y reste pour s'en servir, en attendant de la renouveler. Et l'on se justifie , en cliercbant dans ses anciens règlements quelques points d'une ressemblance plus ou moins prochaine avec les doctrines que l'on professe. L'on se, croit peut-être {'Église réformée de France, précisément comme M. Malan se croyait l'Église de Genève. N'était cette prétention trop souvent et trop hautement affichée, rien ne serait plus simple et plus iiioffensif que l'existence du méthodisme, non comme corporation, mais comme croyance et sentiment dans l'Eglise réformée de France.
On n'aurait du méthodisme qu'une connaissance bien imparfaite, si l'on n'analysait les moyens par lesquels il se fait jour. C'est peut-être au fond ce qu'il y a de plus remarquable dans son existence, et c'est là qu'il y a le plus à profiter pour ceux qui voudront y réfléchir. Ces moyens sont de plusieurs sortes. Pour diriger le court examen que j'en veux faire, je crois pouvoir les diviser commodément , en moyens religieux ou de fonds, en moyens mécaniques ou de formes, et en moyens politiques ou d'administration et de conduite.
Quant aux moyens religieux ou de fonds, je crois m'en être expliqué suffisamment, soit dans les premières pages de ce chapitre, soit dans celui sur les moyens de religiosité. Qu'il me suffise de faire remarquer ici une différence fondamentale , qui se trouve entre les prédications des méthodistes et celles d'un grand nombre de pasteurs qui ne le sont pas. Les premiers prennent toujours l'homme corps à corps. Ils
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attaquent quelque grand sentiment, quelque principe fondamental de la nature humaine, la conscience du péché, par exemple, et le sentiment de son indignité; ils l'exposent et le développent d'une manière forte et impressive. Ils sont suivis, parce qu'ils sont sentis. Ils sont crus, précisément parce qu'ils ne prouvent pas, mais racontent et développent ce que chacun sent, ce qui l'a mille fois troublé, ce qu'il voit tous les jours devant ses yeux. Cette voie est populaire ; elle est à la portée de toutes les intelligences ; et pourtant elle est fondée et rationnelle, parce qu'elle est prise dans la nature du sujet et de l'âme humaine. En effet, pour les sujets essentiellement religieux, il n'en existe pas d'autre. Et quand l'âme est ébranlée jusque dans ses replis les plus secrets, quand elle est en quelque sorte battue en brèche par la présentation d'un grand sentiment auquel tout répond dans son intérieur, alors le reste du système passe, sans discussion et sans examen. Ils en ont fait naître le besoin : le besoin n'est pas difficile. Ilsont créé l'émotion religieuse : l'émotion religieuse leur répond et les soutient. Ils n'ont pas peint toute la nature humaine ; mais ce qu'ils ont peint est vrai : tout le monde le sent, et tout le monde ne sent pas ce qui manque.
Les autres prédicateurs ont trop souvent le défaut de vouloir prendre l'homme en détail, et, pour ainsi dire, par parcelles. 11 en résulte qu'à chaque fois l'homme entier reste intact et leur échappe sans cesse. C'est, si vous voulez, un rameau coupé sur un arbre vigoureux. L'arbre n'a changé ni de forme ni de nature. Revenez quelques jours après, vous y verrez le même feuillage et les mêmes fruits, et vous chercherez en vain la place où s'épuisa votre effort. Ils ont le défaut, plus grave encore, de vouloir toujours prouver, toujours convaincre, et de ne jamais exposer. Ils ne mettent en jeu que la raison, faculté froide, peu religieuse, essentiellement
MÉTHODISME
sceptique, et très-courte dans ses résultats, quand on ne veut jamais voir qu'elle. Ils laissent dans l'ombre, ils ont l'air de ne pas connaître, les facultés, les dispositions et les besoins primordiaux de l'âme, qui seuls fournissent de véritables données religieuses, et mettent en état de comprendre et de sentir l'Évangile. Estil étonnant que la froideur et le doute répondent seuls à l'exclusif emploi d'une faculté essentiellement froide et doutante? Est-il étonnant que l'âme résiste à des allocutions qui ne lui sont point adressées? Est-il étonnant ([ue, dans un grand nombre d'endroits , même avec une instruction religieuse assez avancée, la religion réelle et vitale soit en demeure, si elle ne rétrograde pas, et que lc$ premiers qui viennent parler religieusement de la religion ouvrent en quelque sorte un monde inconnu, dont beaucoup pressentaient le besoin et dans lequel ils se précipitent avec toute l'ardeur d'une conversion nouvelle ?
. Joignez à cela l'emploi de moyens mécaniques ou extérieurs, parfaitement appropriés au dessein de propager et d'étendre cette impression première. — Les grandes émotions de l'âme ont besoin de se communiquer. Elles n'atteignent toute leur intensité, elles n'exercent au dehors toute leur influence que par les communications intimes et par le contact immédiat des hommes les uns envers les autres. C'est là qu'on s'échauffe; c*èst là qu'on s'excite ; c'est là qu'on se dit précisément ce qu'on veut entendre et comme on veut l'entendre. Les méthodistes n'ont eu garde de négliger ce moyen, dans tous les temps si efficace et auquel le christianisme doit ses premiers, ses plus réels et ses plus paisibles progrès. — Le chant va exciter ou peindre les émotions les plus profondes de l'âme ; la musique est éminemment religieuse, communicative et sociale. Les méthodistes ont perfectionné le chant sacré ; ils l'ont rendu plus pur, plus harmonieux, plus religieux ; ils
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en font un grand usage dans toutes leurs réunions. — Enfin, l'homme étant composé d'un esprit et d'un corps, il faut que la religion revête des formes, qu'elle soit accompagnée d'exercices, pour faire sur lui toute l'impression qu'elle doit produire , pour prendre sur sa passion en même temps que sur son intelligence. Les méthodistes ont fait entrer dans leur existence religieuse une discipline forte et sévère. Ils se sont donné un lien, par Ja rigidité convenue de leur conduite , même dans des choses que l'on peut traiter d'indifférentes. Ils ont vaincu la sensualité grossière par une sensualité plus relevée, en enveloppant et le culte, et la société religieuse, et la morale elle-même, de formes sévères, dont plusieurs sont arbitraires sans doute, mais qui ne contribuent pas moins à frapper l'imagination et à fortifier les liens de l'association tout entière. On n'a jamafs observé qu'une grande rigidité de morale ait fait obstacle à l'introduction d'une secte nouvelle : au contraire, elle lui a toujours servi. — Tous les moyens secondaires de ranimer l'intérêt religieux en général, ou de répandre efficacement leurs opinions particulières , les méthodistes les ont employés avec une infatigable persévérance. Ils ont pris part à toutes les associations religieuses, ils ont publié une foule de brochures qu'ils ont répandues par milliers; ils ont parlé partout où ils en ont trouvé les occasions ; ils ont déployé une industrieuse activité pour les faire naître. Les chefs de file se sont mis en communication entre eux pour se faire part de leurs succès et de leurs revers. Tandis que leurs adversaires sont isolés, manquent de principes fixes, et n'agissent presque jamais dans le même sens, eux sont fortement liés ensemble d'un bout de la France à l'autre. Ils s'entendent au moindre mot. Ils se soutiennent avec persévérance. Ils forment un corps serré, dont toutes les parties vont ensemble vers le même but. Ainsi ils tirent parti
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tout ce qu'ils ont, et paraissent beaucoup plus nombreux et plus torts qu'ils ne le sont en effet. Ces moyens sont d'une efficacité éprouvée. Ils ne sont pas méthodistes : ils sont humains. Ils ne faut point être surpris si le succès en couronne souvent l'emploi. Et peut-être l'un des plus grands torts que font à leur ministère les pasteurs qui ne sont pas méthodistes, c'est de les repousser, parce que les méthodistes les ont employés les premiers. — La défiance à cet égard est extrême chez un grand nombre de pasteurs. Ils prêchent, ils instruisent, ils exhortent. Mais, s'ils voyaient quelquesuns de leurs paroissiens prendre à la lettre ces exhortations et se conduire en conséquence, il y a gros à pa rier qu'ils les taxeraient de méthodisme.
Quant aux moyens que j'ai appelés politiques ou de conduite, je ne saurais en parler avec la même faveur. Bien des fois, ce qu'il y a de plus intime dans mes idées religieuses, et mieux encore, dans mes sentiments moraux, en fut douloureusement froissé. Je pourrais parler ici de cette persévérance à exhumer nos anciens règlements, pour nous en faire des chaînes tout, en nous parlant de liberté ; de cette tendance prononcée à s'emparer de notre Église par la forme, quoique en beaucoup de choses on n'en veuille pas pour le fond ; de cette froideur avec laquelle on verrait approcher sa dissolution, quoique dans ce moment on semble avoir à cœur de la restaurer pour foudroyer par elle ses adversaires. Mais je veux parler d'une multitude de choses de détail, dont chacun est témoin tous les jours; par lesquelles on voit souvent la charité blessée , et oii Ton est réduit à se demander, peut-être si la bonne foi n'a pas souffert quelque légère entorse, ou s'il n'est pas intervenu quelque application exagérée du principe : qui veut la fin veut les moyens. Je dis avec regret ce que j'ai éprouvé moi-même plusieurs fois. Je n'en veux donner pour preuve que ma propre conscience. C'est
une position fachcuso pour une accusation qui est grave, quelque soin que je prenne de l'atténuer, avec quelque défiance que je la mette en avant. Pour faire autrement, il me faudrait citer des faits et des noms propres, ce dont je veux m abstenir à tout prix. Maintenant que faire ?
Ma réponse se renferme en deux mots : beaucoup et rien.
Beaucoup dans le sein de l'Église, pour faire complètement le bien dont le peuple sent vivement le besoin, et que les méthodistes viennent lui offrir en partie.
Bien hors de l'Église, pour les troubler, pour les inquiéter, pour les gêner dans l'usage de leur liberté individuelle, pour empêcher leurs -réunions, pour attirer sur eux l'inquisition et les rigueurs de l'autorité civile.
Je suis intimement persuadé que c'est là la véritable ligne de conduite. C'est à la fois celle de la prudence; c'est celle de la charité ; c'est celle que commande l'esprit de l'Évangile ; c'est celle qui résulte forcément des principes du protestantisme. On ne peut en sortir sans tomber dans l'inconséquence et sans aggraver promptement le mal qu'on voulait prévenir.
Si vous craignez l'invasion des méthodistes dans vos églises, rendez-les inutiles. Votre peuple a besoin d'une religion plus profonde et plus vivante que celle dont il fut nourri : donnez-la lui. 11 veut entendre parler de religion, et plus intimement qu'on ne lui en a parlé naguères : rapprochez-vous de lui ; appelez-le plus souvent près de vous ; appropriez votre langage à la portée de son intelligence et aux besoins de son cœur ; ne craignez point d'être familiers et populaires : c'est le peuple que vous avez à conduire. Que vos coups, dirigés trop haut, ne passent point par-dessus sa tête : qu'ils portent au cœur. Occupez-vous des écoles ; emparez-vous de la jeunesse; profitez de cet âge de fraîcheur et d'émotion, pour faire pénétrer la religion dans les habitudes les
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plus olièras ci les plus inaflbçahlei de la vie. RéaétaM dans les maison ; sache/, y taire votre place et y trouver le moment de dire la vérité. Quand on le cherche, il finit toujours par arriver. Si Ton veut se réunir pour passer quelques instants dans des lectures pieuses, de préférence aux amusements ordinaires de la société, ne vous effrayes pas; ne voyez peint un désordre dansée que vous ave/ vainement désir*' et provoqué dans d'autres temps, \oyez tout et dirige/ tout. Si vous avez introduit nue religion vivante, une religion qui soit vraiment religion, vous aurez peu à craindre l'invasion des fnéthodistes. 11 trouveront l'ouvrage achevé, lés besoins remplis, les âmes satisfaites. Ils ne pourront (pie disputer sur quelques points obscurs de la théologie; ils seront bientôt oubliés.
Mais, si vous ne faites rien de tout cela, la conséquence est toute simple. Ils viendront le faire pour vous , et alors...
Le eus le plus embarrassant dans ce qui peut se faire au sein même de l'Église est celui où l'un des pasteurs aurait pris une couleur décidément méthodiste, et où l'autre en aurait une différente ou même opposée. .
Au pasteur méthodiste je n'ai rien à conseiller. Los conseils de prudence, de modération et de charité que je pourrais lui donner, seraient traités de faiblesse, de prévarication peut-être. Us ne seraient pas reçus.
A l'autre, je dirai d'abord ce que je viens de dire. Sa situation devenant critique, la vigueur, l'activité, la chaleur qui vient d'une persuasion profonde, le zèle, la fidélité, la piété douce et communicative, toutes ces choses, qui sont indispensables dans tous les temps, sont pour lui dans un temps de crise une affaire dévie et de mort. 11 doit éloigner, autant qu'il le peut, le trouble et ! le scandale. 11 doit bien réfléchir sur la route qu'il lui convient de prendre. Et, quand il l'a prise, il doit y marcher librement, ouvertement, fermement, sans trop