MÉTHODISME
regarder à droite et à gauche, et surtout sans chercher à repousser et à venger tous les coups qui lui sont portés. Qu'il marche dans le chemin qu'il croit celui de la vérité, avec toute la force d'une âme profondément persuadée et d'un cœur sincèrement religieux, et qu'il ne s'inquiète pas du reste. Il avancera bien plus que s'il se laisse détourner à chaque instant, et par conséquent affaiblir et fatiguer, par la tentation de répondre à toutes les attaques, de relever toutes les erreurs qui pourront être enseignées à côté de lui. Qu'il expose beaucoup et qu'il polémise peu. Les honnêtes gens, les amis de la piété qui est selon la charité, auront bientôt apprécié sa position et sa prudence; et il éloignera d'autant le moment ou le peuple lui-même s'apercevrait ne la dissension, où la chaire évangélique deviendrait une arène de vaines disputes , d'argumentations outrées , peut-être de déplorables injures. Je crois qu'un des plus grands torts que se fassent un grand nombre de jeunes prédicateurs, c'est de choisir les méthodistes pour point de mire de leur conduite, de prendre toujours le contrepied de ce qu'ils t'ont et de ce qu'ils disent, et de ne voir le but de leur ministère que dans la lutte qu'ils sou tiennent contre eux. Vous avez autre chose à faire que de leur résister. Vous avez à faire... une grande partie de ce qu'ils font. Travaillez-y, sans trop vous inquiéter du bruit qu'ils font à vos oreilles, ni des bâtons qu'ils vous jettent dans les jambes. Si vous vous imposez le devoir de leur répondre sans cesse, le peuple se détournera d'eux peut-être, mais il se détournera plus sure ment encore de vous : car, ne lui donnant jamais que des négations, ce sera bien vous qui serez réellement le plus îroid et le plus vide. Si vous avez un collègue méthodiste, soyez'donc religieux autant que lui, irrépro chab.e et pur autant que lui, actif et zélé autant que lui chaieureux dans vos discours autant que lui. iNe disputez jamais en cnaire, peu dans la société, mais instruisez
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beaucoup, éclairez beaucoup, donnez beaucoup do sentiments et beaucoup d'idées, et puis laissez faire au temps, sans trop vous reposer sur lui.
Au consistoire, je dirai qu'il doit user de toute son influence pour éloigner le moment où la dispute s'introduira dans la chaire. Il doit élargir autant que possible les limites dans lesquelles il est permis au prédicateur d'exposer ses croyances : c'est là le principe du protestantisme, et la condition sans laquelle il est impossible que la religion fasse de véritables progrès parmi nous. Mais la prédication se donnant au milieu du cube, pVst-à-dire, d'un acte profondément religieux, où le calme des passions, la sérénité des âmes, l'union et la pureté des cœurs sont les premières et les plus indispensables conditions, la dispute, et par conséquent l'aigreur et. l'outrage, doivent en être bannis. Si les pasteurs avaient le malheur de l'oublier, quelles que soient les formes de leur dogmatisme, les consistoires sont là pour le leur rappeler. C'est au fond la première et peut-être la plus importante de leurs fonctions. Tel est le but manifeste du règlement publié par le consistoire de Genève, à l'origine des discussions méthodistes ; règlement si mal compris et si injustement blâmé. Si les pasteurs ne voulaient point obtempérer à des conseils aussi sages, alors le consistoire demeurerait consistoire et devrait apprécier l'étendue de ses droits, de son pouvoir et de sa responsabilité. Mais qu'il ne se hâte pas; qu'il ne prenne pas feu trop vite; qu'il n'excite pas, qu'il tempère; qu'il voie sans peine l'auditoire se classer en quelque sorte entre les deux prédicateurs, suivant que ce qu'ils donnent répond plus ou moins aux besoins intimes de chaque fidèle. Jl y a tant de mystères dans l'âme humaine et si peu de positions intellectuelles et religieuses égales! Il est si facile de prendre l'indifférence et l'oubli pour l'union et la paix ! Il est si difficile que la vie religieuse se réveille, sans réveiller aussi
MÉTHODISME
quelques dissentiments oubliés qui dormaient à coté d'elle! 8e hâter d'étouffer ces premiers symptômes du réveil, s'est s'exposer ou à le reculer longtemps encore, ou à le rendre plus emporté, plus violent et plus tumultueux. Le consistoire doit demeurer supérieur aux deux nuances qui peuvent partager l'Église, afin de conserver le pouvoir de maintenir entre elles l'ordre, l'harmonie et la paix.
Au dehors, il n'y a rien à faire; rien, absolument rien. Je l'ai dit ailleurs assez pour n'avoir pas besoin de -revenir ici sur les mêmes détails. Aussi longtemps que les méthodistes demeurent dans l'église, assistent au culte commun , viennent entendre les pasteurs , ou même, si l'on veut, leurpasieur, donnent à leurs enfants le même baptême, participent à la même communion, quand ils auraient après des réunions privées, il ne faut point y avoir égard; il ne faut point les y troubler; surtout et par-dessus tout, il ne faut point invoquer contre eux la force publique. Ils sont membres de l'Église : voulez-vous les empêcher de s'édifier entre eux par des lectures de leur choix? Ils veulent rester unis à l'Église : si vous appelez la violence contre leurs réunions paisibles, ils se sépareront de l'Église et c'est
vous qui l'aurez voulu. Vous aurez élevé, dans le champ que le mouvement des esprits pouvait parcourir librement, des murs de séparation qu'il ne vous sera plus loisible de renverser quand vous le voudrez. C'est un mal beaucoup plus grave que l'existence de quelques conciliabules, ou les gens entrent, d'où ils sortent, suivant que le cœur leur en dit, et qui dans quinze ans peut-être auront changé d'esprit , d'habitudes et de doctrine, comme ils auront changé de membres, comme vous aussi vous aurez changé.
Si les méthodistes se sont séparés de l'Église , s'ils n'assistent plus à son culte , s'ils ne reçoivent plus ses sacrements, j'en ai dit ailleurs ma pensée : ils n.e vous
M ÊTH0D1SME.
r*eg#rderil plus, Les faite poursuivra serait une inconséquence inexcusable dans un protestant. Ce serait en mf'mp temps une bassesse. Vous, pasteurs, vous, consistoires, vous n'êtes pas les espions de la police. Si la loi de Vingt personnes est violée, ce n'est pas à vous à le fléndncer. Que le mair.e, ijue le ptéfél en lasse son affaire el se rende persécuteur, s'il le veut, à ses périls et risques. (iarde/-vous de tremper dans une barbarie digne d'un autre siècle, et contre laquelle les protestants de France n'ont jamais cessé de réclamer. Voilà votre place. Le christianisme , le protestantisme et la Charte vous l'ont tracée. Yen sortez pas.
L'apparition du méthodisme parmi nous est-elle un bien ? est-elle un mal? Je conçois les ennuis et les inquiétudes qu'il a causés dans plusieurs endroits. On peut dire que, dans quelques-uns, il s'est montré insupportable. Mais, quand je considère l'ensemble, quand je compare l'état religieux où nous sommes à celui où nous étions il y a douze ans, je ne puis m'empêcher de croire que l'apparition du méthodisme nous a fait du bien. II a excité l'attention, rendu de l'intérêt aux diseussions religieuses, fait naître des craintes justes ou exagérées, imprimé du mouvement. Dès lors l'indifférence a disparu. Chaque pasteur s'est rapproché de son troupeau , a fait plus de cas de l'instruction , a cherché des moyens de défense; et tout a changé' de l'ace. Des améliorations ont été faites dans l'ordre et dans l'esprit du culte; les écoles se sont multipliées; les établissements utiles se sont fondés. Toutes ces choses sont excellentes sans le méthodisme. Elles n'ont pas besoin de lui pour faire du bien. Le mouvement général vers le perfectionnement de la société , qui se manifeste depuis la restauration , aurait sûrement porté sur nous sa salutaire influence et nous aurait donné une bonne part de ce que nous avons. Tout cela est vrai. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que l'introduction de ces
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mêmes améliorations date du même temps que celle du méthodisme , et s'est faite sur plusieurs points par les mêmes hommes. Il est vraisemhlahle que, sans lui, les communications eussent été plus lentes, et que nous serions moins avancés. Que sais-je? le bien ne se serait fait que par raison , et la mollesse aurait lutté faiblement contre l'inertie du statu quo. Par la présence du méthodisme, le bien s'est fait de part et d'autre avec un peu de passion. Il y a gagné en vigueur, en persévérance et en force communicative.
Le méthodisme est-il réellement en progrès dans les églises réformées de France, et quelle place doit-il y occuper enfin? S'il est en progrès, il& sont bien lents. Les hommes qui, dans le pays, se sont déclarés pour lui, n'ont pas su le rendre populaire, et l'on ne voit pas que leurs églises soient celles où l'esprit religieux a pénétré, le plus avant dans la masse. En général , dès qu'il se décante, le méthodisme voit ses progrès arrêtés sans retour. Il pourra donc naître, dans l'Église réformée de France , un esprit religieux plus général et plus profond que celui dont nous voyons les effets sous nos yeux. Les idées pourront y subir des modifications importantes. Mais le méthodisme , tel qu'il se montre aujourd'hui, ne peut pas y devenir dominant. S'il ne se sépare pas, il sera une forme de dévotion, dont les partisans seront plus ou moins nombreux, mais qui ne deviendra jamais universelle, et qui s'affaiblira toujours par le mouvement plus actif et plus religieux de la masse. S'il se sépare, il rompra ses communications avec la masse elle-même, et sera tout à fait insignifiant. L'avenir est le secret de Dieu, mais telle est mon opinion sur la place définitive que le méthodisme doit occuper au milieu de nous.
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Le méthodisme occupe beaucoup l'attention d'un grand nombre de conducteurs de nos églises. Ils sont en contact avec lui. La proximité immédiate grossit les objets outre mesure. — 11 est pourtant un ennemi bien plus à craindre , et dont les mouvements devraient attirer toute l'activité de leur vigilance.