‹ Du protestantisme en FranceChapitre 40 sur 43 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

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Je sens combien ce sujet est délicat à traiter pour moi. Membre d'une autre communion; plus que membre, ministre ; n'ayant souffert dans ma personne aucune attaque, aucune atteinte de la communion dont je vais parler, quoique longtemps ennemie; protégée, soutenue par un gouvernement qui se déclare lui appartenir et qui. la proclame la religion de l'État, il semble qu'un silence respectueux soit pour moi dans les plus strictes convenances, et qu'il touche presque au devoir. Mais, dans un pays de liberté, la liberté des discussions religieuses n'est pas la moins chère de toutes, ni la moins utile à exercer. Aussi, l'on ne s'en est pas fait faute, et toutes nos croyances sont soumises tous les jours à un examen rigoureux. Si je dis quelques vérités déplaisantes, ceux qu'elles pourront offenser n'auront pas droit de se plaindre que j'aie parlé sans provocation, car ils attaquent tous les jours. D'ailleurs, ce chapitre n'est point une controverse ouverte entre deux Églises, c'est un jugement calme et impartial. Et la franchise aveQ laquelle je parle de la constitution et des intérêts de la mienne me donne le droit, je pense, d'user de la même franchise à l'égard d'une Église qui nous enveloppe et nous presse de toutes parts, et dont nous ressentons partout la présence et l'action.

J'espère qu'on ne tiendra point à offense l'observation qui doit ouvrir ce chapitre : c'est que le catholicisme en France a perdu une grande partie de son au-

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torité sur les masses. Le flot de là popularité s'en est retiré, comme un fleuve abandonne sur sa rive le navire que naguère il soalevaft avec orgueil. Le fait est patent; il est senti de part et d'autre. Le navire n'a plus d'eau pour le porter que celle qui se trouve encore dans 1 urne de ses derniers matelots. Et la cause de cet abandon n'est pas uniquement , n'est pas même en grande partir dans l'affaiblissement du principe religieux chez une nation remure par le philosophisme. 11 y a cela sans doute, niais il y a plus encore. La défection s'est manifestée chez des hommes que le soupçon d'impiété ne saurait atteindre : ils se montrent les amis les plus chauds et les plus éclairés de l'Évangile et de l'humanité. Ils sont les représentants de grandes masses qui pensent comme eux et qui composent l'élite de la nation. A tort ou à raison, ('es hommes ont senti fine les affaires du clergé n'étaient point leurs affaires. Ils on! senti plus encore : ils ont senti que la religion catholique n'était point leur religion, n'était point la religion. Tel est l'aspect que présentent les classes éclairées presque en totalité; tel est le sentiment que Ton trouve encore dans un grand nombre des membres des classes inférieures. La plupart des autres ou n'ont point de religion, ou l'ont si grossière, que l'on sait à peine quel nom lui donner.

Les directeurs du catholicisme en France ont parfaitement senti cette position. Une preuve, c'est qu'ils l'ont presque avouée. Une autre preuve, meilleure encore, c'est qu'ils ont constamment agi en vue de cette position. Les efforts tentés en France, depuis quelques années, pour reposer le catholicisme sur son ancienne base et lui rendre le crédit qu'il a perdu sur les masses, ont quelque chose d'inouï. On a tenté toutes les directions. On a voulu agir sur le peuple par un langage et des pompes dignes de lui ; on a cherché à conquérir tes hommes éclairés par des discussions philosophiques,

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en même temps que l'on posait une main hardie sur les rênes du pouvoir social. Essayons de mieux décrire ces diverses directions. Les protestants pourront gagner à nos réflexions et d'autres peut-être avec eux.

Les premiers efforts ont été dirigés vers le peuple. Il en avait besoin, et rien n'était plus naturel que de voir les ministres de la religion, rendus enfin à la sécurité, s'occuper immédiatement de ramener au christianisme une population qui l'avait trop longtemps perdu de vue. Ici la position devenait délicate ; le choix de la direction qu'il fallait imprimer à ces instructions nouvelles était difficile. Les formes sous lesquelles le catholicisme se présente au peuple sont nombreuses, et la différence est extrême entre celle qu'il affecte en Espagne et celle qu'il prend depuis quelques années en Bavière et en Silésie. Il est arrivé ce que l'on pouvait attendre d'un mouvement qui tient de la réaction. C'est la forme espagnole qui a prévalu. L'on s'est abaissé jusqu'à l'esprit de la multitude, au lieu de chercher à le relever. On a matérialisé la religion pour les hommes, au lieu de chercher à spiritualiser les hommes pour la religion ; et tout à coup, la religion de la lumière et de la vérité, la religion de l'intelligence et du cœur s'est posée en tra^ vers des progrès de l'intelligente humaine, de l'instruction des classes pauvres, des établissements propres à répandre plus également la lumière dans la société. Elle a eu l'air de regarder comme étant dirigé contre elle tout ce que l'on proposait , tout ce que l'on exécutait pour étendre la civilisation dans tous les coins de notre patrie. Elle a convoité la direction des établissements d'instruction primaire pour leur imposer des entraves et finir par les étouffer. Elle a institué des sociétés pour répandre de bons livres; et ces livres étaient remplis de légendes auprès desquelles celles du moyen âge paraîtraient simples et naturelles. Elle a ranimé le goût pour les pompes les plus vaines. Elle a parlé au

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peuple le langage do la passion que le peuple aime tant à entendre. Elle a affecté de confondre plus que jamais les observances avec les devoirs, ou , si elle a fait une distinction, c'est pour l'aire passer les observances les premières : car le peuple aime beaucoup les observances et n'aime guère les devoirs. Nos villes et nos villages ont été hérissés de monuments, quelquefois bizarres, quelquefois gigantesques, dont les inscriptions, presque toujours ambiguës, laissent le lecteur indécis entre les superstitions les plus grossières et les plus sublimes vérités. Les erreurs les plus manifestes des classes inférieures n'ont point été combattues; elles ont été encouragées. Les pèlerinages les plus absurdes ont retrouvé non-seulement des pèlerins, mais des apologistes. De là aux miracles il n'est qu'un pas. On l'a franchi. Il s'est fait des miracles dans le ciel et sur la terre ; et les prôneurs n'ont pas manqué, même dans les classes où l'on n'aurait pas cru devoir les trouver. On a pénétré sous le toit domestique, et des unions cimentées par la bonne foi, par la loi, par la religion même et par les plus douces bénédictions du ciel , ont été troublées, brisées. En un mot, la religion a été présentée au peuple, non point telle qu'il la fallait pour faire du bien au peuple, mais telle qu'il la fallait pour que le peuple la reçût avec cette passion qui lui est propre, et qui s'est manifestée en un demi-siècle sous tant d'apparences diverses. Voilà les formes qu'a prises sous nos yeux la religion populaire. Ces traits réunis n'offrent pas sans doute un brillant tableau, mais il n'en est pas un seul dont on ne puisse justifier la vérité par des preuves irrécusables; et je pense que, dans quelque point de la France où l'on se trouve placé, on n'aurait pas besoin d'aller bien loin pour les recueillir.

Je sais qu'il est un grand nombre d'ecclésiastiques pieux qui voient surtout dans le catholicisme la religion ; qui toute leur vie ont travaillé à la répandre dans

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ses formes les plus simples, et qui sont profondément affligés de ce mouvement tumultueux auquel ils ne peuvent rien opposer. Ils sont l'élite et l'honneur du clergé, mais il existe au-dessus et au-dessous d'eux une force qui les emporte. C'est un torrent débordé, dont la source est trop haute pour eux et dont ils ne peuvent fendre les flots avec leurs débiles bras. Ils en ont reçu l'invasion comme une'visitation du ciel.

Cet orage semble se calmer depuis quelque temps. Ce débordement de superstition et de passion, dont tous les amis du catholicisme et du christianisme ont gémi, semble vouloir rentrer dans son lit. — Mais ceux qui l'ont excité sont toujours là, et leurs intentions ne sont point changées. — Le peuple est toujours le même. Ce n'était point un tel système qui pouvait le rendre meilieur. — Tout est encore en fermentation. Nous voyons ce que le catholicisme est devenu quand il a voulu se rendre populaire sous la direction de ses hommes les plus éminents. Que deviendra-t-il , s'il prend enfin une autre voie? — Deviendra-t-il plus modéré, plus sage, plus raisonnable, plus chrétien? Et s'il le devient, serat-il toujours populaire? — Je parle de ce que tout le monde a vu, et non de ce qui n'existe point encore.

Chose étrange, et qu'on aura de la peine à croire ! Dans le temps même où le catholicisme était offert au peuple, non point comme une religion élevée, pure, mais, tranchons le mot , comme une sorte de fétichisme, on travaillait avec une égale ardeur, mais dans un autre sens, à le présenter aux hommes éclairés sous un point de vue philosophique. On voulait ainsi réparer les brèches qu'il avait souffertes, et lui concilier de nouveau l'estime des penseurs et des amis de l'humanité. Et ce qui paraîtra bien plus étrange encore, c'est que presque toujours cette double direction émanait du même centre. Les mêmes individus,' peut-être la même coterie, émettaient , le même jour, un livre pour prou-

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ver que la religion catholique esl la plus philosophique et la plus pure de toutes, et donnaient des ordres pour raviver chez le peuple les superstitions et les pratiques les plus justement oubliées, sans trop réfléchir peutêtre que le dégoût qu'ils inspiraient d'un coté était peu propre à favoriser l'examen calme et réfléchi qu'ils semblaient appeler de l'autre. Contentons-nous de signaler cette contradiction, trop manifeste pour n'être pas sentie, et par conséquent voulue par ceux qui en ont donné le spectacle, et tâchons de transmettre une idée concise, mais suffisante et loyale, des différentes formes philosophiques par lesquelles on a voulu rajeunir le catholicisme, pour le rendre acceptable à un siècle des longtemps dégoûté de la forme du moyen âge. . Une remarque, qui n'aura point échappé aux esprits observateurs, c'est que, dans tous ces systèmes philosophiques, il est fort peu question du fond du catholicisme, de son contenu, de ses dogmes, et beaucoup de sa forme, de son autorité, de son unité, de son système de gouvernement. Il semble que l'on serait disposé à faire bon marché du fond à ceux qui voudraient adopter et soûtenir vigoureusement les formes. On dirait que, contrairement à la véritable nature des choses, c'est le fond qui peut être changeant, et la forme qui doit être constante. Pourvu que le gouvernement soit le même et son autorité pleinement reconnue, peu importe ce qu'il aura à gouverner et les idées qu'il pourra répandre. Cette observation sera fortement repoussée, j'en suisassuré d'avance. Je ne chercherai point à la défendre. Elle est puisée dans le sentiment que m'a laissé la marche générale des choses : je la livre à ceux qui en ont emporté le même sentiment que moi.

Dès qu'il entre dans la discussion de ses propres formes, dèsqu'il'se présente aux hommes éclairés sous un aspect rationnel et philosophique, te catholicisme se divise presque partout en deux grandes sectes, que l'on

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désigne en France par les noms de gallicanisme et d'ultramontanisme.

Ce qui distingue essentiellement ces deux sectes, ce ne sont point les dogmes purement religieux, dont personne ne s'occupe guère ; ce sont les principes même du gouvernement religieux. Dans un temps, la division s'opéra bien sur des bases dogmatiques; il y eut des jansénistes et des molinistes séparés par leurs opinions sur les étemelles questions de la providence, de la grâce et de la prédestination. Les décisions qui intervinrent de la part de l'autorité ecclésiastique amenèrent des discussions sérieuses sur le droit de les porter; et bientôt celles-ci firent oublier les autres. Aujourd'hui , dans les deux grandes divisions qui existent, il se rencontre des hommes qui pensent différemment sur ces questions difficiles de la dogmatique chrétienne. Il peut se trouver des jansénistes parmi les ultramontains et des molinistes parmi les gallicans. Il est arrivé là comme en beaucoup d'autres choses : la forme a fait oublier le fond.

La véritable distinction se trouve uniquement en ceci : c'est que les gallicans admettent et soutiennent les principes d'une Église établie, unie avec l'État par les liens les plus étroits, et dépendante en plusieurs manières du gouvernement civil. Les ultramontains veulent une Église indépendante dans la direction de ses affaires temporelles comme dans l'expression et la propagation des dogmes spirituels. Si les gallicans étaient seuls et faisaient prévaloir leurs principes dans tout le clergé, depuis l'affaiblissement de l'autorité pontificale sur les masses populaires, l'Église catholique de France différerait fort peu de l'Église établie d'Angleterre. C'est au point qu'il y a eu quelquefois des pourparlers pour se réunir et se fortifier réciproquement en marchant dans les mêmes voies. Si les ultramontains étaient tolérants, c'est dans leurs principes que l'on trouverait les

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bases les plus larges de la liberté religieuse. Quand ils posent l'indépendance de l'Église comme premier rondement de leur doctrine-; quand ils repoussent toute action du gouvernement dans son administration intérieure, dans l'expression de sa croyance, dans la publication de ses dogmes, dans les formes et le fond de ses enseignements; quand, allant plus loin encore, ils veulent que la société religieuse ait la libre administration des biens que la piété des fidèles peut mettre à sa disposition; quand ils veulent que des associations plus ou moins nombreuses d'individus puissent se réunir pour vivre en commun, où et comme bon leur semble, ils raisonnent d'après les vrais principes de la liberté : ils envisagent l'affaire religieuse sous son véritable point de vue et dans sa plus grande simplicité. Ils éloignent d'elle un rouage, dont l'action ne s'y fait jamais sentir que pour en gêner les mouvements et en dénaturer la marche. Ils emportent l'approbation de tous les hommes éclairés, de tous les amis désintéressés de la vraie liberté religieuse. Et c'est sur ces principes, admis quelque jour dans toute leur plénitude et passant dans la pratique sans aucune restriction, que l'humanité pourra se développer largement dans le sens religieux, comme elle se développe aujourd'hui dans le sens industriel et scientifique. C'est sur de pareils principes que la religion pourra régner sur les âmes par une conviction profonde, et faire pénétrer dans les masses le sentiment de la spiritualité, sans risquer de prêter des armes à ceux qui voudraient les dégrader et les asservir. Mais quand, en posant les grands principes de toute liberté religieuse, ces mêmes hommes y ajoutent d'autres principes d'unité, d'universalité, d'autorité divine, par lesquels ils confisquent en quelque sorte les premiers à leur profit, et s'arrogent un droit théocratique d'exclure toutes les autres croyances de cette liberté, qu'ils proclament pour eux-mêmes; quand, après

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avoir repoussé toute intervention de l'État dans leurs propres affaires, ils l'appellent de tous leurs vœux pour écraser ceux qu'ils appellent les hérétiques, les impies, les ennemis dé Dieu, alors ils dénaturent tout, ils corrompent les plus beaux principes par une déplorable déception, ils les font devenir entre leurs mains les obstacles les plus insurmontables au développement et à la civilisation de l'espèce humaine , ainsi qu'à la diffusion d'une pure religiosité. Et ils sont abandonnés avec regret et pour toujours par les hommes généreux, pour qui ces intérêts sont les plus respectables et les plus chers.

Les rapports entre les principes du gallicanisme et ceux qui règlent aujourd'hui la situation des Églises réformées de France sont assez faciles à saisir. Les réformés constituent en France une Église établie, entretenant avec le gouvernement des rapports exactement de la même nature que ceux qui règlent le sort de l'Église gallicane. Les partisans de cet ordre de choses sont en général des hommes modérés, amis de la paix, qui craignent les discussions bruyantes, qui veulent faire durer tout doucement ce qui existe, en faisant du bien dans la position où ils se trouvent, tout en y conservant leur propre repos. J'ignore ce qu'aujourd'hui les gallicans pensent en principe sur la question du protestantisme, mais en général dans la pratique ils se sont montrés calmes et réservés. Leurs expressions ont été empreintes dé douceur, quelquefois de bienveillance. Ce n'est pas d'eux que sont parties ces fougueuses atta- ' ques, aussi contraires à la charité, première vertu du christianisme, qu'à la manifestation de la vérité, premier besoin de l'intelligence.

Ce qu'on aurait de la peine à croire, si on ne l'avait vu de ses propres yeux, c'est que, pendant quelque temps, le gouvernement civil se soit détaché de ces hommes, pour se lier à leurs fougueux adversaires.

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On l'a vu les caresser d'une main timide, et payer leurs désobéissances et presque leurs insolences par des laveurs. Son rôle était marqué pourtant , et sa réponse (levai! être celle de Joseph II : Mon métier, c'est d'être gallican.

.le crois inutile d'établir ici un examen approfondi dos bases sur lesquelles repose le gallicanisme. J'ai posé ailleurs les principes: les conséquences en sont faciles à tirer: et ce sont des matières sur lesquelles je n'aime pas à parler longuement . Le gallicanisme, comme toutes les Églises établies, a quelque chose de bâtard dans son essence et de gênë dans sa marche, qui le prive en quelque sorte de la vie communicat ive et de la Fécondité. Il ne fera point de fanatisme, mais il fera peu de religion.

11 serait curieux de comparer la tendance de Fultramontanisme et celle du protestantisme, dans leurs rapports avec la situation intellectuelle et morale des peuples de l'Europe. Peut-être pourrait-on dire (pie la tendance générale de rultramontanisme , c'est d'anéantir l'individu dans la masse; d'imprimer à la société tout entière une direction puissante , à laquelle toutes les forces individuelles viennent concourir et dans laquelle elles s'abîment. Ce système serait assurément le beau idéal de la civilisation humaine, si Dieu lui-même intervenait pour le diriger, autrement que par son vicaire. 'Le.protestantisme au contraire reconnaît les droits fle l'individu et les met en évidence. Il donne à l ame humaine le pouvoir de s'étendre dans tous les sens avec une entière liberté, et compose la richesse intellectuelle commune des méditations et des conquêtes successives de tous les individus. Or, de ces deux tendances opposées, quelle est celle (pu* s'accorde le mieux avec l'opinion générale des peuples modernes: avec les habitudes dont le temps et l'expérience leur ont fait un irrésistible besoin? La réponse arrive d'elle-même,

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et l'idée que je viens de donner de l'esprit du protestantisme -est précisément celle que l'on peut donner de l'esprit de l'Europe moderne , si l'on veut en excepter quelques coins obscurs. La pensée s'y répand partout sans aucune gêne. L'individu s'y étend et s'y développe suivant son goût avec une entière liberté. [1 n'est pas plus obligé de recevoir et de défendre certaines opinions que de porter certaines étoffes et de tailler son habit sous une forme réglée. Tout est exploré, tout est inventé , tout est exposé , tout est attaqué , tout est renversé , tout est renouvelé , sans autre impulsion que celle des individus , sans autre force que celle de la raison et des intérêts individuels. Mais, par cette force, la vie se répand partout sur le sol, comme dans les intelligences et dans les cœurs; les erreurs'disparaissent; les vieilles routines, les vieux préjugés s'écroulent; les vérités, les sentiments, les procédés utiles se propagent, et les conquêtes d'un individu, épurées, consolidées par un fréquent examen et par la libre expérience, deviennent celles de la masse. Le protestantisme est donc mieux en harmonie avec la tendance actuelle de la race européenne : mais, de plus, cette tendance est utile à l'humanité : l'état social vers lequel elle pousse n'est point une dissolution, mais une véritable restauration. C'est une ère nouvelle , dont nous comptons à peine les premiers ans, mais dont nous pouvons déjà prévoir les magnifiques résultats. L'ultramonta-nisme fut bon dans une époque de barbarie , où la civilisation de la race humaine était concentrée dans le sacerdoce; où il fallait avant tout en conserver soigneusement les derniers germes , de crainte de les voir périr dans cet immense naufrage : où il fallait à tout prix augmenter la considération du sacerdoce, parce que de lui seul pouvaient ressortir la lumière, la civilisation et la vie. C'était une époque de concentration , où la lumière se repliait sur elle-même et semblait ne tenir qu'à un

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souffle. L'ultramontanisme ne vaut pins rien dans une époque où la lumière sorl de partout; où elle inonde la société; où le clergé n'a plus rien à enseigner, plus rien à conserver; où les méditations, les recherches, les travaux et les découvertes individuelles, le pressent et le débordent de toutes parts; où il est forcé de rêver les temps malheureux dans lesquels il possédait seul quelque peu de science, et de faire d'inutiles tentatives pour se créer un peuple comme celui dont il était alors entouré. L'époque moderne est une époque d'expansion , où la vie intellectuelle cherche à s'étendre et s'étend en eîfet dans les derniers recoins de la patrie et du monde. .Nulle crainte raisonnable ne peut exister de la voir s'affaiblir et s'éteindre, si ce n'est dans les moyens que l'ultramontanisme voudrait employer pour la préserver de ce qu'il appelle la dissolution et l'anarchie.

Trois tentatives principales ont été faites dans ces derniers temps, pour reconstituer le catholicisme sur une bas' philosophique. Toutes trois ont pris pour base le catholicisme ultramontain.

La première est celle de M. le comte de Maistre.

Né dans un pays où l'absolutisme constitue une sorte de religion ; ayant passé plusieurs années de sa vie dans un autre pays, que l'absolutisme seul a tiré de la barbarie et fait avancer rapidement dans la carrière. de la civilisation, M. de Maistre n'a vu qu'en lui la base de l'ordre, la source de la prospérité, le caractère rie la vertu. Le catholicisme tient de trop près à des idées de c^tte nature, il se présenté trop immédiatement comme le couronnement d'un pareil système, pour que M. de Maistre n'en ait pas fait l'objet de ses méditations. Aussi a-t-il traité ce sujet ex professo dans son livre du Pape, peut-être avec moins d'éclat et d'originalité qu'il n'en avait mis dans les Soirées de Saint-Pétersbourg, mais toujours avec assez de talent pour ramener vers ces méditations les pensées des hommes éclairés qui s'en

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étaient détournés. Son principe fondamental est qu'en tout ce qui intéresse la société il faut qu'il existe un pouvoir dont les décisions soient sans appel, et auquel il ne soit pas permis de dire : Vous vous trompez. Il commence par appliquer son principe aux divers pouvoirs civils; il en établit la nécessité et la réalité dans tous les gouvernements, quelles que soient leurs formes, et dans toutes les subdivisions du pouvoir social. Jl l'applique ensuite au gouvernement religieux, et chercbe à montrer qu'il ne diffère pas des autres. 11 faut donc un pouvoir suprême dans la religion comme en toute autre chose. Et comme la sphère de la religion est la plus générale et la plus compréhensive de toutes, comme elle embrasse l'existence entière de l'homme et les plans entiers de Dieu , le pouvoir religieux suprême sera donc le pouvoir des pouvoirs, le gouvernement des gouvernements ; en termes vulgaires , le Pape exercera le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel suprêmes dans tout le genre humain.

Il y a dans ce raisonnement plusieurs paralogismes qu'il est bon de relever.

Il y a d'abord confusion du gouvernement religieux avec la religion. Sans doute la religion embrasse dans s i sphère les destinées présentes et futures du genre humain et les plans de Dieu pour lui. Mais la suprématie des idées religieuses dans la sphère intellectuelle n'est- pas la suprématie des conducteurs de la société religieuse dans toutes les ramifications de l'existence sociale. Je suppose qu'il fût prouvé que la philosophie est quelque chose d'encore plus général que la théologie, puisqu'elle embrasse la théologie et autre chose encore, s'ensuivrait-il tout simplement que les conducteurs de quelque grande école de philosophie dussent exercer, non-seulement par leurs idées, mais par leurs délibérations et leur volonté, un pouvoir sans contrôle sur toute la société, sur toutes les sociétés?

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Une autre confusion du môme genre, c'est celle du gpuvemement religieux, avec un gouvernemenJ reli^ gjeux. On peut admettre., avec le comte de Maigre, que le gouvernemenl religieux doit être absolu, comme toul autre gpuvernement. Dès qu'une société religieuse se l'orme, elle peui régler les conditions auxquelles elle reconnaît ses membres, et les principes de son gouvernement. Ce gouvernement sera absolu dans ce sens que ceux qui ne voudront pas s'y soumettre cesseront d'être membres de la société. Un gouvernement religieux est donc absolu, tant qu'on le considère comme l'organe d'une association religieuse déterminée et fondée sur certains principes. Mais, de cette vérité d'expérience et de bon sens, conclure à l'existence d'un seul gouvernement religieux, universel, qui possède à priori des droits incontestables non-seulement sur le spirituel, mais encore sur le matériel de la société, c'est un abîme qu'aucun artifice de raisonnement ne peut franchir. Quand on a fait un pareil saut, on se retourne encore tout étourdi et l'on ne tarde pas à remarquer avec effroi l'énorme solution de continuité par-dessus laquelle il a fallu passer : Incrédulité odi.

Enfin, pour arriver, il a fallu opérer la double confusion de ce gouvernement religieux suprême et absolu, dont on avait établi bien ou mal la nécessité, avec l'Église de Rome, et de l'Église de Rome avec le Pape son chef. Il y a là de nouveaux abîmes, et toutes les tentatives de ce genre trouvent dans l'impartiale histoire d'insurmontables difficultés.

Le système philosophique sur lequel M. l'abbé de La Mennais a tenté de restaurer, le catholicisme part d'un autre principe pour arriver aux mêmes résultats. Ce principe n'est pas autre chose que le scepticisme universel, posé à la base de toutes les connaissances humaines. Tout ce que les sceptiques les plus fameux ont pu trouver de plus fort pour anéantir toute certitude

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dans les connaissances humaines, et pour contreminer jusqu'à la moralité, M. l'abbé de LaMennais l'a soigneusement recueilli, l'a savamment systématisé, et, pour le rendre populaire, l'a couvert de la magie d'un style dont il semble que depuis Bossuet et Rousseau la France avait perdu la tradition. Les sens, le raisonnement, la raison, qu'il n'en distingue pas assez, la conscience, tout étant réduit en poudre ou traîné dans la fange, M. l'abbé de La Mennais entreprend la tâche ditiicile d'élever à leur place l'autorité du genre humain. On se demande comment une agrégation d'êtres dofit chacun est incapable de trouver et de discerner la vérité doit arriver infailliblement à la. vérité. Le genre humain avance dans la science et dans la vérité ; ses erreurs se corrigent; le cercle en devient toujours plus étroit, mais c'est parce que ses membres sont capables de trouver la vérité, et qu'un plus grand nombre encore sont capables de la reconnaître. Mais, avec l'autorité du genre humain élevée sur les ruines de la raison et de la conscience, il restera toujours le môme abîme à franchir. Il faudra toujours prouver que l'Église de Rome est légitimement substituée à la place du genre humain, et le Pape à la place de l'Église de Rome. Il n'est point de magie de style, point d'éclair, point de tonnerre d'élo- . quence, qui puissent masquer une chute pareille. Le lecteur étourdi ne peut suivre son guide, malgré les enchantements de la route. Il sort de cette lecture comme d'un cauchemar et s'écrie encore : Incredulus odi.

L'autre système philosophique, sur lequel on a tenté de nos jours la restitution du catholicisme, est celui de M. le baron d'Eckstein. Lui croit à l'homme. Mais, pour le connaître, il ne pense pas qu'il faille étudier ses facultés dans l'individu. 11 semble plutôt qu'il voudrait faire l'histoire naturelle de l'espèce, en la prenant historiquement, dans les phases les plus importantes de son ex^onec. Il fait donc assez bon marché de la métaphy-

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sique et de la psychologie. Mais il est d'autant plus soigneux de chercher, dans l'antiquité la plus reculée, les idées qui ont préside'1 à la tonnai ion de la société, de les dégager des symboles sous lesquels elles furent enveloppées, el de reconstruire par elles un étal social dans lequel toutes ces idées, ayant à leur sommet la religion, se développaient d'une manière harmonique et portaient la société humaine au plus haut degré de lumière, de bonheur et de vertu qu'elle soit capable d'atteindre. Autant qu'on peut en juger par des expositions qui ne sont pas toujours suffisamment claires, le système religieux et politique auquel M. le baron d'Eckstein voudrait nous ramener ressemblerait assez à celui qui régnait dans l'Inde et dans l'Égyte au temps de leur prospérité. C'est le sacerdoce tenant la clef de la science et dirigeant les idées comme les choses vers un même but et dans un même esprit. L'Église romaine se présente pour remplir ces conditions, et M. d'Eckstein reconnaît ses droits, peut-être faute de mieux.

Dans tous ces systèmes il y a deux éléments divers, qu'il faut parvenir à concilier. Si l'on n'y parvient pas, le profit pour l'Église romaine est nul. Il est moins que nul; il est négatif. Ce sont les données philosophiques et les données historiques. Si vous partez de la philosophie, comme l'ont fait M. de Maistre et M. de La Mennais, vous construisez un idéal conforme au besoin de la philosophie en général, à ceux de votre esprit en particulier, et à ceux de l'esprit du temps. Quand vous avez construit cet idéal , il faut montrer que l'Église romaine le réalise. Et là, l'histoire intervient avec son inflexible vérité pour vous montrer que ce que vous avez voulu faire, et ce que l'Église romaine a fait en réalité, sont deux choses qui n'ont presque rien de commun. Ou bien vous partez de l'histoire, vous établissez par les faits ce qu'est l'Église romaine, son origine, les prétentions qu'elle affiche, le but qu'elle se

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propose, les moyens par lesquels elle veut y parvenir, les croyances. qu'elle proclame, l'influence qu elle exerce sur les progrès, sur la liberté, sur la civilisation, sur le bonheur du genre humain. Quand vous avez recueilli ces données avec impartialité, vous avez à montrer qu'elles répondent parfaitement aux exigences de la plus saine et de la plus haute philosophie. Je dis que résoudre le problème d'une manière pleine et satisfaisante, en commençant par l'un ou par l'autre bout, c'est plus que n'ont fait, et M. de Maistre, et M. l'abbé de La Mennais, et M. le baron d'Eckstein, et M. de Bonald, et tous les autres qui de nos jours ont senti le besoin de rendre au catholicisme affaibli de nouvelles forces en le réconciliant avec la philosophie. Que n'a-t-il pas fallu ruiner, que n'a-t-il pas fallu bâtir, pour donner à ce replâtrage quelques formes attrayantes, quelques séductions pour les yeux modernes? Et pourtant, quels véritables progrès a faits dans la société cette philosophie de circonstance? Où sont les hommes qui l'ont choisie pour la professer et pour la répandre? Et quelle est la vie qui lui appartient en propre , hors des séminaires , et peut-être jusque-là?

Quelle que soit l'importance des théories que nous venons d'exposer, et le talent qu'on a déployé pour les faire ressortir, elles ne constituent point ce que le catholicisme a présenté de plus remarquable, dans les quelques années qui viennent de s'écouler. Ce qui a frappé les bons esprits plus que tout le reste, c'est le rôle politique qu'on a voulu lui faire jouer.

En disant que, dans tout ce qu'on a fait et écrit pour lui, dans les prétentions qu'on a élevées, dans les intrigues qu'on a ourdies, on avait en vue la politique encore plus que la religion, que l'on a fait du catholicisme un instrument et non point un but, je dis une chose tellement sentie, tellement patente, que si quelques-uns en sont blessés, nul sans doute n'en sera surpris.

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Je suis loin cependant de vouloir généraliser celle remarque, èn rappliquant à tous ceux qui dernièrement se sont occupés des affaires du catholicisme, et sont entrés pour lui dans les voies de la politique. Beaucoup sans doute ont été sincères, et, en travaillant pour le catholicisme, ce qui leur tenait le plus à cœur, c'était le catholicisme lui-même. Mais comme, pour réaliser leurs idées sur le catholicisme, ils croyaient ne pas pouvoir se dispenser d'appeler comme moyen le système politique, auquel les autres voulaient parvenir par le moyen du catholicisme, il en résulte que ces deux classes d'hommes, si différentes quant à leur valeur morale, sont très-difficiles à distinguer dans la pratique. Elles veulent précisément les mêmes choses et de la même manière, mais le but de l'une n'est que l'instrument de l'autre. Elles agissent et agiront longtemps ensemble dans une parfaite harmonie, parce que chacune regarde le but et le moyen comme inséparables. Il est donc très -difficile, mais en même temps trèsinutile, de les distinguer. En jugeant des partis ou des masses entières, on ne peut pas se proposer une enquête sur le mérite moral des individus qui les composent, mais sur la tendance des partis eux-mêmes , sur le but manifeste vers lequel ils marchent, et sur les résultats que leurs efforts peuvent amener.

Or, quels ont été les principes politiques propagés avec persévérance par les meneurs de l'opinion catholique depuis la Restauration? Il est superflu que je m'arrête à les exposer. Chacun les connaît de reste. Des journaux, des brochures innombrables, des livres volumineux, des prédications quotidiennes, des sermons imprimés, des mandements épiscopaux, des prétentions hautement affichées , des actes nombreux et sans cesse renouvelés, la saisie d'une portion de l'autorité civile et le refus de la céder, l'obéissance et la désobéissance, tout expose ses principes, tout les dresse à la face du

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ciel, et celui qui ne les connaît point encore est étranger dans son pays, ou s'aveugle à plaisir lui-même. Opposition prononcée contre toutes les institutions qui favorisent la liberté , faveur non moins évidente pour tout ce qui rappelle l'ancien régime avec ses libertés de moins, tendance avouée à relever le pouvoir absolu par le secours et au profit du sacerdoce, efforts infatigables pour dominer le pouvoir et s'en faire un instrument, propositions contraires à l'esprit de la charte, au but de toutes nos institutions, à l'esprit de la société moderne et à la charité de l'Évangile, voilà ce que nous avons vu depuis quelques années; voilà ce qui s'est continué sous nos yeux avec une persévérance bien rare dans de telles associations; voilà ce qui se poursuivrait encore, si la sagesse du monarque n'avait pressenti et prévenu le danger; que dis-je? voilà ce qui se poursuit toujours, mais par des moyens opposés. Reconstituer ' la théocratie cléricale , donner au clergé seul la clef de la science , lui confier la direction absolue de la pensée et de l'intelligence, mettre partout l'enseignement sous sa main pour y maintenir une unité dont lui seul soit l'arbitre, laisser au pouvoir royal, dégagé de toute autre entrave , cette portion d'autorité qu'un gouvernement peut exercer, quand un autre pouvoir règne en maître sur les esprits et sur les cœurs; en un mot, élever le pouvoir absolu pour le dominer, voilà le plan qui explique toutes les démarches, tous les écrits, toutes les associations , tous les efforts , toutes les joies et toutes, les colères ; voilà le plan qui seul peut nous dire pourquoi l'on a prêché si longtemps l'obéissance explicite , absolue, à une autorité sans contrôle, et pourquoi bientôt après l'on a protesté contre cette même autorité, l'on a proclamé la désobéissance comme un devoir, Ton a cherché à remuer la tourbe populaire par la distribution de millions d'écrits faits pour elle, et l'on en est venu jusqu'à insinuer la résistance à cette au-

torité religieuse suprême, que l'on vouait do prôner comme l'unique lien dos peuples et l'indispensable appui contre la dissolution et l'anarchie.

Dans oetle position, le catholicisme se trouve être on contraste direct avec l'esprit général de la France moderne. Elle veut la liberté, il proclamait le pouvoir absolu; elle veut l'égalité devant la loi, il rappelait les castes: elle veut développer l'intelligence par les libres méditations de la science et répandre les jouissance:; sociales par le libre déploiement de l'industrie, il a jeté tant qu'il a pu de la défaveur sur l'une et sur l'autre et n'a rien épargné pour leur susciter des entraves ; elle veut l'avenir, il veut le passé; elle veut les progrès", il veut la rétrogradation ; et, pour tout exprimer dans un seul exemple, quoique imparfait encore, elle veut l'Angleterre, il veut l'Espagne. On ne risquait pas de se rencontrer.

Il n'échappe à personne combien ce parti était périlleux. On connaît la France. On connaît la situation des esprits sous le rapport religieux, et leur attachement pour les principes politiques, que nos rois ont sanctionnés. Mettre une religion à peine renaissante et si peu accréditée auprès des masses, en travers des vœux les plus chers de la population presque entière, des améliorations les plus désirées et des espérances les plus raisonnables, la livrer entre les mains d'un parti , pour en faire un instrument d'oppression pour le reste de la France, c'était tout hasarder; c'était jouer la religion elle-même contre quelques succès de parti : et avec quel jeu a-t-on exposé une mise aussi précieuse! c'était provoquer une réaction dont il était impossible de prévoir les conséquences. La réaction est venue d'en haut , et par conséquent elle a été pleine de calme et de dignité. Elle n'est point venue d'en bas, par une raison toute simple : il n'y avait pas eu d'action. Les Français jusqu'à ce jour s'étaient tenus en dehors de

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tout ce fracas religieux, et leur instinct ne leur avait fait voir, dans tous les appels qui leur étaient faits, qu'une affaire de sacerdoce et une intrigue de cabinet. L'indifférence et l'éloignement s'en sont accrus, mais tout est demeuré calme ; la religion fut toujours respectée et le catholicisme même n'a pas été sérieusement attaqué. Le corps était trop affaibli pour avoir la fièvre.

Faire de la religion un instrument politique, quand le peuple tout entier s'obstine à placer la religion en dehors de la politique ; en appeler aux masses , quand on ne règne plus sur les masses; parler, quand le spirituel même échappe , comme quand on possédait avec lui" un droit de contrôle non contesté sur la direction du temporel, c'est se tromper étrangement sur sa position véritable; c'est donner le secret de sa propre faiblesse ; c'est détruire à plaisir tout ce qui pouvait rester de prestiges transmis par les âges , et rendre peut-être intolérable une situation qu'une conduite opposée aurait entourée encore d'égards, de vénération et d'amour.

Heureusement pour le catholicisme, dans la position périlleuse où ses conducteurs l'ont placé, les amis des libertés publiques et du régime nouveau ne se sont pas conduits de manière à lui en faire sentir toutes les conséquences. — Les uns, tout en gémissant des écarts et des prétentions du catholicisme, tout en sentant fortement que ce n'était plus là la religion dont leur cœur avait besoin, en un mot, tout en n'étant plus catholiques, continuaient à l'entourer de toute leur force, en se réclamant toujours de lui, et se donnant ainsi l'apparence de se soucier beaucoup de formes qui, dès longtemps, avaient cessé d'avoir pour eux le moindre intérêt. C'était tromper sur leur véritable force ceux qui font du catholicisme un instrument pour étouffer la liberté; en ' les remplissant d'une persuasion chimérique, c'était leur donner cette force incalculable qui naît du sentiment de la force. On est revenu de l'importance des céré-

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Montas & des formalités catholiques ; on en regarde quelques-unes cuniinc indifférentes , quelques autres comme fâcheuses. N'importe : poussé par l'habitude, prié par des parents ou par des femmes, ou se donne 1 air d'y tenir encore : on les demande même alors qu'on peut prévoir un refus, et l'on se fâche, Ton s'indigne, quand le prêtre demeure prêtre. quand A reste fidèle aux lois de son Kglise, et quand il refuse un ministère pour lequel on n'a rien fait. Si vous y tenez, rien 4e mieux : arrangez-vous avec lui. Mais, si vous n'y tenez pas, agissez suivant votre persuasion : demeurez libre dans un pays libre, et ne vous imposez point à plaisir des chaînes dont le poids serait pour vous sans corn-, pensation. Laissez 1-e prêtre respecté dans son temple, pourvu qu'il vous laisse respecté dans votre maison. Et s'il veut faire de l'instrument qu'il tient en sa main, tout émoussé qu'il est pour vous , une arme redoutable pour s'apposer aux progrés de votre patrie , dont la seule perspective fait palpiter votre cœur de tendresse et de plaisir, retirez-vous de lui; privez-le de votre force; qu'il recule en voyant combien il est seul dans la çoute fatale où il vient de s'engager; qu'il sente sa faiblesse et son abandon , et qu'il tourne un regard de regret vers le bien que la Providence l'appelait à faire dans une population régénérée , et qu'il a dédaigné pour se livrer à des intrigues indignes de son caractère sacré. — Ce sont là de grandes et sévères vérités, mais ceux auxquels elles s'appliquent sont -ils en état de les entendre et assez forts pour les suivre?

Une telle conduite ne serait point une persécution. Mais quelle persécution pourrait être aussi décisive pour mettre fin à ce rôle politique anti-social , que l'on a fait jouer, bon gré, malgré, au catholicisme?

D'autres amis des libertés publiques, voyant* qu'on cherchait dans le catholicisme des armes puissantes contre elles, ont cherché à le repousser par les argu-

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ments de l'incrédulité. C'était le moyen le plus sûr de lui rendre des forces. L'irréligion est passée de mode, parce qu'elle ne peut durer longtemps pour la race humaine. Le xvme siècle a rempli sa tâche; il est passé et bien passé. Tout négatif, il ne pouvait laisser après lui que le sentiment d'un besoin : car il faut du positif à l'homme. Il a miné le catholicisme dans ses formes anciennes, et lui a préparé peut-être des formes nouvelles qu'il n'a point prévues, mais il n'a point détruit la religion, parce que rien ne peut la détruire; il n'a point ébranlé le christianisme, parce que rien ne peut l'ébranler. Le besoin de religion s'est manifesté de toutes parts; et c'était une pauvre manière d'attaquer le catholicisme que de se mettre à la queue de Voltaire, de Diderot, du baron d'Holbach, de Volney, pour démolir, en même temps que ces formes vieillies, les bases du christianisme et de toute religion, qui sont en même temps celles de l'âme elle-même et de toute la grandeur à laquelle elle peut arriver. Le matérialisme et l'épicuréisme sont repoussés par la conscience publique. On a froissé profondément les âmes religieuses, dont le nombre augmente tous les jours. On s'est privé de toute action sur les masses populaires, qui sentent bien que ces systèmes ne lui vont pas, et chez qui le besoin de religion commence à reparaître aussi impérieux que jamais. On a fourni un texte légitime à ces déclamations outrées, par lesquelles on a représenté la liberté comme l'ennemie du christianisme et ses défenseurs comme des libertins et des impies. Assurément, si le catholicisme dans sa détresse avait dû se choisir url appui, il n'en aurait pu trouver un plus propre à le restaurer dans la considération des classes éclairées et dans les respects des peuples que cette erreur fatale dans laquelle'sont tombés quelques-uns de ses ennemis.

Dans les efforts que le catholicisme a tentés dans tous les sens depuis la Restauration, dans ses grandes man-

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œuvrçs populaires, dans ses systèmes philosophiques, dans ses intrigues autour du pouvoir, il n'a rien oublié, il n'a rien laissé en arrière, excepté une seule chose : la religion. Et c'était la seule chose nécessaire ; (''('tait celle après laquelle soupiraient les peuples ; c'était là ce qu'ils invoquaient à grands cris. Oh! quelle noble tâche le catholicisme avait encore à remplir en France, s'il avait voulu l'entreprendre! Quelle magnifique carrière lui restait à parcourir, s'il n'avait pas dédaigné d'y entrer! Car, malgré ses formes vieillies qu'il ne tenait qu'à lui d'adoucir ou de changer, malgré ses prétentions surannées, qu'il peut quand il voudra laisser dormir dans l'ombre, il est encore une religion, il possède ces éléments du christianisme qui portent toujours avec eux la force et la vie. Dans sa véritable substance se trouvent encore ces dogmes et ces mystères après lesquels l'âme humaine soupire, et qui jamais ne pourront lui devenir étrangers. Il a pour lui la possession et l'habitude. — Et puisqu'il négligeait ces armes puissantes et toujours neuves, pour en chercher dans le moyen âge de vieilles et de rouillées, puisqu'il abandonnait cette voie large et sûre, qui lui était ouverte par le devoir et par le vœu des peuples, pour en chercher une vaporeuse dans de vaines théories, une tortueuse dans mille intrigues contre la civilisation et la liberté, en un mot, puisque dans le travail violent auquel il se livrait pour s'asseoir au faîte de la société, il oubliait la religion, c'était par la religion qu'il fallait l'attaquer. Il fallait satisfaire au besoin qu'il laissait en souffrance. Il fallait parler aux âmes le langage qu'elles veulent entendre. Il fallait les mettre en contact , sans aucun intermédiaire, avec ces grandes pensées, ces désirs immenses et ces intérêts suprêmes, qui sont aussi naturels et aussi nécessaires à l'âme que la respiration l'est au corps. Le catholicisme ne faisait point de religion, ou en faisait comme on ne pouvait pas la vouloir; il fallait faire de la religion sans

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lui. Il fallait faire appel à ces hommes innombrables qui ne peuvent pas être impies, qui sentent le besoin d'une religion et d'un avenir, mais qui sentent aussi fortement que les formes vieillies du catholicisme et les dogmes qu'on choisit de préférence pour les présenter aux peuples ne peuvent plus satisfaire à ce besoin qu'ils éprouvent. 11 fallait les réunir autour du christianisme, sans gênes, sans formalités, pour que chacun pût y puiser ce dont son cœur avait besoin. Un moment j'avais espéré que la Société de la Morale Chrétienne s'était imposé cette noble tâche. Mais, ou elle ne l'a point sentie, ou elle a reculé devant la grandeur de l'entreprise. Elle a tout fait pour s'amoindrir, et bientôt s'est réduite à n'être en effet qu'une société de bienfaisance.

L'Église réformée de France , si simple dans ses formes, si accessible à la piété, si rapprochée du pur christianisme , pourrait-elle être cette religion , seule arme puissante par laquelle on pourrait combattre le catholicisme, et lui ravir ces forces qu'il emploie si déplorablement dans notre patrie contre la civilisation et la liberté? Je le voudrais de toute mon âme, mais je ne saurais le croire. Des obstacles insurmontables s'y opposent, et je les dirai avec franchise. Pour remplir une si noble tâche, il faut pouvoir se développer en tout sens avec une entière liberté ; il faut être un individu, et non pas un corps. Car le .fond de ce travail doit consister à faire comprendre à l'individu qu'il peut être profondément et salutairement religieux, indépendamment du corps dont il avait jusque-là fait partie. 11 faut donc être dégagé de toute entrave. Or, quelque libre que soit le protestantisme en France, il en a de deux sortes, dont il est bien difficile et pour le moment impossible de le dégager. D'abord il est une religion établie, soldée, protégée, et, par- conséquent, gouvernée par l'État. Il est soumis à des formes dont l'État a

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pris connaissance, et qu'il a sanctionnées. Cela sutlit pour gêner ses mouvementé el pour rendre à peu près impossible l'immense développement qu'il de- \ l'ait prendre, L'extrême flexibilité doril il devrait taire preuve, pour satisfaire aux besoins religieux de la France et pour.se prêter à toutes les formes qu'appelleraient ses besoins. I ne religion établie est par cela même figée. En second lieu, dans son propre sein travaillent encore d'anciens préjugés, régnent encore d'anciennes coutumes, se font sentir encore de vieilles prétentions, qui gêneraient singulièrement sa marche dans cette nouvelle et noble carrière, et dégoûteraient bientôt un grand nombre de ceux qui seraient entrés dans son sein avec l'espoir d'y trouver la simplicité des dogmes et la liberté des croyances sous l'Évangile. Enfin, pour remplir une tâche aussi imposante et aussi périlleuse à la fois, le protestantisme manque d'hommes , doués d'assez de lumières, d'assez de talents et d'assez de courage pour oser l'entreprendre et pouvoir l'accomplir. 11 compte quelques hommes d'un mérite incomparable dans 'les sommités sociales, mais ils sont peu nombreux. Les circonstances n'ont pas été favorables a. la diffusion des lumières, et même à la formation d'un clergé aussi éclairé, aussi fort qu'il aurait besoin de l'être. Et jusqu'à ce jour le protestantisme ne s'est pas montré en France au niveau de la carrière queles événements ont ouverte devant lui.

Appliquons maintenant les données que nous venons de recueillir sur le catholicisme, considéré sous ces trois points de vue, à la situation du protestantisme par rapport à lui , pour avoir la mesure de ce que ce dernier peut en espérer ou en craindre. C'est pour arriver à ces conclusions que nous avons fait entrer l'idée du catholicisme dans notre travail. Four lui-même, nous aurions bien mieux aimé le laisser en repos.

Il semble que ce que le protestantisme devait redou-

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ter le plus, c'était ces efforts inouïs pour ranimer le catholicisme parmi le peuple; surtout ces sortes de croisades sacerdotales dirigées contre l'hérésie non moins que contre l'impiété. Prédications , pamphlets , attaques directes et indirectes, générales et domestiques, rien n'était épargné. De tout ce .mouvement, le protestantisme a reçu fort peu de dommage. On a parlé de conversions nombreuses, dont on a fait sonner quelques-unes bien haut. Parmi ces conversions tant prônées, les unes ont été peu solides, les autres peu dignes de regret. De ce côté-là, point de crainte. Du côté de la force matérielle, moins encore. Le peuple s'est montré dur à reprendre le fanatisme, et presque toujours l'impression s'est effacée aussi promptement qu'elle avait été reçue. Le danger le plus imminent était une sorte d'imitation des formes sensuelles du culte, qui reparaissaient avec tant de force, et un penchant à matérialiser la religion, qui pouvait naître de l'exemple, des discours, et peut-être des reproches de voisins et d'amis devenus zélés tout à coup. En effet, on a reconnu, chez le bas peuple protestant, dans certains endroits, quelques traces fugitives de cette sorte de réaction. Une instruction raisonnable et chrétienne les a bientôt fait disparaître, et cette impression secondaire n'a pas duré plus longtemps que l'impression principale dont elle était le reflet.

Des systèmes conçus pour rasseoir le catholicisme sur une base philosophique, le protestantisme a fort peu à craindre. Il marche avec l'esprit de l'Europe moderne, que tous ces systèmes tendent vainement à comprimer. M. de Maistre veut remonter le catholicisme sur le pouvoir absolu, que tous les peuples repoussent comme le plus épouvantable de tous les fléaux. L'Europe ne se soucie pas d'être reconstruite sur le modèle de la Savoie. M. l'abbé de La Mennais, après des déclamations obscures, a dû chercher si loin ses preuves,

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pour établir son autorité du genre humain, et franchir de tels abîmes, pour arriver de ce principe à l'autorité du Pape, qu'il n'est pas à craindre de voir ses conceptions peu philosophiques devenir jamais populaires; encore moins, de les voir prendre quelque influence dans le public protestant. Les idées de M. le baron d'Kckstein , tout ingénieuses qu'elles sont, et utiles même, pour la connaissance des premiers âges du genre humain, sont encore à peu près inintelligibles en France; il est impossible de croire qu'elles puissent jamais passer dans l'application. Quanta M. de Ronald, on dirait qu'il se survit à lui-même. Ainsi, loin que ces divers systèmes philosophiques puissent exercer quelque influence sur les protestants, et faire naître quelque danger pour leur Église, le fait est qu'ils n'agissent pas sur les catholiques eux-mêmes. Ce sont des tentatives isolées, qu'aucune autorité supérieure n'a sanctionnée, et qui n'ont acquis aucune influence, aucune popularité hors du sacerdoce. Les protestants peuvent controverser s'ils le veulent; mais le silence même ne leur ferait courir aucun danger.

La position du protestantisme devient plus sérieuse, quand on le considère par rapport au catholicisme politique, c'est-à-dire, au catholicisme faisant valoir son titre de religion de l'État, intriguant autour du pouvoir pour le dominer, et finissant par s'en approprier une grande partie. Ce que nous avons vu peut nous faire préjuger de ce que nous aurions pu voir encore. Des formes d'administration peu bienveillantes, la direction des cultes protestants confiée à un catholique peu libéral s'il n'était pas congréganiste, et confondue dans un même bureau avec celle des petits théâtres : ces entraves mises à to*ut progrès par des fins de non-recevoir; ces violences même exercées dans l'organisation intérieure, sans principes et sans justification, ou plutôt, contre les principes qu'on venait de poser soi-

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même, toutes ce> choses bien connues indiquaient qu'on voulait aller loin. Cette influence maligne s'est surtout manifestée dans tout ce qui tient à l'instruction primaire. En même temps que la masse des écoles était soumise à l'autorité des évêques, qui ordonnaient d'y placer des crucifix et de n'y recevoir les élèves protestants qu'autant qu'ils subiraient toutes les pratiques et tous les enseignements catholiques, l'université, dirigée par l'esprit sacerdotal, mettait des obstacles sans nombre à l'érection des écoles protestantes, si elle ne tendait à diminuer le nombre de celles qui existaient déjà. La parcimonie des secours en argent, quand on les compare à l'importance et aux besoins de la population protestante , est encore une manifestation de l'esprit que le catholicisme, devenu maître, voulait introduire dans l'administration du protestantisme. Mais ce qui peint encore mieux les intentions du parti religieux qui dominait l'administration civile, ce sont les principes qu'il posait sur l'état social du protestantisme, et sur son droit de se propager. Selon ces principes, le protestantisme était fini, classé, limité, et, pour ainsi dire parqué. Il était reconnu dans un certain nombre de communes du royaume : c'était un fait qu'on avait reçu et qu'il fallait bien supporter jusqu'à nouvel ordre. Mais, s'il prétendait sortir de ces limites, si, dans d'autres communes, des masses de catholiques se faisaient protestantes et demandaient un pasteur, alors la prétention paraissait exorbitante, les assemblées illégales, et les nouveaux protestants séditieux, parce qu'ils privaient leur curé d'un droit acquis. Telle était la tendance manifeste. Une plus longue durée du pouvoir l'aurait plus fortement dessinée et terminé toutes les indécisions. — Voilà ce que nous avo4ns vu, aussi longtemps que le gouvernement fut sous l'influence du parti ultramontain. — Qu'aurait fait du protestantisme ce parti, s'il eût régné plus longtemps? 11 aurait suivi

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