CHAPITRE III
DES DIFFÉRENTES FORMES SOUS LESQUELLES S'EST MONTRÉE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE DANS LES ÉGLISES .PROTESTANTES.
Ce n'est pas tout à coup que l'esprit de l'homme arrive à ces grands principes, qui, par leur éternelle vérité, sont la base la plus sûre du perfectionnement et du bonheur de l'espèce humaine. Ce n'est pas tout à coup que ces principes, enfin reconnus, sont mis franchement en pratique, et sont placés à la base de l'administration des9 États. On est surpris en même temps qu'affligé de voir par combien de tâtonnements, et après combien d'erreurs grossières, il fallut arriver lentement à ces grandes vérités, qui nous apparaissent aujourd'hui plus claires que le jour. On est encore plus affligé de voir avec combien de persévérance les passions, les intérêts et les préjugés des hommes luttent contre cette vérité qui les enveloppe de toutes parts, et de toutes parts darde vainement sur eux ses rayons. On est surtout étonné de voir mille fois une moitié de cette vérité déjà connue et mise en pratique, tandis que l'autre moitié, qui découle des mêmes principes, qui ne fait qu'un avec celle qui .est admise, et doit tenir ou tomber avec elle, est repoussée avec une incroyable obstination , souvent avec une inhumaine rigueur. Tel est le sort de l'humanité. Ce spectacle est affligeant pour l'individu qui passe et qui n'a que quelques soleils à compter. Mais le genre humain dure ; il peut attendre : la vérité est faite pour lui ; elle est douée d'une force toujours lente, mais irré-
sistibie, ëi tÔ1 ou tard éïlé fthil par prendre possession de son domaine.
Aujottrd'hUi, le principe de la liberté d'examen, de la franchise des consciences en matière de religion, a triomphé de toutes les contradictions et de tous les obstacles. L'intolérance est vaincue dans l'opinion du monde chrétien, et les elîorts impuissants de ses derniers fauteurs ne la relèveront pas. La solidité des principes sur lesquels est fondée la tolérance religieuse, l'immensité des bienfaits qui découlent pour le genre humain de leur franche application, sont évidents à tous les yeux. L'intolérance est jugée; son expérience est faite : elle n'a manqué ni du temps ni des moyens pour la rendre décisive, et le monde chrétien la regarde comme telle. Et quand on juge de la place où nous nous trouvons aujourd'hui , on a peine à comprendre que les hommes aient jamais pu penser autrement; qu'ils aient vu le blasphème et l'impiété la où nous voyons aujourd'hui le premier précepte du christianisme, et le premier devoir de l'humanité. On est surtout confondu de voiries protestans, obligés, pour exister, de poser en principe la liberté de conscience sous l'Évangile , se hâter de repousser les conséquences du principe qu'ils avaient adopté, et mettre près de trois siècles avant de le voir, et surtout avant de le pratiquer, dans toute son étendue.
La liberté religieuse a donc pris diverses formes dans les Églises protestantes , avant de revêtir celle que nous lui voyons de nos jours : et aujourd'hui même, quoique partout réelle , elle se présente aux regards de l'observateur sous des formes très-différentes. Dans la situation où se trouvent aujourd'hui les esprits, est-ce faire un travail inutile que d'analyser ces formes , et de les comparer entre elles , dans leurs rapports avec la vraie liberté de conscience, le perfectionnement de l'espèce humaine, la propagation du christianisme?
L'histoire de la liberté religieuse , dans les Églises protestantes , doit se partager en deux périodes , d'un esprit directement opposé : la première est celle de la servitude, la seconde est celle de la liberté.