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LES RELIGIONS ET LA RELIGION

. communauté de dévotion, loin de supprimer lés

divergences de pensée, les protège, ou même les favorise, en les voilant. Les seaux d’un puits, côte à côte et tout pareils, se frôlent, mais sont

animés chacun d’un mouvement contraire.

Il importe beaucoup de définir avec justesse les

deux tempéraments, afin de les apprécier avec

justice, L'entreprise est d'autant plus délicate, que les tenants de l’un et l’autre idéal se méprennent souvent sur leurs caractéristiques respectives. Les visuels, par exemple, croient volontiers déte-

nir le monopole de l’authentique religiosité., Mais ce qui les pousse avec tant de force vers les pra-

tiques d’un culte, c’est bien souvent le sentiment poignant de ce qui leur manque, la conscience de leur sécheresse, de leur pauvreté, de leur ignorance, une profonde humilité, un besoin légitime d’obéissance et de discipline, une incurable défiance des lumières de l’homme pécheur, enfin une secrète appréhension de perdre la foi si la formule de

® certains dogmes est contestée. Certes, il y aurait

absurdité à prétendre que les religions sont dues à une déficience du sentiment religieux ; mais 1l reste vrai que les cultes sont souvent alimentés

: par l'inquiétude, le doute, la crainte et le remords ; valeurs plutôt négatives, bien qu’elles soient un hommage indirect à la constitution morale et

métaphysique de l'homme.

: D'autre part, les spiritualistes calomnieraient les visuels en prétendant, que le fétichiste, par exemple; prosterné devant un morceau de bois,

adore nécessairement un objet ; il y voit le siège

LA

ou l'organe de la Puissance ineffable qu'il invoque. : Aussi bien, on ferait la caricature des spiritualistes, |

en insinuant qu'ils se croient affranchis des lois de

- la nature humaine. Car ils avouent que la prière elle- 2

même, où ils se réfugient, au lieu de recourir au

sacrement, est une manière de rite. Puisque .

avons besoin avant que nous le demandions », déclare l'Evangile, pourquoi donc l’oraison ?

Est-elle plus- nécessaire que le sacrement lui-

même ? Elle est accompagnée de signes exté- …

rieurs : paupières baissées, genoux ployés, mains

Dieu « regarde au cœur », et « sait de quoi nous

jointes, paroles articulées, — qui l’assimilent à un

symbole externe, se prive de langage vocal, elle

. ne va point sans un langage intérieur qui corres-

pond, d’une manière directe ou indirecte, à des

rite. Même quand la prière, dépouillée de tout …

mouvements musculaires ; sans quoi, elle cesse :

d’être prière pour devenir émotion, contemplation, extase.

Les deux types de structure mentale que nous examinons sont ici contrastés, non opposés ; il est de fait, par exemple, que, sur le terrain.psychologique, des chrétiens de l’un et l’autre tempéra-. ment aboutissent aux mêmes expériences d’ordre

spirituel ; leur communion est parfaite en l’Evan-

gile. Dans l’état chaotique de la chrétienté :pré-

sente, les disciples de Jésus-Christ, séparés encore par tant de barrières, trouvent dans cette communion une consolation qui se transforme en indicible -espérance. Toutefois, si l'unité de

l'expérience chrétienne, au sens le plus intime, …

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