LES RELIGIONS ET LA RELIGION AT
est déjà réalisée, il reste que les moyens d'accéder à cette commune certitude sont variés.
Pascal, dans la nuit de sa révélation, traça, d’une écriture fiévreuse, la phrase quasi indéchif- __ frable et jubilante : « Certitude. Certitude. Senti- - ment. Joie. Paix. » D’autres chrétiens suivent
aussi, d'emblée, le chemin du « sentiment », car ils appartiennent à la même famille spirituelle. Jlne s’agit point de « sentimentalisme »; il s’agit - d'expérience intime. Le Dieu des intuitifs n'est - pas le produit de leur imagination ; ils le ren- __contrent comme une réalité donnée : en eflet, le. - Dieu de l’intuition est le Dieu d’une révélation. Mais, ilreste que le Dieu d’une révélation externe suppose le Dieu d’une intuition interne. Est-ce que >. l'Esprit se manifeste, en tant que tel, à un caillou, à un arbre, à une bête ? Pour qu’un révélateur atteigne l’âme humaine, il faut que celle-ci ait la faculté de discerner l’appel divin. Dès lors, la conscience que Dieu cherche pourrait dire à la Grâce : «Tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais pas trouvée. » Un Esprit qui se révèle effectivement … ‘prouve, par là-même, qu'il était déjà révélé; c’est un cas d'harmonie préétablie ; en haut, s'affirme un appel qui s'adapte ; en bas, opère un pressen- timent providentiel, un poste récepteur prédestiné à esregistrer les ondes surnaturelles.
k On comprend que Pascai s’extasiât sur la félicité des âmes qui possèdent, par intuition, le :-« Dieu sensible au cœur ». Elles vont à leur centre éternel d'attraction par la voie royale. Sans doute, on peut chercher ou atteindre Dieu par
. pratiques spiritualisent déjà, par anticipation, tous ceux qui les observent, quelle avance vers la
SAP Ae. LE SPIRITUALISME DANS L'AME
le détour du raisonnement philosophique ; on
peut aussi le recevoir par le détour du sacrement
ecclésiastique, Mais il existe une route plus droite, enseignée par Jésus, qui proposait sans cesse aux
âmes, pour contempler le Père, la simplicité de
l'enfant : « Heureux les purs de cœur, cena verront Dieu. »
Si les voies d'accès vers la spiritualité sont plus ou moins directes, elles représentent, aussi, respectivement, des méthodes qui sont de valeur inégale. Quand il s’agit de développer la maîtrise de l'esprit dans la personnalité, il va de soi que les
disciplines spirituelles sont les plus efficaces, puisqu'elles portent en elles-mêmes, dans leurs
virtualités profondes, le but visé. Quand certames
spiritualité! L'esprit naît de l'esprit. De même que les forces mécaniques sont impuissantes à créer la vie, de même l’intellectualisme, ou le ritualisme, sont incapables de conduire à l’expérience proprement spirituelle, sinon par un détour ;
et celui-ci risque, parfois, d'aboutir à une impasse, quand on développe dans les âmes des idées ou
des sentiments contraires aux fins poursuivies.
L'histoire des religions démontre que les esprits,
une fois ancrés dans le doctrinarisme, ou dans le
24 00 ne
ritualisme, sont perdus pour le spiritualisme ; les :
peuplades païennes, abruties de superstition et de magie, en fournissent la preuve.
Non seulement les méthodes qui tendent à for-
tifier la personnalité spirituelle sont de valeur très
f nn
LES RELIGIONS ET LA RELIGION. es
variable, mais le résultat obtenu n’est pas également stable ; même quand il s’extériorise dans une - commune expérience religieuse. L'opale est une pierre précieuse dont l'équilibre interne reste - précaire ; il n’en va pas autrement pour certaines constructions d’âme ; elles sont d'ordre psycho- - logique et changeant, plutôt que d’ordre spirituel et immortel. Quand les vérités dont vit, réellement, s - la personnalité profonde sont mélangées de demivérités, ou de contre-vérités, quand un chrétien, … par exemple, est rongé par la sourde frayeur de . perdre la foi s’il modifie ses croyances, l’âme est | privée de vraie certitude. Elle aura beau désigner ‘de ce nom le refus de mettre en question quelque __ enseignement officiel, cette espèce d’alibi mental -n’assüre point la pleine sécurité intérieure, puisque l'âme reste obsédée par la peur. * Respect aux âmes soucieuses, et tendresse aux âmes en péril ! On ne songe pas à leur faire grief de leurs aspirations nostalgiques vers la paix. Obsédées par l’invisible, elles soupirent après une religion calmante, ordonnée et ordonnancée, où. des formes immuables et des formules intan- “ .gibles arrêtent les mouvements de l'inquiétude, comme les pins fixent la dune. Elles réclament une religion où la ligne de démarcation entre le - vrai et le faux, le permis et le défendu, le sacré et le profane, soit aussi nette que le rebord d'une paupière levée — (le visible) — ou baissée — (l’in- visible) !
| Mais l'assurance ainsi procurée par les religions est souvent précaire, étant artificielle ; elle offre
un répit plutôt qu’un repos, car elle risque d’écarter les inspirations en même temps que les doutes. Les dévots de l’« invisible », pratiquants d’une religion, restent souvent figés dans l’ahurissement, ébahis d'exister devant un univers indéchiffrable, sous les fanaux silencieux qui, la nuit, clignotent au firmament. Tandis que les intuitifs, “ouverts au «spirituel » et à la religion, ne se sentent pas Seulement exisier (comme s'ils palpaient leur. corps après un accident), ils se sentent et se savent vivre, parce qu'ils prennent conscience de leur âme. Ils ne s’étonnent pas du fait qu'ils sont, mais du fait qu’ils deviennent. Et, dans le devenir, que dé virtualités ils pressentent !
L'essentiel, ici-bas, n’est pas d’avoir une reli- -gion, c’est-d’être religieux. Car on possède, alors, ce que Jésus proposait à ses disciples, quand il offrit de partager avec eux son propre sentiment de la. présence réelle de Dieu : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » Il-va de soi que la reli-
gion de l'Esprit, au cours de l’histoire, s’est mani-
festée, bien souvent, par une protestation nécessaire contre les religions ritualistes et cléricales ;
celles-ci ne justifient leur existence que dans la mesure où elles demeurent perméables aux inti-
mations spirituelles, aux avertissements et aux. reproches de l’inspiré. Le livre sacré des chrétiens, «
la Bible, est la fresque immense où se déroule avec ampleur la passionnante épopée de l’âme humaine, en quête du Saint-Graal. Elle est en route vers la Religion, par le moyen des religions, ou malgré elles, et parfois contre elles,
Fa /
Nous marquerons, plus loin, que la Bible fait . collaborer les deux types religieux qui dominent les - annales du pèlerinage humain : le type sacerdotal et le type prophétique. Toutefois, l'originalité de la Bible éclate en ce fait : non seulement, elle. considère le voyant comme l’un des organes indis- pensables et normaux de la Révélation, mais en cas de conflit entre le voyant et le prêtre, elle ne - prétend pas assurer à celui-ci le dernier mot. Ce trait caractéristique est sans analogie dans la . série des livres sacrés de l’antiquité ; il s'impose . au penseur avec une évidence aveuglante.
Plus on médite sur la « Présence réelle » de l'Esprit dans l’âme humaine, plus on perçoit la. - courbe d’une spiritualisation laborieuse de la foi. Celle-ci découvre, lentement, que certains étais extérieurs ne lui sont pas indispensables. Une . vieille cosmogonie hindoue faisait reposer Île monde sur un éléphant, appuyé lui-même sur une tortue colossale ; on ne cherchait pas plus . bas. De même, autour de la Méditerranée, les clergés ont longtemps soudé la croyance légitime en la Révélation à des théories partiellement intenables, car l'erreur y côtoyait de trop près la vérité : quand un mauvais mastic se désagrège, il faut le remplacer, pour sauver la vitre.
Dans l'antiquité, durant de longs siècles, on … rattacha les destinées du spiritualisme au triomphe . politique et religieux du peuple israélite. Il fallut détruire cette fiction, renoncer au judaïsme nationaliste, creuser à l'Esprit de nouveaux canaux; et le christianisme apparut. Ensuite, les
; É ‘destinées du spiritualisme furent liées, graduélle-
ment, à un système ecclésiastique : « Hors l'Église,
point de salut.» Il fallut rompre ce mauvais charme, échapper à la tyrannie d’un cléricalisme absolu ; Let ce fut la Réformation. Depuis lors, on à souvent subordonné les destinées du spiritualisme - aux thèses dogmatiques d’un doctrinarisme aujour- . d’hui impossible, car il est devenu impensable ;
or, la chrétienté travaille à dissiper ce cauchemar ;
elle s’affranchit d’un biblicisme littéraliste. Et
l'Esprit, comme aux jours de l'Évangile, soufflera
coù il veut ». L'Église, enfin spiritualisée, vraiment spirituelle, deviendra unie, universelle, et universaliste, c'est-à-dire catholique.
de TE là AM tu alt, pattes, d D SD Dé RSS LÉ GS