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S CHAPITRE:IV

Les religions et la Relision

Ce dernier caractère justifie l'existence des religions au service de la Religion. Elles sont inévi- … tables, puisque l’invisible-spirituel, en s’afirmant dans la conscience, prend corps aussi dans l'his- toire, sur l’une des sphères du système solaire. Mais «inévitable » ne signifie pas cindispensable »,

et encore moins « obligatoire ».

Le sentiment religieux a précédé, ici-bas, les: exercices religieux. Quand des philosophes ingénieux font naître du « culte » la « foi », ils mettent

- Ja charrue avant les bœufs. Sans doute, en nos

“régions christianisées, dans le concret d’une civilisation millénaire et dans l’enchevêtrement des institutions organisées, l'enfant est déposé au giron de l’Église par le baptême. En son cas, l'institution ecclésiastique prend le pas sur l’expé-

rience religieuse; mais ce fait ne change rien à l’axiome que l’âme humaine a existé avant les réligions : d’ailleurs, aujourd’hui mêmg, à l'inté- - rieur d’une église antécédente à sa propre apparition, l'âme, quand elle s’éveille, déclare : « Avant

qu’Abraham fût, je suis. » Nous avons noté le phénomène qui se produit, sur le plan de la cons-

cience psychologique, pour l'acquisition du lan-

gage ou mieux du-jugement, c’est-à-dire pour la ;

perception d’un rapport, alors que l’âme subitement s'affirme et semble, presque, se retrouver.

Un phénomène du même genre se renouvelle, et | cette fois sur le plan supérieur de l'expérience

religieuse, quand l’âme déclare : Je crois en Dieu.

Même si les religions, au cours de l’histoire, -

furent souvent des erreurs d'interprétation sur #. l'essence de la Religion elle-même, il n'en reste pas …

moins que les religions viennent de la Religion; elles la manifestent, l’entretiennent, la développent, dans le for intérieur. Parfois, elles préparent l'âme, encore inconsciente, pour la Religion ; elles sont un acheminement. Sous un autre aspect, elles sont une continuation ; quand la Religion s’amortit : dans notre personnalité intime, les religions, par leur propreélan, empêchent le mouvement spirituel, si ralenti, de s’arrêter. En pareil cas, les religions remplacent la Religion. en l’attendant : on lui

tient la place chaude. Mais elles vont quelquefois

plas loin encore, trop loin ; les religions, alors, évincent la Religion ; en vertu de la vitesse acquise, elles tournent à vide; tel un métier à tisser dépourvu de fil.

C’est: que les religions de l’invisible, nées dans

les ténèbres de la préhistoire, remontent sans cesse dans l’âmg, comme la salure de l'océan primitif

imprègne encore notre sang. La Religion duspirituel | a pour mission de purifier un mélange trouble, et

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4 ; d'en séparer les parties intégrantes. Les religions doivent rester sous la discipline d'un idéal qui

* les éléments (subordonnés) de son propre rayonne- ment. À la limite extrême de ce mouvement providentiel apparaît la victoire finale de l'Esprit, décrite en termes énigmatiques dans les visions du livre qui clôt la Bible : une nouvelle Jérusalem sans culte, ni temple, Paradis sans religion. La foi au spiritualisme foncier de l'âme humaine impose donc une conception générale des choses, qui est trop riche pour tenir dans une formule simpliste. On ne peut confondre, en une route unique, les deux grandes voies qui mènent à la suprématie de l'Esprit dans la personnalité. Il existe deux vastes catégories d’âmes ; celles qui , vont vers la Religion à travers une religion particulière, et celles qui, au sein d’une religion particulière, viennent de la Religion. Pour les unes, la - Religion est le point de départ ; pour les autres, elle est le point d'arrivée. Et la question n’est point de savoir si les deux mentalités sont également légitimes ; recherche dépourvue de sens ; les deux . mentalités existent, voilà le fait sur lequel il faut - tabler. É Les tempéraments qui partent de la Religion sont, précisément, ceux qui vont du spirituel à l'invisible. Les tempéraments qui avancent ve7s la Religion sont, plutôt, ceux qui vont du visible © à l'invisible. Ces derniers sont des visualistes, sen- ‘sibles à l’univers extérieur, à la réalité du monde ‘matériel ; voilà pourquoi ils s’orientent vers le

élimine, peu à peu, et transforme à son image,

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« mystère », pressenti au dehors d'eux-mêmes, sous les apparences tangibles. Les autres seront les intuitifs, les vrais spiritualistes, pour qui la conscience de leur personnalité morale est le fait primordial, inébranlable, sur lequel ils construisent tout, car « Dieu » est là. |

Les âmes intuitives, religieuses par innéité,

pourraient à la rigueur se passer d'une religion

extérieure, et s’en passent quelquefois ; cependant, elles en apprécient, non seulement la portée fraternelle et sociale, mais le sens puissamment symboliqué et la valeur de témoignage : il faut que le Verbe devienne chair, que le Logos éternel rayonne, que l'Esprit éclate! Quant aux âmes qui, moins douées religieusement, et dépourvues de l’étincelle mystique, ne prétendent à aucune génialité spirituelle, et redouteraient même de se découvrir quelque originalité en un pareil domaine, elles accueillent âvidement les appuis extérieurs d’une religion organisée ; elles en acceptent le secours pédagogique et la vertu rédemptrice, avec une indicible reconnaissance. Dans leur joie, elles s’attachent si passionnément aux ( moyens de grâce » que ceux-Ci, parfois,

sont exaltés jusqu'à la dignité d’une fin en soi.

Grave déformation de l'idéal : car les religions, alors, cachent la Religion.

Il serait vain de nier la distinction des deux tempéraments fondamentaux, sous prétexte que

les uns et les autres souscrivent aux mêmes dogmes

(ou, du moins, sont d'accord pour ne pas les mettre en question), et pratiquent Les mêmes: rites, La

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