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É Le AYPÉE SPIRITUALISME DANS LA BIBLE
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ou de race ; par exemple, au temps d Elie et & Eliséé, il avait manifesté sa grâce envers de simples paiïens, préférés ainsi, de par une intervention miraculeuse, à l'ensemble du peuple élu. Pareille exégèse déchaîna un violent tumulte ; poussé hors de la synagogue, Jésus fut empoigné par des énergumènes qui l’entraînèrent sur une falaise, avec l'intention de le précipiter.
Si telles étaient les réactions laïques et nationalistes, alors jusqu'où s’exaltaient les rages d’un Le clergé sceptique, riche et cruel, froidement résolu
à défendre ses privilèges ? Le Christ sapait le
terrain sous l'édifice du sacerdoce, avec sa doctrine ”
du salut par la foi. Les prêtres se déclaraient investis d’un monopole sacré : ils avaient charge d'offrir au pécheur les SeCOUrS d'une religion organisée, seul canal régulier des grâces divines. À quoi l’âme prophétique répondait : «Si tout cet appareil est votre œuvre à vous, il éveille une incurable défiance ; car vos théories sont, peutêtre, influencées par le désir de conserver une situation acquise. Si, au contraire, vous êtes fermement | persuadés que votre mission vient du ciel, si vous êtes les représentants d’une divinité qui cherche, maternellement, à se rapprocher de l’ homme, alors souffrez que le Saint- “Esprit aille, Lui-même, jusqu’au bout de son pouvoir, et qu’Il influe direc- | tement sur notre esprit. À tous les obstacles désolants qui bloquent les chemins d’accès vers l’âme, n'ajoutez point ceux qu naîtraient d'un ritualisme indispensable au salut. » 2 Tandis que les Re pour justifier leur —
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# existence, re que leur mission surnaturelle __est de réconcilier Dieu avec l'humanité, l’ Evangile se proposait de réconcilier l'humanité avec Dieu. Le Christ savait que le péché est la puissance d’abrutissement, d’ensorcellement, et d’endurcissement, qui nous empêche d’entendre l'Esprit de miséricordieuse pitié : « Voici, je me tiens à la porte et je heurte. » Nous ressemblons à l'animal blessé, . ou affolé, qui se blottit au fond de sa cage quand avance une main salutaire.
Jésus disait : « Venez à moi! les ue les , chargés, et je vous donnerai le repos. » D’après son enseignement, le pécheur en prière, et repentant, rencontre les bras du Père; c’est la parabole
de l'enfant prodigue, charte de l'Evangile Spirituel. On objecte, il est vrai, que celui-ci fut complété par l’évangile de la Croix, autour de laquelle vinrent se cristalliser toutes les théologies d’expiation, de rachat, de propitiation, de sacrifice per- pétuel ou d’immolation renouvelée ; cela, en harmonie avec les intentions du Crucifié lui-même, qui serait monté au Calvaire comme la victime sur - l'autel, « Agneau de Dieu » préfiguré par les animaux. égorgés dans les cérémonies rituelles.
- Le simple exposé d’une pareille doctrine soulève une grave difficulté : malgré soi, on se demande comment le pionnier d’une religion spirituelle aurait pu se porter champion d’une religion rituelle. Si Jésus fut perpétuellement en confit,
virtuel ou violent, avec le clergé juif et l’orthodoxie israélite, comment donc aurait-il envisagé l’ensemble de sa mission sous l’angle sacerdotal ?
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A J'appui de cette: hypothèse, on cite PR ae paroles énigmatiques du Christ qui employa, par- ‘fois, pour être compris de ses auditeurs, le vocabulaire fourni par la religion du temple. Mais en recourant à ces concepts et à ces images, il obéissait à la même préoccupation qui explique la genèse des paraboles ; il se servait d’une méthode pédagogique où la poésie du symbole remplacé la prose de la démonstration. Peut-on, sérieuse- . ment, découvrir dans les paroles du Messie l’accent ritualiste ? À aucun moment, sous aucune forme, il ne représenta l'idéal ecclésiastique ou sacramentaire de la religion traditionnelle, - Cela est si vrai, que le Nouveau Testament contient tout un livre, l'épître aux Hébreux, où
tombe en morceaux, comme du verre coupé au
diamant, l'interprétation du Calvaire par les “sacrifices expiatoires. Ce livre est une parabole grandiose, où l'auteur compare le Christ ressuscité à un souverain sacrificateur, non pas selon le type clérical d’Aaron, mais selon le type spirituel de Melchisédec; et le pontife de l'Evangile, animé par l'esprit du prophétisme, est entré dans le ciel pour sntercéder en notre faveur. Il se distingue encore, par un trait significatif, du souverain sacrificateur qui officiait dans le sanctuaire juif ; car il ne présente pas à Dieu le sang d'une bête ” égorgée, il offre sa propre consécration, poussée jusqu’à l'immolation totale ; il a « combattu jusqu’au sang, dans sa lutte contre le péché ». C'est donc son âme, en réalité, qui saigna ; et cela, non point pour expier le péché d'Adam, mais
pour « purifier notre conscience des œuvres mortes » et. dés sacrifices rituels, Le hardi spiritualisme anticlérical de l’Épître s'affirme dans un passage destiné à clore, ici-bas, l’ère du sacer-
dotalisme : « Une fois pour toutes, par une seule offrande, Jésus-Christ a conduit à la perfection, pour toujours, ceux qui sont sanctifiés. C'est ce que le Saint-Esprit nous atteste aussi. » L'auteur cite, alors, à l'appui de cette affirmation, une : parole empruntée aux écrits prophétiques : « Voici l’alliance que je ferai avec eux, dit le Seigneur ; je mettrai mes lois dans leurs cœurs et je les écrirai dans leur esprit. » Derechef, s'impose la conclusion déjà formulée plus haut (à propos de la parabole de l'enfant prodigue) : nous tenons
ici la charte du spiritualisme évangélique.
On ñne mettra jamais celui-ci dans un relief trop - accusé. Quelles tempêtes l'Esprit déchaîna devant
le Messie! Il faudrait un Michel-Ange pour faire
- saillir, plastiquement, la musculature du Galiléen, quand il accourut, bras levé, dans le sanctuaire, brandissant un fouet de cordes ; il renversa les tables des changeurs et des mercantis, qui avaient loué à l'administration cléricale, pour leur trafic, une place payée dans l'enceinte sacrée. Le son métallique de leurs pièces d'argent, tintant sur les dalles du temple, faisait une agréable musique, malgré les vociférations hostiles, pour les oreilles du prophète. Quart à ses anathèmes tragiques :
*«Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! »
on ne peut les relire sans être transi de respect pour le voyant pauvre et désarmé qui, seul contre
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tous, osa. Le courage de l'Esprit! Chaque lee - tion, répercutée par un fatal écho, lui renvoyait un verdict de mort. Quelques jours plus tard, . au sanhédrin, tel anathème lui valut tant de soufflets, tel autre, tant de crachats. Par la fulgurante litanie des « Malheur à vous ! » le Christ se condamna lui-même au dernier supplice. Tel un homme qui découvre sa poitrine devant le peloton d exécution.
< Le prophète de Nazareth, inculpé de blasphème, fut tué au nom de Dieu.
… C’est pourquoi «la Religion », ainsi représentée, n’impose plus aux serviteurs de l'Esprit par la splendeur de son apparat. Sa robe somptueuse est maculée ; que de taches la déparent ! Elle porte le sang ‘de victimes animales, par milliards ; le sang de victimes humaïnes, par millions ; le sang des martyrs de la pensée libre et de la conscience, par myriades, — et le sang du Galiléen. Et cependant, malgré tout, quelle intelligente et sereine modération, en définitive, dans l'attitude générale adoptée par le Messie ! Il n’avait rien de TJ'iconoclaste ignorantin et fanatique. Le vit-on se poser en fondateur d'une religion nouvelle ? A-t-il, seulement, organisé une secte au sein du
judaïsme traditionnel ? Il aurait pu fréquenter
les synagogues, si laïques d’aspect, et délaisser le sanctuaire de Jérusalem, avec ses nuages d’encens et la fumée de ses holocaustes. Jésus resta
“un Jsraélite pratiquant : « Je ne suis pas venu
abolir, mais accomplir. » , . Voilà parler en. seigneur, dans le domaine reli-
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| gieux. Piétiner le passé, vouer à l'exécration cer- __tains mots ou certaines coutumes, est-ce, toujours, s ‘affranchir ? C’est, parfois, signe de frayeur : on essaye d’anéantir des forces qu’on ne sait pas régir. Le vrai dominateur est celui qui utilise la tradition ; mais, d’une part, avec assez d'indépendance
intérieure pour n'être point asservi ; d'autre part,
avec assez de franchise extérieure pour ne point donner le change sur ses véritables sentiments. Celui-là est « maître du sabbat » qui sait, tout ‘ensemble, et le violer avec une ferveur mystique, et l’observer avec une libre soumission. Celui-là est Roi.