VER
= COMMENT DEVIENT-ON CHRÉTIEN ? Il
tout vient de Dieu. » De même, si le chrétien vit ï par l'Église, à son tour l'Église subsiste par les
- chrétiens. CR : ;
. À creuser le problème, on aperçoit, d’ailleurs,
deux voies d’accès à Jésus-Christ. D'un côté s'affirme, plutôt, l'inspiration individuellé et directe par le Saint-Esprit, dans la prière ; de
l’autre côté s'affirme, plutôt, l'inspiration collec: : tive, par la pratique solidaire d’un culte rituel. Ces deux méthodes, parallèles, de pénétration dans l'Evangile ne sont pas antithétiques, mais come plémentaires. Il faut, cependant, reconnaître
qu’elles appartiennent à deux types différents dans le domaine psychologique ; on les retrouve d’ailleurs, côte à côte, à l'intérieur de chaque Église, tant il est vrai qu'il s’agit là de mentalités irréductibles. Elles ne sont pas inconcilables ; inais il est impossible de les ramener à une seule. Dira-t-on que les chrétiens du premier type
relèvent du sens propre et du libre examen ?
A peu près autant que Jérémie, reculant, d'abord, devant l'appel d'En haut, et finissant par se courber sous la vocation divine. « L’Eternel me parla ainsi: Ne crains point! Tu iras vers tous
ceux auprès de qui je t'enverrai: » Quiconque a
rencontré Jésus-Christ est désormais lié, comme
saint Paul, dérrièré son char de triomphateur.
Est-ce le sens propre qui s'exprime dans le cti
apostolique : « Seigneur, à qui d'autre irions-nous ?
Tu as les paroles de la vie éternelle...» ? Est-ce le
libré examen qui inspira la confession pathétique :
« Retire-toi de moi, Seigneur, car je suis ün
pécheur | » Ces deux témoignages, l'un et l'aatre
de Simon Pierre, échappèrent à une âme subjuguée q
par le rayonnement du Sauveur.
Cependant, ils marquaient l° bottes dent d'un
travail intérieur. Et là s’affirme la part inévitable de l’individualité, dans l'assimilation progressive .
du vrai. Dans le récit de la vocation des premiers
e à disciples, saint Jean écrit : « Philippe rencontra
Nathanaël et lui dit : « Nous avons trouvé celui dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph. » Nathanaël répondit : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » Phi- - lippe répliqua : « Viens, et vois ! » Appel à à l'examen personnel. L Deux disciples de Jean-Baptiste marchaient derrière Jésus. Il se retourna et dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent : «Rabbi, où demeurestu ? — Venez, répondit-il, et voyez. » Appel à l'examen, à l'observation, à l'expérience. Or, André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux. Il rencontra son frère et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie Et il le conduisit vers Jésus. » Tel fut, pour l’apôtre Pierre, le point de départ ‘d” une évolution spirituelle qui devait aboutir, peu à peu, au credo du chemin de Césarée.
Aujourd’hui encore, on ne devient pas chrétien autrement. Quel que soit l’ange qui nous mène vers le Christ, que ce guide soit un homme (prêtre ou laïque), un livre (comme la Bible), ou une institution (comme l'Église), toujours s'impose, tôt ou tard, à la conscience individuelle cette
obligation inévitable : Prononce-toil Aucun chré-
tien, au sens du Nouveau Testament, n’a jamais été fabriqué du dehors, sans sa propre collabo- ration. Il faut que le regard de notre âme aille plonger dans le regard spirituel du Sauveur.
Celui-ci, pour nous transformer à son image, ou . du moins, pour nous associer à son esprit, demande notre attention, notre acquiescement, notre foi, notre amour. Le «libre examen », entendu ainsi, est une formule profondément religieuse qui sau-
végarde, en tout chrétien, le domaine sacré de la
religion vivante et personnelle ; et cette formule
- ne caractérise point l’une des mentalités décrites
plus haut, à l'exclusion de l’autre.
Mais, objectera-t-on, le libre examen désigne aussi une méthode, un moyen de recherche, une * voie d’accès vers la certitude. — En effet. Peut-on
imaginer meilleure sauvegarde, pour le pèlerin en route vers la vérité ?— Eh quoi ! toujours chercher ? Quel rocher de Sisyphe, pour les intelligents ! Quel tonneau des Danaïdes, pour les faibles d'esprit ! — Certes, la vérité, antérieure à nous, au-dessus de nous, existe. Les générations successives ne sont pas appelées à la redémontrer sans cesse et, encore moins, à la redécouvrir. - L'Évangile reste l'Évangile; la Croix est un arbre indéracinable. Mais la vérité morale et spirituelle, qui régénère, ne se transmet pas comme la vie, de vivant à vivant, par un courant ininterrompu
de forces naturelles. La vérité, pour sauver une.
âme, la purifier, l’inspirer, la métamorphoser, a besoin, non seulement d’être apprise ou comprise, mais d’être appréhendée, assimilée, et pour ainsi
|! Protestantisme, à
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1t4 LE SPIRITUALISME DANS L'ÉGLISE
| dire, transsubstantiée. Là se place l'apport spon-
tané, dynamique, et quasi créateur, de la libre
personnalité, qui répond « Oui et agen » à la
Grâce. Là est le point vif où s'affirme la foi. On ne peut esquiver la force de cet axiome.
Supposons même un croyant qui renonce au
droit, où mieux au devoir, du libre examen, pour
s'abandonner, par obéissance, à l'autorité d'un.
magistère extérieur. S'il a de bonnes TaiSOnS pour
se comporter de la sorte, il a donc examiné la
question ; il allègue des motifs, qu’il estime exçellents, pour justifier son attitude ; dès lors, c'est en vertu du libre examen qu’il renonce au libre examen. Cette renonciation, valable pour toute sa vié, sera sortie d’un seul acte primordial de libre examen, vers lequel il se retournera souvent, durant son existence, pour se légitimer à soimême son attitude. Cet acte se dressera sur sa destinée, comme une cime domine les cours d’eau que ses glaciers alimentent.
Je croirais manquer de respect envers les partisans des religions d'autorité, si j'examinais l'hypothèse où un croyant, pour expliquer sa soumission
” intellectuelle, ne trouverait d'autre formule que
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celle-ci : « J'obéis. Ne demandez pas pourquoi j'obéis. Ce serait déjà réfléchir, comparer, discri-
miner, juger, recourir au libre examen. » Une
pareille position mentale s'effondre sous son propre
poids ; l’absolutisme conduit au nihilisme. Alors
que le scepticisme total se ruine lui-même par
définition, puisque le sceptique intégral doit douter de son doute, — un dogmatisme pur, Sans
| 4 44 ii ht : < TER FRONT 7
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étai de la raison et de la conscience, un doctri: :
narisme concentré dans la simple affirmation de lui-même, finirait par se confondre avee le fait
brutal, dépourvu de pensée. Résultat ; suppression |
de toute question intellectuelle, morale ou reli-
gieuse ; le néant.
z En réalité, les fils de la tradition prophétique, et les fils de la tradition sacerdotale, ne se départagent pe sur le libre examen. Ceux qui Pre ‘une ttes un SÉ une discipline mentale, une règle, ne prétendent pas bannir la libre discussion, mais bien la libre.
conclusion. Pour eux, les buts à atteindre sont
fixés par un magistère officiel, au nom du double
critère de la tradition ecclésiastique et de la révélation seripturaire. Quand on leur objecte qu’une enquête ainsi engagée est viciée par le parti pris, ils peuvent répondre que les champions de la religion prophétique n’admettent pas, davantage, la libre conclusion, puisqu'ils posent d'avance,
par exemple, comme un axiome intangible, le
PE
devoir de croire au Devoir. Tout système qui ébranlerait, finalement, dans la conscience, la distinction du bien et du mal, est rejeté par eux sans autre examen. Or, les esprits religieux lient
- cette attitude morale à la foi en Dieu ; ils écartent
donc, a priori, l'athéisme. En vertu d'un raisonnement analogue, beaucoup de croyants refuseront
de conclure, en dernière analyse, contre l'Église, organe ici-bas de l'Esprit divin.
Voilà dans quel sens il serait faux d'affirmer que
RIDE CLE SPIRTTUALISME DANS Ses |
les Sue de la religion prophétique, et les enfants | lisent, peu ou prou ; les uns avec parcimonie ;
favorables à sa cohésion interne, ou à sa Crois-
de la religion sacerdotale, s'affrontent sur la question même du libre examen. Tous l uti-
les autres avec élan. Il est de fait que tout. système idéologique évolue selon les principes les plus
pour leur développement, des conditions fort diverses de sol, d'humidité, de lumière. Tant la. vie a sa logique sûre ! Les objurgations n'y chan- « gent rien. | Ce que toute âme a l'obligation de PRE
c'est l’accès à Jésus-Christ, puisqu' on. del
sance ; dans nos forêts, le hêtre et le chêne exigent, + |
chrétien par la communion avec son Esprit. î
Dira-t-on qu’il y a libre examen, quand le chemin + vers le Sauveur reste ouvert ? Peut-être, car le. libre examen, ainsi entendu, est la possibilité de } la libre obéissance aux intimations de Dieu dans « le sanctuaire de la conscience. 4 j Quelqu'un objectera : « Le libre examen, dans « le langage courant, désigne la liberté de penser » è
n'importe quoi sur n'importe quel sujet. » Mais w
consulter ledit langage, en pareille matière, c’est |
renoncer à toute discussion ; lé vocabulaire char-
rie des notions déformées par l'ignorance, l'erreur, le préjugé, le mensonge, roulées par le flot LS de l’histoire. La définition du libre examen, qu’on nous oppose, est une absurdité. D'abord, il est. d'immenses régions où nul ne peut penser à sa. guise : : 242 feront toujours 4, et le tout ne sera | jamais moins grand que la partie. De plus, au-*
COMMENT DEVIENT-ON- CHRÉTIEN ? TIRE dessus du domaine rationnel, s'étend le domaine moral : et là, on ne doit pas penser à sa fantaisie, exalter la fourberie, la débauche, la cruauté. . Enfin, dans le domaine métaphysique et religieux, - qui touche au fondement même de la connaissance * et de la conscience, est-il acceptable que l’Église chrétienne donne carte blanche aux fols et aux furieux ? Une certaine police intérieure des mani- … festations de la pensée, dans l'établissement ecclésiastique, n'est-elle point nécessaire à la cohésion de l’ensemble ? La discipline militaire . freine, elle aussi, la manifestation des opinions individuelles, dans l’armée.
Ce dernier rapprochement est dépourvu, en partie, de justesse. Il marque bien la concordance des inévitables directives auxquelles se plie une collectivité organique, pour sauvegarder son unité. Mais, alors que la discipline militaire est anéantie par la critique, celle-ci est souvent un devoir à l'égard de l’église visible, afin de sauver l'Église ‘ cachée, idéale, mystique, sans laquelle, en vérité, l’autre est un corps sans âme. | Jlest donc sage que l'Église-institution établisse . une surveillance intérieure sur les manifestations de la fantaisie individuelle, dans le domaine des idées. Il seraït, toutefois, intolérable et scandaleux : qu’elle prétendît pourchasser les abus du libre examen, alors que, par cette rigueur intéressée, elle se défendrait elle-même, en réalité, contre les aiguillons de la libre inspiration, celle qui parle dans les âmes enseignées de Dieu. Il faut souvent se défier d’un zèle trop profitable au zélateur.
He SNS SPIRITUALISME DANS L'ÉGLISE
Mais comment distinguer, derandetä-t-on, entre 1 le libre éxamen fantasmagürique, et la libre inspiration surnaturelle ? == + Déclarer qu'il suffit de s’en | rapporter, pour lé savoir, à la hiérarchie ecclé-
siastique, c’est répondre à & question par la ques-. tioti: Car lé problème posé impliqué, précisément,
la possibilité, pour lé gouvernement del Église
visible, d’outrepassér les limites normales de sa juridiction religieuse. Dé fait, ledit gouvernement éveille les suspicions les plus graves, ét risque de
déchaîner les protestations les plus légitimes,
chaque fois qu'il semble redouter pour lui-même les feux convergents dé ce double phare : le témoignage du Saint-Esprit dans la Bible intégrale, et le témoignage du Saint-Esprit dans la cônsciènce chrétienne:
Un disciple de Jésus-Christ, humble, pur, …
fervent, courageux, déclare : « Je Veux tñe sou-
te in mt do ah dt ét faut nuit sun den ossi din LS
mettre à l’inspiration de Dieu, d’une part en médi: |
tant l'Evangile, d'autre part, en pratiquant là prière. » Quelles autorités ecclésiastiques, si êlles ont gardé le sens dés réalités spirituelles, oséront lui répondre : à Taisez-vous ! On n’en veut pas à votre liberté de penser, mais à votre libérté de parler. Ayez les idées qu'il vous plaira, ais gardezles pour vous... »? Voici la réponse d’ün catholique, pourtant romain, Blaise Pascal : « Jamdis les saints né sé sont tus. Le siléhce ést la plus grande pérsécutiôn, à
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IIe Sechôn ! UN POSTULAT CONTROUVÉ
Le spiritualisme chrétien Sérait un « Spiritüel » dé natüre cléricale | CHAPITRE PREMIER I. —Lé« spirituel » platonicien : Monachismée -r. Vers LE DÉSERT ? Déüx grands types de piété S’affirment. Pour | Jes üns, le salut par la foi consiste essentiellerent à vivre selon le Christ et dans sa communion, soit dâns une église organisée, Soit hors d’elle ; et cette vie est, dès ici-bas, la vié éternelle. Pour les autres, le salut est promis, dans le monde . futur, aux fidèles qui auront pratiqué la vraie religion chrétiénne à l'intérieur de la seule église authentique. La prémière thèse est d'ordre pro* phétique ; la seconde est d'ordre sacerdotal. Des deux côtés, certes, on sé propose, avec une égale .
ferveur, d'assurer dans les âmes le triomphe de
l'Esprit, mais par des moyens différents ; les « . uns sont plus idéalistes, les autres sont “plus 14 - concrets. ; S'il ne s'agissait que de méthodes nr 3
taires, elles seraient appelées à se fortifier l’une
par l’autre, au sein d’un organisme ecclésiastique … bien équilibré. Mais il s’agit, aussi, de mentalités
diverses et d’orientations divergentes. — Qui les départagera, en cas de conflit, puisque toutes elles tendent vers le même but ? — Le but lui-même.
Puisqu’il est de nature spirituelle, les chemins les
plus sûrs pour l’atteindre passent par le Royaume de l'Esprit; tout ce qui développe en l’homme une spiritualité vraie, doit être encouragé; tout ce qui la menace, doit être surveillé de près.
Or, ilest de fait que, dans l’église des premiers siècles, l’organisation ecclésiastique, à bonne intention, s’affirma d’une manière toujours plus “rigide. L'institution prit le pas sur l'inspiration,
le culte sur la nouvelle naissance, le cléricalisme
slt nets dhémnscts Dh bots, péé
PE
éme ds
sur la sainteté. La victoire de l’épiscopat sur les . :
sectes puritaines et salutistes, sur les disciples de -
l’austère Montanus, trop naïvement logique dans
son adhésion au Sermon sur la Montagne, marqua |
le triomphe du sacrement sacerdotal sur le «charisme » prophétique, et du rite collectif surle «don» individuel. Le monde envahissait l'Église; elle essaya d’encadrer les recrues par une discipline théologique et cultuelle qui devait aboutir, dans* sa pensée, à une discipline morale et sociale... En attendant, celle-ci manqua. Il fut tacitement.
ne
convenu que le « bon chrétien » n'était pas, néces- Sairement, un «vrai saint»...
On n’apporte ici nulle ironie ; le sujet n’en com-
porte guère, car il s’agit toujours du labeur millé-
naire où l'humanité se trouve engagée, sous l’ai-
guillon de l'Esprit, pour s’humaniser. Les chefs
hiérarchiques de l'Église, vers la fin du n° siècle
‘de notre ère, se défendirent comme ils purent contre les dangers divers qui menaçaient l’ordre nouveau;
mais s'ils parvinrent à protéger le contenant ce
fut, souvent, aux dépéns du contenu. Le vase fut conservé, le parfum s’évapora ; ou, du moins, il fut éventé.
Le scandale du contraste entre l'idéal évangé-
lique, et la conduite usuelle, finit par excéder toute mesure. Alors se produisit un exode réfléchi
des âmes hors de l'établissement ecclésiastique ; &
une fois de plus, la fuite hors de la « maison de servitude » vers le désert. Les voyants d'Israël,
comme le Baptiste, et comme le Messie lui-même, K
avaient souvent cédé à la nostalgique fascination des solitudes silencieuses. En 270, brusquement, un riche habitant d'Alexandrie, Antoine, distribua
sa fortune aux pauvres, et se retira dans un château ,
en ruines pour échapper aux pièges de Satan. Il fut le père des ermites chrétiens. Dès 340, Pacôme, en Egypte aussi, organisa les solitaires ; ceux
qu'il-groupait sous le toit d'un monastère cessèrent
d’être des «anachorètes» ou ssolés. pour devenir des «cénobites», ou pratiquants de l'existence communautaire, RU A
Le mouvement ainsi déclenché par des âmes