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5 | LE MONACHISME CHARTE ne porte point le sceau, trop souvent macabre, de l’ascétisme. Jésus lui-même fut accusé d’être «un mangeur et un buveur », par contraste avec
le Baptiste. Loin de légitimer la maladie, ou de préconiser la douleur, le Christ ne cessa de combattre la souffrance avec la spontanéité du médecin, de la mère, et du sauveteur. Enfin, dans les me textes de Paul, l’antithèse entre l'Esprit et la « chair » n’équivaut, nullement, à une opposition banale entre l'esprit et le « corps ». L’apôtre se garde bien d'identifier la vie corporelle avec un principe satanique, et il ne fait pas du corps le siège du péché. Pour lui, l'organisme physique est une simple réalité observable, l'instrument utile et nécessaire de l'âme. D'ailleurs, dans le langage biblique, la chair, elle-même, n’évoqua, d’abord, que la notion de débilité : « Toute chair - “est comme l'herbe. » C’est pour saint Paul que - la chair devient un principe nocif, coupable, . dont la virulence est liée à notre infirmité. Et cependant, pour l’apôtre, le mot chair ne suggère pas, fatalement, l’idée de ce qui est charnel. Dans l’épître aux Galates, il range, parmi les œuvres de la chair, « la magie, les querelles, la jalousie, la colère » ; il déclare aux Colossieris que certains ascètes, «en disciplinant leur corps par le jeûne, satisfont leur chair. » ÿ . Est-ce à dire que l’apôtre méconnût la valeur d’un ascétisme positif plutôt que négatif, au sens propre du mot askèse, «exercice discipliné » 2 - Loin de là. L’entraînement spirituel est nécessaire * = À l’athlète chrétien pour le service de son âme, et
pour le service du prochain. Le renoncement volontaire est, alors, le pouvoir surnaturel de dominer l'instinct, le qu’en dira-t-on, la douleur,ila tentation,
la mort, en communion avec le Libérateur. La
sainteté, ainsi comprise, est l'affirmation en nous de l'Esprit du Christ; tout autre chose que la soumission à des règles incomprises, ou la recherche extatique de la souffrance. Le Christ se montra mauvais ascète à Gethsémané ; le moine bouddhiste aurait murmuré : Béni soit le calice de l’agonie !
La sainteté de l'Evangile est, avant tout,
‘une attitude morale, une orientation intérieure, une consécration de l’âme, inflexiblement tendue vers le Royaume de Dieu.
En vrai disciple du Maître, l’apôtre Paul écrivait : « Tout m'est permis, mais je refuse d'être ‘dominé par quoi que ce soit. Tout m'est permis, mais tout n’édifie point. » En d’autres termes, la liberté sans limites, même dans les choses permises, aboutirait à mon propre esclavage (chaînes de l'habitude, paresse physique, laisser-aller intellectuel, médiocrité morale, sommeil spirituel), et à l'esclavage de mon prochain. « Edifer » signifie : construire ; si mon privilège, même légitime, détruit le bonheur ou la dignité de mon prochain, je suis un démolisseur. L’apôtre écrivait encore : « Tout m'est permis, mais tout n’est pas utile. » Tout n’est pas opportun. Dans un monde où tous ne mangent pas à leur faim, où le pain du corps et le pain de l’âme manquent à d'immenses multi- tudes, la vraie question, pour les disciples du Crucifié, n’est pas de savoir dans quelle mesure ils