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HOMMAGE ET AVERTISSEMENT

Ces observations critiques ne sauraient voiler la grandeur tragique, et souvent sublime, du mouvement déclenché par les Antoine et les Pacôme. Nous l'avons dit, le monachisme a pour point de

“départ une protestation légitime contre la pourri-

ture de l’Empire et une apostasie partielle de

l’Église. Le moine aspirait à la vie de l'esprit. Il

donna, malgré tout, une impulsion décisive à la cure d'âme ; il cultiva un idéal de sainteté qui, sou-

vent, dépassa le pur ascétisme ; car Jésus-Christ, quand on l’aime, et dès qu’on l’invoque sincèrement,

rayonne à travers toutes les erreurs, comme lesondes

‘radioactives à travers un mur. Comment ne pas s’incliner devant ces chevaliers du renoncement, ces héros du sacrifice volontaire ? Tous les disciples du Maître communient, intensément, avec eux ; et les champions du spiritualisme protestant ne seront pas les derniers à leur offrir hommage. Nous savons dénoncer la morne laideur et la stupide vulgarité d’une fausse indépendance, quand celle-ci répudie les maximes élémentaires -de la discipline religieuse, proscrit les engagements, discrédite les vœux, s’abandonne à toutes les . fantaisies du laisser-aller, à toutes les suggestions de la paresse, et finit par identifier, pratiquement, la piété avec une civilité puérile et honnête. . Le sauvage qui se mutile devant les autels d’une divinité barbare, est moins éloigné du Royaume de Dieu. T4 Le protestantisme s’affaiblirait, se diluerait dans le rationalisme, s’il se posait en adversaire irréductible de toute piété catholique, sous prétexte qu’elle reste incompatible avec son propre type de piété. Cela est exact, à beaucoup d'égards, et sur des points très précis, où le protestantisme reflète vraiment la Sainte Face avec une candeur, un courage, et une simplicité, pathétiques. Mais se figure-t-on que le catholicisme, même romain, serait encore, dans le monde actuel, une source d'inspiration indéfinie, si l’eau vive de la religion évangélique et du mysticisme chrétien ne coulait pas sous la glace? L'Église traditionnelle, en conservant la doctrine de la divinité de Jésus- Christ, et en affirmant sa Présence perpétuée

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; LE MONACHISME HET t30 dans le monde, maintient des doctrines “essen- ‘ tielles à la sanctification. On peut déplorer les formes qu’elle emploie pour le faire, mais on ne peut nier que «l’imitation » de Jésus-Christ ne soit liée, dans le for intérieur, à un esprit d’humilité, de renoncement, de discipline, de sacrifice, de poésie spirituelle et de surnaturel moral, dont la disparition, ou le seul fléchissement, appauvrir ait

indiciblement le genre humain.

Si l’on privait mon atmosphère intime de tout l'oxygène puisé dans la piété catholique avec la peinture, l'architecture, la musique, la littérature, les biographies, l’histoire de l’Église, l’adoration, je m'écrierais avec Marie de Magdala : «On a ôté mon Seigneur, et je nesaisoü on l'a mis! » Le protestantisme mondial est travaillé aujourd’hui, dans ses ultimes profondeurs, par la nostalgie d’une méthodique et sérieuse culture de la vie spirituelle, Un - renouveau liturgique s’affirme. Le rite prend une importance inattendue, sur le terrain même du

spiritualisme intransigeant, grâce aux conclusions de la psychologie contemporaine. Des « Tiers- Ordre »évangéliques s'organisent. La vie en communauté, déjà réalisée dans les maisons de Diaco- “nesses, tend à s'élargir sur le plan de la vie conventuelle, et à grouper des vocations masculines pour l’apostolat.

Le protestantisme, heureusement, est trop conscient de ses propres principes, et de sa mission ici-bas, pour dériver jamais vers le monachisme

ascétique. L’hommage que nous savons rendre à celui-ci ne modifie en rien nos critiques fonda-

Pa

mentales, et qui se résument en une seule thèse : le : dualisme platonicien n'est pas le spiritualisme

évangélique.

Ce dualisme est un duel au centre de la nature humaine; et celle-ci reste misérablement privée d'unité ; pis encore, elle est déchirée. On essaye en vain de nous éblouir par des prouesses,

dégoûtantes ou cruelles, renouvelées des brahmanes

hindous ; les uns se murent dans le silence : d’autres, se privent de sommeil ; des anachorètes se garnissent la bouche de cailloux, ou restent perchés sur une colonne ; on s’offre en pâture à la vérmine ; on se torture, jour et nuit, avec un rafinement qui confine au sadisme. Et quel est

- le résultat moral d’un si persévérant supplice ?

Un Père de l’église, le moine saint Jérôme, s’écrie avec désespoir qu'il est devenu le compagnon des scorpions, dans une solitude brûlée du soleil, Sans parvenir à calmer son imagination exaspérée, mêlée aux danses voluptueuses des jeunes filles romaines. Les moines devinrent, en Orient, les janissaires de l’ignorantisme le plus fanatique ; ils pillaient les bibliothèques païennes, détruisaient les œuvres d’art, bâtonnaient les hérétiques, assassinaient au nom de Dieu. Plus tard, au moyen âge, ils se rendirent odieux à la chrétienté par leur paresse, leur sensualité, leur insolente richesse :

* ils scandalisèrent l’Église par leurs conflits incessants avec le clergé séculier, ou par les violentes querelles qui opposaient les différents Ordres entre. eux... «Connaissez l'arbre à son fruit », enseignait le Christ. .

LE MONACHISME 141 . L'ascétisme, à lui seul, n’est donc pas un principe de vie spirituelle. A trois reprises, dans l’histoire, des géants religieux en ont fourni la preuve décisive. Saul de Tarse, l’ascète juif, ne trouva -point la paix de l’âme dans l’assujettissement aux prescriptions légalistes d’un pharisaïsme intransigeant. Luther, l’ascète catholique, un moine pourtant, ne trouva point la paix de l’Âme, dans le couvent des Augustins où il se macérait pour] gagner le paradis. John Wesley, l’ascète anglican, fidèle au ritualisme le plus méticuleux, ne trouva point la paix de l’âme dans les exercices de jeûne et de piété qui précédèrent son initiation libératrice au spiritualisme de l'Evangile. Quel enseignement ! Destinées symboliques, certes coup sur coup, pareils à trois vaisseaux, le judaïsme, puis le catholicisme, enfin le protestantisme, allèrent donner contre le même écueil, et ce furent trois naufrages. L'Église apostolique surgit, avec saint Paul, quand il se dégagea de l'ascétisme israélite ; la Réformation prit son élan, avec Luther, quand il s’affranchit de l’ascétisme romain ; le Méthodisme évangélique et missionnaire jaillit, avec Wesley, quand il se libéra de l’ascétisme anglican.

Méditons l’avertissement de l'écrivain sacré (1). « L'Esprit dit clairement que, dans les derniers temps, un certain nombre abandonneront la foi pour s'attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons, d’hypocrites menteurs,

(1) I Timothée, 4, 1 à 35

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