‹ Du protestantismeChapitre 49 sur 85 · L’INFAILLIBILISME · texte numérisé non relu

L’INFAILLIBILISME

En effet, si la papauté est prisonnière de la

Curie, élle ést captive, surtout, de son propre

dogme, et du postulat initial sur lequel repose 4 - l'Église romaine. Ne confondons pas le postulat

-et l’axiome. Celui-ci désigné une vérité première, dont l'évidence est telle, que toute démonstration est inutile. Le postulat est une thèse indémontrée,

… où indémontrable, qu’on est prié de « concéder » au dialecticien qui la « postule ». On n’est pas

- obligé de lui accorder sa demande sans examen.

Or, voici (d’après un célèbre dogmaticien du

romanisme), le postulat de l’église papale. «L’ Esprit

divin avait insufflé aux apôtres un nouveau principe de vie qui devait être communiqué par eux à quiconque est susceptible ‘de le recevoir, afin que personne ne pût dorénavant, comme eux, le récevoir immédiatement. » (1). Un récent apolo-

. gète du romañisme écrivait : « L'Église tout entière

répose sur Pierre. L'autorité de ce chef est telle,

que quand il impose l'obligation de croire et d'agir, où qu'il en décharge, ses décisions sont ratifiées

. par Dieu même. » (2) C'est la thèse posée par le

Concile du Vatican, celui qui décréta l’infaillibi-

lité papale : « Pour que l’épiscopat soit un et indi-

visible, Jésus-Christ a mis le bienheureux Pierre à la tête des autres apôtres. »

(x) J. Moechler, Cf. G: GOYAU : Catholicisme et Protestantisme (La symbolique de Mochler. } 1

(2) Abbé Lesétre, La foi catholique, 1023, 8ye éditions

Jatinnitél te raR id

L'histoire interdit d’affirmer que notre Maître ait fondé une institution ecclésiastique dont le.

pêcheur, Simon Pierre, fut le premier pape. Le passage du quatrième évangile sur lequel on S’appuie, pour formuler pareille thèse, n’a ni le sens, ni la valeur, qu’on lui attribue : « Il souffla sur eux “et dit : Recevez le Saint-Esprit. » Si c'était la constitution d’un collège apostolique, pourquoi Thomas (qui était absent), et Matthias (futur successeur

de Judas), furent-ils privés de la miraculeuse €

insufflation ? Au surplus, celle-ci eut-elle un

caractère unique ? Les fameuses paroles : « Je’

vous envoie.» avaient déjà été prononcées par Jésus: 1° lorsqu'il délégua en mission les douze, - dont Judas : « Celui qui vous reçoit me reçoit. »

- 29 lorsqu'il confia la même tâche à « soixante ét .

- dix autres disciples, avec ces mots : « Qui vous

écoute, m’écoute, » Quant à l’image relative au pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, elle n'a rien nôn plus de nouveau. Même si l’on accepte . l'authenticité dé la parolé adressée à Pierre : « Ce * que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux », on est obligé de constater que ce langage ne désignait qu'un idéal, une orientation. Car, dans la réalité de la vie de l’Église, lorsque Pierre essaya de lier les chrétiens d’Antioche aux strictes observances

du mosaïsme clérical, saint Paul se dressa devant .

le ligateur et cria : « Ceux que tu lies restent déliés ! » (Galates 2, 4).

Non seulement, l’insufflation fut un recommencement, un événement qui est l'anneau d’une chaîne, quand on regarde vers le passé, — mais elle

RE CVERS LE SPTRITUALISME DANS L'ÉGLISE |

fut aussi, ere on regarde vers l'avenir, une simple préface, l'annonce d’une révélation imminente, la préparation de la Pentecôte. L'abbé . Crampon en convient (r). Dans sa belle version du Nouveau Testament, il met en note, à propos de …

l'insufflation sur les apôtres : « Ce souffle était le symbole de la communication, partielle encore,

de l'Esprit Saint, dont ils devaient recevoir la

plénitude, le jour de la Pentecôte. » Ce jour-là, en

: effet, l’apôtre Pierre fut rebaptisé du Saint-Esprit ;

mais, cette fois, en nombreuse compagnie : cent vingt personnes, probablement, ou davantage ; parmi lesquelles plusieurs femmes, d’après le texte biblique. C'est le groupe qui avait coutume de se réunir « dans le cénacle », dit l’abbé Crampon.

Si bien que Simon Pierre, après le miracle des : langues de feu, y vit l’accomplissement de la

prophétie annonçant que le Saint-Esprit serait répandu « sur toute chair... jeunes gens, vieillards, serviteurs, servantes. » Alors, que devient le postulat relatif à ce don octroyé aux seuls apôtres, d’un

* Esprit transmissible uniquement par eux ?

Pour maintenir la thèse, il faudrait renoncer à célébrer « la fondation de l’Église à la Pentecôte »;

* mais il est trop tard pour oblitérer les Acies des apôtres. D'ailleurs, que vaudrait la position de

repli sur un texte peu clair du quatrième évangile,

mettant Jésus en scène après Sa résurrection ?

De plus en plus, les exégètes, même conservateurs,

(x) La Sainte Bible. Traduction d'après les textes originaux pañ des Pères de la C'e de Jésus avec la collaboration de Professeurs de S. Sulpice, (Paris, Rome, Tournai. 1904.) +

Page 1