‹ Du protestantismeChapitre 50 sur 85 · CA AN PPS TE · texte numérisé non relu

CA AN PPS TE

sont amenés, par loyauté scientifique, à envisager

l’évangile de Jean, non seulement comme un docu-.

ment historique, mais comme une méditation mystique, le premier « livre de piété» dans l'Église.

3 Et même à supposer que cet évangile -possédât,

- sur le terrain des faits, la valeur probante qui lui manque, pourquoi donc aller répétant que la pierre angulaire de l'établissement papal fut un souffle ? Que peut y gagner en solidité l'édifice ecclésiastique ? L'abbé Crampon avoue qu'il s'agissait

- d’un souffle « symbole ». Et quelle réalité symbo- lisait-il? L'Esprit de Jésus. Or, l'idéal des Béati-

tudes ne se communique point en expulsant avec la bouche un courant d'air. Le Sauveur se proposait donc, par un geste imagé, de rappeler que ceux-là, seuls, seraient ses disciples et ses continuateurs, qui manifesteraient, ici-bas, ses propres sentiments. Ë | Or, Jésus, au cours de son ministère, n'a pas une seule fois, en parole ou en acte, manifesté

* l'état d'âme sacerdotal. Il a toujours incarné la

mentalité prophétique. Si donc on parvenait à

démontrer, chose à jamais impossible, que Jésus

a délibérément institué l'Église chrétienne, avant

la Pentecôte, en soufflant sur dix Israélites, quelle

serait, en réalité, la nature de l'Église née d’une insufflation pareille ? De même que le premier homme, d’après la Genèse, fut formé « à l'image de Dieu » par le souffle du Créateur, de même l'Église naissante, par le souffle du Rédempteur, fut formée à l'image du Christ. Dès lors, le Messie ‘étant resté sereinement étranger à toutes les

préoccupations classiques de l’église cléricale, dans le triple domaine du dogme, du rite et de la hiérar- ‘chie, la vraie Église de l’insufflation est évidemment l'Église du spiritualisme. D'ailleurs, un seul mot,

DATÉE 2 np À

De.

rit. Le chef laïque

‘en grec, désigne le vent et l'esp de l'Église a fondé une Église laïque.

Au surplus, d’après les Actes des apôtres, quel

usage fit Pierre de la miraculeuse insufflation ?

- I aurait dû jouir, désormais, d’une surnaturelle.

clairvoyance. Or, pour nommer un remplaçant à

… Judas, il en fut réduit à tirer au sort entre deux

Chose plus étonnante ; après une seconde effusion du Saint-Esprit, et cette fois à travers « un vent impétueux », il refusa obstinément de se

créer des relations avec les non Juifs ; attitude contraire à l’universalisme évangélique, si bien compris par Etienne, le premier martyr, un simple diacre (x). Et pour vaincre les résistances du premier pape à l'idéal nouveau, il fallut une vision: spéciale, qui lui fut accordée « en état d’extase », avec triple appel d’une voix céleste, Alors seulement, l’apôtre consentit à pénétrer chez Corneille, centenier d’origine païenne, — «homme pieux » pourtant, « qui faisait beaucou priait Dieu continuellement ».

Mais voici qui est plus grave. Malgré le double

. baptême du Saint-Esprit et la vision révélatrice,

p d’aumônes et

(x) Ce terme n'avait, alors, aucune connotation cléricale. Le diacre avait la charge des indigents, dans la première société chrétienne, alors que l’apôtre se vouait à la prédication et à la prière,

ss |

Ds. dt)

LE ROMANISME | | ss. É 149

Ë “saint Pierre, à Antioche, “cessa brusquement de.

« manger avec les païens » convertis, parce que

certains chrétiens judaïsants lui en faisaient grief. . Et l'autorité du pontife était de telle nature, que saint Paul, publiquement, l’accusa d’ «hypocrisie »

et de « lâcheté» (Galates 2, 13). D'où surgissait

donc ce champion de la liberté chrétienne dans l'Église? Répétons-le, inlassablement, il déclarait : tenir son ministère d'En haut, directement, sans investiture cléricale, d'un Collège apostolique, - seul préposé, d’après la théorie sacerdotale, à la transmission d'un ministère valable.

Le concile de Trente paraît avoir senti qu'une église papale, fondée sur un souffle du Ressuscité, risquait de rester en l'air. On en vint donc à décla-. rer que le sacerdoce avait été institué dans la Chambre haute, lors du dernier repas avec les - disciples : «Si quelqu'un dit que Jésus n’a pas conféré le sacerdoce aux apôtres par ces paroles : Laîtes ceci en mémoire de moi, et qu'il ne les a pas ordonnés pour qu'ils offrissent eux-mêmes, et leurs successeurs après eux, son corps et son sans QU’ IL SOIT ANATHÈME! » La grosse voix n’a jamais fortifié un argument débile ; et celui-ci reste au-dessous du niveau d’une discussion quel- Re

L'église papale n’a pas été plus heureuse en son troisième, et vain effort, pour se découvrir à ellemême une base dans l'Evangile. (Une seule aurait - suffi pourvu qu ’elle fût solide. Est-ce qu’une chaîne est jamais plus résistante que son anneau 2 plus faible ?) Pour étayer la position du premier

pape, on | insista sur és nn bte ‘« ME es 18 + -Pierre,: et sur cette pierre je bâtirai mon église. » A Si cette parole a été réellement prononcée, elle 5

est le type des propos. imagés qui réclament, :

pour être compris, non « l'esprit de géométrie »,

mais « l’esprit de finesse ». Autrement, quelle «

incongruité, confinant à l'ironie ! Le plus impulsif, «

le plus incohérent, le plus passionné des apôtres, — ! celui qui devait renier trois fois son Maître, = puis 4 se laisser devancer par un simple Etienne sur les

voies de la catholicité, — puis hésiter devant

l'Evangile universaliste prêché par Paul, tantôt

lapprouvant, tantôt le blâämant, — puis mériter

la censure apostolique de l’ancien pharisien, devenu missionnaire de l’Église chrétienne sans validation

… officielle — cet homme si spontané, siattrayantet … sympathique par ses faiblesses même — comparé à un roc ! Alors, ce a ’on appelle, en géologie, une

-« pierre branlante » ?.. C’est par antiphrase que

- Jésus, en sa He r intuition de pédagogue

et de sauveur, lui avait donné, miséricordieuse-

= ment, le surnom de « Pierre ». Il lui marquait un-

idéal à réaliser. Et, dans l’occasion présente, il lui

accorda un encouragement décisif : « Toi qui … parles toujours trop vite, toi le versatile, tu

viens de prononcer une parole inspirée ; elle servira de fondation à mon œuvre ici-bas. »

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