CHAPITRE HI
3 o'« L’Invisible » et le « Spirituel »
Dès lors, il importe d'éviter la confusion banale entre la notion précise du « spirituel » et la notion
vague de l’ « invisible ». Le spirituel est néces-
sairement invisible, dans son essence ; mais l'in- |. visible n’est pas, forcément, spirituel.
: Aura-t-on défini l’homme, en le désignant comme la créature qui croit à l'invisible ? Il faudrait spécifier le sens qu'on donne à ce dernier mot. L'invisible, c’est parfois, simplement, ce qu'on ne voit pas, mais qu'on pourrait voir. Les termites aveugles qui creusent une poutre, apercevraient
Je bois en acquérant un appareil visuel. Si je regarde par le trou d'une serrure ou dans l'objectif du microscope, je cherche à découvrir ce qui me reste invisible encore, maïs c’est par appétit du visible.
D'ailleurs, sur le plan de l'univers physique, il existe une réalité proprement invisible et qui ne cesse point, pour cela, d'être aussi peu spirituelle - que possible. La matière, par exemple, quand on Ja réduit à des vibrations électriques, à des ondes
__de forces inconnues et d'énergies inconnaissables.
La fameuse question : « Qui a fait le monde ?» trahit la préoccupation d’expliquer, éventuelle- . ment, le visible. Cette curiosité est dépourvu, par
éthérées, échappe, dans sa substance, à la vue : mais l’invisible, ainsi constaté ou conclu, n’est que
l'envers et même le substrat du visible. :
C'est pourquoi, il ne faut point se hâter de dis- - cerner une attitude religieuse dans la simple. £ inquiétude métaphysique. L'invisible, pour beau-
coup d’ intelligences, n’est que le réservoir inexploré
elle-même, de valeur morale, Dans la demande :
l'invisible qui m'attire, c’est le visible qui m'obsède. Le problème qui s'impose alors à moi est, surtout, le problème de l'existence : d’où viennent les choses ? Je ne quitte pas le domainé quantitatif
du mesurable ; et croyant poser l'énigme de " , l'être, je ne sors pas du paraître. Ma personnalité s’éparpille dans l’abîme. Ou bien, au contraire, . - elle est recroquevillée par la crainte. Or, la peur … ést si mauvaise conseillère ! Le mur des apparences
« Qu’y a-t-il derrière le rideau ? » ce n’est point :
intrigue le dévot de l’invisible et Hinquisie” : +
le Diable était embusqué là ?
Bien plutôt, le disciple de l'Esprit croit au dévoilement, à la ré-vé-la-tion qui met fin au
: « mystère » dans le sens vulgaire du terme. L'évan-
géliste raconte qu’à la mort du Christ, le voile qui Ë
dérobait le Lieu très saint se LH : aux reli-
gions de l’invisible devait, désormais, At ee
la religion de l'Esprit.
Pour prendre possession de Dee spirituel Le